Skip to main content

Full text of "Explication historique des fables"

See other formats


Google 



This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 

to make the world's bocks discoverablc online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 

to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 

are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover. 

Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the 

publisher to a library and finally to you. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prcvcnt abuse by commercial parties, including placing lechnical restrictions on automated querying. 
We also ask that you: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain fivm automated querying Do nol send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countiies. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web 

at |http: //books. google .com/l 



Google 



A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 

précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 

ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 

"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 

autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 

trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 

du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public et de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 
Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

A propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse fhttp: //book s .google . coïrïl 



^ 



ÊXPLICATIOlSi 

KISÏOsEIÇUF 

D ES FABLES 



• f 



TOME SÈCONDl 



i 









f» 









V» 



^- **i -i^ V-2i» 



b.^ ^v' 






'TT 



* ^ I * * 



■A, 



«"V 



•^r ^*-v 



^ ^ 



r\ 






rr 



j 1 



ÊXPUCATION 

-HISTORIQUE 

DES FABLES. 

Far feu M. ^Abbé BanieRj d^ 
X Académie des Infcriptions Ù* 
_ Belles 'Lettres, 

NOUVELLE EDITION, 

Aevûë > corrigée , Se très - différente des 

précédentes. 



Tome Second* 






A 


PARIS, 



Gtiez B R I A s s o N i rue St Jacques '$ à la 
Science Se à r Ange Gardien. 



M. DGC. XL IL 

At^cc Apfr9ba$tQn &- Fripilegç du Jl^i^ 



"• ^ yr 




EXPLICATION 

HISTORIQ.UE 

DES FABLES 

XL ENTRETIEN. 

Suite de fHiftoire desDieux des Grecs 
& des Romains, . 

,A CONVERSATION précéden- MïRcynB. 
te fut biea-tôt reprifë, par 
i'emprefièment qu avoit E- . 
liante d'approfondir cette ma- 
tière; & l'Abbé la commença ainfi : 
Comme Mercure , de tous les enfans de 
Jupiter, a été le plus fameux , nous de- 
vons commencer par fon Hiftnîre. M-ais 
il eft bon de vous découvrir d'abord ce 
qui a répandu tant d'obrcurité dans cet- 
te Fable. 
Il y a eu plufieurs Mercures, dont on . 
Tome II. A 



ft Explication historique 

a ramaifé les aâions , pour en chargeif 
l'Hiffoire du plus fameux de tous. Ci- 
DmW.^f*' ceron ( i ) en compte cîng. Le premier 
étoit fils du Ciel Se de Dia : le fécond , 
de Phoronide , furnommé Trophonius : 
le troifîéme , de Jupiter Roî de Crête , 
& de Mak: le quatrième, connu eiy 
Egypte 9 étoit fils du Nil ; & le cînquié^ 
me était celui qui tua Argus , Sc régna 
enfuite en Egypte » otr il établit phi- 
iîeurs lohc. Uxm apparemment étoit 
Eloquent , l'autre Médecin, l'autre PoS- 
té , l'autre Négociant , &c. ; & dans la 
fuite, on a attribué toutes ces qualités 
au (èul fils de Maïa , qui a été honoré 
cérame le Dieu de la Médecine , de l'E- 
loquence » du Commerce » des Lar-» 
rons , &c. 

Il y a eu aufB pluiîeurs autres Mer* 
curés» que Cieeron paroît n'avoir pas. 
connus. Le plus ancien étoit Roi d'Egy^ 
pte , fi célèbre fous le nom de Thot, qui 
régna à Thébes après la mort de fon pe-^ 
re Menés , ou Cham , premier Roi d'E- 
gypte. Ce Prince pofKdoit pluiîeurs 
belles qualités. Il inventa , ou du moins 
perfeftionna plufieurs arts , & fur tout 
celui des Lettres , que fon père , qui les 
avoit apprifes de Noé , lui avoit enfei- 
gkiées. Il &t même ^inventeur de cett^ 



1DE$ FABLfiS. ^ 

manière d'écrire par les Hiéroglyphes ^ 

fi fameulè dafis k fuite en Egypte* Ce 

Thot étoit contemporain d'Efciuape fbit 

frère , qui régnoir à Méndès , comirtd 

nous le dirons en fon lieu. Il ^ut eiico«> 

te diftinguer cet ancien Mercure d'uit 

autre de même nom $ qui régna aufli en 

Egypte i que Marsham appelle ( I ) Mer- J ' ) c*«« 

cure fecond, & qu'on dit être fils dé ^^""^^ 

Vuldâln. Celui-ci fut TAutéur de cei 

anciens Livres concernant là Religion , 

Se les cérémonies que les Egy^rtlen* 

|>ratiquoient avec tâht de vénération, * 

comme nous Papp^nd Manethoii dânft 

Syncelle. C'eft des avions de cet ancieil 

Roi d'Eçypte , dôttf les Poètes érecs 

ont orné THiUolre de celui des Mercu^ 

fts qtt*ils ont dit êti^e fils de Jupiter Se 

de Maïa , quoiqu'il n'ait vécu que quet 

ques fîécles après* 

Le fecond de des Meroures vlvoît^ 
felon Eufebe (4) , urt peu après Moyféi (i) tu Chm. 
envirèn cînquatlfé anis après que les* ïfr 
raëlites furent fortls d'Egypte ; A pat ' * ' 
eonfëqueht , il éft poftérieur au fils de 
Jupiter , Contemporain" d'Hase* Saint 
Clément d^Aléxandrie (J) fait une lori^ (,) $^m, 
gue énaitiéi*atioh des LivVes de ce **^* 
MerCiire féconde fi connu fous le nom 
de Trifiriégifte f ett trois -fois grandV - 

Aij 



I if ExPUGATïON HISTORIQUE 

gù'i! fait monter au -nombiie de quaran-f 

te-?deux volume^ Ces Livres traitoient 

d§ la Théologie, de l^Aflrologie Se de 

U Médecine. On les portoit dans les 

Proc^ijîons avec beaucoup dç cérémor 

pie^ & de re^ed. Ces Livre font perduç 

depuis longrtçrasj & le Pîmandre de 

IVIercure.eft un Livre apocryphe, com^ 

ijije le prouve le %avantCafaub6,n, aufr 

^-bîen <jue ceu^c de fes autres Ouvrages, 

(I) L. I. & ^çn% parle laint Cyrille (i). Dès le téms 

îi*"""^ "^^ paêtne de Galien , on faifpit courir de$ 

^' Livr^ de Médecine fous le nom de ce 

jPrkice , que ce fameux Médecin dit être 

de^sLp\^^ ^^ ^ fuppofés (2). 

éU. vIcHit, ; S^* Il paroît qu'on a donné le nom de 

Merciire aux Princes <jui a voient quel-r 

:<^u^-une$ de fes qualités. Aihfi il nQ 

faut pas s*étonner de ce qu'on dit de^ 

chofes lî contraires du même Prince , n} 

Àt cû grand nombre de voyages qu'on 

'.. '.) )idrjEait faire , & dp tjiat de femmes & 

(3) N4/4)i/, à^^ïfy^s.q^oti lui a donnés (3). On peuj 

'•^''^* .f^c^ • ajouter , que ce qui a pott^ 

jif àucowj) de cottfuîîon daçs l'Hiftoire 

dfS Merpure » ê'eft la pluralité des noms 

, qu'pnlui donnoit. Les uns l'appelloient 

\; .. Jierffifs -^ /fffi 'Vepj: dire Interprète. Les 

' J^^ms' 4^erçi^ius , 4 \^er€sturâ , k càufe 

^q^'il étoit le Piçju dçs Marchands j Cjlr 



î>És Fables. f 

Unïus] ou parce qu'il étoit fils de Cyt 

lene , ou né fur une montagne de ce nom 5 

Nomius , à caufe des loix dont il étoit 

Fauteur; Camillus ^ parce qu'il étoit te 

Meflagef des( Dieu^ : Les Cartagînois 

l'appelloient Sûmes , par la même ra!* 

fon : Les Egyptiens , Phtne (i) ; les ^^'^^^^"1' 

Alexandrins , Thot ; les Gaulois, Theu^ 

tôt : Et tous ces noms lui étoient donnés 

pour marquer l'éloquence de ce Prince. 

On le nommoit Fialis , parce qu'il pré- 

fidoit aux chemins ; ^uadratus , parce 

qu'on le repréfentoit anciennement fous 

la figure d'une pierre duarrée ; Tricepr^ ' ' 

parce qu'il étoit également parmi les 

Dieux du Ciel 9 ceux de la Terre y Sc 

ceux de l'Enfer \ voyageant par tout 

avec fes aîles ; Agonius , parce qu'il pr'é- 

fidoît aux Jeux Agonaux , dontil étoit 

l'inventeur j aififi de plufieurs autres 

nonis , qu'il tiroit des lieux où il étoit 

honoré , fur lefquels vous pouvez coi>- 

fulter à loifir les Mytliologues. 

Enfin , on peut dire qu'on à gâté fbn • 
Hiftoire par u^ie infinité d'allégories qui 
ont rappor^^aux grandes qualités de ce 
Prince^: comme, par exemple , cellç 
d'une chaîne d'or, qui fortoitde fa bou- 
che, Se qu'il attachoit aux oreilles de 
ceux qu'il vouloit conduire ; pour mar- 

A 11 j 



4 Explication htstceiqu* 
^uer que ce Prîncç enehaînoit U$ cqôuï» 
& les efprits par la douceur de fou é\oi 




t. 



Ambre , pour faire aîlufion à la Fable qui 
difoit qu'il conduifoit les âmes en Ew- 
fer ; Se au'ainfî il étoit tantôt fur k Ter- 
re, ou dans le Ciel, & tantôt dans le 
trifte Royaume de Pluton ; ou par rap- 
port à fon caraftére (a). Ainfî les Egy- 
p tiens le repréfentoient avec une tête de 
(i)Seryiiêf9 chien, pour marquer Ùl vigilance (i)^ 
n^neid. /. & ils Fappelloient /fmtis ; ou par rap^ 
port à la Planète qui porte fon nom-, 
comme vous pouvez le voir dans les 
Auteurs qui parlent de ce Dieu, Ces 

{principes ainfî pofés, tâchons de dével- 
opper ce qu'il y a d^Wfforique dans h 
Fable de Mercure , je veux dire du file 
^e Jupiter , Se de Maïa fille d*At- 
Cz) H^fioa. las (2). 

merV^g: ., Après, ja mort de Jupiter fon père» 

Hotat. &c. û eut 1 Occident pour fon partage > 

- c'efl-à-dire l'ItaUe , les Gaules , & l'EI^ 

. (a) Apul^ renferme en aureÀ fdcu fitUmit , 4f« 

peu de paroles tontes ksdif- toUetu canit cervUes jc^- 

lereote* maniérée de repté- tUm^, leva CdJtueum gê* 

|enrer Mercure i ItUSupe- rens^dextfÀ TsrmMtm vi*. 

fàm , inquit > Commtdtw &> rtuttm quatittu* Lifa* i U ' 
Ànftrim , «M9c utri ^ ummc 



fyagoe même 9 où il fut maître abiblu 
après la mort de Ton oncle Pluton ; Se 
les MauritanieSy après celle de fba 
Çrand-pere Atlas. Cétoit un Prince 
tort rufë 9 fourbe , artificieux Se diili- 
mule : il voyagea piuiîeurs fois en 
Ë^pte pour s'inilruire dans les mœurd 
Se les coutumes de cet ancien peuple » 
& pour y apprendre la Théologie , fur 
tout la fiinefte fcience de la Magie , qui 
étoit alors fort connue » & où il excella 
tui-même par fa Cuite : auffi fut-il regar- 
dé comme le grand Augure & le Devin 
des Princes Titans , qui le confiiltoient 
ificeflàmment. Jupiter lui-même 9 de Ton 
vivant, Favoit employé Ibuvent dans 
cette Science : & c'efl , pour le dire en 
^fTant, ce qui a donné occafîon aux 
roëtes de le faire pafïèr pour l'interprè- 
te des Dieux. Quelques Auteurs ne 
prennent pourtant pas cela à la lettre ; 
& difent , que Mercure n*a pafle pour 
Interprète des Dieux , que parce qu'il 
apprit à fon Peuple le culte dont ils 
voul oient être honorés. Ses voyages 
en Egypte lui fèrvirent beaucoup à ce- 
la, s'écant fait initier dans tous leurs my« 
fléres. Se ayant appris leurs cérémonies, ' 
Jupiter le (èrvit fort utilement de l'élo- 
quence de ce jeume Prince > l'ayant em* 

A iiî j 



'S Explication historique 

ployé dans plufieurs négociations dsrts 
les guerres qu'il eut avec ks Princes de 
fà famille; l'envoyant en plufieurs en- 
droits , pour traiter avec eux : & c'eft , 
.fans doute, ce qui Fa fait paflèr auiS 
/'ri ri^"'' .pour le Meflac:er des, Dieux (i) ; ce qui 
f. 3», ^ -auroit ete exprime plus heureulement, 
fi on l'avoit appelle leur Plénipoten^ 
tiaire. Comme il les raccommoda fou- 
vent enfemble , on l*a regardé comme le 
Dieu de la Paix & dés Alliances. Jupi- 
. ter l'employa auflî à faire réuffir quel- 
ques-unes de fes intrigues ; & il eut le 
fécret de fes galanteries ; 5c c'efl , fans 
doute 9 ce quiTa fait pafler pour le con- 
fident de fes amours , & lui a fait mê- 
me donner un emploi tout-à-fait indi* 
(a)Ath.l.xo. gne(a). Mercure contribua beaucoup, 
par la force de fon éloquenceôc la polî- 
tefle de Ces mœurs , à cultiver Teiprit de 
fes Peuples, à les rendre dociles, les 
unifiant enfemble par la fociété & le com- 
merce , & réprimant le vice par des loix 
jfages & févéres. Ce Prince avoit perfec- 
tionné plufieurs Arts. Les Gaulois , qui 
Thonoroient fous le nom de Theutat , & 
lui ofiroient même des victimes humai- 
(3)L.x. C.2I. nés», comme Laftance (3) & Lucaîn 
(4) Pharax. ^4) nous l'apprennent , le regardoient 
£omme l'inventeur 4^ tous les beaux 



BEs Fables. p 

Arts , fuivant Céfar (i)- Enfin , on peut (0 Com. 
dire que jamais Prince ne s'eft rendu plus "*"^^ ** ^• 
recomn\andable par fes belles qualités , 
& n*a été plus chéri de fon Peuple. Ce- 
pendant il avoit des défauîtss A étoit 
du nombre de ceux qui rfont rien de 
médiocre ; ce qui obligea les autres en^ 
fans de Jupiter , peu contens de fa con- . . 
duite & de fon humeur inquiète & artifî- 
cieufe , à lui déclarer la guerre ; pendant 
laquelle , ayant été vaincu pluiîeurs fois, 
il prit le parti de fe retirer en Egypte i 
où il mourut. D'autres croyent qu'il fi- ^ ^ ^ p^^ 
nit fes jours en Efpagne , où Ton voyoit Pciron, Ant. 
même fon tombeau (2) : rfiais la Chro- ^^/^eh'ir 
nique d'Alexandrie , & Suidas (3) , di- (3) sur le 
fent qu'il mourut en Egypte. ^ ™^* ''•'^•*- 

Permettez - nous , dit Alcîdon , de 
Vous demander l'explication de la f'able 
qui dit, que Mercure cohduifoît Ids 
âmes en Enfer avec fon Caducée , & ra- 
flîenoit celles qui dévoient revenir en ce 
nionde (4). Seroit-ce parce que ce Prin- ( 4 ) Vitg. 
ce conduifit de fon vivant quelque^ Go- ^'**^* ^ 
lonies en Efpagne dans le Royaume de 
fon oncle ? ou plutôt n'eft-ce pas une 
cérémonie Egyptienne qui a donné lieu 
à cette Fable ? Virgile , qui nous ap- 
prend que ce Dieu cônduifoit les âmes 
dans les Enfers, n'a fait que copier Ho- 

A V 



/ 



lo Explication historique 

jnere, OdeiOy qui ajoute qu'on nepoi^ 
voit pas même mourir , fi Mercure ùe 
venoit rompre ks liens qui attachoienc 
l^ame au corps j ce que pourtant Virgile 
attribue à iris* .Que^efoit une céré- 
monie que . pratiquoient les Egyptiens 
ijui a donné lieu à Cette Fable , c'eft ce 
(i)L.t.fii 5P^ Diodore nous s^prend (!)• Les 
-^* Égyptiens , dit-il j portoient le cadavre 

d'Apis en un certain lieu,^& le mettoienc 
enfuite entre les mains de quelqu'un f. 
pour le conduire au lieu des fepultures ^ 
Ce qu'Orphée , qui avoit voyagé ea 
Egypte » apprit aux Grecs ; Se eàluite 
Homerè Taccommoda à Mercure* Ne 
iéroit^ce point aufS parce que ce Prince 
étoit l'Auteur d'aune certaine loi d'Egy- 
pte 9 qui ordoimoit qu'avant de don- 
fier la lepulture aux morts , il falloit ju^ 
g er 6'il5 en étoîent dignes ? Les Juges^ 
établis pour cela faifoient des inf<^ma?- 
fions ^ qu'on UToit publiquement fur les 
bords duilac Achérufie y comme nous le 
. verrons en parlant de l'Enfer des Poètes. 
' iAiniî on peut penTer que ce Prince afli- 
ftoit en perfonne à ces jugemens» pour 
mieux raire obièrver la loi;. ce qui fit 
publier dans la fuite qu'il conduifoit Id^ 
mime les âmes en Enfer. 
Ces conjeâures font heureuiCes ^ dit 



DES FaBLeI. II 

l'Abbé* On peut ajouter cependant, 
après Lacerda (i) , que cette Fable tire , (0 Su? le 
peut-être fon origine d'une coutunne pra- J'^^'^ foi^-ilt 
tiquée chez les Athénien^. Lorfqu'ib 
avdient condamné plufîeurs criminels à 
la morr, ils ne les (upplicioient qu'en 
différens jours ; & celui qui paflbit le 
premier étoit appelle Mercure , parce 
qu'il montroit aux autres le chemin de 
l'Enfer. Mais je crois que cette coutume 
étoit plutôt une (ïiite , qu'une origine de 
cette Fable j & qu'on ne donnoit le nom 
de Mercure au premier fupplicié y que 
par allégorie à la fonction de Mercure, 
quiconduifoit les âmes en Enfer. (2). s^^o^d^ri! 
Mais , dit Eliatite , qu'eft-ce que le Ca- ftop'h^ mx si - 
Ajcée de Mercure, ou la baguette avec ""• 
laqueUe il conduifoit les âmes en En- 
fer f C'eft,dit l'Abbé, aue ce Prince 
inventa quelque g^nvt <îe Poëfie que 
nous ne <:onnoiflbns pas , qui , par £1 
douceur & fà cadence , étoit propre^à 
tranquillifer les fens ; & on l'appeUa 
Cjllems , parce qu'il excîtoît à clormir 
avec fà Poëfie cadencée (5) ; & on avoit 0) Uctt^* 
accoutuftié, dans les feftins, de lui of- J,V'" ^*^* 
frir le dernier verre de vin , comme le 

Ïrécurfeur du fommeil , dont il étoit le 
)ieu. Pieiit-^re, après tout, dit Elîan- 
te , que cette Fable n'eft fondée que fur 

A Y| 



11 ExPLieATlON HISTORIQUE 

ce que vou» avez dit, que Mercure; 
étoit adonné à la Magie* & qu'il s'ap- 
pliquoit à la Nécromantie, exerçant Fart 
myftérieux d'évoquer les m<M*ts, comme 
la PythonifTe de TEcriture-Sainte ; ce 
qui ne fe pratiquoît pas fans .cérénio- 
jiies & fans baguettes. L'Abbé & At 
cidon louèrent fort la corijefture d'E- 
liante ^ & avouèrent qu'elle approchoit 
plus de la vérité que les autres. On re^ 
.^ardoit , continua l'Abbé , le Caducée 
de Mercure comme le fymbole de la 
paix ; & la Fable en rendoit cette rai- 
îbn : c'eft que ce !Pieu ayant trouve 
deux Serpens qui fe battoient, il les avoit 
appaifés en les frappant de fa baguette » 
qu'il porta toujours depuis environnée 
^de d^x; Serpens. Athénagore en rap- 
porte une autre raifbn : Jupiter, dit-il , 
devint amoureux de Rhéa ; & celle-ci > 
pour éviter fes pourfuites , Ce changea 
en Couleuvre ; mais 1# Dieu amoureux, 
. que, cette -métamorphofe ne rebuta point, 
. fe changea en Serpent. C'eû, ajoute le 
même Auteur, ces deux Serpens qu^e 
Mercure porte fur fon Caducée. Je croi- 
Tois plutôt , dit Alcidon , que ce Cadu- 
cée n'étoit que la baguette dont fe fer- 
. voient les Ambaffadeurs, ou les Hé- 
.jrauts qui armpnçoient la p^.ix», . . 



pxs Fablej, ï^ 

' Conune je fuis en train de conjeftu- 
îer, reprît Eliante, permettez-moi de 
hazafder quelques imaginations qui me 
paiTent par la tête. Je crois , par exenî- 
ple , qu^on n'a fait pafler Mercure pour 
le Dieu des Larrons , que parce qu'il 
etoit un peu lui-même de Thumeur de 
ces peïfonnes qui portent envie au patri- 
moine de leur prochain ; ou plutôt 9 fans 
tadiaer , c'étoit un de ces capitaines 
fins & rufés , dont les conquêtes peu- 
vent pafler pour des filouteries, Lucien 
.(i) nous dit, reprit Alcidon, que Mer- (x) Dîtio»- 
cure , dîUîs fon enfance avoit volé le r»^ ^^ Vui- 
Tridentde Neptune, les Flèches d' A- l'Z^^'^' 
pollen , PEpée de Mars , & la ceinture 
de Venus; je penfe qu'il avoit voulu 
faire allufion à fon adreffe. A propos, 
dit Eliante , vous n'avez pas expliqué 
pourquoi Mercure fut chaffé du ciel. Je 
crois, répondit l'Abbé, que cette Fa- 
ble ne regarde pas notre Mercure , mais 
quelqu'autre Prince qui portoit le mê^ 
anenom, & qui vivoit long-tems après, 
Chafle de la Cour , il fe retira en Thef- 
falie, où l'on dit qu'il garda les trôur 
peaux d' Admete ; ce qui n'efl: pas diffi- 
cile à croire , la vie pailorale n'étant pas 
alors indigne des enîans mêmes des Rois, 
Vous fçavez qu'on dit qu'il yola , pour 



if4 Explication HrtToTdQtJK 

fe divertir ^ le« Bœufs d^ApoUon ; & 
que le Berger Battiïs, <jui découvrit ce 

jMecam T^*^' ^^^^^'^^ ^"^ chstïgé en pierre de touche ( 1 )? 

Fable qui n*a d'autre fondement y iinoûf 

que Mercure avoir caché ce« Bœufs près 

( 0^«*»'- du tombeau de Battus ( 2 ) ; & que ce 

».f.ii« Uerg^er cft le premier qui a trouvé ut 

Pierre de touche* Boccace appelle ce 

MercutefStiflhi & il le fait vivre dû tem^ 

de Phoronée. Cfe donnoit lé même non» 

à la Planète de Mercure ; & il veut dire > 

(i ) rîMhê , 9^ ^ ^^ fé€t4t (3). Elnfih ^ continuê-t-il ^ 

^tnit: ' les Anciens donnent tant d'emplois à 

Mercure , qu'il n'étoit jamais^ en rcpo« 

(4) V. DiaU (4)» Meflager Se confidfent des? Dieux > 

de wSa & d^ ^^ ^^^^^ ^^" ^® toutes Icuf» atiiires» tatit 
Mexcoxcb <ie celles qui re^;ardoient la paix Se la: 
guerre, que de l'intérieur de leur pakia 
célefte^u'il étoit obligé détenir propre j 
de leur loumir Se (èrvîr de l' Ambrofîe ; 
de préfider aux Jeux r aux Aâèn^ées ; 
& d'écouter Se de répondre aux Haraiï*- 
•^es publiques , dtc. : ce qui me ferok 
croire que ce Prince étok le Surinte»- 
dant des afiaires de Jupiter ^ Ton Minière 
d'Etat, Se le Grand-Maître de fa Mai- 
6m ; Se cette idée ne doit pas paroîtiç 
bigarre , puifqu'il eft fur que les Poètes 
n'ont fait que nous propofer , fous des 
idéess fid>Umes de Dieux » de Ciel , Se 



i>E^ Fabx^es. If 

tfOlympe^ THiftoire des Princca Ti- 
tans j & (jue le plus fur moyeu de réut 
£r à expliquer les Fables > c'eft de les 
humanifer, & de ne s'écarter que le 
-moins que l'on peut des anciens Poètes* 

Pounroit^on, dit Eliante,^ vous de*' 
mander pourquoi on a donné à Mercure 
un équipage û lefte ; des ailes aux tar- 
ions & à (on chapeau 9 uncafque à la tête 
& un caducée à4a nsain (i ) f On ne fçau- ( {yvh^Jbai 
roit, répondit TAbbé, l'expliquer que ^^;^^'^*"^ 
par des allégories aux emplois qu^on a ^ 
conné à ce Dieu* Ses ailes marquent fk 
légèreté , ou piutôt la diligence des Map» 
dmnds , dont U étoit le Dieu : le cafque^ 
le fécret des intrigues & des alSEiires po^ 
litiques, dont il étoit l'arbitre : la b^ 
guette , le pouvoir que lui donnoit Ton 
père ; & le cocq qu'on mettoît aux pieds 
de fes ftatuës ,. étoit le iymbole de la vi- 
gilance ; ainfi du reile* 

Le culte de Mercure n^avoit rien de 
particulier 9 fînon qu'on lui oâroitles 
langues des viâimes (2), pour marquer (*)Wo«n«* 
par-là l'éloquence de ce Dieu. On lui o£- 
Iroit , par la même raifon ^ du miel & du 
lait(3).On lui immoloit auffi quelquefois (3>^#iï«* 
des CoMs & desVeaux* Il étoit fpéciale- ""'• 
«lenthcMoré daiis les Gaules (4) > & en < * > ^^ 
iiig/pte, au les Prêtres Im conlacrojeat 



l6 ExPnCATrôN HTSTORIQUE 

w^ldlpo'**'' ^^ Cicogne (i) j qui étoit ranimai le pluî 
renommé parmi eux , après le Boeuf. 

Il ne faut pas oublier , an refte , que 
le fçavant Bochart croit que l^Hiftoire 
de Mercure n^a été dompofée , que fiir 
(0 Phaicg. celle de Chanaan (2); & il en fait un pa- 
-^'^* rallelé fort ingénieux. L*un & Tautre, 
dit-il, a paffé pour être le fils de Jupi- 
ter, ou d'Ammon, qui étoit le même 
. que Cham ; Tun & l'autre a pris fon nom 
de la Afarchandife (a). La même raifbn 
qui a fait dire que Chanaan étoit le ferî- 
.viteur de fey frères, a fait dire que Mer- 
cure étoit le Meffager des Dieux. On n^a 
donné à Mercure le foin des chemins , 
<jue parce que les Phéniciens, ouCha- 
nanéens y fortis de Chanaan , voyagèrent 
beaucoup , & établirent par tout des co»- 
lonies. Les ailes de ce Dieu font les voi- 
les des vaifleaux des Phéniciens. Il n'a 
pafle pour être le Dieu de FEloquencèi 
& on n'a dit qu'il avoit inventé les Let- 
tres , que parce que les Phéniciens en 
portèrent Fufage dans l'Occident^ On 
pourroit penfer que l'Hiftoire de Cha- 
naan a fervi à embellir celle de Mercure, 
ou plutôt celle de Moyfe, fi connue en 

Ki)Tr4B,<ie Kgypte 9 où ce Dieu avoit iK^yagé. 

Mt/cmh. ^y[0j JeanNicolaï (3) croit que Mer- 

a>) Mercuùuf , à MeUAturd : Chanaan , en Htbret»^ 
lignifie la même chofe. 



cntz eftle même que Moyfe ; Se compa-*- 
re la Verge myftérieùfe de ce Légifla- 
teur au Caducée de Mercure. Mais c'efl 
affez parler de ce Dieu : Difons quelque 
chôfe d^une Déeflè, à qui on a donné à 
peu près les mêmes emplois. 

Comme Mercure étoit le Meffager i r x ^ 
des Dieux , & Iris leur Meflagef e , c'eft 
ici le lieu de parler de cette Déefle ; Se 
il eft bon de remarquer d^abord , que i 
comme c'étoit prefque toujours Jupiter 
qui fe fervoit du miniftére de Mercure , 
c'étoit auffi Junon qui employoit Iris , 
pour l'envoyer fur la terre. Vous ne 
vous attendez pas , fans doute 9 que je 
vous apprenne rien d'hiftorique au {iijet 
d'Iris , qui eft une Déefle purement phy- 
fique: cependant, comme la Mytholo- 
gie Grecque perfonnifioit tout , on a fait 
de riris , ou de TArc-en-ciel, une jeune 
perfonne , vêtue d'un habit de diverfes 
couleurs, toujours aflîfe auprès du Trô- 
ne de Junonr , & prête à exécuter fes or- 
dres. On lui a formé une généalogie 
(i) j & ona dit qu'elle étoit fille de (,)H^fio<l. 
> Xhaumasr, perfonnage poScique , dont le Théog. 
nom, tiré d'un mot Grec', veut dire, 
fadkire; ce qui, après tout , marque 
bien la quaKtédu météore qu'on a vou- 
lu décrire > qui^ en.e&t eft merveilleux* 



î8 ÈxPlIGATtÔN MiSÏOitîauÉ 

Comme rien n'attire plus notre admir»^ 
tiori que T Arç-en-ciel , je ne fuis pasr 
étonné qu'on en ait^fait une Divinité i 
' W i>eN4/* M Et certes, dit Cotta dans Ciceron (ï)^ 
*^' *^ » il la Luùe eft ufte Divinité , il fauf 
M que l'Etoile du matin 9 que les autres 
» Planètes , que toi^ites le^s Etoiks fixesr 
n foient de même condition. Et pour*' 
• quoi n'en fera pas l'Arc-en-ciél j cet- 
» te Iris fi belle , û admirablement bet- 
IV le , qu!on à dit avec ^aifon -qu'elle 
» étoit fille de Thaumas f « L@ nont 
d' Eleàre ; qu'on difoit être la mère de 
l'Afc-eii-ciel , & qui {ïgnifie Ufplendeur 
du SqU'U i êc celui d'Jëllo , qu'cm lui 
donnoit pour iœur f & qui veut dire ^ 
Tempête , lui conveiioient parfaitement >^ 
puifqu'il faut en effet que le Soleil lul- 
ie 9 Se que le tems foit difpofé àla pluyç 
ou à Porag^. 

Irîs^ étoit tellement attachée à Junony 
qu'elle ne la quittoit jamais. Et Calli*^ 
ma(][ue nous apprend » que quand elle 
avoit bcfoin de repo^ , elle a'appuyoit 
contre le Trône de la Déeffe. C efttou^ 
jours Junon qui l'employé : & ApoUoB» 
(i)ArgoiMmt. nius de Rhodes (2) nous apprend, qu'el-» 
(3) Mçt.1. é. le l'envoya à Thétis ; & Ovide dit (3) ^ 
ue cette mêmeDéefle voulant appren- 
e àAlcyone le naufrage de Ceyxfon 



ï, 



DES Fabiks. if 

imxi j lui ordotma d^aller dans le Palais 

du Soleil. Cependant elle étoit quel- 

<]uefois, mais rarement^ la Meilàgere de 

Jupiter, aînfî qu'il paroît par Homère (î) (i) mîiiL l.f . 

Se par Valerius Flaccus (:2). Ij^lais Ton {%) Axg«« 

emploi le {dus important étoit d'aller ■•"*• 

coupef le cheveu fatal des femmes qui 

alloient mourir ; car on étoit perfiiadé 

qœ , comme il falloit que ce mt Mer-> 

cure qui y par ordre de Jupiter 5 fît fortir 

les âmes du corps àts hommes prêts à 

mourir, il falloit que ce fut Iris, envoyée 

par Junon , qui délivrât celles desfem^ 

jnes. Auffi voyons-nous dans Virgile (5), (*) Xùtïà^ 

que Junon l'envoya pour couper ce *• 

cheveu fatal à Didon , après qu'elle iê 

fut percé le &in. 

Cependant f comme Iris n'étoit pas 
toujours occupée à de fèmblables en^ 
plois , elle avoit foin dans fes momens 
de repos de l'appartement de fa M aî« 
trefle , dont Théocrite dit qu'elle faiibit 
le lit* Lorfqiie Junon revenoit des £n« 
fers dans l'Olympe, c^étoit Iris qui k 
purifioit avec des parfums , ainfî que 
nous TapprendOvide (4).Telle efl l'idée (4; VLiu L «< 
que les r oëtes donnent de cette Déeflê, 
en confîdérant Junon comme l'air grof- 
fier où (è forme le météore de l'Arc-en- 
ciel Pour revenir à des Divinités plus 



2Ô Êxi»LlCATlOSr ftlSTOUlQUÉ 
réelles, parlons maintenant d^Apollblt 
&: de Diane« 
hiftôïte Nous n'avonsf pas beaucoup de Itm 
d APOLLON, j^^j^^^^ ^^^,^ j^j^^ démêler rHiftoire 

d'ApoUon. Qtiêlquers . Auteurs diferit 
même que ce n^étoit qu'un' pèrfonnage 
métaphorique ; & c'eft ce qui a faitpen- 
//iil^*''"^'* fer au fçavant Voffius (i) qu^iln'y avoit 
jamais eu d'Apollon , & qu'on ne de- 
voit entendre autre chofe par cette pré- 
tendue Divinité y que fe Soleil. Voixi 
comme il: explique tout ce ç[\i^x)n en a 
dit. Si l'on a fait pafler Apollon poxir 
être le fils de Jupiter , c'eft que ce Dieu 
a toujours été regardé par îey Grecs» 9 
comme l'auteur du monde. On a dît 
que fà mère s'appelloit Latone, nom qui 
lîgnifie/i? cacher ^ Latona, à latende, parce 
•qu'avaiît que le Sôletl fôt créé, tout 
étoit caché dans l'obfcurité , ou parce 
que tout être eft tiré de la matière oik 
il étoit aujJara vant. On ajoute qu'il étoit 
né à Délôs , nom qui fignifie manifefta* 
ïw» , parce que cet Aftre découvre tou- 
, tes chofes. On repréfente ce Dieu tou* 
jours jeune & làns- barbé, parce mie le 
-Soleil ne change point , ne s^aftoihlit 
point , &c. Son arc & fes flèches mar- 
quent fes rayons. On dit qu'il étoit Fîn- 
yeateur de k Médecine» parce qicele 



DES F ABLESe It 

Soleil fait croître les plantes dont on 
compofe les médicamens. Cet Auteur 
ajoute 5 que toutes les cérémonies du 
culte d'Apollon avoient rapport au So- 
leil. Il pouvoit ajouter, encore-, quCf 
pour la même raifon, tout fon -équipa» 
ge& fes. habits étoientd'or, qui eft la 
couleur du Soleil ; & il conclut qu'on 
»e doit pas chercher autre chofe dans 
cetft Fable , & qu'Apollon n'eft qu'une 
Divinité ;iaturelle : qu^enunmot, c'eft 
cet Aftre brillant qui devint , par fon 
utilité & fa beauté , le Dieu de toutes les 
Nations , Se auquel tous les autres peu^ 
vent fe réduire. 

Il eft bien vrai que Les Anciens ont re»- 
gardé Apollon comme le Soleil ; qu'ils 
en ont dit même une in&iité de choies 
qui regardent cette Divinité , entant 
qu'elle repréfente 1? Aftre du jour : mais 
cela n'empêche pas qu'il n'y ait eu un ou 
plufieurs Princes de ce nom , dont la vie 
& le caraftére ont donné lieu à les àéu 
fier, pour être les fymboles du Soleil. 
Cicerofi ( i ) croit qu'il y a eu quatre (OD^Nvr; 
ApoUons. Le' premier, félon cet Auteur, ^"''•'' '* 
étoit fils.dç Vulcain ; le fécond étoit fils 
deCoryhante, né dans l'ifle de Crète, 
& qui difputa la fbuveraineté à Jupiter. • 
lui^njêrne. j le ttoifiéiae étoit fils de Ju-«^ 



12 Explication historique 
piter & deLatone; & c'eft celui-là qui 
vint du pays des Hyperboréens jufqu'à 
Delphes : le quatrième étoit originaire 
d'Arcadie 9 doat il ne nomme pas les pa« 
rens ; & c'eft^ celui qu'on fumommoiC 

Des quatre Apollons dont parle CI« 
ceron , il paroît que les trois derniers 
ëtoient Grecs , & le premier Egyptieiu 
Cet ancien Apollon s'appelloit 09xs ^ 

(t)t.u fi nous en croyons Hérodote (l); & it 
étoit fils d'Ofiris ou Bacchus , Se d^Ifi^^ 
Latone» fuivant cet Auteur» ne fut que 
ik nourrice ; & ce fut elle qui le fàuva 
des perfécutions de Typhon, en le £ai^ 
iknt cacher dans l'ifle de Chemnis , qui 
eft dans im lac auprès de fiutès, qui étoit 
le féjour de Latone. Pauianias eft du 
même avis qu'Hérodote ; & il range 
Apollon au rang des Divinités d'Egy-* 
pte , puiTqu^il dit qu'un certain Sénateur, 
nommé Antonin , fit bâtir à Epidaux'e 
un Temple à Efculape & Apollon,Dieux 

it) L. a. Egyptiens (2). Le témoignage de Dio^^ 
dore eft encore plus formel , puifqu'il 
dit, en parlant d'Iiîs , que » cette Déeflè 
M avpit inventé la Médecine , & qu'elle 
M . en aVoit communiqué la connoiftànce 
** tt à Orus fon fils , qu'on nomme Apol<« 
m loui après lui avoir rendu la vie > que 



desFables. 25 

les Titans lui avoient ôtée. «« Le même 
Auteur ajoute, qu'Orus fut le dernier 
des Dieux qui régna en Egypte. Ce- 
pendant le-Chevalier Marsham (i) met (ij BSUU fi 
Orus à la tiête de la Dynaftie des De- 
mi-Dieux^ & lui donne vingt-cinq ans 
de régne. Ce dernier Auteur le diftin- 
gue non-feulement du Soleil» qu'il dit 
avoir régné le fécond dans la première 
D)maftie , après la mort de fon père 
Vulcain ; mais auffi d'Apollon , qui ne 
fut que le huitième de la îèconde Dyn^* 
ftie. Ainfî y foîvant cet habile Auteur » 
S9I , Orus & Apollon, étoîent trois per- 
fonnes fort diftinftes , & qui ont régné 
en des tems aïïez éloignés les uns des 
autres. 

Quoîqu^il en foit , il eft iur que I* A-^ 
poUon Egyptien eft le modèle de tous 
ceux qui font venus dans la (uite , llir 
tout de celui qui paffa pour être le fil» 
de Jupiter. On ne lui a attribué l'in- 
vention de la Médecine , que parce qu'Iv 
fis fa mère la lui avoit apprife j & on nç ^ 
Pa regardé comme le fymbole du Soleil, 
que parce que l'Egypte l'avoit adoré 
fous cette qualité. Si on lui a imputé 
des Oracles^, c'eft que dans l'Egypte ce 
Dieu en avoit un , aînfî que Latone $ 
comme nous I''apprend Hérodote. ^ 



a^ Explication historique 

li ne faut pas cependant conclure de--?' 
là , qu'il n'y a point eu de véritable 
Apollon parmi les Grecs ^ puifqu'il y a 
fiu plufîeurs Princes st qui ils ont donné 
ce nom , & qu'ils ont même chargé l'Hi- 
floire de celui qui étoit fils de Jupiter âc 
de Latone , des avantures de tous les, 
autres. Mais, avant que de vous ap- 
prendre ion Hiiloire ^ il eft bon de vous 
dire de quelle manière ce jeune Prince' 
devint dans la Grèçje le fymbpje du So- 
kil. 

Les Grecs , en étudiaat la Théologie, 
des Peuples d'Orient, apprirent qu'une 
de leurs plus anciemies E>ivinités étoit 
b Feu j & que le Feu par eflènçe, pour, 
ainlî parler , étant dans le Soleil , on; 
ayoit adoré cet Aftre fous le nom de 
quelqu'un de leurs Rois : Les Chal-r 
déens j& les Phéniciens, fous le nom de^ 
Bélus ; les Aflyriens , fous celui d'A- 
donis; les Egyptiens, fous celui d'Ofî- 
^is & d'Orus fon fils; les Etliiopiens, 
fous celui d'A/fabinus ; les Ammonitesât 
fous celui de Moloch ; les Moabites, 
fous celui de Béelphégor ; les Perles,, 
fous celui de Mithras, Ainfi , ayant vou- 
lu les imiter , ils cherchèrent parmi leurs 
Princes quelqu'un qu'ils pûflènt régar- 
der coHîunç le iymbole de cet Aftre ; & 

il$ 



T>ES TaBLISS. . ay 

fls n'en trouvèrent point à qui cette qua- 
lité convînt mieux qif à leur Apollon ^ 
qu'ils fubftituérentàla place des ancien- 
nes Divinités de l'Orient. Ainiî je croîs 
qu'on pourroit^ fans trop s'éloigner de 
la vérité 9 rapporter ainfi fon Hiftoire : ^ 

Jupiter 9 troijlîéifie du nom ^ Roi de 
€réte , étant ^venu amoureux de quel- 
que belle perfonne, Junon en conçut 
beaucoup de jaloufie j & ^ant mis 
dans fes intérêts un certain Typhon ^ 
ou Python , il perfécuta û fort la 
rivale de cette Déefle , qu'il l'obli- 
gea d'aller fe cacher dans l'ifle de 
Dëlos , où elle accoucha d'Apollon <St 
de Diane. Ce jeune Prince étant devenu 
grand , fe mit en état de fe venger de 
Typhon ; & l'ayant trouvé près de Del- 
phes, il lui ôta la vie (i). La-delTus , oii* («jst^W, Li* 
fit des Fables. On publia que l'ifle jde* 
Délos parut tout- à- coup fur la mer ^( 
poui^favorifer les couches de Latone;^ 
Fable fondée fur ce que cette iflë avoiti 
été inconnue jufqu'alors : on lui donna * 
pour cda le nom de DéIos> qui, commei 
nous l'avons dit, fignifie ma^efidtionu' 
On ajouta, que Neptune l'avoit tkéc: 
du fond de la mer d'un couode Trident, : 
parce qu'on attribuoît à ce jDieu tbuit ce> 
3ui arrivoit de remarquable dang £bn 

TmcU. B 



^6 Explication historkjuh 

Empire ; & qu'elle n'avoît ceflTé de flot^ 
ter , que lorfque Latone fut accouchée 
^n quoi le3 Grecs font diâerens des 
EgjrptîeàSj ^ui publioîçnt que l'ifte de 
Ohemnis étoit devenue flottante y lorfi- 

Sue Latone y avoit caché Apollon Se 
>iane. On voulut nous repréfenter Ty- 
phon comme un monftre à pilleurs tê- 
tes. La choie ne fut pas difficile. Son 
Bom fignifîoit un ferpent ; & ce Capitair 
ne commandoit une troupe de bandits> 
Enfin f on dit que Junon r avoit mis aa 
monde, ou parcp que Typhon ëtoit de la 
race des Titans 3 fortis de la terre 5 doi^ 
Junon étoit le fymbole ; ^u parce qu'é- 
tant d'une naifTance obicure ^ Junon l'a?» 
yoit rendu fameux. 

' Apollon excella dans la Poëfie ôc 
iâans l'Eloquence ; & les Grecs ,, par 
une hyperbole qui leur étoit ordinaire^ 
1^ fi^ardérent comme l'inventeur de 
ces deux arts : peutrêtre même qu'il les 
fit fleurir dans la Grèce; ficc'efl ce qui 
a donné lieu au fyilême poétique de? 
Mnfes f àa Pamafle , du Pégafe , &€• 
On mit même au nombre de fes enfans 
tous ceux qui excellèrent dans ces deux 
arts y td[& que: furent Efculape > Linus^ 
Orj^iée f éc tant d'autres. 

i.Dans la fiiite » tout k .cuke d'Apol* 



D1B5 Faibles. ^ 57 

Ion «ut rapport à lès belles qualités^ ou 
au Soleil , dont il étoit le ^mbole* 
Ainfi le Loup à'^Ep ervier Im étoîent 
t^onfacrés , parce que ces animaux ont la 
*vûë très-perçante: le Corbeau & le Cy- 
gne , parce qu'on croyoit qu'ils avoient 
uo inftinâ^naturel pour annoncer l'ave* 
nir : le Laurier , pour la même raifon 9 
ttoit un arbre coniacré à ce même Dieu. 
Ceux qui en dormant avoient quelques 
feuilles de cet arbre fous leurs têtes 9 
cfOToient prédire l'avenir ; Se Porphy^ 
te (Ut que les Anciens le prédifbient uir 
le bruit que le Laurier faiibit en brûr- 
iant. On lui confacra aufli le Cocq ^ par- 
ce qu'il annonce l'arrivée du Soleil ; de 
la Cigale , païce qVelle honore par fba 
chant le Dieu de k M ufique. C'efl pow 
cela que les Athéniens portoient danis 
leurs cheveux ^Je petites Cîgdes d'or* 
Mais il eft inutile de nous étendre davarh 
tage fur ce fujet , après ce que nous ed 
avons dit en pariant de l'origine de l'I- 
dolâtrie j où nous avons fait voir ou' A- 
poUon , ou le Soleil , avoit été la Divi^^^ 
îûté de prefque tous les Peuples. 

PlufieurS lieux devinrent fameux pat 
les Oracles d'Apollon , fur tout la ville 
de Delphes. Mais comme nous en avons 
^cja parié , je n'ai rien à ajouter à cet , 

B ij 



àS Explication historiquje 

article 9 que quelques réflexions (ur4e9 
.Oracles en général. D'abord, fi vou$ 
.jne demandez la caufe de la fureur de le 
/Prctrcflfe de /Delphes , qui étoit quelr 
^uefois fi extraordînake qu'il lui en cou- 
toit la vic.;:je voys dird,, que rexhalair 
ion de la caveiïieipouvoit y contribuer. 
Mais , après tout , il faut avoir.recours 
.au Démon ^ dont le^régne étoit fi puiC- 
';&nt dans ces fîécles de ténèbres ; Se 
.quoiqu'on ne puiflè pas diiconvenir qu'il 
cntroitdans le dét^l des Oracles plur 
iîeui:5 .fiiperoheries des Prêtes , on ne 
peut <pas douter auflî^ aptes le témoir 
.gnagCiCxprès desiàints Percs , .& de plu- 
sieurs autres , dont il n'eft pas nécefbirc 
de parler ici , qu'il n'y eût quelque chof- 
iè de Surnaturel , coigme J a démontré 
le P. Balthus Jefuite^ ea réfutât le fyy 
ftême de Van-Dale , qui attribuoit tout 
aux tromperies des Prêtres. Eh, croyezr 
vous de bonne foi que s'il n'y avoit en 
que cela , les Oracles fe lèroient fouter 
.nus fi long-tems Se ^%ec tant d'éclat ? 
li'impofture fe dément ; je nvsn&nge np 
le foutient ,pas j il y afvçlt tjrop de té- 
moins : on impofe pendant un tems à 
quelques partici^ers trop crédules ; 
mais non pas à des peuples .entiers peur 
dant plufieurs fîécles. <^uelqii^ Prinq^ 



l 



ÉPompës par des éqmvoqtteS ttop gfof- 
fiéres ; quelque taùf enntf décoiiVeïte } 
uelque libertin trop curieux ; cela'fuifi^' 
it de refte pour découvrir le myftére ,' 
& faire tomber tout d'un coup le crédit 
de rOracle. Combien de gens , maltrai- 
tés par desr réponfës odieufes 9 avoient 
intérêt de pénétrer fi c'étoient les Prê- 
tres qui les trompôient f Mais , quoi ! 
aucun de ces mêines Prêtres , féduit par 
fes promeflès de ceux qui apparemment 
n'oubliéreïit' rien pour s'éclaircir à fond 
fur ce /ùjet, ne tfahit k caufe defes-; 
confrères ? Mais il n'y avoit donc point 
d'efprits mercenaires en ce tems-là? Mais^ 
l'or, les dignités, ne tentoient pas alors- 
leshommes?Croyez-moî, cette idée chi- 
mérique fe détruit d'elle-même : ce n'eft 
pas connoîtrel'homme que de débiter £6^ , 
rieufement une telle rêverie. On ne veut 
pas ici entrer plus avant dans le détail 
des raîfons dont le Livre que nous ve- 
nons de citer eft rempli : ajoutons-y feu- 
lement celle qui eft tirée du facrifice d^y 
viftimes humaines, qui étoit en ufage 
chez prefque tous les Peuples; Peut-on, 
nier que le Démon en foit l'auteur ? que 
cet eîprit malin n'ait exigé en facrifice 
Kmage même de fon Créateur ? Jamais' 
Riomme, tout bizarre qu'il eft , tout 

Biij 



50. ExnicATîùv msTcriirQjrs 

emporté qu'il puliTé être par fes pâfStOflr^ 
a'çut pu le réfoudre de lui-même à im-* 
moler Ces fembbbles , & Ces propres en- 
fans : cependant les Oracles deman- 
lioient tous les jours de pareils facrifi* 
ces : les Prêtres auroîcnt - ils ofé d'eux- * 
mêmes les exiger f Mais paflbns outre r 
Se expliquons k Fable qui dit qu^ Apol- 
lon fe changea en Athlète , pour tuer ua 
certain Phorbas j elle eft fondée fur ce 
que celui-ci s'étant rendu maître de» 
chemins de Delphes, où fl piQôit les^ 
paifans, un Prêtre voyant par-là dimi- 
nuer les offrandes , prit l'habit d'Apol- 
lon 5 défit ce bandit ; & pour donner 
du merveilleux à cette avanture, il Isc 
sait fur le compte de ce Dieu. 

A l'Hiftoire d'Apollon tiennent quel- 
ques Fables, qu'il eft bon d'expliquer 
en paflànt. Celle qui^porte que ce Dieixr 
fut chaffé du Ciel pour avoir refufé d'é-- 
dairer le monde (a) , parce que Jupiter 
avoit foudroyé lbnfilsPhaëton> regar- 
de cet AjpoUon^ que Ciceron- nomme* 
Nomien, C'étoît , fî nous en croyons ua 
(!) Th^o- ancien Auteur (i), un Roi d'Arcadie ^ 
•aB^ccace" ^^ ^^ chaffé du Trône pour avoir vou- 

1» i* (s) D'autref Auteuts Cyclopes qui avoient fâl>ri« 

ptétendent qu'Apollon fiit que la foudre dont Jupî» 

chaifê du Ciel pour avoir ter avoit frappa Bfculape*. 

tué à coups de flèches les VoyexfooHiftoixc*^ 



ia gouverner fes (ùjéts avec trop de fé* 
vérité. Obligé de chercher retraite chei 
Admete , Roi de Theflàlie , il en fut re* 
çu fevorablemerit ;& ce généreux Prin- 
ce lui donna la fbuveraineté du pays qui 
étoit ftir les bords du fleuve Amphrife.: 
de-là l'origine de deux Fables, Celle 
qui dit qu'Apollon fiit chaffé du Ciel , 
tous marque qu'il fut chaflë du Trône ; 
& celle qui dit qu'il fut obligé de gar-i 
der lès troupeaux d' Admete 9 nous ap- 
prend qu'il fut reçu à la Cour de ce 
Prince, Se qu'il 1 aida de fes confeils 
dans la conduite de fes troupes ; c'eft-à^ 
dire , dans l'adminiftration de fes peu- 
ples , dont tout Roi doit être le pafteun 
G'eft l'idée qu'en avoient les Anciens^ 
& dans Homère ,les noms^de Roi & de 
Paileur font fynonimes. 

Celle de Cyparifle, mort de regret 
de la perte d'un Cerf qu'il chériflbit ; Sc, 
celle d'Hyacinthe , tué d'un coup de pa-^ 
let par Apollon lui-même , renferment 
deux Hiftoires que la Poëfîe a embellies. 
Ces deux Princes , dont le premier étoît 
de la ville de Carthée , qui ef! dans l'ifle 
de Cos ; le fécond , d'Amycles, ville du 
Péloponèfè, moururent fort jeunes : & 
comme ils aimoîent les lettres & les 
beaux arts, on dit qu'ils étoient les fa- 

B uij 



5* . Explication HtsTonKii/fi^ 

voris d'Apollon , & que ce Dieu le^ 
avoît métamorphofés ,- le premier e» 
Cyprès , & le fecand en la fleur Hyai- 
cihÂe ; ce qui nVfl: fondé que fiir la reC- 
(i)leiGfect femblancede kurs noms(J\ Oh ajou- 

nommenr' le ^ ^ j • 

Cprèt o*«- ^ 9 par rapport au dernier , que comme 

w^ il jouoit au palet avec Apollon , Boré^,. 

jaloux de l'amitié que ce Dieu avoit 

pour ce jeune Prince, avoit détourné le 

palet f qui le frappa à la tête : & cet épi- 

fbde eft aflez heureufement inventé j car 

(2) Voveï. il eft vrai (a) qu'Hyacinthe s'exerçant 

A^'paûc*"» avec [es compagnons , fut tué d'un coup 

i<«w. 4e palet. Ce Prince ^ qui donnoit dès £a 

jeunefle les jdus belles efpérancesy fut 

extrêmement regretté ; & Cabulus foi> 

père inftitua en fon honneur une Fête & 

des Jeux , qui furent tous célébrés dans. 

la Laconie, & qui duroient encore du 

tems de Paufanîas. Je ne dirai rien fci 

' de la Fable de Mydas , qui, pour avoir 

jugé que la flutte de Pan l'emportôit 

ïur la lyre d'Apollon , reçut de ce Dieu 

deux oreilles d'âne, parce que j'aurai 

occadon ailleurs de rapporter l'Hiftpife 

(de ce Roi de Phrygie. Mais celle de 

Marfyasy qui ofa aufli lui faire le même 

défi que Pan , , fut fui vie d'un châtiment 

encore plus rigoureux. Voici l'Hiftoif e 

de ce perfonnage célèbre dans l'antiqui^ 



DE^ Fables. 33" 

té :II étoit de Célenes , ville de Phry- • 
gle , & avoit pour père Hyagnis (a), \ 
beaucoup d^efprit & d^induftrie ', il }oi- 
gnoit, fi nous en croyons Diodore de 
Sicile , une fagefle & une continence ad-^ 
mirable. Son génie parut fur tout dans 
Finvention particulière d'un jeu de flut- 
te, où il fçut raffembler tous les fons, 
qui auparavant fe trouvoient partagés 
entre différens tuyaux de chalumeaux. 
Attaché d'une amitié fincére à Cybel- 
le , fille de Méon Roi de Phrygie , il ne 
l'abandonna jamais dans (es malheurs ; 
ainfî que je le dirai dans FHiftoire de 
cçtte Déeflè. Trop de confiance en fès 
talensle perdit. Il ofk, dit-on, préférer 
le fon de fa flutte aux doux accords de 
la lyre d'Apollon , & fit un défi à ce 
Dieu, qui fut accepté, à condition (i). (OP*«t 
que celui qui feroit vainqueur feroit le 
inaître du châtiment ; & ce Dieu ayant 
remporté fur fon concurrent une pleine 
viftoire , Pécorcha tout vif : C'eft-à- 
dire, que quelque Prêtre vengea de cet- 
te forte l'injure faite à Apollon. On 
ajouta à cette fiftion , que le fang de 
Mariyas avoit été changé en un fleuve 

(4) Higin dit qu'il érott faute dans le texte de eet 
fil» d'Oeagrius. Mais fclon Auteur ; Oeagre etoit pei e 
Manquer , Pridcaux , & les d'Orphée , & non de Mat* 
*«iUeurs Cfiti4|ucs } il y a- fyas* 

B V 



54 ExVtlCATlOH HISTORrOJCTET 

* de même nom » fur le fondement que le» 
eaux du Marfyas^qui traverfoient la viUe^ 
de CéleneSy étoientuiîpeurougeâtres. 

Pour preuve de la vérité du fond de 
cette Hiiloire , les Céleniens confer- 
voient encore du tems d'Hérodote la 
peau de Mariyas* Cependant , comme 
ces anciennes tradition» varioient beau- 
coup ) plufieurs Auteurs aiTurent , qu'aa 
défefpoir d'avoir été vaincu y il s'étoit 
précipité dans le fleuve dont je viens de 
(T)Voy» parler (i). D'autres penfent que cette 
Sttidfts,aum«t Jable n'eft qu'une pure allégorie, fon- 
drjydt. j^^ ç^^ ^^ ^^^ j^ fleuve Marfyas foifoit,. 

en roulant fes^ eaux > un bruit dèfa- 
gréable, qui écorchoit les oreilles. For- 
. (a)Hî«rog. tunio Liceti (2)> dit Alcidon , a au fujet 
•• ***' de cette fidion un fentiment encore plu» 
fingulier que celui des AUégoriftes que 
jjB viens de vous expofer. Avant l'in- 
vention de la lyre> qu'on attribue à 
Apollon 9 la fiutte l'emportoit^ par la 
douceur de ks fons-y fur tous les autre® 
inilrumens de Mufîque > & enrichiiToit 
ceux qui en jouoient t Se comme le jea 
de la lyre décrédita celui de la flutte» 
& qu'on n'y gagnoit plus rien » on dit 
flu'ApoUon avoit écorchéMarfyas. Voi- 
la, dit Eliante , une explication qui doit 
bien être du goût d'AIeidàa ; mais te« 



DES Fablé^s;* 55* 

nons-nous-en à Fhiftoriqùe* Vous avez 
raifon, Madame, reprît FAbbé ; Mar- 
fyas a été un perfonnage très-réel. On 
connoît Ces parent , fon pays ; & on fçait 
à peu près le tems où il vivoit. L an- 
cienne Mufîque iiiftrumentale lui fut re- 
devable de pluiîeurs découvertes im- 
portantes ; & on croit qu'il fut , avec 
Olympus , l'inventeur du mode Phry- ^ 

gien & du Lydien. Il perfectionna fur 
tout le jeu de flutte & du chalumeau > 
qui, de fimples qu'ils étoient, devin- 
rent, par fon induftrie, plus compofés. 
Il joignit enfemble avec de la cire plu- 
fieurs tuyaux , ou rofeaux de différentes 
longueurs, d'où réfulta le' chalumeau 
compofé : & il fut en même-tems l'ii>- 
venteur de la double flutte , dont quel- 
ques Anciens cependant font honneur à 
Ion père. L'un & l'autre , fans doute , y 
travailla avec fuccès ; & le fils perfec- 
tionna peut-être ce que le père n'avoit 
feit qu ébaucher. 

La trifte cataÔrophe des enfens de 
Niobé , qu'Apollon & Diane tuèrent à Hîftoîie ^t 
coups de llecnes , elt encore un de ces f^ ^an». 
événemens dont le fond appartient à 
PHiftoire , quoiqu'à la manière du bon 
vieux tems , il ait été défiguré par la 
fiôion. Tous les Anciens convien-^ 

B vj 



^6 ExPLrCATIOM tlUTCTRlQUlS 

nent que Niobé était fiile de Tantale & 
fœur de Pélops , fi célèbre par fon éta- 
bMèmetit dans cette prefqu'ifle de là 
Grèce » qui depuis porta le nom de Pë- 
loponèfe : & il ne faut pas la ccmfondré 
avec Pandémie Niobé , fille de Phoro- 
née &: la première Maîtreflè de Jupiter » 
félon Homère. Comme elle abandonna ♦ 
laLydiey^fbafi'ere» qu'elle avoit fiiivl». 
(ï) Pauf.;« la donna en mariage àAmphion (i). Roi 

^le, i.|!d:c! ^® Thébes , dont elle eut quatorze en- 
fans (4). Fiére de fa fécondité, elle fit 
paroître un mépris marqué pour Lato-- 
(2) Ovide> ne (2) , & lui reprocha , qu'époufe d^im 

Uét. U.^. Dieu elle n'en avoit eu que deux enfans ^ 
pendant qu'elle en avoit quatorze. Ovi-^' 
. de ajoute y qu'elle couroit par ' toutes 
les rues de Thébes ,: pour faire cefler lesr 
lacrifices qu'on offiroit à cette Déeflè. 
tatone, juftement irritée contre cettel 
Princefle^ engagea Apollon & Diane à:^ 
la punir par l'endroit le plus fenfible,^ 
en la privant de ce grand nombre d'cn-^. 
fans^ qui i'avoient rendue fi fiére. 
. Un joiu* qîue les fils de Latone s'exer- 
çolent à manier des^ chevaux dans une 
f laine voifiae de Thébes (*) > Apollo» 

(a) C*€§k r«>pinion con- que f^ifoient Icnrs exercices 

miûne » quoic^ue les Aociem les fils de Niobé ; & que fes. 

Tixient un peu fur cet article, fours moutuxeiu dans la. 

(^) Panianias dit que c'^.' ville même de Tbébef* I^ 

aoji: ùii le. mom Cytheioa Bcû* 



i>Es Fable?. 5^7 

& Diane les tuèrent tous Tun après Pau-» 
tre à coup de flèches. Les coups, qui par- 
taient d'une main invifîble , effirayérenÇ 
tous ceux qui étoient préfens à cet exer- 
cice ; Se les fœurs de ces- jeunes Princes 9 
£ir le bruit qui s'en étoit répandu,y étant 
accourues > elles eurent le même fort 
que leurs frères (i). Cet épifode y ingé- C'^ ^^^ 
nieufement inventé, cache une Hiftoi- adafupcifti. 
re auffi tragique que véritable. La pefte *i®"*,^^ï?^» 
qui ravagea la ville de Thébes fous le g^t'rai touî 
Kgne d' Amphion , fit périr fes enfans : ««J^ ««* »"* 
& parce qu'on attribuoit ks maladies 5v^ncmcn«!*^ 
coQtagieufes à la chaleur immodérée du 
Soleil, ottdit quec'étoit ApoUon lui-mê- 
me qui les avoit tués à coups de flèches. 
Qu'on ait mis' for le compte de ce 
Dieu & de Dianç fà fœur ces fortes de 
maladies , ainfi que les mort» iubites y 
k chofe a'eft pas douteufe ; & Homère 
le dit en cent endroits de ks deux Poê- 
les; avec cette difiérence cependant, 
que c'étoit à ApoUone oa^on attribuoit „j^^ j^ 
celles des hommes , & a Diane celles 20 a ailleurs 
^esferiùnes (2). Ce qui eft bien marqué X7swabfn** 
^s l'ancien Scholiafte de Pindare &c.' "* *^ 
(3)> lorfqu'U dit , apfès Phérécide , , (3) Si» i* 
qu'Apollon envoya Diane fa fœur pour J^f ^^ç]^^ ^^ 
ôter la vie à Coronis & à quelques 
autre» femmes , pendant ^u'il^alloit 




ÉXJ^LICÀ'I'ION HISTORiqUÏ 

i-même faire mourir Ifchis. 
On étQÎt fî perfuadé de ce queje vieiîr 
de dire , qu^Homere dit que la pefle fiir- 
virit dans le camp des Grecs 9 dès que 
ce Dieu irrité eut lancé lès flèches; c'eft- 
à^re , dès que Ces rayons trops chaud» 
eurent côrri^mpu Pair : auiB on ne man- 

3uoit pas dans les maladie.<» contagieufes' 
'appaifer ce Dieu par des (acrifices^rèi»* 
ter es. On mettoit même pendant qu'el- 
les duroient des branches de laurier à la 

W l^phn^. porte des maifons, dans l'espérance que 
( i ) Vorcï ce Dieu irrité épargneroit les lieux qui 

erief &i*Au- étoient par-là fous la protieftion d'une 

tèut du grand perfonne (t) qu'il avoit fi tendrement 

^n. ^ Ghene(2). 

(«)l2iad. iii. Quoiqu'il en (bit , Homère (5) a jou- 
tfe, que les enfans de Niobé demeurè- 
rent neuf jours fans fépulture , tous^ les 
Thébains ayant été changés en pierres j 
& que le dixième jour, les Dieux eux- 
mêmes leur rendirent les honneurs fiiné- 
6res : ce qui veut dire , qu'étant morts 
de la pefte, perfonne rt'avoit ofé s'en ap- 
procher ; figure vive de ce fléau , pen- 
dant lequel chacun fongeant à fa propre 
©onfervation , néglige les devoirs les 
plus eflèntiels, & devient infeniîble com- 
me une pierre#Comme les Prêtres, après 
quelques tems> furent plus hardis que 



DES Fables; 55^ 

lés TTiébaîns , & enterrèrent ces enfans 
infortunés ; on dit que c*étoient les- 
Dieux eux-mêmes qui leur avoient ren- 
du ces pieux devoirSè Homère , &► 
après lui Ovide » plus attentifs (i) à ce (,) i§c.€iH 
qui pouvoit rendre touchant ce trifte 
événement, qu'à la vérité de l'Hiftoire,. 
difènt que tous les enfans- de Niobé , 
garçons & filles , avoient été les vifti* 
mes du couroux de Latonre. Cependant 
il eft certain qu'Ifmenus , l'un de ces' 
Princes, fe jetta de défefpoir dans ua 
ieuve de Bèotie , qu'on appelloit alors 
U Pied de Cadmas, & qui porta depuis le 
nom de/:e jeune Prince : ScPaufanias (2) (») /» yitÊ» 
dit , que Mélibée y furnommée depuis 
Chloris, Se Amyclée, l'une & l'autre 
filles de Niobé 5 avoient appaifé Diane» 
qui leur fauva la viejc'eft-à-dire, qu'elles 
guérirent de la pefte, dont elles avoient 
été attaquées. La première, felon Apot 
lodore (3), époufa Néléepere de Ne- (j)!»»* 
ftor j &;, comme rfoit fiiitede fa maladie, 
ou effet ae la douleur que lui caufa la 
mort de Ces frères & de fes Ibeurs , elle 
demeura pâle & maigre le relie de fe» 
jours , on changea fon nom de Mélybée 
€n celui de Chloris (4). (4) Téttpm 

Amphion ne pouvant (urvivre à la *'"* * 
perte de fes enfans > fe donna la mort ^ 



40 Explication historique 
& Niobé abandonna le féjour de The-^ 
bes pour retounier en Lydie , où elle fi-' 
mt fcs jours aux environs du mont Sy- 
pile : & fi on débita alors- qu'elle avoit 
été changée en rocher j c*eft,^fuivant 

CO ihyinic. Paufanîas (i)t qu'il y avoit fur cette 
montagne une roch&y qui, vue d^ loin y 
préfentoit la figure d'une fenune acca- 
blée de douleur & d'afïUdîon , quoique 
de près elle ne re/Temblât à rien moins 
qu'à cela (a)^ Cette métamorphofe au: 

(i)Tufc.i,3. ïefte marque, félon Cicerôn {2), que. 
Niobé,! à force d'être affligée , avoit pa-: 
ru. infenfible , fans proférer ni aucime 
plainte , ni aucune parole : f^mljole des 

fa)ABttg, grandes douleurs. Sophocle (3) dit que 
ce ne fut que long-tems après fès mal- 
heurs ,& après des vœux réitérés, que' 
ks Dieux la métamorphoférent eq 
pierre. 

J'ai dit qu'on fçavoît à peu- près le 
tems où étoit arrivé cette triile cata- 
ftrophe , puifque la retraite de Pélops, 
dans la Grèce , & le régtie d' Amphion , 
forment dans- l'Hiftoire Grecque dem 
époques*, qui tombent vers l'an av^t 
l'Ere Chrétienne 1300; ou, ce qui re- 
vient au même > environ cent vingt ao^ 

(4) PaufanUs avoit v& cette fochr j & dèfi-U > il eft 
eèf^ciojnblQi • 



Svant la Guerre de Troye (i)^ Vous (0 Voy^r 
pouvez voir dans l?Àtitîquité expliquée ^rHULdct 
tin bealu rilonument qui repréfente ^cét^ Roit de Th^ 
Hiftoire , fuivant la tradition qu'avoit *'^** 
fiûvie Ovide. Mais continuons d'explî-» 
quer les Fables qui ont du rapport à 
l'Hiftoire d' Ai^ollon. 

Celle de Phorbas, ce brigand qui vo- 
loitfur le- chemin de Delphes,* & à qui 
ce Dieu,, fous la figure d*un Athlète ^ 
ota la vie y. n'eft fondée que fur ce que 
les^Prêtres de Delphes voyant dimi-' 
nuer chaque jour les offrandes qu'on y 
portoit, drefférent des embûches à Phor- 
bas j & quelqu'un d'eux s'étant déguifé- 
pour l'épouvantet ,. fut affcz heureux- 
pour le tuer. 

Celle de Daphné, fille du fleuve Pé-:^ 
née, dans la Theffalie, que fon père 
changea en laurier , dans le tems qu'A- 
pollon , qui en étoit amoureux , la pour* 
fcivoit, n'a d'autre fondement que le 
nom de cette prétendue Nymphe , qui ,• 
en Grec, fîgmfie le laurier , arbre 4>é- 
cialement conQicré à Apollon. Ovide ,, 
le Pbëte le plus propre du monde à fai-- 
re^ valoir des bagatelles , décrit très-in- 
génieufement cette Fable , & alTure que- 
ce fut la cataflrophe de cette Nymphe 
qui fît qu'Apollon fut toujours depuis- 



î^xPtTCÀrttàJi Tïiin'bKiQùiJ ' 

couronné de laurier. Mais il auroit ét^ 
fens doute plus à propos de dire que cet 
arbre , paf fat verdure qui fit change* 

J^oint, avoit été corïfacré au Soleil , donf^ 
a chaleur eft toujouf sr la iftême. Gepen-' 
ëant Diodore de Sicile réalife cette Fa-< 
Ble , s'il iti'eit perriûs de parler ainfi j & 
croit que Baphrfé étôit la même que- 
Manto, fille dû Devin Tirefias, qui fur 
envoyée à Delphes, où elle rédigea paf 
écrit quelques Oracles , doilt on pré-- 
fiend qu'Hbmere s'eft fervi dans ks d^foxf 
Poèmes. 

La^ Fable de Leucothoé , enterrée 
vivante par Orchame 9 pour avoir ré-- 
pondu à la paflîon qu'Apollon avoit- 
pour elle, n'eft fondée qlie fur ce que 
ce Roi de Perfe cultiva 1 -arbre qui por- 
te l'encens , drogue aromatique en ufk- 
ge dans la Médecine , dont Apolloiv 
ëtoit le Dieu. Cet arbre fe nommoit 
Lencotboé.jyeA^leTiomàe la prétendue' 
Nymphe. Pour la jaloufîe de Clytie, 
qui mourut de douleur, & fut changée' 
en tournefol, ce n'eft qu'un épifode ajou** 
(é au Roman de Leucothoé. 

Enfin celle de Phaëton, fils de Cly- 

itiéne & du Soleil, qu'Ovide décrit en- 

(O^éuifS* corefibien (i), renferme quelque an- 

çttenoe tradition >. ou de^ l'embrâfement 



»fi 5^ Fables; 4J 

îéSaâcyme & de Gomorrhe, ou de la' 
rétrogradatît>n du Soleil fous le régne* 
tfEzéchias ; événement fi célèbre r que' 
k Roi de Babyione envoya de»' Am-» 
baflàdeurs,. eff apparence, pour féliciter 
ce Roi de Juda fiir fa guérifonj mais^ 
dans le fond ^ pour s^inftruire de la vé* 
rite du fait : ou enfin quelque chaleur 
immodérée, arrivée du tem^de Phaë— 
ton, que quelques Auteurs croyenir 
avoir été Roi des Molofles : ce qui fit 
dire que le Soleil avoit confié fon char 
à quelque étourdi , qui n'avoit pas fçiv 
le conduire J-& qui, s'étant trop approché' 
de la terre y l'auroit réduite en cendre, ih 
b Déeflfe qui y préfide n'avoit imploré* 
fe fecours^de Jupiter ; qui , d'un coup de:^ 
foudre , renVerfe le char du Soleil , & 
précipita le jeune Phaëton dans TEri- 
dan, ou dans le Pô rce qui veut dire, au- 
rabais du merveilleux , que cette cha- 
leur immodérée fit périr ce jeune Prin- 
ce. Je crois, au reHb, que cette Hiftoire* 
eftEgyptienne d'origine j Se Ovide nous^ 
donne lieu de le penfer, lorfqu'il dé- 
crit le différent de Phaëtoa avec Epa-ir 
phus. 

Quoiqu'il en foît , on ajoute à cette- 
ffftion , que les Héliades , fœurs de 
îhaëtoa,. furent changés en Peupliers >. 



;^ EXPLICATION mSTORïQUS 

&- leurs larme? en amtMre jaune ; & Cy4 
gnus , Roi de Ligurie ^ ami de Phaëtôn r 
en Cygne; ce qui n'eft qu'une méta- 
phore , qui exprime k douleur que leurt 
caufa' cette mort. 

J*ai dit qu'elles fureiit changées eth 
PeupliefSrqjiioi^'il y ait eu uiîe traidi-' 
tion, qui portoit que ce fut en Larifque ,- 
arbre dont les Branches paroiflbient fiir- 
quelques Médailks de la famille de La*' 
rîfcola^ qui ^avoit pris Ton nom. . 

Lucien raille agréablement fur cette- 
Fable^en di&nt^^ju'étant fur les bords du- 
Pô , il avdit interrogé quelques Bate-^ 
Kets , qui lui ayoient répondu qu'il n^y ' 
avoit point de Cygnes fur ce fleuve , &» 
qu'ils n'avoient limais entendu parler,* 
ni de Phaëton, ni des Héliades, enco-» 
re moins de Peupliers qui diftillâflent d& 
l'ambre jaune. 

L'Hiftoire fabuleufe » au refte, dî-' 
fiingue fix Princes du nom de Cygnus.^ 
Le premier étoit fils^e Mars : Hercule,, 
monté iiir le Cheval Arîon , Je vàinr 
quit ; dont ce ï>ieu fut fi courroucé ,. 
qu'il voulut fe battre contre le vain- 
queur de fori fils ; mais Jupiter les fépa- 
ta d'un coup de foudre. Le fécond étoit' 
me de Neptune, & étoit invulnérable :- 
ce fut lui qu'Achille étouffa près de^^ 



DES Fables. ^y 

Troye. Le troîiîéme étôit fils d'Hîéres , 
j& fut changé ^n oifèaude ce nom (i). wpV^^*** 
Le quatrième étpît un ami de Phaëton^ *• 
xfây déplorant ùl mort , fut auifi chan- 
gé en:Cygne (2^ Le cinquiéme*ie nous ( » ) -Vîfg, 
eft coimu que par fbn avanture» racon* " **■ 
tée parBauiamas. Le^idéme enfin Teft 
far Conon ^ dans Photius (3), (î ) N«i-.3 »• 

De tout ce que vous venez de dîre^ 
reprit Eliante ,.il paroîtroît qu'Apollon 
-& le 5oleil>était la même chofe parmi 
Its Grecs. Il eftvraî^. répliqua F Abbé 4 
que fouvent ils les confondoient Fun 
avec Fautre : mais il n'en eft pas moins 
vrai aufili que. leurs plus anciens Auteurs 
Its diffinguent fouvent ; & voici des 
IireuvQS pofitives , qui ne laiflent aucun 
lieu d'en douter. D'abord cette diftinc^ 
tion fe trouve formellement dans le Trai- 
té célèbre que nous avons , entre les 
Magnéfîens & les Smyméens (4). Ces ^ W Mfrm 
deux Peuples jurent par la Terre , par le **"' "^' ^ 
Soleil , par Mars , &c. & par Apollon. 
Spon rapporte une In/cription, déterrée 
àUtrecht, qui .cft conçue ^infi: A Ju* 
pier^ tfès'bon &irès-gidnd: à VimncibU 
SMeil : k AfolUn , ^c Varron , dans S. 
Auguflin (y) , en nommant vingt Dieux,K (f ) Di av. 

3u'U appelle les Bieux chbifis , en fait ^''•'•^ ^^* 
eux du Soleil ôç d'Apollop. Ai^exnlr 



36 Ex^tlCATION «TSTOKIQrE 
ore place l'un pahni les Dieux du Cîet^ 
i'autte parmi ceux ide VJEttu On lit 
•dans une ancienne Epigramine Grecque 
J^jftbiusî'XfcÛ'-h'àire^ ji pal Ion Pphiuseft 
Jnmri d- Delfbes .: Us JRbodiens fam fous 
là frottSicn du SoleU: Ou^ comme s'ex^ 
prime Sidonius Apollinarls^ qui fëmble 
avoir eu «en vue cette Epîgramme : Le 
Soleil eil favorable à Hhodes ; Délius^ 

(i)X«2.c.35« ou Apollon, Vt& à Tymbrée {!)• Lef 

Alédailles j & les autres monuniens , re«- 

prélèntoient diâ^einment ces denx Di« 

< O ^^•»- vinités (2) : Jovi O. M. Sammo exupe^ 

T!i.i. ^"' Tsntifimo , Soli inviOo , Afotlm , &c. Sur 
une de Xiucîus Valerianus^ Apollon pa^ 
Toît fous la figure d'un jeune homme 
qui tient fdn arc à la mam; & fiir une 
Autre d'Antonin 9 il^orte fk lyre & niie 
{>atere ; au lieu que xlans celle d'Ha^ 
drien & <les deux Gordiens, d'Aurelius^ 
48c de quelques autres Empereurs^ le 
Soleil paroit la tête environnée de 
cayons^ tenant un^be à la maiii^a» 
che ; ce qu'on n'ob&rve jamais dans les 
figures d'Apollon. 

Homélie , tlont le témoignage eft ici 
4'un grand poids » les diftingue réelle-* 
ment en plufieurs endroits de lès deux 
Foëmes. Lucien en fiult auflî deux Divi«» 
fiifës ^ pttiG|u'^ dit que le Soleil étoit ua 



DES Fabxcs. yf 

iâes Titans; confonne en cela avec Dio- 
Jo're de Sicile» qui s dans i^endroit où il 

Îiarle des Atlantides (<i)^ dit que le So ,(i)l.i.c.iu 
eil étoxt fils d'Hypérion de de la Reines» 
^«'eft-à-dire» de cette fille dMJranus Se de 
^taiia» quifut.toujours appellée laRei^ 
ne. n eft vrai que comme la Mytholo»- 
^ie ancienne varie i;ofiniment fur toutes 
ces matiéx.es , die confond quelquefois 
le Soleil avec Hypérion lui-même ; 
mais toujours convient-eBe que le So«- 
leii n'étoit pas le même qu'Apollon. Si 
ces deux Divinités étoietit diftinguées 
par leur génédogies , elles Fétoient au& 
fi par leurs enfans. Efculape étoit fils 
^' Apt^on ; comme i^tès» Roi de Col- 
chidé » fut regardé comme fils du Soleil ; 
ic fi Venus , irritée con^e la poftérité 
du Soleil^ qui avoit découvert Ton adul- 
tère » la perfécuta jufiju'à jetter dans les 
plus homeufes proftitutions Pafîphaé^ 
fille d'iËétès & fa peàte^fille» elle ne 
s'acharna jamais contre les enj&ns d' A^ 
poilon. 

|Lf68 inaibres » iSc tous les anciens mo* 
fiumens les diftinguo^ient auffi , 9c les r&> 
préCentoient diffiiremmeM. On peut 
[ ajouter encore » que dans le monument 
gotique où eft repréfènté l'adultère de 
Mars & de Venus « Apofioa parait avi^e ' 



48 Explication HisroRi^trB 

ies autres Dieux appelles à ce fpe ftacle^ 
Curpris comme les autres Dieux qui s^j 
trouvent , pendant que c'étoit ic Sa«- 
'leii qui avoit averti VulcaiB de cette in- 
trigue. Mais ce qui prouve ^encore la 
diftinftion que j'ai defïein d'établir, c'dft 
4'étenduë & funiverfalité du culte du 
Soleil, la grande*& la première Divini- 
té de tous les Peuples Idolâtres , aiiifi 
;que nous l'avons déjà dit. Les Egy*. 

? tiens , les Arabes , les Phéniciens , les 
erfès 6c les Cappadociens , ùrns nom- 
tner les autres Peuples » adoroient le 
Soleil , avant qu'on eût oui parler de 
l'Apollon Grec. Ajoutons^ que les 
Temples de l'un & de l'autre étoîent 
Souvent diftingués , ainii que les Céré^ 
«Qonies de leur culte. 

J'aiillt que les monumens qui nou9 
reftent repréfêntoient le SoleU autres 
ment qu'Apollo^i. En eikt^ ils nous 
font voir le Soleil Tous la %ure d'un 
jeune liomme tiud 5 ti'ayant qu'une e{^ 
péce de manteau fur les épaules 9 avee 
îa tête rayonnante 9 Se monté fur un 
ehar tiré par quatre chevaux qu'il preflè' 
à. coups de fouet. Quelquefois il paroît 
vêtu ; Se avec les rayons qui enviroô** 
nent ià tète» iè voitleboiileau» fymbo* 
le de Sérapis 9 qui étoit fouveot prie 

pour 



DES Fables. 49 

pour le Soleil 5 portant d'une main la 
corne d'abondance , qui marque qu'il la 
procure à l'univers en le parcourant 
chaque jour.Sur d'autres monuraens, on 
le voit fortir d'un antre , monté fur fon 
char, pour marquer le lever de cet Afr 
tre qui va commencer fà carrière. 

Pour fàtîsfaire entièrement votre cu- 
rîofité au fujet du Dieu dont nous par- 
Ions, il eft bon de vous expliquer en peu 
de mots fes différons nortîs. Celui de 
Phabus lui a été donné , ou pour faire 
allufîon à la lumiér^u Soleil 9 & à fa 
chaleur qui donne la vie à toutes cho^ 
fes (i) , ou du nom dç Phœbé » mère de (/') De ^Ss 
Latone. Celui de Détius, ou à caufe de ^ ®'*" 
rifle de Délos , où il étoit né , ou parce 
qu'il éclaire toutes chofes. Celui de 
Cjrubitis , d'une montagne de ce nom. 
Celui d'Epidilius , à caufe du Temple 
qu'il eut près du promontoire de M alée; 
Menophanès, qui comraandoit la flotte 
de Mithridate, ayant feccagé l'ifle de 
Délos , fit jetter dans la mer la flatuë 
d'Apollon. Les Lacédémoniens l'ayaçt 
trouvée , firent bâtir un Temple en 
l'honneur de ce Dieu , qu'ils nommèrent 
Epidélius ^ comme pour marquer qu'il 
étoit venu deDélos. Le Peuple de Chic 
i'honoroit fous le nom de PbâMtm 1 dt 



fo Explication histori<;h;b 
dooaoit le nom de Fhanée à un de leurs 
promontoires^ parcp qup c'étoit de-là 
^„0)^j;j'' que Latone avoit jru Viû^ dç Délos 
fimt. ' (i)* Celui de Ljcius lui fut donnée û 
ix) iM^tiii. flous en croyons Paufà^nias (2), par Da- 
naiis^ qui ay^^at vu, lorfqu'il difputpit 
)a Çouronoe .à Gélanor » un X^oup , que 
Jie$ Qrecs nomment ^tJit^ç 9 remporter 
la viftoire fiir un Taureau contre qui i| 
combattoit ^ publia qu'Apollon avoit 
voulu faire voir par-là au reuple d' Ar-^ 
gos , qu'un étranger devoit l'emportejr 
£ir un citoyen ; puifqi^ le Loup , quf 
efl un animal étranger , avoit vaincu }js 
. Taureau. Lorfque c^ Prince fut n^onté 
fur le Trône , il fît bâtir un Xempl^ à 
l'honneur d'Apollon, fous le nom de 
JLictus. Le même Pau(knias dit pourtant 
ailleurs , que ce nom lui fut donné de 
iLycius , Ûs de Pandion j & Piodore eft 
de cet avis. 

On lui donna le nom de Dilphimus^ 
parce qu'on crut qu'il avoit accompa<- 
^ ^né, fous la figure d'un Dauphin , le na« 
vire de Caflalius , qui con4uiibit une 
Colonie de l'iâe de Crète dans la Pho* 
cide. Celui de D^lpbuus , dé la ville d$ 
Delphes, fî fameufè par l'Oracle de ce 
I)ieu. Celui de Çlarius , de k ville de 
CWos 1 où il avoit auffi un Oracle* C^ 



DIsFâBL£S. Jt 

Id à*Ifmemm , d'une colline pràs dé 

rkébef , comme nous l'apprend Pau(a«- 

fiias(i); ou d'iia fleuve de ce nom, û (i)/iiB<«#. 

DOIS en cfoyons Stcphanus* Cekd de 

Nmius^ parce qi/H airoit ^dé ks 

troupeaux d'Admété. Cdtii de Pfikims^ 

à caufè de fk viâoire fUr le Serpent P j^ 

thoû ; & kfs Jeux qu'on i&fHtiia en mé* 

moîre de cet événement > furent appel* 

les Pjrdiiens 9 comme Ovide nons l'ap* 

çrend (2). Celui de Smjmtfiîen, parce ^0 Mec. 1.1 

Îue, comme rapporte Strabon (3), les (3)L.n, 
sfcendaos de Teocer étant partis de 
l^ifk de Crète pour aller chercher tm 
lieu propre à s'étdbiir » apprirent de i'O- 
mcle qu'ils devoieait s^arrêter dans i'en*- 
droit où les habitans viendroîent les rd- 
cevo^. Comme ik furei^t obligés de 
pailèr la nuit ùx les bord» de la mer» 
(iaasl'Aite minciure» un gfa&d hombn 
^e rats vînt ht nuit manger leurs ceinta* 
rons & leurs boudiets% Le iendemakf^ 
ayant vu le dégât , & croyant qieel'O*- 
rade étok accompli , ils s'arrêtèrent eft 
ce même endroit , & ddttnérem à Apol- 
lon, qui y étoitfoit honoré, le nom de 
Smynthien , qm , dans leur langue , revt 
dit% 9 un Rât« Ce même Anteur ^j^mt , 
<}tfofi voyoît dans la ville de Chryft 
une Statœ d' Apollon » de k main de 



ya Explication histohique 
Seopas , célèbre Sculpteur de IHfle de 
Paros 9 avec la figure d'un Rat près de 
fes pieds : & Héraclide de Pont aflùre » 

?uç les Rats qui étoient autour de ce 
'emple étoient facrés. Celui à^AStius ^ 
du promontoire à^Aâtum^û connu par 
laviftoire d'Augufte fur Antoine. Ce- 
lui de Dafhnâus , à caufe de la Fable de 
fes amours avec Daphné, Enfin ce Dieu 
avoit encore plufieurç autres noms , ti- 
rés la plupart des lieux où il étoit ho- 
noré 9 {ans parler de ceux que les 
autres Peuples lui donnoient, ainiî que 
nous l'avons déjà dit au commence- 
•nient de Ton Hiitoire , Se lorfque nous 
avons parlé dç l'origine de l'Idolâ^- 
trie* 

On le repréfentoît de différentes ma- 
nières dans les Temples Se ailleurs*: 
tantôt fous la figure d un jeûne homme 
fims barbe > avec une couronne de lau- 
rier fiir la tête. On le voyoit quelque*- 
fois tenant la foudre d'une main , Se les 
trois Grâces de l'autre. Les Egyptiens le 
peignoîent fouvent fous la forme d*un 
Navire /traîné par des Crocodiles, pour 
marquer par-là qu'il parcouroit égale- 
ment la terre & la mer : ou bien ibus une 
figure bizarre j enfermée dans une hy- 
jdrie y d'où il Ibrtoit trois tâtes de ièr« 



- DBS FaBLB*. Si 

peA$ ; fur quoi on peut confuiter k Père 
Kirker & CartarL 

Quôiqu' Apollon ah été malheureux 
dans Ces amours ^ ce qui donna lieu à 
quelques Apologiftes de la Religion 
Ghrétienne de railkr Us Payens fur cet 
article i Taûtiquité ne laiffe pas de lui 
donner plufîeurs enfens, entre lefquels 
ils nomment Efculape y Orphée 9 Lycus 
& quelques autres. Mais il eft bon d*ob* 
ferver.à ce fiijet,. qu'on faifoit pafler 
pour enfans de ce Dieu ceux qui cxcel- 
îoient dans lesbeaux Arts , dans la Mu- 
iique ou danç la Médecine , comme je 
l^ai déjà remarqué. Comme PHiftoiré 
des Mufes a un grand rapport avec celle 
d'Apollon , c'eft ici que nous devons la 
rapporter. 

Quoique Lylio Giraldi fe foit fort LeiMuas. 
étendu fur Particle de ces Déefles, & 
qu'on en trouve les différentes repréfen- 
tations dans le premier tome de l'Anti- 
quité expliquée , je crois qu'il ne fera 
pas inutile de raflèmbler ce qu'il y a de 
plus .curieux à fçavoir fur cet article. 
Héfîode eft de tous les Anciens celui 
qui a parlé des Muiès dans un plus grand 
détail ; & il employé au commencement 
de (à Théogonie , 1 17 vers à les invo- 
quer & à publier leurs louanges, Cepen- 

- C iij 



t4 ExftiâàrfteK »trtaii<iim ' 

dauit tout ce qu-ti en àk Cd rédiut ^ 
ci ; fçavoir , qu'elles étoîetit âu 
de neuf; qu'elles ëtoient fiUea de Japi-^ 
ter & de Atnm$fyne ; qu'elles s^appel- 
iolent CHb , Eutefpe, TÙlif^f Melpmine^ 
Terpjtewe ,. jSr^^tf , PdUyfmme , l7r^i9Â9 d^ 
Cdlliops ; que k>rfqu'eUe9 ëtoiecrt dan^ 
FOlympe t efle^ chantoient les iouaa^es 
des îyieuxf Se en particulier cettes de Ju«^ 
piter leur- père ; qu'elles coonoifibi^at 
ëgalement le paiTë , le prë(ent & |'ave«- 
itiir; enfin 9 que rien n'étoit & agr^bie 
aux Dieux que leurs charma as concerts. 
Ciceron 9 qui , dans iesr Livres de la 
(i)Iir. s. Nature des Dieu3u(i) ^ a raflemblé les 
anciennes traditions, dit d'abord qu^U 
n'y avok que quatre Mufiés 9 qu'on iibnv 
moit Thétxiofé^ JEdi ^ Anhé & MèlMi ^ 
jElles du grand Jupiter. Il revient cafixite 
au femini^it d'Hëfiode ^ en admet oeuf 
eoniRiç lui 9 leurdonne let mdmea fuym%y 
Se pour père Jupiter tfoifiéme. Puis il 
parle de n^uf autres > qui % félon Uu » 
étoient £lles de Fiérus Se ^Aràope j g« 
^i leur fit donner le nom de Pfê^ides f 
ou Pihiiwtes. Varroa > mii ne regardoit 
Ces Déei!^s que comme des perfomiagea 
allégoriques 9 aiiiiroit qii'il ne devoit y 
en avoir que trois s puifqu'elles défi* 
j^Aoleat le diant y qui oe s'exécute qcitf 



^ £rcfîs manières y ou avec la voix j ou 
avec les iaftrumens à vent , ou eniËn avec 
ceux qu'on touche de la main : à quoi 
on peut rapporter ce que faint Auguftin 
(i) avok pris du même Aiiteuf ; fça- f(i)DfCiv. 
Voir, que dans une ville de la Grèce, '^•'•'•^^ 
qu'on croit être celle de Sîcyone , otf 
âvoit chargé trois difFérens Ouvriers de 
faire chacun les Statues des trois Mu- 
ks , afin qu'on pût choifir les trois 
meilleures ; mais qu'elles avoient tou- 
tes été Couvées fi belles , qu'on lear 
confacra toutes neuf dans le temple 
d'Apollon ; d'où s'étoit dans la fiiite ré- 
pandue la tradition s que des Déeflèsr 
étoient au nombre de neuf. 

Cependant Diodore de Sicile (2) réa- {i)Ur$M 
life les Mufes, & leur donne une orîgi-* 
fie bien marquée* C'étoient , félon lui 1 
de jeunes Chanteufes , qu'Ofiris ou Bac- 
rfius avoit amenées avec lui lorfqu*il fit 
le voyage des Indes, dans lequel il 
cherchoit autant à polieer les Peuples 
^ui y habitent , qu'à les conquérir par 
les arme^. Comme il les avoit mifeç 
fous U conduite d'Apollon , un de fe| 
Généraux , les Grecs donnèrent à ce 
ïîieuleîiom dtMuf^gete, ouConduc^ 
^ur des Mufes. Hercule, autre Géné- 
ifal de ce Conquérant , fut auffi chargé 

C luj 



n 



5f ^ Explication' nisTcmiovis 

de la fiiême fonftion , lorfqu'Ofîris, fui 
de retour en Egypte ; & on lui donna le 
même nom. Les Grecs y qui n'igno- 
^' roient pas Ikns doute cette origine, re- 
gardoîent les Mufes comme des DéeC- 
fes guerrières , ôc leur facrifioient avant 
que de donnet bataille, Ainftpnnçfçait^^ 
s pourquoi Voflîus paroît furpris qu'oa 
ait donné cette qualité à ces filles , puis- 
qu'elles avoient véritablement affifté 
aux conquêtes d'Ofiris 9 Se qu'elles 
avoient été (bus la conduite de deux cé- 
lèbres Guerriers. 
(x)Ba>LU. Dans ces derniers tems, M. le Clerc 
«îv. u6. ^ j^ ^ ^ j^ Chevalier Newton (2) , ont 

Chîlm *"d[; adopté le fentiment de Diodore ; & lé 
ancient iio- dernier prétend même, qu'Ofiris ayant 
jvuatu pénétré jufques dans la Thrace, avoît 
marié une de ces Chanteufes avec (Sa-* 
grius , qui en étoit Roi ( c*étoit appa-- 
remment Calliope ) > & que de ce ma- 
riage étoit né Orphée. Il ajoute , que 
depuis ce tems-là , les Mufes devinrent 
d'autant plus célèbres dans ce pays-là » 

Îue les filles de Piérus ayant appris leur 
lufîque & imité leurs concerts , prirent 
le nom de ces Déeffes , ôc furent enfin 
confondues avec elles. J'aime fort , dît 
Eliante, l'idée de Diodore; & cet Ope^ 
Ta ambulant me plaît fprt. Il étoit % re« 



desFables- J7 

prît Alcîdon , d'autant plus digne de ce. 
Conquérant , qu^on fçait qu*il avoir 
amené' avec lui des Bacchantes, des Fau- 
nes, des Satyres, &c. ; c'eft-à-dire, la 
Come'die avec l'Opéra. Mais , dit enco- 
re Eliante, comment nommoit-on ces 
jolies Chanteufes ? On ne fçait point , 
reprit l'Abbé , les noms qu'elles por- 
toient dans l'armée d'Ofîris ; car ceux 
qu'on leur donne communément font 
Grecs d'origbe. Celui de Clio tire foa 
origine de la Gloire ou de la Renom- 
mée. On la repréfèntoit tenant une Gui- 
tarre d'une main , & de l'autre un plec- 
tre , au lieu d'archet. On croit qu'elle 
inventa cet inftnunent de Mufîque. -^w- 
terpe fut ainiî nommée, parce qu'elle 
procuré la joie, non cette joie évaporée 
qui fait rire , car elle eft la Déeffe de la 
Tragédie ; mais une autre forte de joie 
qui fait quelquefois pleurer. Onrepré- 
fente cette Mufe avec un mafque, qui eft 
à la main gauche de fa. Statue , éc une 
maflîië, fymbole des Héros qu'elle pro- 
duit fiir le Théâtre. Le nom de Traite 9 
la Déeffe de la Comédie, veut dire, la 
jloriffante , elle tient aufC un mafque à la 
main dans fes Statues; car autrefoi^jtous 
les Afteurs étoient mafqués. Celui de 
Melpçmene veut dire , attrayante ; c'eft 

C v 



58 EXPLICATÎOK HISTORIQUE 

Tefièt dnB^biton, inftrument de Mufiq 

qu'elle porte dans fes figures. Celui de* 

Terpjtcon fignifie la divertiffanu : «lie 

^toit la Déefle de la DanTe , & avoit 

pour fymbole des flottes : voUa des ar^ 

mes parlantes. Celui d' Erét0 veut dire 

V aimable. Pelybjmm y dont le nom vient 

de la diverfité des chants, eftrepréfëntée 

auffi avec la Lyre , ou le BarhitM , donr 

je viens de parler , comme l*inv€îitrîc^ 

de l'Harmonie. Uranit, ou la Célefte y 

qu'on croit avoir inventé l'Aftrononûey 

cft peinte wi Globe à la main. Enfin CM^ 

K&pf, ainfî nommée à caufe de la dou^ 

^ur de (a voix y potte à la main un rcm^ 

leau, comme Pinventarice du Poème 

Héroïque. Ainfî , comme votts voyez > 

chaque genre d'Autèws a fit MtUè à in- 

vo^er : mais il eft d'ulàge que fes Poë* 

tes fc^^t les fèuk qui ttnt^or^^ leur |^o* 

teftkwi. Le nom géftéraî de Mufès qu'oo 

leur donne fait auiGaUufioii à kur qua* 

li«é , feit qu'on Ietii>e, avec Dic^done, de 

Afifin , qâi veut dire > tnffiguer Us ckmfea 

fehP^s ; <m avec M. k Oerc, de Mnfa^ 

kivciiter ; ou avec Platon , d'un mot qui 

l^vient à celui à^mfn^o , reeher<îhe. 

Par tout ce que je viens de cËre , vous 
tonoevcE qu'<Mrig»aiite» d'Egjrpte t les 



DES Fables. 5*9 

iju'Ofîf îs y pailà ; de-là dans la Grèce > 
où elks devinrent très -célèbres, fur 
tout par l'idée qir'op avok quelles s*af-^ 
fefflUojeDt avec Apollon leur chef fur U 
PâHH^ % ou auprès de i^ Fontaine Hi« 
poçrçi^e , pour y célébrer ces cbaimaas 
coQÇçrts âont les Anciens ont tantpar« 
lé : ^ voilà 9 pour le dire en paitant, 
h véritable origine du fyâêrae poëtiquii 
4u Parn^ei ^» Muiès» & du Cheval 
?4gafe , q^s^ i d'im coup de pied , fit for- 
tir 4e ter r«^ la Foisktaine que jç viens de 
noHM»er. 

l<ey* avanture che« Pyrënée , Tyran 
d«f U Ph^cide, ^^ pendant un or|ig€> 
l^ur d^mi^ retraite 9 Se qui voulut eiw 
6^t0 ktir faire le plus &nglapt outrage ^ 
cpame PQ»$ l'i^prenons d'Ovide (i),, (o Ovid. 
i)'eô 9 felan WiJtofquç , qu'une «éta^ ^*^ ^* *• 
I^Qr^e 9 p^r UqueHe on a voulu nous ap^ 
Moudre qim ce PHnce n^a^n^pit pas lea 
wÂf^4et*re$ » &/^*il avoit £ait démolir 
4ms les JE^att^le^Ccdléças & lesaatres 
Ijymx où ôji lei eniieigm>j^ Ces Déoflès 9 
^ÎP^^tert'oil 9 poiur fe tirer des mains de 
ce Tyran > eurent recours aux Dieux y 
qn^ lâur dotuvétent des aiks^ ainfi qu^^' 
les trouve repréfentées fur un moÀn^ 
ment ancien (2); & elles s'envolèrent (2) Ant. 
par la fenêtre. Pyrénée , qui crut pou- ^^^ J' ** 

C vj 



€o Explication historique 

voir bazarder la même fortie , fe rompît 
le col. 

Vous trouverez , au refte r dans les 
Poètes difféjfens furnoms des Mules, que 
uÙ!^^*^^ Lylio Giralai (i) s^eftdonnéla peine de 
railèmbler ; tels que font ceux de C4- 
mœna^ qui veut dire Chanteufesi A^Héli* 
coniades , d'une montagne de Béôtie 
qui leur étoit cônfacréè ; de Parnaffi-- 
ies^ de la montagne de ce nom ; de 
Tbefpiades ^ d'une ville de Béotie; de 
Caftalides , de la Fontaine de ce nom ; 
à'jiganippides , de la Fontaine Hipocre- 
ne } qu'on appelloit auffi Aganippe ; de 
fégà^des , du- Cheval Pégaze ; à^Aom- 
des , des monts Aamens ^ dans la Béotie ; 
de Piérides , de Piérus , dont nous avons 
parlé ; celui-là-même dont les filles vou- 
lurent les imiter, mais qui fortirent fi 
mal d^^n défi qu'elles avoient fait à ces 
i^^ Ovid. Déeflès (2)., qu'elles furent changées en 
Pies, dont le chant , ou plutôt le babil 
importun, marquoit le caraftére de ce»; 
filles > qui croyaient ; par la douceur de^ 
leur voix , l'emporter fur les Mufes. Maî^ 
en voilà aflfez pour cette foiis : nous coiw* 
tinuerons demain l'Hiftoire des Dieux* 
du Ciel. 



DES Fables. 6t 



XII. ENTRETIEN. ' 

» 

Suite de PHiftoire des Dieux du 

Ciel. 

NO s trois Afteurs ne furent pas plu- escuia^ 
tôt raffemblés, que l'Abbé corn- & ^^^^^^ 
mença ainfi la converlktion. A Phiftoire 
tf Apollon on doit joindre celle d*Efcu- 
lape , & des autres Dieux de la Santé ; 
car Apollon lui-même étoit le Dieu de 
la Médecine. Ciceron (i) compte plu- j^^^l^^^^ 
fieurs Efculapes. Le premier des Ef- «• 
culapes , dit-il , le Dieu de l' Arcadie , «« 
quipafla pour avoir inventé la Son- * 
4^ , & la manière de bander les plaies j «• 
eft fils d'Apollon. Le fécond , qu'un «« 
coup de foudre tua , & qui fut enterré •» 
àCynofiire , eft frère du iècond Mer- '« 
cure. Le troifîéme , qui trouva l'ufage •• 
des Purgations , & l'art d'arracher les^ •» 
dents, eft fyisd'Arfippe & d'Arfînoë, cf 
On montre en Arcadie fon tombeau , « 
& le bois qui lui eft confàcré , aflez •• 
près du fleuve Lufius. n Mais ce fça- 
vant Romain oublie le plus ancien de 
tous les Efculapes , dont parle Sancho- 
niathon ^ & qui étoit Phénicien d'origi-- 



'^2 ExFLICATtOK HISTORIQUE 
ne. Ceft fans doute le culte de cet Efca-^ 
lape rétabli dès les tems les|dusanciet^ 
dans l'Orieot , Se porté ^afis la Grèce 
par quelque Colonie , qui donna lieu à 
tom les f^fcuk^es dont piarle Cicor^ôP* 
De toutes les villes d^ la Grèce <^ui le 
reçurent > il n'y en eut point où il fut 
plus honoré qu^à Ëpiddure : cequi dciiqiv 
lieu à dire y que ce Dieu j avoît çrii 
i^iTançe. On raçottt^ en dkt {09 hir 
fipir^ : Q^ p^Uoît & géoéalogie » & oft 
•^rlok 4^ Tes enfus 9 (w t<mt é& M^ 
cti^Q^ é: 4e Podalyye , qui V'éritakbler 
m^iit (e éiém^^rts^ foit «a âége àc 
Troyc , cpwne on pçut Iç vak d«ft» 
plufieur^ f jû4roils d/e Tliiade ^1^0mere« 
Aiug , pour t<asorcfer ks FafeJ es Gareao^ 
qu^s avec e^çs d«î^ Phàriçi^sa , çpf^A 
dure -q«« la vil^k d'Epidaure > qui le (tti^ 
fiiii^a lofig-Ht^m^ dan^ h ojike du Dieu 
de h-Médéçim > ilubâitiia m&i vu voxir 
vel £^lc\dipe à T^di»» Ik Im dooorcfflt 
p^i:yr p^ïf AfK)llm t au fttttôt q^A» 
(px'm 4e fes f r&r^s ^ aour m^rt i Ckh- 

Tftnis fille d«PW«jgia«. ApoBe» ki-Biifcr 
TB^ 1 caQf^^ /Eut k miffBfioiè <de .c« 

Dieu ^ r^poadit , ^u^il en étoit ie pe»# 
j^ Pa^iifamas raconté , que Pfaltsgias 3 mi 
des plvis bravées bonini^ (ie ion tems » 



DÈf Fables; 4j 

Séimre ; Se s'ëtant cachée <lan$ les bois , 
Biit au monde Efculape f m/elle expola' , 
Scqvi{ut nourri par une Ùiévre, Se en-* 
fiike porté dans la luaifon d'un Ché- 
Vfier y dont la femme 9 nommée Trigo* 
ne 9 prît iôia de Con éducation. Dans la 
iuite y il fut envoyé à TEcole du célé^r 
bre Chiron 9 où u fit de grands pro|[rè» 
dans la Médecine » dont enfin il fut re- 
gardé comme le Dieu. Efculape époufa 
dans la fiute Epioiie , ou , (èlon dfautre-s , 
Lampetie , dont il eut iîx en£ms 9 Ma- 
ehaq;! & Poiblire ; 8c quatre fiUes , Hf^ 
gîéa , £glé , Panailë Se Jaio. 

Aprèsr (à mort , Elculaoe fut mis au 
rang des Dieux ; Se d^£piaaure » ion c\A^ 
teiè répandit {)ien*tôt dans toute la Grè^ 
tt 9 Se dans les pays voifins. On fçait 9 
ain£ <fue k racontent les Hiftoriens 9 Se , 
après ecnc 9 Ovide , que les IU)mains 9^ 
affligés par la pefte 9 envoyèrent une cé«' 
léboe amfcaffîkde à Ëpidauf e , d^où il» 
yappoitérefiC une Coul^ivre 9 qui s'ér 
tanteadbée dans une ifie difTybre, ap^ 
pellée aujourdliui Fifle Saicit Bartk^e*' 
m jon y bâtit un Tempie en t%èiiiieuv 
deoeDwu^ Je an environna l'ifle d^uf> 
fm9p^ 9 en forme de navire. On repue** 
fentoit ordlaakement £lculapefbus ia 
figure 4%ui boimie ^ave > ay^mt pièa 



'«Î4 Explication HISTORIQUE 

de lui une Couleuvre , entortillée aiitôtcT 
d'un Cyppe. Cet infefte en effet , eft d'un 
grand fecours dans la Médecine. On lui 
offroit en iacçifice, des taureaux > des 
agneaux & des porcs , mais fur tout des 
cocqs. On fçait que Soerate , prêt à ex- 
pirer , dit à fes amis : N$us devons un 
€0€q k EfcuUpe ; donnez, le fans délai. 
TsiEsPHoRi Outre Efculape & fa &mille y les 
Grecs & les Romains recoûnoiffoient 
^ encore deux autres Dieux de la Méde- 
cine; fcavoirTékfphore, & la Déeflè 
Sdlus. te premier eft ordinairement re- 
préfènté comme un Jeune enfant , & avec 
un habit fingulier. C'eft une longue rob- 
be qui lui couvre tout le corps, enfbrte 
que les bras ne paroiffent point : il a fur 
la tête une e(péce de capuchon , qui ne 
laifle que le vifage à découvert, Cet ha- 
bit eft prefgue en tout fèmblable à celui 
4es Camaldules. Cet habillemeut eft 
ikns doute myilérieux.Voudroît-il dire >• 
que les Convalefcens doivent être bien 
couverts? Veut-il dire autre chofe f C?eft 
ce qu*on ignore. Elnfin , Meditrina , dont 
le nom vient de mederi , medela , gumr , 
guérifon , étoit encore ime Déeffe de la 
Médecine , que Varron & Feftus nous 
apprennent avoir été honorée à Rome» 
La principale cérémonie de la fête^nom- 



DÈS Fables. é^ 

ifiée MtditfinalU , confîftoît à goûter le 
vk nouveau , par principe de fanté. Le 
Pontife du Dieu Mars , appelle Flamen 
Mmialis , récitoît à haute voix cette 
formule : Il faut boire le vin nouveau , & lé 
vieux , comme un remède. 

Les Romains qui avoient fait une salus , »■ 
Déefle de la Santé , fous le nom de Sa- }j ^^^f^ ^ 
lus , l'honoroient d'un culte particulier. 
Ciceron , Pline , & d'autres encore , par- 
lent aflez fouvent des Temples confa-^ 
crés à cette Déeffe ; & Tite Live fait 
mention de celui que lui éleva le Cen- 
feur Juntus Babulo , près d'une des por- 
tes de la ville, qui pour cela fut appellée 
la Porte de la Santé , Salutaris. Com- 
me les anciens parlent fouvent de l' Au- ' 
gure de la Santé , & que Ciceron s'ex- 
prime ainiî à ce fu jet : Sdlutem fofuH S<ir 
eerdotes 4Ugurdntor ; il eft bon de fçavoir 
que les Prêtres de ce Collège s'étoient 
arrogés le droit de pouvoir demander 
feuls y aux Dieux , la fanté de chaque 
particulier , & de tout l'Etat , comme fi 
chacun n'avoit pu la demander lui-mê- 
me. Dion (i) nous apprend , que le jour (x) LiV. %} 
deftiné à cette cérémonie des Augures , ' 
ctoit très-folemnel ; & comme il fâlloit 
que pendant l'année , il ne fut parti de 
Rome aucune armée , & qu'on joiiit 



'S6 ExPtiCATf G* HI5TbRfQiUf 

d'Hué profoAde paix » il dnrivôit ion* 
vent qu'on ëtoit bien du tems à pouvoiif 
prendre les Augures de la Santé* 
Hilifoîfeac Aprèd vou^ avoir raconté dans notre 
ULuNEf ^* dernière convérfation,i'hifïoire d'Apol- 
lon , & des autres Dieux qui ont quel- 
que liaifoB avec lui , je dois pf éfente-» 
jûent vous» p^arler de Diane > de la Lu«^ 
m 9 Ôc des autres Divinités de la Nuit ;- 
après vous avoir averti toute*fois, que 
quoique les^ Anciens cônfondîflènt preft 
que toujours Diane ^vec la Lune » ib 
les diii:inguoieiit cependant quelquefois* 
J'ai dit , dans la converfation précedcn-r 
te 9. que Diane étoit foeor d'Apollon , & 
Fun (5c l'autre enfails de Latone, qui le» 
avoit mis'au Aïonde dans l'ifle de Délos» 
J'ai ajouté > que de tous les Apolloos , 
Jb plus ancien étoit Qiîris ; & Je dois enr 
conclure , que de toutes les Dianes ^ Ifia 
étoit la pretniere. Elle étoit chez Les 
£g3rptie0s le fymbole de la Lune« çom^ 
me Diane l'étoit parmi les Grecs & les 
Romains ; & ce qu'on dit de fime peu* 
convenir à l'autre. Auxû je pourrais ae 
pas étendre davantage cet article : mai» 
comme je vous dois l'Hiiloire de la 
Mythologie Grecque & Romaine , fana 
laquelle on ne fçauroit entendre lesaû-« 
çien$Toctes ^ je vais vous rapporter co 



BBS FXBLX& ' &J 

0p^ eut dît de leur Dia^e• 

Ciecron (I) recoanoît trois Dîones. (O^^n^, 
Lia pr^Dicre , rjue Ion croil: mère de m 
CupÂdon aîlé,étoit fille de Jupiter & de <« 
Proferpme : ta féconde , qui eft la plus « 
eouuë i étoit fille du troifîéme Jupi« ^ 
tor y & de Latone : la troifîéme > à qui « 
fouveat ks Grecs donnent le nom m 
de fbn père > étoit fille d'Upis & de r« 
Glaucé*. •* 

Strabori (2) & Paufaûias parlent d^u« (i)Ur. i<h 
ne autre Diane nomi?>ée Sritomartis. El- 
le étoit fille d'Eubalus > & aimoit fort 
kcfaafiè. Comme elle fuioit Minos, qui 
en étoit amoureux , elle fe jetta dans la 
mer , & fut pri& dans les filets de quel-* 
^ues Pêcheurs ; Ce qui 9 feloît Voffius y 
fad fit donner le nom de DiSjntiA : Çt 
TOUS n'aimez mieux dire 9 que ce nom 
ki fut donné à caufe du mont Didé ; ou 
bien ^ comme le prétend Solin f parce 

Îu'il fignifie une Vierge douce & humaine. 
i y a même bien de ^apparence , que 
Gceron Se Strabon n'ont prétendu par^ 
kr que des Dianes de ta Grèce. Ovide 
cft allé plus loin , puîiqu^il nous fait con-^ 
aoître une Diane encoie plu$ ancienne | 
c'ëtoit celle d'Egypte , qui fe méta- 
morphoià en chat , dans le tems que Ty- 
phon fit k guerre aux Dieux : Fêle for 09 



?' 

ta 



ïS Explication ttisTORi(ii/B 

(i) uéui^s* Phœbi latuiu (i^C^eft la même que ceile 

(t) Liv. u dont parle Hérodote (2) , nommée Bu-^ 

bafiis. Mais parce que les Grecs ont tou- 

i'ours copié les Egyptiens , ils ont attrî^ 
>ué à quelques femmes de leur pays, ce 
E|ue ceux-ci difoient de leur Ifîs 3 car il 
aut toujours diftingucr le Dieu naturel ^ 
du Dieu animé , qui en étoit le fymbo- 
le. Ainfi le Soleil- & la Lune étoient les 
deux Divinités naturelles ; & Ofiris & 
Apollon , Ifîs & Diane étoient les per- 
fbnnages qui les reprélèntoient. 

Comme Diane aimoit la chafTe 9 on 
la regardoit comme la Divinité des 
Challèurs j & on la repréfente ordinai- 
rement avec un carquois & des flèches , 
accompagnée des Nymphes de fa fuite. 
Il faut remarquer cependant, que lort 
qu'elle repréfentoit la Lune 5 elle étoit 
fur un chariot , pqur faire plus aifément 
le tour du monde ; & alors elle s'appel- 
loit Lucine : comme on la noramoît rro-' 
ferpine , ou Ecate 9 quand elle étoit re- 
gardée comme une Divinité des Enfers. 
De-là , le nom de Trifûrms , & l'ufàge 
où l'on étoit de la repréfenter avec trois 
têtes. Lorfque cçtte Déefle étoit invo- 
quée par ks femmes en couches > on 
Tappelloit Lucine ; & elle étoit 1^ mê- 
me que Junon Fronuba. De- là, cette 



DES Fables* 69 

formule û ordinaire dans les Poètes : 

« 

Jum Lucina , fer opem. 

On lui donnoit encore pluiîeurs au- 
tres noms , comme , entr'autres celui de 
7r/w^, pour marquer qu^elle étoit ho- 
norée dans les carrefours ; celui de C/4- 
rr4, comme on peut le voir dans Spon ; 
& une infinité d'autres , tirés des lieux 
où elle étoit honorée. Les Phéniciens , 
les Arabes , & les 'autres Peuples de 
l'Orient, Tappelloient Militta.AliUu & 
Auîtis , comme nous l'avons déjà dit. 

Aurefte, nous ne parlerons pomt du 
culte rendu à cette Déefïè j qui étdit 
pref^ue auffi étendu que celui du So- 
leil i tous les Payens étant comme con- 
venus d'honorer les deux Aflres qui 
nous éci^ent le jour & la nuit. Com- 
me Diane étoit fort chafte , elle ne 
pouvoit foufFrir , parmi fes compagnes , 
celles dont la réputation étoit équivo- 
que. Elle chafla de fa troupe Califto , 
lorfqu'elle eut découvert fon crime j & 
fit déchirer par fes chiens , le malheu- 
reux Aftéon , qui avoit eu l'indifcrétion 
de la voir dans le bain , comme nous le 
dirons plus au long dans FHiftoire delà 
famille de Cadmus. Cependant , dit Al- 
cidon en riant, votre Déeflè fî chafte, 
avoit^ un Amant , nominé Endynuon > 



70 Explication historique 

qu'elle fe donnoit la peifte d^âlièr voir 
toutes les nuits ^ dans les montagnes de 
la Girle* Ne ibyez pas ^andalifée^ Ma- 
ilame , reprit l'Abbé 5 de ce que vi^itdc 
m'objeâer Akidoa. Eodymîoa étoit im 
Roi d'Elide^ qui fe retiroit ibuVeât la 
jiuit im iule itiontagi]^^ pour ob&rVer 
les mouvemens de la IiUfle« Voici d^ 
<i) r» UVcf;. quelle manière Pau&niaâ ( i ) rdCoate 
cette Fable ^ qui ^ dans lefond^eâ un4 
véritable Hii&ire* « La Fable» dit* il » 
M l-aconte qu^Endymlon fut aimé de la 
m Lune ;) & qu'il en eut cinquante aies* 
»' Mais une opinion plus probable ^ c'eft 
M qu'il époufa Aftérodîe ; d'autre£ dî* 
M fent Chromie 9 iîlk d'ItonUs 5 & pe* 
$, tite - fille d'Atnphiftyoft j d'aigres 1 
» Hypéripné > fiUe d' ArCas } & qu'il eut 
trois Bs j Peon 4 Epéus &: Etolus , ëi 
une fille 9 nommée Eurycide. Endy- 
mion ptopofa dans Olyjtipîe un ^Irik 
» de k cot^rfe > aux trois Pri&i^es jfes 
u en&ûs* Çt prix étoit le Rôyauiiieé 
u £péus remporta U viôoke 9 régM 
9 après Ton p^e » & iès Sujets furent 
M appelles EpéenS.Ondit, que fonfr^ 
■u re Etoiul- demeura avec lui dans I9 
«* pays ; fladis que Péon » itic6n(blabk 
»» d^avoir ^té vaincu dans uàe occaflori 
n de telle importance » aUa cherchex 



ê» 



desFab]:«£s« jt 

fortune hors de fa patrie ; & s'étaot « 
arrêté fur les bords du fleuve Axius » - 
il donna fon nom à cette contrée 5 qui «* 
depuis s'^ araellée la Pémiie. Les « 
£léen3 & 1^ HéraçMiôte^ fte s'accor- « 
dent pas &ur la mort d'Endymion : •% 
car les £l<^n8 rnootrefit f(Mi tombeau .^ 
dans la ville d'Olympie ; & les Hé* m 
facléotes 9 onii fottt voiiîris de Milet > ^ 
difent 3 qu^Êndymion (é retira (ur k « 
mont Latmus. j^ effets il y a un en* « 
droit de cette montagne > que l'on « 
nomme encore aujourd'hui la Grotte m 
d^Esdymion. <t 

Le même PauÊmias dit 5 que le tom»- 
beau de ce Prince étoit dams la place 
qtd précédoit le Stade d'Olympie 9 qutr 
l'on Rommoit U Barrière ; de qu à Méta- 
poate étoit une Statue de ce Prince 3 qici 
étoit toute d'y voire ^ à la rëferve de 
l'habit. 

Comme 9 en vous parkmt du Soleil , 
f ajoutais un mot de PAurore > qui le 
déyance » je doii vousr dire aujourd'hui 
queicpe chofe dç la Nviît , autre Divir 
nité rayenoe* Selon Itéfiode y elle étotjt 
fille du Chaos ; Se , felon ks My tholo^ 
gués 9 c'étoit la plus aâcietme des Divir 
mtés. Il eil vrai 9 tn e&t , que les té^ 
iràbr^ ont été avant la IvMséfç ;& c'en 



72 Explication historiqite 

aînfî qu^on doit juger de cette chiméri- 
que Divinité ; & qu'on doit entendre 
TAuteur d'une Hymne qu'on attribue à 
Orphée ^ où la Nuit eft nommée la Mè- 
re des Dieux & des hommes. Théocrite 
la repréfente, courant fur un chariot , 

f récédée des Aftres du Firmament, 
^autres lui donnent des ailes., comme à 
r Amour , & à la Viftoire j mais Eurî-* 
( 1 ) Dint pide (i) l'a mieux dépeinte , en la repré- 
fcxrag. imit. f^j^^^nt fur fon char , accompagnée d'E- 
toiles , & environnée d'un grand voile 
noir. Ce portrait s'accorde aflèz avec un 
• deffein qui fe trouve dans un Mamxfcrit 
de la Bibliothèque du Roi , que le P. 
de Montfaucon nous a donné dans fà 
Paléographie , où cette Déeflè paroxt 
vétuë de noir , avec un voile parfémé 
d'Etoiles , qui voltige fur fa tête , ayant 
fon flambeau tourné en bas, comme ili 
elle vouloit l'éteindre. Les Anciens 
donnent à la Nuit plufieurs enfans , tous 

{^erfonnages métaphoriques ; la Dou- 
eur , la Crainte , l'Amour, l'Envie » la 
Vieilleffe, &c. dignes fruits de cette 
I Déeffe , & de l'Erebe leur père. 

Hiftoirc <!e . Je vais , Continua l'Abbé , vous par- 
VESiJtf , <te jçf maintenant de Venus, de Cupidon» & 
de««k«cei. des uraces. Ce lu jet, dit.iiuante çn 
riant » conviendroit mieux à Alcidcm.» 

qua 



DES FABLSf. . 7J 

iqu'à vous , Monfîeur l'Abbé. Croyez-, 
moi , Madame , repartit T Abbé , ce fu- 
jet, quand il eft approfondi >eft plus fé- 
rieux que vous ne penfez ; & on xie trou- 
ve pas chez les Peuples * d'Orient , qui 
ont honoré cette DéeiSè dvant les. 
Grecs , toutes les badineries que ces 
derniers y ont ajoutées. Ciceron ( i ) r&* . (i) d* v^u 
çonnoît quatre Venus. Lapremiere ,dit-^ ^**'« '• ^^ 
îi 9 étoit fille du Ciel & de la Lumière :, 
la féconde , étoit celle qu'on croyoit; 
être formée de Técume oe la Mer » & 
qui fut mère de Cupidon : la troifiéme «- 
ctoit fille de Jupiter & de Dioné : c*eft 
celle <ju'on dit avoir été la femme dij 
Vulcain & la maîtreiTe de Mar3 > dajcit 
elle eut Anieros^ ou le d^ntre- Amour : la / ,: . 
quatrième enfin » étoit Aftarté , oée à -. -v 
lyr, en Phénicie » & époufe d'Adonis^' 
Paufànias, ^ d'autres Auteurs, re*' 
connoiilent encore plufieurs autres Ve-.- 
nus ; & # à les bien compter 5 on en trou?* 
veroit jusqu'à dix ^ dont les deux les plus, 
célèbres 5 étoient:la Venus Céléfle 9 ou! 
Uranie ; & la Venus Vulgaire ou Popu- 
laire. C'étoit celle-ci qui étoit la Déeflc. 
de la Volupté. Mais 5 dans le fonds , je ^ 

crois qu'il n'y en a eu -^ju'une.^ qui eiï 
cette Aftarté ^ femme d'Adoms ,. dpnt 
je vous ai fîiît l'Hi^çire dans nos pré» 



74 ExPLtCATlON HISTORIQUE 

ftîîers Entretiens. Son culte pafla dail# 
les ifles de la Méditerranée Se dans la 
Grèce , avec quelques Colonies Phéni- 
ciennes ; âC comme la Colonie s^arrêta 
d'abord dans la petite ifle de Cythére , 
<on publia qu^èlle y avoit pris naiflance ; 
car , fui^ant la remarque jùdicieufe 
d'Hérodote $ Pétabliflement de quelt- 
ques Divinités dans un lieu, étoît re- 
préfenté fous Hdée de la naiflance de 
cette Divinité dans ce même lieu. De 
Pîfle de Cythére , la Colonie alla dans 
la' Grèce , où elle porta les cérémonîe$ 
du culte que les Phéniciens rendoient à 
Aftarté : fur quoi les Grecs bâtirent la 
Fable , que près de l'ifle de Cjrthére, 6n 
(0 Htfioa. avôit vft Sortir (i) de la Mer une Déeiïe 
'^^^^^* (àiârmafite, accoirtpagnéé dés Grâces & 
des Ris 9 qui étant montée dans le Ciel > 
àvoit charmé tous les Dieux» par fa 
Kcauté j qu'elle avoit été formée ae l*é-- 
cùifie dé la Mer , & qu^on lui avoit don- 
né pour cela le nom étAfbYofne;qvl 
veut dire écuine. C'eft ainfi qu'en parle 
Héfîode» Mais Homère » qui a fuivi une 
trd:dition moins bizarre & moins fabu^^ 
ïeufe , dit , qu'elle étoit fille de Jupiter 
&' (Je ^ï)ioné. C'eft ainlî que Içs Grecs' 
trayëftîflbient , à leur manière , les Fa- 
îàèà qu'ils recevoient à^ pays étraa* 



DES Fabi-ïs* ^ 77 

|ers. Mais, peut -on, dit £Haiite,fur 
cette idée , expliquer ce qu€ ks Poète» 
ont publié de Leur Venus ? Il n^eft , nt 
fiécdTaire 9 tû pcfCble, reprit PAbbé « 
d'expliquer tout ce qu'ils ont dit , fit 
dans cette Fable ^ ni dans les autres» 
L'on içait # que lorfqu'ils ont eu un fu- 
jet «n main , ils l'ont embelli à leur 
fantaifie* Ils avoient oui dire 5 qu'Aflar- 
fié avoit aimé pailionnément Adonis $ 
ïs ne manquèrent pas d'appliquer cette 
circoûftance à leur Venus. Ils pou(fé« 
Tent leur pointe ; & regardèrent l'A- 
mour comme le fils de cette DéefTe > âc 
lui donnèrent pour filles les trois Grâ- 
ces. Enfin , ils formèrent ce fyftême 
d'Amour , dont les idées ont lèrvi , dans 
la fuite 9 à embellir les Ouvrages de 
leurs Confrères. Une fille fort de l'é- 
cume de la Mer , & paroît fur une Co- 
quille ; elle s'arrête fur le mont Cythé* 
te 9 où les fleurs naiflènt fous fespas; 
les Heures » chargées du foin de fon 
éducation , la conduifent dans le Ciel^ 
où tous les Dieux , charmés de fa beau- 
té , la demandent en Mariage ; elle 
époufe Vulcain , le plus difforme de 
tous j elle fe dèshonnore , par fes galan» 
teries avec Mars & Mercure ; elle a de 
l'un , Cupidon : & de l'autre > le Contre* 

Dij 



7,6 Explication historique 

AmoUf ; Bacchus eft fbn Ecuyer : enfit 
elle préfîde aux Mariages & aux Corn-» 
merees de Galanteries ; & , pour cela , 
on lui donne une Ceinture myftérieufe > 
«ommée le Cefte de Venus , qui la rend 
non-feulenient aimable , mais qui a le 
don de rallumef les feux d^une piaffion 
(0 Uka. éteinte ( i) , &c. 

Comme on prenoît Venus pour la 
Mère d'Amour, on chargea fou hi- 
ftoire de la plupart des galanteries écla« 
tantes. Quelque belle ayant été fiir^ 
prife dans un conunérce d^unour V don-r 
na Ueu à l'adultère de Mars Se de VenuSj 
& au Stratagème de Vulcain ; Se peut-? 
être tie (èrez-vous pas fâchée. Madame , 
de fçavoir l'origine de cette FablcPale-»» 
phate (2) dit que Sol fils de Vulcain Roi 
d!Egypte , voidant faire obferver à la 
rigueur la loi de ibn père jcontre les 
adultères , & ayant été informé qu'une 
Dame de la Cour avoit commerce avec 
un courtifkn , entra là nuit dans fà mai- 
fon, & l'ayant fiirpri£e avec fon amant, 
la punit féverement ; ce qui lui attira 
la bienveillance du peuple. C'efl, ajoute 
cet Auteur, l'équivoque du nom de Sol 
qui donna lieu à la Fable qu'Hpmere 
propofe aux Grecs d'une manière enve* 
loppée , Se à laquelle Ovide joint des 



(») InFrdgm» 



téÛtxions peu propres à donner it Khoiw 
reur du crime. 

Ce n^eft pas la feule galanterie qu'on 
ait mis fîir le compte de cette Déeflè. 
Anchife, pour Ce mettre à couvert de la 
jaloulîe de fa femme,publia qu*il avoiteu 
Enéëde Venus*. Le célèbre M. Newton, 
dans fa Chronologie des anciais royau- 
mes , dit que la véritable mère d^Enée 
«toit Caljccjds \ fille d^Otreus Roi de 
Phrygie, que Thoas fuf nommé C y nie- 
ras époufa. Se h. laquelle il érigea des 
Temples à Paphos , à Amathonthe Se à 
Byblos, qui font véritablement les lieùt 
où Venus fut le plus honorée. Ce 
fçavant & ingénieux Auteur ajoute qu^il 
ne faut point chercher d'autres Venus 
Que celle là ;:& que fi on a publié que 
Voius avolt époufé Vulcain , c'efl qu« 
Thoas Roi de Lenînos étoit k même 
^ue ce Dieu , ainfi que nous le dirons 
dans la fuite de cet Entretien. ' 

Toui bien çonfidéré , j'en ifevîens à 
ce que j'ai dit, qiie la- plus ancienne & 
la véritable Venus , éioit celle des 
Phénicien^ , pu Aftarté : ou pour parler 
plus jufle 9 c'étoit la Planctte qui en 
porte le nom> ou la Venus célefle, à 
laquelle on, rendit d'abord un culte Re- 
ligieux^ j c^-, i?omme nous i'avoi» dit 

D iij 



*78 ExPLJDCArtOK HTSTOtïÇUfi 

plu»d^une fois i les Aûtes ftttent le pre^ 
mier objet de Tldolâtrie. Ceft fur 
^ctte Déefle des Phémciens que nousf 
avons un curieux Traité de Lucie iiy que 
vous pouvez lire dafis la Tradiiâioa 
de M. d' Ablancoùrti 

Comme on diftinguoît cette Venu» 
célefte, ou Urame^de la Venus Vul- 
gaire, leur culte étoit bien difierent; 
Celui de la première n^avoit rien tfin* 
Récent ; mais dans celui delà dernière r 
on avoit porté la difTolutioiï aux der- 
jùers excès , puifque les fiéflmmes & W 
£lles croyoient l^hfiwïorer en fe profti^ 
«uant publiquement dans les Temples» 
Tirons le rideau (ïir de pareilles infei- 
inîes , qui dèshonoroient égadement la 
2)ivmité en Fhonneur de laquelle on le^ 
conunettoit, & ceux <|ut $^y abandon- 
noient. Oti 6ffi-ôit à cetteBéefle des par- 
IHUes où iletitroit de k chair de moi- 
neau. On lui immbloît une diévre 
blanche ; de les femmes lui' con(àcroient 
leurs cheveux j qu'elles laif£>ient dans 
fes Temples. Cythére , Paphosr,. Gui- 
de, Idalie , Amathonté , Se d'autres 
lieuix encore 9 & dillinguérent par le cut- 
tequ^on yrendoit à la Mère d'Amour.^ 
Parmi les fleurs y la roCe ïm étoit ^cia- 
kmentco&iàoréei parce qu'on Croyoit 



x>Es Fables; 79 

^'elle avoit été teinte du fang d'Ados 
m» Le myrthe lui étoit auffi dédié , pur- 
ce qu'il vient au bord de Teau » élément 
dans lequel Venus avoit pris naiflance^ 
Parmi les oiièaux , ceux qui lui étoient 
les plus chers , étoient le moineau , le 
cygne , & les colond>e$ » qui traînent or- 
dinairement Ton char , dans les figures de 
cette Déeflè que les Antiquaires ont fait 
graver. N'oublions pasia Fable que 
les Grecs inventèrent au fujet des co- 
lombes contacrées à cette Déeilè« Cohx- 
aie elle avoit parié un jour en jouant 
avec Adonis» qu'elle cueilleroit piué dé 
âeurs que lui > elle fut aidée par (a 
Nymphe Périftere , & gagna la gageÛM. 
Ce qui piqua fi fort Adoiiis, qu'il isL 
changea en Colombe : Fable fon(£ée unîo 
^uement fiir le nom (xrec de la Nyn^ 
phe, qui veut dire une Ctf/itffli^r* . 

Les anciens Poètes donnent une infi« 
mté de noms » ou plutôt d'épithétes a 
Venus , qu'il feroit inutile de rapporter. 
£t il fujOSt de vous dire^ que ces nom^ 
font pris des Ueux où elle .était hono* 
fée, conime ceux de PofkumK^^AtÇj^ 
th^té^ ScQ. ; ou deschofts mti lui ^tbient 
confacrées , comme celui de Mjrtié ^ 'à 
caulè du Myrthe ; bu de (à bjcauté > tel 
^ue celui de CaUyfigé §. om de jde. (lu^dk 

D uij 



était fbrtie de la mer^ ainfî que celui âê 
Mmnd ; & ainfi des autres. 

De tous ces noms, âc des autres attri* 
buts qui lui étoietir propres , étoient ti* 
réesles diâ^rentes manières dont on la 
repréfentoit. 

- Lorfqu^elle ell prifè pour la Venus 
Uranie , elle tient un Globe céleâe à la 
niain* I^orfqu^on la peint fortant de la 
mer^eUe eft fur une coquille tirée par des 
Chevaux marins y ou par des Tritotis* 
Quélqurfois Ton char eu traîné par des 
Moineaux & par des Cygnes, ou par des 
Colombes : quelquefois avec Ton cher 
AdonisL & Tes. Cluehs ; fôuvent avec un 
JDauphin; prefque toujours accompa- 
gnée des Grâces ; quelquefois armée; 
&lon Paufànias, elle étoit ainfi repré- 
&ntée.daâ5uiî. Temple delà Grèce: 
enfin ^avto Jb Gor^e d^abondance » pour 
4ilarquer lesrrlcheflès' que produit le 
commerce de. la mçn 
ciTPiDON . j îAprpS! àvo& . parlié de Venus » je 

eu I'Amour. ^^ :vous fiarl^. dé Gupidon (on; iSk , ou 

i' Amb^r.. Ce n'efi pas. que le^ Anciens 

n^'^ent, sieacofanU*. qirun feul Cupidon- ; 

fiftr.ilàÀbhifredDnnii;)urqu'à douzeroù 

(t)D#K4/. ^çize«vCic£r6n: cependant (i) n'en ^*- 

DcM^. /. I • fconnoît que trois , dont le premier etoit 

£1$ d^Mercure ôç de ^ première DktàHi ; 

I' ' . 



DES Fablss. 8i 

k fécond , de Mercure & de la féconde 
Venus j & le troifiéme , qu^il appelle le 
Contre-Amour ou Ameros , de Mars 8c 
de la troifiéme Venus. Et Héfiode (ï) (OTh/«g< 
ne parle que d'un , Se c*eft le plus an^ 
cîen , produit en même-tems que le Ga- 
hos & la Terre ; en quoi il paroît aVoir 
fuivi les traditions Phéniciennes , qui 
reconnoifibient l'Amour pour le plus 
ancien de tous les Dieuk 9 comme nous 
l'avons dit en rapportant le Fragment 
de Sanchoniaton* Nous laiflbns-là^toUB 
les autres Cupidons 9 pour dire un mot 
des deux qui étoient connus dans I9 
Grèce, Ey95 & Anter^s ^ c'eft-*-dirô> 
Amour, ouC ontrè* Amour , tous deux 
fils de Venus ; le premier ayant eu Mei^ 
cure pour père , & le fecond Mars, Dans r • 
le fond , il n'y eut jamais d'autre Amoi/r 
que celui dont parlent Sanchoniatônâc 
Héfîode j c'eft-à-dîre , ce principe phy- 
fique , ou plutôt l^Iniô^ Wiême dîes «par- 
ties de la matière , d'où furent formée 
les diffërens corps qui compofent l'Unir 
vers. Car pour cet Amour badin & fo- 
lâtre, à qui on donnoit Venus pour mè- 
re, on peut le regarder comme le fruit 
de l'oifiveté des Grecs; & il n'en fut, . 
jamais-parlé dans les pays d'Orient,d'où 
nous en<veauëla cofinoîiTance de Venus* 

D V 



8a Explication histoivi quf 
Les Grecs , à qui ildevpit fon origine il* 
le repréfentoietit Gomme ua jeune en- 
fent^aveugle» ou les- yeux couverts d'à» 
bandeau 5 i^utant ,■ daafant ^. jpuant r hsL^ 
dînant» montait fiu: des acbres^; toujours 
avec fon petit carquois^ Se des flèches^ 
^ont les bleilures caufoient les paffions^ 
les plus violentes. Quelquefois on le 
,voit jpuant i^vf ç & mère ^ ou' fe battant 
contre un cocq.^ fur lequel il. gagne la 
^iâoire > ou a^fur un Centaure rpour 
aous apprendre que , jusqu'aux n^on^ 
ôres mêmes r tout étoit fourni* à l'A^ 
snour. Pour tout dire en uiv mot y ce 
pieu , exerçoit également fon empire: 
^dans le Ciel» fin: la-^Terte <Sc dans les 
£iifers. • . 

AxnKQS^ Anteros r ou lé Goiitre*Arapur,.que 
Venus a voit • eu de Maïs , eft é^le- 
ment reptéienté comme un enj^t ,, 
■ainfi que fon frère r & on les. trouve 
tous deux ftur im feKas^elief • rapporté 
car Béger.dans fon .Tréfor de Brande- 
bourg. Il partagea «auffi les honneurs 
divins avec Cupidon ; mais le culte 
^u'on leun rendoit 5 ne.diiTeroît pas de 
:celui qu^on rendoit à leur Mère» 
IcfCRACis..: L^Hiffoire des Grâces doit n^t^ui^ 
lement fûivre celle d^ Venu«:>dont elles, 
ëtûient les . âdddesi ^^mjfagQ&9* ;Qomi9fi- 



DES Fabljks» 8j 

ïesGnces donnoient aux lieux» aux 
peribimes , aux ouvrages & à chaque 
chofe en fon genre , ce dernier agré- 
ment qui embellit toutes îles autres 
perfeâions ôc qui en eft conune la 
fleur ;& qu'enfin on ne pouvoit tenir 
que d'elles ce don làn$ lequel tous- les 
autres font inutiles , je veux dire le don 
de plaire ; auffi entre toutes les 
Déeâès, il n'y en avoit point qui euâènC 
un plus grand nombre d'adorateursu 
Tous les états > toutes les profeflîoin»> 
tous . les êigts leur adreilbient des 
vœux, & leur préfentoient de l'encens. 
^Chaque fcience & chaque art avoit en 
particulier ia Divinité tutélaire: mais 
tous les arts Sç toutes les fciencea ré* 
connoiflbient l'empire des Grâces. , 

Recherchons en peu de mots leur .. , 
origine & leur nombre > les différents . OXVoye* 
noms quon leur a dôni^s> leurs attrjfc- acMr. l'Ab- 
buts, le culte qu'on leur rendoît^.*: ^/^^^l^^l 
enfin quels étoient les Heos dont xxi cadTdcs^Bcii 
les croy oit Içs àiS^eo&tiicxa* (i ) • ' *«* " ^^^^* » 

Quelques anciens ont'crClquîelie^-fil- ^*' 
rent le fruit d^un Mariage légitime, Se 
qu'elles naquirent de Jupiter & de Ju-* 
non ; mais Hefiode: aflSire qufellas 
étoient filles de. ce Dieu' &/de la 'btih 
|iurynon»e:£lk. de l'Oaeah , qu^Ond- 



^4 ExPLMATÏOK HlSTpRKiUfi 

xnacrite nomme Eunomie; Se h^Sbsi^ 
ce 9 ancien commutateur de Stace , 
Harmione; Suivant Antimaqûe Poète 
très-i-ancîen > fa mère s'appôlloit Eglé ; 
& felon '• dfautres » Eurymeàufe , ou Atï- 
tinome. Enfin t^ôpinion la plus généra-^ 
iement reçue, eft qu'elles doivent le jour 
à Bacchus & à Venus. * 

On n'étoit pas plus d*ACcord fur leur 

nombre que fur leur origine. Les Lacé- 

.dëmoniens Se les Athéniens n'en recon- 

<noifIbient que- deàx> aufquelsils don-^ 

noient des noms diffèrens ; mais Héfio*- 

de 9 Pindare & les autres Poètes en ad- 

.mettent trois qu'ils nomment Eglf^ 

Tbâtic , & EufbrQfyne. Homère change 

-le nom d'une de ces trois Graces^» & 

ii)V^Xi^. rappelle Paiîtiiée. (i) 

i%)inB€9i." Paufanias (a) ajoute une quatrième 

' ' * . Grâce , qui étoit Pitbo , ou la Déeflè de 

' 4a PerfuaiÎQn ; voulant nous infinuer 

.paif*4là!i que le grand fécret de perfiia- 

' !^ fder^ic^fiîde 'plaira 

i Au çD)nroenca»î9nt , on ne repréfen- 

•' ' -tait cos; Déefles', que jpâr de fîmples 

.pierresfqui n'étaient point taillées; Se 

-l^elles étbient , comme nous l'avons déjà 

remarque aîlleursr v les- anciennes Sta- 

jtuq^ Mais on les répréfenta l^entôt fous 

é&^ lîgttrQs .faufziaines > b^)Ulé^ de .gaze 

^7 ^.L 



besPableî. 8f 

dans les premiers tems , & toutes nues 
dans la fuite. Paufanîas (l) avoue qu'in*^***»'**^ 
ne fcauroit lAarquer l'époque ou l'on 
ce/Ta de leur donner des habits. On le^ 
repréfentoit ainfî> pouir faire entendre 
que rien n'eft plus aimable que la fîmple 
nature j & avec de fimples gafes , pour 
nous apprendre que fi quelquefois on 
appelle 1 art au fecours de la nature , on 
ne doit employer les omemens étran- 
gers que fobrement ôc avec retenue. Oh 
les peignoit jeunes , parce qu'on a tou- 
jours regardé les agrémens comme fe 
partage de la jeuneflè. Communément 
on croyoit qu'elles étoient filles Se 
vierges : cependant Homère en marie 
une au -Dieu du Sommeil , & l'autre à 
Vulcain. On repréfentoit encore lès 
Qraces dans l'attitude de perfonnes qui 
danfent. 

Des Divinités fi aimables ne man- 
quèrent ni d'Autels , ni de Temples. 
On croit que le premier de ces Tem- 
ples fut bâti par Ethéocle Roi d'Orcho- 
Biene dans la Béotie ; ce qui le fit 
pafler pour leur père. Mais les Spar- 
tiates en donnoient la gloire à leur Roi 
Lacédemon. Quoiqu'il en foit, pour con- 
noître tous ceux qu'elles avoient dans 
la Grèce^ il n'y a qu'à lire Paufaidas. De^ 



8^ Exï'LiCATÏON HISTORIQUE 

toutes tes fàifons de l'année , le pritt^ 
tems leur étoit fpécialement confacré t 
aîniï (ju'à Venus leur mère. G'eit ea 
éâet alors le tems des grâces & de^ 
ris : quQÎqu'à dirp vrai, il n'y eût prefquç 
point de jour» dans l'année qui nçr 
fut marqué par quelqu'afte de Reli-- 
giën y ou par quelque Sacrifice qu'cay 
oflroit en leur honneur. 

Leurs Statues, qu'on trouvoit prefque 
par tout étoient ordinairement de la mai0 
des meilleurs Maîtres j & elles étoient de 
marbre, d'yvoire,& quelquefois d'or, 
ainfi que nous l'ap^enons^ de Paufa^ 
nias , qui entre à c^ iiijet dans un gran^^ 
détaiL . . 

Enfin quant aux bienfaits qu'on aç- 
tendoit de ces Déefles , on croyoit 
qu'elles difpenfoient aux hommes , ooa 
feulement la bonne grâce ,; la gayet^y 
l'égalité d'humeur, .^maîs^ encore là libé- 
ralité , l'éloquence.. & la fageile , ainiî 
que le dit Pindare : mais la plus belle 
de toutes les prérogatives des Grâces, 
c'efl qu'elles préfidoient aux bienfaits 
& à la reconnoiiTance j îufques-là que 
dans prefque toutes les langues ,. on i& 
fert de leurs noms, pour exprimer Si la 
f econnoiilance & les bienfaits, 
^prè^ avoir parla de. Ycnua-âc de9 



Grâces s je dois vous raconter l'hiftolre" 
de Vulcain que les anciens Poètes aflTu-' 
x€»t avoir été Tépoux» ou de Y eaïus ellQ<« 
même j ou d^une des C^aces : Allégo* 
lie y qui> pour le dire en pailànt » noud 
aprend que tous les arts même les plu& 
mécaiûques ( car Vulcain , comme vous. 

5:ave2 y. étoit le Dieu des^ Forgerons ) 
oivent avoir pour objet la perfedion^ 
que doûneot lesGcacfss ôc ù beauté; 
Vous jugez bien > Madame > que ks 
Grecs ne manquèrent pas de revendiquer 
ce D jeu > comme tous les autres > quoi-^ 
qu'aiTurement leur Vulcain ne ibit pas 
le plus ancien de ceux dom parlent 
Jeurs Auteurs, Ciceron (i) nomme qua- (o m nsk 
ire Vulcains , dont le premier étoit fils ^^'' '• *• 
du Ciel; le fécond» que les Egyptiens, 
sommoient Opas , avoit le Nil pour 
père; le troifiéme étoit fils de Jupites^ 
Se de Junoii y ou de JqAon feule y Cvl^ 
Vaut Hélîode y fuivi en cela par les- 
wtres Poètes j & Là quatri^nie enfin > 
fils de Ménalius^» étoit ce célèbre For- 
geron qui habitoit les ides Vuicanies- 
Ciceron avoit manqué le premier ($c 
le plus ancien Vulcain > qui eil ians 
doute le célèbre Tubakaïni dont il. e/f 
f arlé dans la Genèfe t Â^^qui le pr<^-* 
Mm: avak inventé rftrtde.fajrgjjïyr^ te: 



88 ExiPLtCATiÔN HISTORIQUE 

fer. C'eft fetts doute 1^ modèle de toîïS 

les autres. Après celui-là , vint le Vul- 

'caîn d^Egypte^ qui, dans la Théogo^ 

-nie des Eg)fptîens, étoit le plus ancielk 

(0 v*ye» de leurs Dieux (r) : & je- ne doute pàé 
Hétodote, le que ce ne fôt le Tubalcaln due Moyfe 
met dans la ieptieme génération i Se 
Sanchomâton dans la^ première^ Il eft 
naturel de croire qu'on coiiferrâ en 
Egypte, quîfiit un des premiers payîs 
peuplés après la difpefiiîon de Semiaar » 
la connoiiïance d'un homrtie célébré pat? 
l'invention d'un des afts les plus^ né* 
ceflTaires , & dont les Annales Phéni- 
ciennes fâifoient mention : à moins {oiï- 
tefois que les .Egyptiens h'ay ent don- 
né ce nota à quelqu'un de leurs Dieux-, 
c^eft-à-diré, de leurs premiers Roi^» 
fous le règne duquel fut renouvelle & 
peut-être perfeétioné l'art que Tubalcàid 
avoit inventé. • î* 

^^ Pour cequi regarde le troifiénie Vuï- 

cain , voici les Fabtes que les Grecs en 
ont publiées; Jupiter piqué de> ce- que 
Junon Tavoit eu fans ia participation y 
& le trouvant d'ailleurs fortlanl, le fit 
culbuter du ciel en terre d'un coup de 
pied ; Scjl Ct Ceroit tué immanquable^ 
ment^ [aps le fecottrs des habitans de 
'LemsoS; <|ui^ le- ièçittmt ètttte leurs 



Uc, t, io« 



Brai } que cependant îl lui en coûta une 
jambe dont fl demeura boiteux. Selon 
Pauiànîas (i), ce fut Junon elle-même (d /« 
qui le chafla du Ciel- Que Vulcain, pour 
s^en venger , fit une chaife d'or avec un 
reflbrt caché , Se l'envoya dans le Ciel ; 
& que Junon s'y étant affife y fut prife 
& expofëe à la rifee des Dieux : mais 
Bacchus ayant enivré Vulcain , le fit 
revenir dans le Ciel , où il tira fa mère 
de l'état embarafïknt où elle fe trou- 
voit. Que les Fables anciennes fe fou- 
tiennent mal ! Homère prétend au con- 
traire que Jupiter ne chaflà du Ciel Vul- 
cain que pour avoir dégagé Junon 5 
qu'il avoit /iifpenduë en l'air avec une 
chaîne , à caufe qu'elle avoit excité une 
tempêtepour faire périr Hercule. 

Ne pourroit-on pas, reprit Eliante, 
dire que ce Vulcain étoit un Prince 
de la race des Tytans , qui ayant don- 
né quelque mécontentement à Jupiter 
ou à Junon, avoit été chaflK de la Cour 
qui étoit regardée comme le Ciel 9 
aînfî que vous noui l'avez dit ; & qu'il 
y fut rappelle. Je vous affiire , Mada- 
me, repartit l'Abbé, c'eft ce qu'on 
peut penfèr de plus jufte fur ce fujet ; 
& votre explication revient à peu près 
à celle du célèbre Newton i qui 9 iansi 



$6 ÉxPtteAri4Mti litSt<fRl(3!;^t 
£à Chronologie des Royauiixes^en pairltf 
âînfi: Il n'y eut jamais, dit-. il, d'autre 
(i) Voye* Vulcaih(i), qucfThoas Roî de Lem-* 
ce ç'on en a ^ç^^ qù: il avoit établi des forfi;es. Ce 
ftoirede Ve« prince epoula Calycopis, cette mem^ 
»*"• Vertus tfu^on croybit mère d'E^ée',^ Si 

fille d'Otréus Roi de . Phrygk, Oir 
: donùa à Thoas le nom de Cinyras » ^ 

^ caufe de fon habileté à jouer de la 
Lyre ; ce qui fit publier qu'il avoit ét^ 
aimé d'Apollon ou d'*Orus. Bacchuff 
devemi amoureux de la femme de 
Ifhoas, fut furpris dans^ un ciommerce 
de galaAtefie avec elle : mais il fçut 
àppaifer le mari en lui faifant boire du 
vin. Vulcain tomba donicr du Ciel âes^ 
Dieux de Crète , quand il alla de Crè- 
te à Lemnos poujr forger les métaux ^ 
^ il fot rétabU daa^ ce mên^e Ciel ^ 
lorfque Bacchu» lui donna les RpyaoK 
mesf de Chypre & de Biblosrcar les 
Cours dô tou^leS'Princey de ce tem's4à> 
dit toujours le même Auteur ^ en étoient 
Regardées comme le CieLCe- fut dansie» 
états^ <pxe Thoa& ouf C^nyri^s fit bâtir 
desTemples en l'hoitofur de Venus ik 
femme 9 comme wous^ l'avop^ dît daii^ 
îpn Hiftoire. Cette explication reprit 
• Alcïion, elï fort ingénie iife : maïs fuf 
^el foadeoienc po^te -^t'elie f AWhQU- 



fcufement , dit P Abbé 9 elle n'eif ap«* 
puyée qite d^ui £^1 paflàge de Jidlia y 
qui dans le fond n'efî ^as- trop conw 
cluant. Aioiî faifbns honneur à Mada-' 
me. Se tenons-hotts-ed à ùm explicar^ 
tion. Quoiqu'il en foit ^ rien if étoit 
plus célèbre dans l^ailtiquité fabukufe' 
que les forges de Pille de Lemnos ; dC 
an attribuait au Dieu qui en étoit le 
maître', les ouvrages les plus excel- 
lents , que le» Gyclopes fe^ Forgeron» 
febriquoient pa* Ces ordi^es ; tels qu'é- 
toit le Palais du Soleil , felon Ovide j 
les armes d'Achille , félon Homère j 
celles d'Enée» il nous en croyons Vir-^ 
gîle; le collier d^Hermione^ la cou- 
ronne d'Ariane , le fameux chien d'ai-^ 
tain que Jupiter donna à Europe ; Pan-^ 
dor^ dont nousr avions parlé dans PHii^ 
toire des Titans j ces Trépieds dont 
parle Homère^ quialloient d'eux-même» 
à Paflemblée de^ Dieux ; enfin ces 
Cymbales d^airain dom il fît préfent 
à minerve, qui les donna à Hercule , 3c 
au bruit de(quelles il étourtfo G fort le^ 
. OifeauicStympbalides'rq^^lestdatoù^ 
tes uns^ après les autres. 

On étoit il perluadé à Lemnosv dit 
Alcidon , que les Forges de Vulcaâr 
étoienC dans le» cavernes^ de leur iih > 



92 ExpLiCATroK" &rsTaRi<iu« 

3u'on y croyoît entendre ks coups re*! 
oublés des Cyclopes : ce qui ne ve- 
•noît que des feux foûterrâins ^ (|ui nïu« 
^iffoient dafis les antres de cette iile» 
Port fiijette aux treitiblemens de tierre. 
Auflï en <£roît--on autant des Mes Vul- 
canies, voifïnes de la Sicile; du mont 
£tna i & des autres lieux où il y a voit 
des Volcans. 

Comme on avoit attribué , reprit 
l' Abbéi les plus beaux oUvi'ages à Vul- 
>cain 9 on lui donna de même p6ar eh&ns 
ceux qui fe diflinguérent daiis le même 
art que lui f tels que Brotëus , Erichto- 
nius» Olemjs^ Albion y &c. On lui donna 
aufC piufîeurs noms 9 tirés la plupart des 
lieux» où il étoit honoré. 

Fluiieurs péiqples fe diâinguérent dans 
•le culte qu'Us rendoient à ce: Dieu y fur 
;tout les £g3^tiens > qui avoiént b&ti 
en ion honneur ce temple célèbre , dont 
parlent Hérodote & les autres Anciens, 
& à l'embellifTement duquel tant de 
Hois avoient travafllé : & les Romains, 
qui tenoient dans fes Temples leurs a£^ 
femblées les plus Iblemnelles ; ce qui 
étoit , félon Denys d'H'alicamaire > ta 
plus grande marque de re%eft qu'on pût 
donner aux Dieux. 

Comme on croyoît que Vulcaia jàvoit 



DES Fables. P3- 

CA^eigné tous les ufages que les ou^ 

vriers Se les autres hommes peu* 

veDt ffure du feu >. tous ceux qui tra« 

vai}loient en métaux 5 ou pour parler 

plus jufie 5 tous les hommes en géoéral f 

cfiroient à ce Dieu des ikcrifices^ eare-r 

coiinoiflàace d'un préfent û avantageux , 

mû que nous l'apprend Diodore de Si- < 

dle(i). ' (1) Liv.f. 

Dans la principale de Tes Fêtes y on 
çouroit avec dts torches allumées^ qu'il 
^lloit porter , £àns les éteindre , aun 
bout de la carrière à l'autre > (bus peine 
dWamie ; pour apprendre aux hommes^ 
OU qu'il étoit lui-même l'inventeur du 
£eu, ou du moins de l'ulage qu'on ea 
lâiToit dans les forges» 

On reconnoît ailement ce Dieu fut 

* ♦ 

les M onumens anciens» où il paroît tou- 
jours avec de la barbe» la chevelure un 
peu négligée » à demi couvert d'un ha- 
bit qui ne lui defcend qu'au-deflus da 
genquil , portant un bonnet rond & poia-? 
ta, tenant de la main droite im marteau ^ 
ôc de la gauche des tenailles. 
. A l'Hiftoire de Vulcain , je doii MiMB^in. 
joiqdre celle de Minerve 9 par la liaifon 
que vous verrez qu'elles ont enf^mble» 
Les Anciens (a) reconnoifToient cinq (OVoy« 
Deeues de ce nom. La première etoi^ îi^.oewJ.y 



454* Explication HirPotiQuier 

la -mère d* Apollon : la feconde rappof- 
tt)ît fon origine au Nil : la troifiéme 
étok fille de Jupiter: la quatrième avoit 
le même père , & pour mère Goriphée t 
fille de FOcéan^ nommée parlfes Arca- 
dienàjÇorie ; & c'eft à elle qu'on doit 
l'invention -des chars à quatre chevaux 
de front : la cinqvûéme » que Von peint 
avec des talpnniéres , eut pour père 
Pallas , à qui , dit-on , etle 6ta la vie , 
parce qu^il vouloît lui faire violence. 
Vous voyez , Madame ^ pour le dire 
une bonne fois pour toutes , que dan» 
rénumération des Dieux des Grec» Se 
àts Romains que fait Ciceron $ 6ç qui 
prefqu^ tous portoient plufîeurs noms» 
il y en a toujours quelqu'un qui tiroii: 
fon origine d^Egypte ; & c'étoient les 
lus anciens, Ainfî la Minerve , fille du 
il , dont nous parierons dans la fuite ^ 
doit être regardée comme la première 
de toutes. Maïs lès deux Peuples que 
je viens de nommer , jaloux de leur an- 
jeienneté , avoient cherché à obfcurcîr 
les traditions Egyptiennes^ fouvent par 
des Fg-bles auflîablurdcsqu'imp^çtra- 
Jbles. Voici celle qu'ils publioient, au 
^jet de la naiffance de leur Minerve* 
Jupiter , difbient-îls , époufa Métis j & 
h voyant prête d'accoucher , il la dé- 



li: 



t>B5 Fable'I. 95" 

tofa, parce qa'un Oracle lui avoît ap» 
pris qu'elle alloit mettre au moode unie 
filk d'une fageiTe confommëe , & un fils 
à qui les Denkiées réfervoient TEmpire 
du Monde. Qaelque tem$ après , (è fen-^ 
tant une grande douleur de tête , il eut 
f ecoiu-s à Vulcaki , qui , d'un toup de 
hache, lui fendit fe cerveau, d'oùfortit 
Minei^e toute armée. Les Mytholo^ 
gues anjciens& modernes ont cherché de 
grands myftéres dans une naiflance il 
bizarre, même celui de la produâion 
du Verbe Etemel. Mais c'eft prophaner 
des vérités re^ftables, que de croire 
que la tradition qui les apprenoit , s'était 
confervée dans Quelques Fables : celle- 
ci 9 (ans doute » n efl que le fruit de queU 
que imagination déréglée. 

Quoiqu'il en foit , plufîeurs anciens 
fie reconnoiflbient d'autre Minerve 

fu'une fille qui ^ fur les bords du lac 
Vîton en Afrique, fè diftingua par les 
beaux ouvrages de laine qu'elle fâifoit 
avec l'éguille j ce qui la fît prendre pour 
la Déefle de^ arts de cette nature : 5c 
tel a été en effet le principal attribut 
de la Minerve des Grecs. Pauônias (i) (t)ibtAéi 
qui eft de ce fentiment , ajoute que cet- **«► t, m# 
te Minerve Tritonienne étoit fille de 
Neptune , c^eô-^-djure , de quel^uç ma» 



/7 



5)5 Explication historique 
rm 9 Se de Tritonis. Mais l'opinioii la 
plus commune , eft que Minerve avoit 
pour père Cécrops premier Roi d'A- 
thènes: ce qui encore n'^ii fondé que 
fur ce que ce chef dé Colonie avoit 
apporté dâns,FAttique le culte de cette 
DéeiTef adorée depuis long^tems à 
Sais , dans la baffe Egypte , d'où il étoit 
parti. Car il faut, toujours en, revenir 
ail principe d^Hérodote , qae Ik naiflai^* 
ce d'un Dieu ou d'une Péeffe.daSas un 
lieu , n'étoit que rétabliflement de leur 
culte dans ce même lieu» Car la ieule 
Minerve qu'on doit recoftnoître eft cet-^ 
te fille du Nil dont parle Cioei:Q9 , qui, 
pour avoir cultivé les açts^ fur tout 
ce^ de faire delà toile, delà brode^ 
rie, & de la tapifferiè » en fut r^gar-r 
déé comme la Dçelïèt Son culte s'é- 
tàbUt d'abord dans l'Attique > d'où .U 
fe répandit bientôt: dans tous les Tefle$ 
de la Grèce , & de^à <kfi$ l'Italie , &c; 
ï#é nom qu'elle pottoit en Egyipte , Ce4 
r-lé^'^'' l^n Piatpn (I), étoit Neits ; de feloçi 
(z) Et Eu- d'autres, Ogga, om Onk^ <;2) ; ce qui. eft 
çh©rion,dan« plus vraifcmblable. Les égyptiens» qui 
B^Mte^ii^- ne la regardoient pas fans doute comme 
fichin«,.*c. une fille qui confervât toujours & divii* 
aité,lui donnoient poui: époux Vulqijb la 
plus ancien de leurs Pieux ; ^U lieu que 

ie« 



< 



DES Fables. $y 

les Grecs lui avoient donné pour fem- 
me Venus ; pour nous apprendre ians 
doute que la prudence & la fageflè» 
dont Minerve ctoit le fymboie , ne con- 
viennent pas moins aux arts que les 
grâces & la beauté. 

Les Grecs 9 qui honorèrent partîcu- 
liérem^t cette Déefle» lui avoient con- 
facré une FcteappeliéeAthenée^du nom 
d'une des filles de Cecrops que l'on con*^ 
fondoit avec elle : Fête qui n'étoit d^a- 
bord particulière qu'à l' Attique ; mais 
qui fut enfuite reçue dans toute la;* 
Grèce, fous le nom de Panathénées y 
& c'étoit la Fête la plus folemnelle de 
•tout le pays (I). ^ ^ mIiLûÏ^'* 

Les Grecs à leur manière» publiè- 
rent au fujet de cette DéeiTe plufîeurs : 
Fables dont je dois vous expliquer en 
peu de'' mots les principales. Celle du 
fameux différend qu'on dit qu'elle eut 
avec Neptune , pour donner un nom à 
. la ville d'Athènes , eft fort ingénieufe. 
On avoît établi , que celui des deux 
qui produîroit la chofè la plus utiles au^* 
roît le privilège de donner ce nom; 
Neptime ayant frappé la terre d'im coup 
de trident , en fit fortir un Cheval ; & 
Minerve un Olivier , arbre qui fut jugé 
par les douze grands Dieuxv afiemblàil 
Tûmll. E 



^ 
j 



^8^ Explication HïSTORi<iufi 
pour- cela , plus utile que le Cheval , Si 
la viftoire ayant été adjugée à Minerve t 
elle donna £bn nom d'Athénée à la ville 
de Cécrops* 

Cette Eable fut ingénîeafcment in-i 
ventée, pour nous apprendre que les 
Aiiiéniens balancèrent quejique tems iùr 
le parti qu'ils dévoient prendre j^pu fur 
la navigation & le commerce» ou la cul-> 
ture des terres. Conmie le terrein de 
TAttique eft fort pierreux & fort ftéri- 
Ic , plufieurs pendhoient pour ie com^ 
imèrce maritime : mais Cécrop& y ayant 
planté des Oliviers', qu'il avoit appor** 
tés delà ville de Sais, dont ils faifoient 
toute la richefTe , & qui^y vinrent fort 
bien; H fut ordonné, par mi/ Arrêt .de 
FArébpaçe quîon abandonneroit la Na- 
vigation ,^ pour donner tous. fes foins à 
la culture des Oliviers : ce qui •fit dire 
que Neptune avoit été vaincu par Athé- 
née ou Minerve, qui donna fon nom à la 
viUe d'Athàies. 

On parle encore d'un autre différend 
que la même Déeflè eut avec Aradiné > 
fille d'Idmon , qui voulut lui difputer la 
gloire de mieux travailler quelle en 
broderie & en tapiflèrie. Ovide , qui a 
. , écrit Thiftoire de cette difpute (i)avea 
^^^ ^ ' beaucoup de feu^^ d'élégance ^ dit quç 



t 



DES Fables. 95r 

Minerve, jaloufe de la beauté de l'ou- 
vrage d' Arachné , lui jetta ùl navette à 
la tête, doQt cette fille fut fi outrée, 
libelle alk fe pendre de défefpoir , & 
t changée en Araignée. Pline (l) (i)Lîv,ii.' 
parle de la fin tragique d' Arachné , fans: ^ *** 
en dire le fiijet. Et comme elle s'étoit 
rendue célèbre dans la Lydie par les ou-i 
vrages dont nous avons parlé , quelque 
bel-eiprit publia qu'elle avoit ofFenfd 
Minerve. Cependant Bochard croit que ^ 

cette Fable n*a; aucimrappoit avec THi- 
ftoirc , -& qu^elle n*a pour fondement 
que le mot Ardcbs , qui veut dire filer ; 
& dont le texte Hébreu fe fert pour 
marquer les toiles des Araignées* 

Les Mythologues^ confondent fou** Paiias. 
vent Minerve avec Pallas ; mais ie.croii» , 
qu'il faut les diftinguer. L^une étoit fill© 
de Jupiter ; Pautre du Géant Pallas, 
comme on Ta déjà ààt* La première fa«9 
vorifoit les Sciences & les Arts; lafe* 
conde n'aimoit que la guerre & les com-i 

bats : ôc Quinault a bien fçû en faire la 

différence dans ce Vers : 

O Minerve fçavante ! 6 guerrière PalIas ! 

Enfin leurs figures font diflferentes 
dans les monumens qui nous reftent. 
L'une y eft repréfentée comme une jeu» 

£ ij 



t*6o Explication HrsTORiQirff 

ne femme , grave , fage & modefte i 
ayant ordinairement une chouette qui 
etoit fon fymbole : l'autre y paroît ar- 
mée de pied en cap » lie cafque en tête 9 
la lance à la main ^ & fur la poitrine la 
' terrible Egide » avec la tête pe Médufe» 
BiiioNE. Les mêmes raifons qui diftinguoient 
Minerve de Pallas , engagèrent fou-' 
vent les Anciens à confondre, celle-eî 
avec Bellone, compagne ordinaire du 
Dieu Mars. Mais je crois qu'en bonne 
Mythologie elle ne doivent pas être 

Înfes Fune pour Fautre. En efiet 9 
léfiode dit que Bellone étoit fille de 
Phorcys & de Céto, ce qu'on n^a 
jamais dit de Minerve ; & Varron dans 
S. Atigùftin ajoutç qu'elle étoit ibeur 
de Mars, ce qui né convient nullement 
à Pallas. Leur repréfentation même en 
étoit diflFérente : Bellone y paroiflbît 
en fenune édievelée » armée d'un fouet , 
attelant les chevaux au charriot de 
Mars ; mais jamais avec l'Egide. Son 
culte même oifFéroit de celui de Pallas j 
& fes Prêtres nommés SellonArii, rece-» 
voient leur facerdoce par une incifipn 
qu'on leur faifoit à la cuiïïè 9 montrant 
par-là qu'ils étoient deftinés au fervîce 
d'une DéeiTe qui aimoit la guerre Se le 
l^arnage. 



BEs Fables. \oï 

L^Hîftoire de Pallas & de Bellane» Hiftoùe de 
tious conduit natureUemeftt à celle de ^^^^ 
Mars (i). Ce Dieu était i félon Homo- ^ .(0 Appel- 
le (2) , fils de Jupiter & de Junon ; & ici orcct.^* 
ce ne furent que les Poètes Latins qui (d iliad, U 
imaginèrent dans la fuite que Junon Ta- *• 
voit conçu en^ touchant une fleur que 
Flore lui avoit montrée. On confia d'a- 
bord , fuivant Lucien (3) , l'éducation (j) DUi.de 
du jeune Mars à Priape, un desDadyles ^ ^*^^* 
Idéens, qui lui apprit ces danfès mar- 
tiales, & les autres exercices du corps 9 
fi propres à la guerre. 

On reconnoiflToit plufieufs Dieux de 
ce nom. Le premier ^ à qui Diodore at- 
tribue riûvention des armes, & l'art 
de ranger les troupes en bataille, eft lans 
doute Belus , que l'Ecriture appelle 
Nembrod , le premier & le plus ancien 
des Guerriers : le fécond Mars étoît 
un ancien Roi d'Egypte : le troifîéme, 
•Thrace d'origine , devint très-célébre 

Îar les armes , & fut toujours la grande 
)ivinité des peuples de ce nom , qui le 
repréfentoient militairement & fans fa- 
çon , fous la figure d'une épée , comme 
nous l'apprenons d'Hérodote : le qua- 
trième eft appelle le Mars de la Grèce, 
fumommé Ares: le cinquième & le der- 
nier, eft le Mars des Latins; celui-là 

. E uj 



tffléme qul'eritra dans la prrifoh de Rhéa 

Syl via , & la rendit mère de Remus & 

-de Romulus; & celui-là étoît Amulius 

-frère de Numitor. Enfin on donna le nom 

de Mars aux grands Guerriers : ôc chaque 

■ Peuple fe fit honneur d'en avoir un , 

'-ainfî qu'un Hercule ; les' Gaulois fous 

-le nom d^Hefus , comufie nous le dirons 

en fon lieu ; les Perfes , fous le nom 

(i> De hM. . d'Orion, qui , félon Voflîus ( i ) , étoit le 

• * 's* ■ ' . Nembrod dont nous avons parlé. Enfin , 

.fens parler ici des autres Peuples, TEm- 

pereur Julien fait mention d'un Mats 

(») Onu^ d'Edette, furnommé AxÀfus (2). 

Les Grecs , qui rappôttoient tout à 
leur Théologie , ont chargé l'Hiftoire 
de leur Mars , des avantures de prefque 
tous les autres ; & ont ainfi coi^ndu 
PHiftoire de pluiîeurs perfonnages cé- 
lèbres , qui nàéritoiéht fans doute d'ê- 
r tre connus féparément. Ce qu'on {çaît 
du leur , eft fon avanture avec AUirrb» 
•tius, fils de Neptune. Ce jeune Prince, 
/ \TiM comme nous l'apprennent AppoUodo- 
0)Biw. .1.^^ (?),,Paufanias (4), Démofthene & 

Plutarquè, étant amoureux d Alcippe 
^lle de Mars , & ne pouvant la rendre 

'fenfible , lui fit violence ; ce qui irrita 
fi fort fon père contre ce téméraire » 

^ qu'il lui ôta la vie. Neptune déferre 



Ses Faïlïj. 1135 

de la mort de fon fils , fit appeller Mars 
en jugement ; & les plus graves Athé- 
niens s'étant afTemblés fur une affaire 
fi férîetrffe , le déclarèrent innocent , iSc 
le purgèrent à la manière accoutumée* 
Le lieu où fut porté ce célèbre juge- 
ïnent, fut appelle 1* Aréopage ; nom 
formé de celui de Mars , qu'on nonl- 
moit Aris > & du mot P^gos , parcîe 
qu'on s'étoit aflembté fur urie hauteur ; 
ou bien 5 ce qui revient à peu près a\i 
même, Méuu Rufes^ la Roche (fe 
Mars. Voilà, pour le dire en J)afla/it ^ 
l'origine du fameux Tribunal de l'A- 
réopage, il connu dans la fuite. Cet 
événement, qui fait une des époques de 
l'Hiftoire Grecque , arriva , fî nous en 
croyons la Chronique de Paros, fôûs 
le règne de Cranaiis , c'eft-à-dîre , l'an 
1^60 avant Jefiis-Chrifl. Comme on 
n'écrivoit guéres dans ces tems-là d'é- 
nénement fans l^embellir, on dit que 
Mars avoit été abfoûs par le jugement 
des douze grands Dieux, parce que les 
Juges qui travaillèrent à fon procès 9 
étoient au nombre de douze des pre- 
ïnieres familles d'Athènes. 

Arnobe, qui vouloir prouver aux 
Payens que le Mars de la Grèce n^é- 
toit qu'un homme déifié, nous apprend 

£ iiij 



<î04 Explication hictcriquk 

ÎluûcvtTB particularités de fôn Hiftoîrtf# 
1 leur reproche d'abord qu'ils ïçavoient 
bien qu'il étoit né à Sparte > ou , feloa 
d'autres » dans les extrémités de la 
Thrace ; qu'il avoit demeuré treize mois 
en Arcadie dans une prifon^ où les 
Aloïdes le tinrent enfermé ; que dans la 
Carie ^.on lui immoloit des chiens ; & 
chez les Scythes 9 des ânes. 

Comme rien n'eft plus intérefTant 
pour les Etats & pour ceux qui les gou- 
.vernent , que les cvénemens de la guer- 
re , il y a eu peu de Divinités dans le 
Paganifme qui fe foient attirées plus de 
refpeâ que le Dieu Mars. Nous avons 
déjà nommé plufieurs peuples chez qui 
il étoit honoré j & on ne finiroit pas, fi 
on vouloit les nommer tous. Mais il n'y 
en eût point qui lui rendit un culte plus 
particulier que les Romains, qui lui 
avoîent élevé plufîeurs Temples, parmi 
leTquels celui qu'Auguftelui dédia après 
la bataille de Philippe , fous le nom de 
Afars le Vengeur , étoit des plus célè- 
bres. Parmi les Collèges Sacerdotaux , 
celui des Saliens , Prêtres de Mars , qui 
ëtoient deilinés à garder les Anciles , ou 
les Boucliers facrés, devoit fon infti^ 
tution à Numa Pompilius , qui l'éta« 
l)lit à l'occafioa d'un événement rap- 



BE s Fables. lojr 

porté par Denys d'Halicarnaffe. 

Un Bouclier étant tombé du ciel , on 
confulta les Harufpices £ir ce prodige ; 
& ils répondirent, que l'Empire du 
Monde étoit deftiné à la Ville où ce 
Bouclier feroit confervé. Numa Pom- 
piUus 9 de peur qu'il ne fut volé , en fit 
faire pluileurs tout-à-fait fèmblables, 
afin qu'on ne pût pas reconnoître le vé« 
ritable , & les fit mettre au Temple de 
Mars. Flutarque ajoute , >j que le Roi «< 
Numa prédit des chofes merveilleu- <• 
fes fur ce Bouclier , qu'il difoit avoir «• 
apprifes d'Egerie & des Mufes. Cet « 
Ancile , difoit-il , étoit envoyé pour •■ 
le Mut de la Ville ; & il falloit le gar- « 
der avec onze autres de même figure « 
& de même grandeur > afin que la dif- ^ 
ficulté de le reconnoître empêchât les <« 
voleurs de le prendre. Ce fut Mamu- •« 
rius qui fabriqua ces Boucliers ; & il ce 
n'eut d'autres récompenfesdefontra- «• 
vail, que la gloire de les avoir faits. « 

Numa Pompilius avoit établi douze 
Prêtres Saliens. Tuilus Hoftilius en 
ajouta douze autres. Dans les Fêtes de 
Mars , ces Prêtres portoient ces Bou- 
cliers par la ville, en fautant, danfant^ 
& chantant des vers qui avoient rapport 
à la folemnité qu'on célébroit. Pendant 

E y 



io6 Explication HISTORIQUE 

que duroit la Fête de Marsi tous les 

aôes civils étoient interdits. 

* Les Poètes & les Hifloriens donnent 

Îlufieurs noms & plufîeurs épithétes au 
Heu Mars. Mais nous en avons afièz 
dit à ce fùjet^ en parlant des Peuples 
différents qui Tbohoroient. Les^ autres 
noms font tirés des lieux où il avoit des 
Temples & des Autels ; ou ils ont un 
rapport manifeiie avec la guerre & les 
ravages qui l^accompagnent. 

Pour les figures de ce Diets y elles 
font allez uniformes ; c'eft-àrdîrej qu^on 
le repréfente conune un homme armé 
tf un cafque 9 d'une pique , Se d'un bou- 
clier ; tantôt nud , tantôt avec l'habit 
tnilitaire ; même avec un manteau fîir 
les épaules ; quelquefois barbu ; mais le 
^lus fouvent fans barbe r quelquefois en- 
fin avec le bâton de commandement à la 
main. Mars vainqueur paroît portant uit 
trophée. Mars Gradivus eff repréfenté 
dans Kattîtiidc d'un homme qui marche à 
grands pas, ainfîquele nom de Gradi- 
vus le fignifie. Quelquefois il a fur la pot» 
trine une égîde , avec la tête de Médu- 
fe : Se Mars Quirinus, qui étoit une autre 
ëpithëte que lui donnoient les Romains»^ 
étoît repréiènté par une lance, félon Var- 
fotti du moins dkm le tems ^e ce peu* 



DBS Fables. ïo^ 

çle n'avoit point encore de ftatuës de 
fes Dieux; 

La Viftoire étoit trop inféparâble dfe La Vic- 
Mars, pour n'en pas parler à la fuite de ^^^*^ 
lUiftoire de ce Dieu ; & je vous don- 
nerai en cent à deviner quelle étoit fon. 
origine fuivant les Grecs. D^abord H#* 
fiode (i) lui donne pour père Pallante » (i)Thé0^ 
& pour mère le Styx, ce fleuve d'En- 
fer, oupour parler plus juftev cette Foiî- 
taine d' Arcadie , dont l'eâu^oit de totis 
les poifons le plus fubtil , aiiifi que nous 
le dirons dans la fuite. Cependant c^oni* 
me risn n'étoît fi arbitraire que ces gé- 
néalogies poétiques , le Mythologite 
Furnutus la fait fille de TAchéroni iaii- 
tre fleuve d'Enfer. Cet être puremeiit 
■imaginaire , mais perfônnifié par lés 
Grées, affifta', dit-on , Minerve dans le 
combat des Géants. Paufanias nous ap- 
prend , que cette Déeflfe avoit plilfiëurs 
Temples dans la Grèce ; & Tite Live 
parle de ceux qiï*elle avoit à Rome. 
Lorfque les Romains firent venir de 
Peflinunte là Déeflè de Phrygie , ils por- 
tèrent fa flatuë dan$ le Temple de ht 
Viftoire, jufqu'à ce qu'on lui en eût fait 
bâtir un. mais les Temples qu'elle avoit 
à Rome n'étoient pas les plus ancieiîs 
de l'Italie , puifqué Denys d'Halicar^ 

Evj 



io8 Explication HisTORiQtrs 

{t} AAt.Lx« naflè (i) nous apprend^ que les Arcîb» 
diens» à leur arrivée en ce pays-là » lui 
en firent bâtir un iur le mont Aventin* 
Sylla^ au rapport de Ciceron^ établit 
des Jeux en ^honneur de cette Déefle* 
La Viâoire ^ comme il paroît par le$ 
médailles Se par les marbres , étoit tou« 
jours repréfentée avec des ailes» volant 
dans les airs , & tenant dans La main une 
i:ouronne ou une palme. Mais les Egy- 
ptiens la repréfentoient fous la figure 
d'un Aigle > oifeau toujours vidorieux 
dans les combats qu'il a avec les au* 
tres;. Les Romains fe fervoient quel- 
quefois 9 pour la repréfenter , du laurier 
où de la palme. .Quelquefois on la voit 
.montée fur un Globe , pour nous ap- 
prendre qu'elle domine fur toute la terv* 
rej& c'eft ainfi qu^elle paroît fur les 
Médailles des Empereurs, parce qu'ils 
:fe regardoient comn^ Maîtres du Mon* 
de. Quand od vouloit défigner une 
bataille navale , on la peignoit montée 
.fiir une proue de navire : Se lorfqu'elle 
tient un taureau par le mufBe > elle indî* 
que les iacrifices qu'on . faifoit après 
avoir remporté quelque avantage* 

La Viftoîre avoit plufîeurs noms* 
Chez les £g3rptien5, (mvant Flutarque> 
$Ile s'âf^^lioitNéifbtbé : chez les Sabins^ 



îDKs Fables. lop 

Fdcuna* Le nom que lui donnoient les 
Grecs 9 marquoit qu'elle étoit {kns ai* 
les ( I )• Ils la repréfentoîent en effet (1) d' 
ainfi , fuivant Paufanias , pour l'empê- 
cher de s'envoler. On l'appelloit auifi 
quelquefois Fitula , mot dérivé de ceux- 
ci , Face léUari , Se réjouir , pour marquer 
la joie dont étoient accompagnés les fk- 
crifices qu'on lui offiroit. Les autres 
noms qu'on lui donne, tels que ceux 
èlEteralceA, dont fe fert Homère , pour 
marquer qu'elle favorifbit les deux par* 
tis,c'eft-à-dire, le$ Grecs & les Phry- 
giens ; l'épithéte de Prufes , fymbole de 
k légèreté ^ celle CéUigotta , qui nous 
apprend que la viâoîre vient du Ciel; 
& quelques autres 5 doivent peu vous 
embaraflèn Enfin il paroît par les An^ 
ciens qu'on ne lui oifroit rien de faim 
glant y mais feulement des fruits de la 
terre* 

Mais en voilà affez fur les Dieux du 
Ciel. Notre première converfation rou- 
lera fur ceux de la Mer. Sur cela> on fe 
leva pour aller chercher la Compagnie» 
J'ai à vous faire » dit Eliante y une que- 
fliqn y qui ne vous embarraflera pa$^ 
beaucoup. Les Dieux du Ciel ne ve^ 
noient-ils jamais fur la Terre ? & ceux 
de la Terre , de la Mejr Se des Enfer» 



:i 10 Explication histork^ub 

ne rendoient-ils paint quelquefois vi{rfe 
à ceux du Ciel > du moins dans ces af- 
fembiées générales dont parle fi fouvenc 
Homère ? Chaque Dieus reprît l' Abbé> 
étoit content de fon partage & de Ton 
féiour ; & nous ne voyons pas que FO- 
cean , Neptune , ni les autres Dieux 
terreftres ou maritimes allâilènt dans 
rOlympe , dont les Dieux feuls compo 
(oient les confeils dont vous venez dépar- 
ier. Cependant pour les Dieux du Cielv 
fans parler de Mercure & d^Iris, gui 
'ëtoient continuellement en chemin > Se 
dont le premier conduifoit les âmes en 
Enfer ; nous trouvons dans Homère j 
que Jupiter & Junon d'efcendoieût fbu- 
vent fur la terre : le premier , pour Ces 
cohquêtes amoureuies ; & Junon , pour 
fe ViCnger de celles qui avoient trop lç& 
plaire à fon époux. Cette queftion , coit- 
tinuart^ , nous meneroit a ces épipha» 
nies ou apparitions de Dieux dont par- 
lent les Anciens ; mais nous aurons peut« 
être occafion d'en parler ailleurs. Pau- 
jrois dû mettre parmi PHiftoire des 
Dieux du Ciel celle de Bacchus. Mais 
comme j'aurai occafion d'en parler dans 
•celle de Cadmus , avec laquelle elle eft 
totalement liée> je la réferve pour ion 
«ticle» 



1 



XIIL ENTRETIEN- 
Des Dieux de la Mer. 

DAns la dfvifioiï que nous fuivorwv 
aux Dieux du CieU (îiccédent ceux 
de la Mer , des Fleuves, des Fontaines^ 
& des autres amas d^eaux : <Sc cette partie 
du monde terreftre étoit pour le moins 
autant peuplée de Divinités que le Ciet 
même. On trouve en effet peu de Peu- 
ples Idolâtres qui n'ayent rendu un cul- 
te religieux aux Eaux & aux Dieux qui 
y prélîdoient. Et, fans prétendre vous^ 
faire une énumération exaâe de ces diS* 
férens Peuples , je me contenterai de 
vous dire qu^Hçrodote l'afllire en par- 
ticulier des Perfes ; Strabon , des. Cap^ 
padociens ; Tacite , des Gaulois & des 
Germains j Se prefque tous le difent des 
Egyptiens , qui avdient une véhératioft 
particulière pour le Nil , ce fleuve bien- 
faifant, Tunique caufe de la fertilité de 
leur pays , qui , faute de pluies , ne fe- 
roit qu'un aride défèrt. Pour ks Grecd 
& les Romains, tous les Anciens con* 
viennent qu^ils rendôient un culte reli- 
gieux aux pieux des Mers > des Fleuves 



tî2 Explication HisTORiQue 

^ & des Fontaines : & comme c*eft la My- 
thologie de ces deux peuples efl particu- 
lier que nous expliquons, voyons quela[ 
étoient ces Dieux \i & quelle efpéce 
d'honneur on leur rendoit* 

L'OCEAN. Le plus ancien Se le premier des 
Dieux de cette claflè étoit TOçéan^ 
qu'Héiîode dit être fils du Ciel ôc de la 
Terre j c'eft-à-dire , çn iiiivant le fyftêr 
me des Princes Titans , d'Uranus Se de 
Titée. A ne confidérer que l'écorce des 
Fables que les Anciens en ont débitées» 
comme quand on dit que toutes chofes 
étoient forties de TOcéan^ que l'Océan 
étoit le père des fleuves j qu'il avoit 
plus de trois mille enfans 9 en y com- 

(t) Jïry: in prenant les fontaines & les étangs (i); 
' ^* on doit le regarder comme une Divinité 

naturelle , fous l'idée de laquelle on a 
renfermée l'ancienne Philofophie, qui 
enfèignoit que l'eau étoit le principe de 
toutes chofes ; que chaque être en tiroit 
fon origine ; & que l'Océan, par confé- 
quent , devoit être adoré comme l'au- 
teur de tout ce qui (e produit fur la ter- 
re : Philofophie que Talés Miléfîen re- 
nouvella long-tems après. Si cependant 
on veut examiner le fond de cette Fa- 
ble , il efl aifé d'entrevoir qu'il y a eu un 
Prince Titan, frère de Saturne » qui a 



DES Fables. 113 

porté ce nom (i) , ou à qui peut-être (ii Voyct 
on a donné celui de TOcéan, parce BoccGéi-dcs 
qu il eut pour fon partage cette partie quciquîs An-, 
de ^Afrique qui en eft voîfine , où At- "««»• 
las régna enfuite^ & à qui peut-être ce 
Prince céda une partie de fes Etats, com- 
me à fon parent & ami. Du moins £C- 
chile (j2) nous apprend-t'il que l'Océan (1) in Vm 
étoit intime ami de Prométhée , frère "*'^^* ' 
d* Atlas : & lorfqu'Homere dit que Ju- 
non s'en alloit un jour aux extrémités 
de la terre vifiter l'Océan & Thétis ks 
"parens , chez lefquels elle avoit été nour- 
rie, on peut très-raifonnablement croi- 
re qu'il fait allufîon à quelque ancienne 
tradition, par laquelle on apprenoit que 
Rhéa , pour dérober fes enfans à la 
cruauté de Saturne , avoit envoyé cette 
Prînceflè chez l'Océan fon beau-frere. 
Mais lorfque le même Poëte raconte, 
que Jupiter & les autres Dieux alloient 
palier douze jours chez l'Océan , parmi 
la bonne chère & les feftins, il veut 
nous apprendre une ancienne coutume 
des Peuples de Mauritanie , qui , dans 
une certaine faifon de l'année, celé- 
broient des Fêtes Jolemnelles , pendant 
leiquelles on portoit en proceflîon les 
Statues des Dieux , & on leur offroit 
des facrifîces, qui étoient accompagnés 



f 14 Explication HisTCRiQtrff 

de grands feftins ; ce qui duroit douze 
jours, C'eft apparemment de ces feiïins 
que les Qrecs & les Romains avoîent 
pris l'ufage de leurs LeSifternes , Fêtes 
pendant lefquelles ils fervoîent de g'rands 
repas auprès dès Statues de leurs Dieuxi 
placés fur des lits à l'antique j fuivant la 
manière ordinaire de fe mettre à table. 
Cette coutume ^ au refte, étoit très- 
ancienne parmi les Payerts , ain{ï qu'on 
peut le voir dans le f rophéte Daniel < 
qui parle des mets que les Chaldéens 
oflGroient chaque jour à Bélus. 

Je fçais que ceux qui veulent trouver 
du mynére par tout , difent qu'Homère j 
dans cetteFable,fait allufion à laPhyfîque 
de ce tems-là, qui apprenôit que le Soleil^ 
la Lune & les Affres, dont les Dieux 
portoient les noms , fe nouriflbient des 
vapeurs de l'Océan ; mais j'oferois bien 
affurer que cet ancien Poète n'a pas 
feulement fongé à cette allégorie , que 
le Philofophe Cléante n'inventa que 
long*tems après. Mais dans le fond , dit 
Alcidon , tout cela ne fait-il pas allufion 
aux traditions des Egyptiens , parmi let 
quels le Nil , felon Diodore de Sicile 
(0 L. X. (i) , appelle Océan , étoit regardé com- 
me le plus ancien des Dieux. Cette 
conjefture y repartit Eliante , me paroît 



mss Fable?. iijr 

fietireufe , fur tout s'il eft vrai , Cotnme 
MonfieurrAbbé Ta dit plus d\me fois, 
que prefque tontes les Fables venoieat 
d'Egypte. Concluons, reprit PAbbé, 
que laFable de i^Océan eft mêlée d'Hi- 
ftoire & de Ph3rfique ; & qu'il feroit 
auffi ridicule de vouloir tout rapporter 
à des faits hiftoriques y que de donner 
tout à la Philofophie. 

L^Océan , fuivant ceux qui font pour 
FHiftoire , eut plufieurs enfans de Thé- 
tys, fa fceur & fa femme. Cependant on 
ne doit pas lui donner pour enfans tous 
ceux que nomment les Payens , pxiit 
qu'ils mettent de ce nombre, non-feu- 
lement les Fleuves , les Nymphes , les 
Néréides , & d'autres Divinités de» 
Eaux ; mais auflî tous ceux qui fe 
font diAingués fur la Mer, ou qui 
avoîent régné fur les bords de la 
Mer , tels que Protée 9 Etra femme 
d'Atlas , Perfëe & quelques autres. 
Au refte , les Mythologues difîinguent 
cette ancienne Thétys d'une autre 
de ce nom , qui fut mère d'Achil* 
le & fbeur de Lycoméde , comme nous 
le dirons dans la fuite (4). Que penfez- 
vous , Monfîeur l'Abbé , dit Alcidon , 

{«) On écrit le nom de celui de la d^inic^e ,p2f un 
la première par un j ; & (impie tts^ 



ii6 Explication HisTORÎQLûE 

de la Fable qui porte , que les Dieuir r 
ayant un jour enchaîné Jupiter , Thé^ 
tysy avec le fecours d^Egéon, le remît en 
liberté ? C^efl: apparemment , répondit 
F Abbé, que les Titans , dans le tems 
qu'ils faifoient la guerre à Jupiter , le 
prirent prifonnier; & qu'Egéon^qiii étoit 
de la même famille , le rendit aux inftan- 
ces de Thétys. Ce ne font-là que des 
conjeftures, reprit Eliante j mais elles 
font très-vraifemblables : car enfin , les 
Fables renferifient prefque toujours quel- 
que ancien événement ; que peut figni- 
fier celle que vous venez d'expliquer 5 
que ce que vous en avez dit f 

Parmi les enfans qu'on donne à FO- 
céan , contînua-t'elle , vous avez fort 
bien remarqué qu'il y en avoit quel- 
ques-uns qui lui appartenoient : appre- 
nez*nous , je vous . prie , leur Hiitoîre. 
Nere'b. On peut mettre de ce nombre Né- 
rée , un des plus célèbres Dieux de 
(i) Théog. la Men Héfîode (1)5 qui lui don- 
ne l'Océan pour père , dit qu'il épou- 
fa fa fœur Doris 9 fuivant l'ufage des 
(z)Voye* Princes Titans , & qu'il en eut les 
leurs nom» Néréides , au nombre de cinquante 
dcUiMytUoL (2)> OU de trente-trois feulement, fi 
(})lliad.ltf. nous nous en rapportons à Homère (^)* 
Nérée devint fameux par ks prédio* 



DES Fables. 117 

ttons ; & ce fut lui , fuivant le Poète que 
je viens de nommer, qui prédit à Paris 
la guerre que l'enlèvement d'Hélène 
devoit attirer fur fà patrie ; Se à Her- 
cule , les lieux où étoient les Pommes 
d'or des Hefpérides. Il voulut , dit-on, 
k dérober aux pourfuites de ce Héros 9 
en prenant différentes figures ; mais il ne 
put lui échapper : & il fut obligé de lui 
déclarer où étoient ces Pommes. Apol- 
lodore nous apprend , que Nérée faifoit . 
fon féjour ordinaire dans laMerEgée (i), j ^| A^r^ 
où il étoit environné des Néréides , qui 
le divertifïbient par leurs chants & leurs * 
danfes (2). Il eft évident qu'il y a beau- 4«!?2ÏS 
coup de phyfîque mêlée dans cette Pa- wiV. 
ble , les Poètes ayant pris fouvent Né- 
rée pour l'Eau même que fon nom fîgni- 
fie. Héfîchius fait vemr le nom de Né- 
rée de vetçoç , qui veut dire 9 coulant ; 
d'autres de nabar , qui en Hébreu veut 
dire , couler. C'eft pour cela qu'on a dit 
qu'il étoit le perè des Nymphes & des 
Néréides ; & ainfî du refte. Mais je crois 
cependant que le fond de la Fable nous 
repréfente quelque ancien Prince de ce 
aom , qui fe rendit fameux fur la mer > 
& qui perfedionna fî fort la navigation , 
qu'on venoit le confulter de toutes parts 
$ix les dangers des voyages maritimesn. 



ii8- Explication histohiquh 
Ces prétendues métamorphofes t Se let 
figures^ différentes qu^il prenoit pour iè 
défaire de ceux qui venpient le confid* 
ter V ne font que des fymboles qui nous- 
marquent qufil étoit ûttôc rufé^^i^ge Sc^ 
prévoyant I ccmupenousle dirons .<lens, 
un moment de Pfotée^ Quelques Au- 
' (0 Voyei tcurs (i) cependant ont cru que Nérée* 
Nttaii»,!.», 3;voit été l'inventiPur d^Hydromantie, 
^ ' ou de la Science de pi^édire.rayenir par 

le moyen de l'eau>; étque c'eftpour ce- 
la qu^on le repréfente conmie im grand 
Devin ; Se peutrêtre mêine-que ce rfeft 
que pour, cette raifon qu^il a été mis aa 
«rang des Divinités de la Mer. M. le 
(0* Voyc* Ckfç (2) confirme ce fentiment parune^ 
Héfio^ heureufe conjedure 9 faîfant venir le 
nomdeNérée de la langue hébraïque 9 
dans laquelle il {ignifie Prophéte^^^roj; 
& c*eft ce qui l'a fait regarder par tous 
les Anciens comme un homme habile 
dans l'art de prédire l'avenir ; ce qu'flo- 
(rtHoiace, j^ç exprime ainfi.(^) ; • 

- - Ut canerftferi ^ 

. Ainû I pour diémèler cette Fable 9 il 
feut diftinguer deux Nérées : l'un poëti«* 




DES Fables. 119 

réel I dont THiftoire a été chargée des 
idées poétiques. 

Mais , reprit Alcidon , que penfer des 
Néréides lès fiUes ? Doit^-on les regar* 
der comme des personnages réels , ou; 
ièuiement comme des êtres poétiques?' 
Je dis , répondit F Abbé , qu'à la vérité 
Nérée eut de £sl femme Doris quelques 
filles 9 qu'on appelia. Néréides y comme 
Thétis & quelques autres ; maiç que 
dans la fiiite on donna ce nom aux Fnn*- 
ce/Iès qui hàbitoient ou dans quelques 
ifles.» ouAxr les côtes deia mer, ou quii 
iè rendirent fameufes par l'établiflement 
du commerce ou de la navigation. On 
le tranfporta enfuite non -feulement à' 
quelques perfonnages poétiques, & dont 
l'exinence n*eft due qu'à des étymolo* 
gies conformes aux qualités de leur 
nom ; mais aufli à certams poiiTons , qui 
ont la partie fupérieure du corps à peu 
près femblable à celui d'une femme» 
Pline (i) dit que du tems de Tibère y (Or.^. >; 
on vit fur le rivage de la mer une Né- l;J!:f^^ 
reide telle que les Poètes les repreferv Kereû humdm 
tent; & qu'un Ambaffadeur de Gaule "^'^^'^ 
avoit dit à Augufte qu'on avoit vu fur ^^^ y 
les bords de la mer plufîeurs Néréides fonEntrct.dc8 
mortes. Albert le Grand (2) , & quel- ^.T'^^r" 
ques-autres , parlent fouvent de pareils w</,. 



120 ExPLICATIONT HISTORIQUE 

prodiges. On doit dire la même cho* 
îe des Tritons , que les Poètes re- 
préfentent comme des monftres i ayant 
la moitié du corps d'un homme > & rau- 
tre d'un poiiXbn > avec une conque à la 
main , dont ils font retentir le rivage (^i). 
it)têCf€st. Le même Pline (i) dit, qu^on écrivit à 
Tibère , qu'on en avoit vu près de LiP 
bonne fonnant de la conque , & tels que 
Ton les repréfente ordinairement. Oi\ a 
vu fouvent prendre par les Pécheurs des 
poifTons af&z reffemblans à ce qu'on 
nous dit des Tritons ; & c'eft peut-être 
fur ces relations qu'on a inventé les Fa- 
bles que les Poètes racontent de cesf ê- 
tes qu'ils donnoicnt au bon Nérée , oh 
Triton , Trompette de Neptune , mar-« 
choit fur la mer avec ion chariot & Ces 
(i) TriiM, chevaux bleus (2). Cependant, comme 
€ttfMte$f per jgg Néréidës fe trouvent fouvent nom- 
tjmf. Ovid. mees dans les Poètes , comme Ho- 
*p.Did. jxiere , Virgile & quelques autres» & 

Su'Héfîode en a parlé , je vais join- 
re ici leurs noms par ordre alphabétif 
que , fuivant le catalogue que Beyer 
s'eft donné la peine d'en former. 

' (il) Voici la defcription d'un Tricon , en pailani 
. que fait Virgile (liv.ip*) d'AuIetes: 

Hue venit immanh Trii$n f & eeeruU tùwthJl 
Exterrens frets ; €ui Ufernm tenus hifpida nanti 
frmt Homintm prétfeth in Ttifiin définit almii. 

Ne'&e'ides; 



x>Es Fables. 
N :e' R E* t D E s. 



lût 



Hîppothoé^ 
I/aomédîe 
Lîagoré , 

tyiïaîiaflev 
Mëlîte , 

Mériippe, 

Némerte f 
" Néfaià., 

. .;Néfo^- 

OPahope t 

Pafithée, 

Phérufe, 

Pontopérîa » 
' • Jalynome ;; - 

Pronoéa/ '"' 
: Pi-ota, ^' • 
. Promédia/ 

Pfamathe > 

Sao , 

Spîo, ; - '; 
Thalîa, ' . ' 
Thémife- '^' 



Agave, ^ ;. 

Amphitrîte\, 

Autonome, 

Cymatologe, 

Cymo, 

Cyqiodocej . 

Cymotboe , 

Dynaméde, 

Ei'one ^ 

Erato j 

Evagore j 

Evame., 

Eucrate , 

Eudora , 

Euliméne^ 

Eunica ; 

Eupompe^ 

Galathée , 

Galène^ 

Glaucé , 

Qaucoméne^ 

HaEméde , 

Hipponoét* * t t 

Mais nous avons afièz parlé de POr 
céan 3c de fa famille : venons^à un a^t^f 
Dieu de b Mer encore jh^ celébreque 
lui. C'efttïe Neptune que' je veuy pasfef» 

On peut regarder N^me çoipiiLjiiip niptuni. 
Têm. II. F 



Ï2a ExPLiCAtlON HISTORIQUE 

Dieu naturel ;.&. en ce cas^Iàyii eft 
le même que la Mer : ou comme, ua 
Dieùanloiéj dont on connoît la généa* 
iogie j & c'eft .fous cette idée que je 
vais vous raconter fonHîftoire. Il étoit^ 
(OTh^og. félon Héfîode (i) , fils de Saturne & de 
Rhéa , & frère de Jupiter & de Pluton- 
On n*a aucune, traditiofa qui nous ap" 
prenne^ dé quelle maniéré il échappa à la 
cruauté de foa-perei qiu'dévoroit fes 
enfans à mérurè qu'ils venoient au mon- 
de. Il y à apparence qu'il fut enfermé 
comme les autres j car , comme nous 
l'avons dit, c'i^ft-làle véritable fens 
de Cette, fiftio^: & que dafis la fuite, 
il fut 'mis comme eux en liberté. Neptu- 
ne, pendant l^s longues' guerres des 
Princes Titansj s'appliqua beaucoup à 
la marine ; ce qui engagea Jupiter fon 
frère a lui donner le commandement de 
(à flotte; ce qui dans la fuite lui fit don^ 
ner par Us Grecs le nom de Pofndon, 
îjui veut dire Brife-vaiflèau. C'ell-à-di- 
re, reprit Eliante , pour 'parler le lan- 
rage des Poëtes» que dans le partage 
que les trois frères firent du Mondé > la 
tner'9 lesifles & lés côtes, coinpoferent 
te Mot de Nêî)tunfe ; car 9 conoime vous 
Wfej ,' ffivhUn' retefn» ce . que vous 
.ry:r,-':: iièks dîtes dflkhs une de nos ^conVerfai- 



©ES F AS LE S. • î:%î 

lîone. C'eft là , répartit FAbbé » cô 
qu'on doit penjfer au fujet dç cett-e Fa-< 
Ue. Et LaÀaace n'a pas manqué de le 
remarquer après Evheniif re; ( I. ), C*eft J^' \^ ''^'''• 
auffi ce qu'eiv ont penfé Dom Pezroa \1 • . 
{2) &M. le Clerc, dans fes Remarquefij hung'ilf'cuS 
fur Héfiode 9 p(>ucv4 toutefois qu'on Cciic*. 
borne le département dont noujs parlons 
à la Mer Méditerranée ; car TOcéan 
etoit trop peu connu du t^ms des Ti- 
tans , pour que leuj?. Empire fe foit éteiv- 
du jufques4à. Ils n^ pafférent pas leH . , 

Coloxnnes d'Hercule-, & Be connurent 
par conféquent que les coins de cette 
vafte étendue d'eau* Ce que vous ve-^ 
nez de nous dire, reprit Alcidon, n'eft 
pas une fimple conieftujre , puiA 
que Diodore de Sicile (3) nous ap-. ^'^ ^*^' '• 
prend que Saturne , dans le teta^ qu'ii 
étoit reconcilié, aveic i^s etifan^» donnât 4 
Neptune le commandement de. fa flotter . 
& qu'il s'acquitta fi bien de. cet emploi» 
qu'il renverla toujours lé» projets defli 
Titans , ^ rendît mutités fe& tentative»: 
qu'ils firent pour 's'ét^WirjdA^^sqîidquo 
iîle , 6c fe mettre paf-Ià en état de ne 
plus craindre mSatiwrne, ni fes enfans, 
Lorfque les adirés ehwigérent de face , 
& que Jupitet fit la guerre à fon père &] 
aux auttpesTilan%>ïeptwe.ei^t toûjoiufft. 

F i j 



t 



124 ExPI/ÎCATiaN HTSttfRiqtU* 

te même emploi fur la mer; Se quand on 
eut oblif^ë ces Princes rébéles à fe reti-r 
rer dans les ç ays occidentaux, Neptune 
les y ferra dfe fi près , qu'-il ne leur fut 
pas poiflble d*efi fortir : circonftajicef 

fui donna Uéu à 4a Fable que nous avons 
éja expliquée ,' & qui portoit que c€ 
Dieu tenoit les Titans enfermés dans le' 
Tartare , c'eft-à-dire 9 fur les 1>ords du^ 
Tartèfè » dans la Sédque. ' 

Lorfque j'ai dit que Neptune étoic? 
{i)loe.€t** F Amiral de Jupiter, je ne l^ai avancé 
qu'après Ladànce (i) » qui Favoit apy 
pris de l*Hiftoire facrée d'Evhemere, 
qui fubfîftoit encore de fon tems » Se qui 
compare la charge de Surintendant des 
JMers qu'avoit ce Prince » avec celle 
qu'eut dans k iliite Marc Antoine : 
CuJM9 ffgnum tédi fui£e dicimus , qudi 
Mdtci Antonii fuit f infinitum iilud Imper 
tium , m toHus ord mmuimét foteftdtem Se^ 
ndius dicreverai. Evhemere 9 pour le dir 
te en paflanf ,n^avdît point flatté ces pré^ 
fenduies Divinités) qui ifaiibient l'<:4>jet 
de la véjiération pubtique ; & il avoit 
raconté leur HinoVe ainfi qu'il Fa- 
voit apprife des plus anciens monumens. 
Voilà le fondement de toutes les Fa- 
illes qu'on a puUiées de Neptune» com- 
me Dieu de la Mer : & quand vous tir 



« < 



tezles Poètes qui en parlei^ fous cette 
idée, qui repréfentént ce Dieu le Tri- 
dent à la main 9 calmant lesftéts irrités » . 
zccampagtié des^ Tritons t dés Nym- . 
phes, &de tout le cortège maritime; . 
TOUS içaurez à quoi vous eh tenir. 
Neptune a toujours été'regfirdé comiliie 
tm des plus grands Dieux du Paganifihe ; 
Se Ton culte fit de grands ^ogrès dans-ta 
Grèce y ôc enfuite dans ITtâîie* Si nous 
en croyons Hérodote, les Grées avoieitt 
appris des Lybiens* à honorer ee Dieu^ 
qu^ils ne conhoi/Toient point lorfque lea 
JPélafges leur apprirent le nom deS' au«- 
très Dieux ; & il n^eil pas étonpant.9 
qu^ayant étendu Ton Empire fur ie$ cô^ 
les d'Afrique ,4es Péupks que je vîen« 
de nommer ayent été les premiers à lui 
rendre un cuke religieux. Plufieurs lieux 
k rendirent Êiûetrx par le culte qu'on y 
tendoit à ce Dieu, fiir tout Treiène.À 
nfthme de Corindie , oè Ton célébi<oit 
en Ton honneur les Jeux , qui , dans leur 
origine , avoient été icddituës pour, k 
jeune Archemore t comme je le d\x.ai 
dans xme autre converfation. Ce fut 
Théfée , qui vouloit pafler pour fils dç 
Neptune , qui y fit cette innovation lorf» 
quM les rétablit. Le taureau étoit la 
Viâime qu^oninunolôit dcdiriairemeplà 

F Uj 



Itsï6 Expiration: KTSToiir<îuiff 
Neptune : Se Pon n'eiitre[M*eQoit gaéres 
•de navigation (ans lui offrir un âcrifice ^ 
(r) Ea.L 5» ^iî que Virgile nous l'apprend d'Enëe 
i2)L.ii.cio. ^i)jJufïm> d'Alexandre le Grand" (:2) î 
ii)DêBeiu À'Appien> de Mithridate (9)^ qui fit 
MJMd. précipiter dans U mer des diaoiots atte- 
'liés de quictre chevaux. 
; Neptufie eut pourfemme Amphitriter 
Se comme ce nom iignifie ennranner, 
féàreletour (a)9>& que la mer environne 
les terre» , plufieurs Mythologues ont 
43rû ^ue ce rfénoit qu'un perfonnage 
«poétique. Pour embellir l'IIifioire de 
-ce prétendu mariage, on dîToitqueNe- 
ftune n'ayant pu obliger Amphitrite à 
devenir fa femme 9 lui envoya un Dau>- 
^hki / ii|ai içut fi- T)ien la perfuader ^ 
ifpL^él le c^ofifentit enfin à époufer ce Dieu^ 
)ce qui^par recomi0âlance>vd:ut à ce 
Ttotmd&ft une-^^sK^e.xiansle'Ciei^où H 
forma le Sime du Dauphin. Sicepei>* 
dânt qudqio^un vouloit foutenir qu' Am- 
|>hitrîte étoit un perfonnage réel , je lui 
^aSeàkki&is de* dire que Neptune &ier«- 
Vitdu mimilére de quelqne habile hon^ 

(a) AV^fiTiiVuf» cinum ter ère i4nde Ovidius (M^.l« i»^ 
"éà : 
^. • . - - • Nér hfétthi* l^g^ 

Margine t erratum porrexerdi i4mphifntt. 

jConfultei Hvj^in. Cçth ^Puh ^firm^ CzS\a » Cmtm 
,in 0elpbin0; 1 



Diw* /• &• 



•me , qui régla toute cette affeîre ; car 
tnfin , il lie faut fas trop fe fier aux êty^ 
mologies ; & on rie doit que le moins 
'qu'on peut s'éloigner du fens hîftorique 
que préientent les Fables. Dirons*non9s 
par exemple^ que parce que^ félon Ci^ 
ceron ( ï) , le nom de Neptune fîgnifîe ^(i) ^« n-«'» 
nager , ou covprir: Nepmnus à nando { vêl 
k nubendo , hoc eft ttgftido ; ou vient de 
Napbia^ qui en Hébreu veut dire/^itf^y 
2 n'y eut jamais de Prince Titan , qui-r 
pour's'être rendu fameux fur U mer » eti 
fiit dans la fuite'regarflé comme le Die©? 
Le croira qid voudra : pour moi, je ne 
^aurois me le perfuader* Trouvei-vouSy 
&t Alcidon 9 quelque fondement dans 
îes Fables quV)n a mêlées à l'Hifloirede 
Neptune ? Pourquoi a-t*on dit qu^if 
avoit bâti les «imi:ail}e& de Troye; & 
qae Laomédon , qui l'avoit employé à 
cet ouvrage , n'ayant pas voulu lui don- 
aer le falaire dont il étoit convenu , ce 
Dieu 9 à force d^înondatîons , renverfa 
fon ouvrage. Se fit fortir du fein de» 
flots un moiiflre , auquel on devoît ex- 
pofer Héfione , fille ae ce Roi ? Je voufi 
expliquerai cette îngénieufe fiâion , ré^ 
partit l'Abbé, dans l'Hiôoire d'Her- 
cule , qui délivra cette Prînceflè, Il fuf- 
fit pour lepréiènt de vousdire^ que ces 

mj 



"92% Explication HisTORf^itnr 
murs ^bient£ bien bâds , & les _ 
^u*on avoit élevées fi fortes ^ qu'on pUr 
Ûia 9 fuivant Tufage (fàttiibûer aux 
Dieux mêmes >. ou aux Cjclopes» les 
«euvrages; de cette nature y que c^étoit 
Neptune lui r même qqt ea avoit été 
■ ') Touvrien Mâî^ conmie rien ne réiîfie 
•' * ' au temSy encore moios aux fréquentes 
inondations de la mer V tout l'ouvrage 
tomba en ruine ; ce qui fit diire , que 
.Neptune s^étoit vengé du perfide Lao^ 
'fliédon , qui ne lui avoit pas donné ce 

©ck ^^*^'** *q^'^ l^i avoit .pft>mb : Meueie paSi 
^* idejktuif J>eos, commele ditHorace(i) : 
.axLtre circoi^ance qui a Ton fondement 
.4ans FHiftoire ; car il efï vrai que ce 
Prince pour faire ces murs & ces digues^ 
, avoitr employé l'argent quKfe trouva. 
.ds»s le ttéfor du' Temple de Neptune # 
iivcc prome/Te de. l'y remettj&e , ce qu'il 
•ae fitp^S'^: & donna lieu par-làà le faire 
itegarder comn^e un impie & un perfide. 
iVoUà,ditElîante, un trait dlliftoire 
«nveloppé fous une ingénieufè fidion* 
•Apprenez-moi maintenant ^ continua 
*'€lle,t Ta raîfon pot$r quoi Neptune por- 
te le Trident. C'eft > répondit gravement 
Alcîdon , pour marquer les trois qua- 
lités des eaux qui le trouvent furla terre: 
jcellea de la mer qui fool falées.^cdles 



DES FaBUËS» lt^$ 

qui font douces ; & celles de qiielques 

beux particuliers > qui tiennent de^ unes 

& des autres > comme l'ont ingénieuier ^ 

ment* remarque quelques MytholQgues 

(i) : ou , fî vous voulez > pour marquer (0 Veye» 

le triple pouvoir de ce Dieu, fur la u/cfr*'* 

jner^qu^il peut agiter par les vents & les 

tempêtes 9 qu'il appaiie quand il veut^ 

& qu'il confer ve par fes Ibins, Vous Qt^ 

charmé,* dit Eliante, de toutes ces fortes 

d'allégories forcées : mais je fuis fûre : 

Îue ce ne font que de pures vifions. Le 
rident de Neptune & celui de Pluton, 
quoique l'un eût trois pointes & l'autre 
feulement deux y étoient les fceptres _ 
-dont les Souverains fe fervoient dans 
ces anciens tems. Vous avez raifon» 
Madame , repartit l'Abbé : & il ne faut 
pas y chercher d'autre myftére. Il n'a» 
faut pas aufli chercher dans les diiTéren- 
tes métamorphofes de ce Dieu que rap- 
portent Ovide & les autres Poètes, 
puifqu'elles ne font que de fimples. en- 
veloppes qui -coirvrent fes intrigue» 
amoureufes. Ainfî quand ils difent , qu'it 
changea Théophane en Brebis^ qu'il fe 
métamorphala en Cheval pour féduire 
Cérès ; & en Dauphiir pour Mélantha,. 
vous devez croire , ou qu'il les enleva;: . j 

&i des vaiiïêaux qui portoient ces noms^ 



î3d Explication Hktokique 
eu qû^il leur donna quelques pièces d'or 
bu tfargent qui avoient l'empreinte de 
ces animaux ^ conmus les avoient les an- 
tiennes monnoies» Il fe peut faire enco* 
' / j ' ' / ^? ^u'ôtt ait ch^gé ïHx&oht du Prince 
.^.. . doiitnôus padïms de celles des autres 
Neptunes : car il y en a eu pluf^ors ;. 
c'eft-à-dire , la plupart de ceux qui £c 
ireuiKrent célèbres fur la men On étei>- 
«it même ce nom , fi : nousi en *croyon« 
(i)L.i^cjz» Avlu Gellé (i) 9 à ceux qui a voient au^ 
tant de Sérocité que de valeur ; ou du 
jnoins , on les fit palier pour les enfans 
de ce Dieu , comme les Cyclopes , Cer- 
cyoUyScyron & les Leftrigons. Voflius, 
^jjerfuadé deJa pluralité des^Neptunes-jL. 
' en a trouvé plufieurs, ,& a déterminé le 
(iyz>*/i/©/.'tems auquel ils ont vécu (2) centre au.- 
A. 10.. ^tres celui qui eut de Lybye Bélus Se 

Agehor , Se qui vivoit 1483 ans avant 
l'Ere Chrétienne* Ce Prince , que ce 
^fçavant hommô-cpoit Egyptien d'arigi- 
iiej^étok yendu fameux finr là mer, & 
^ cttîtnêrtie-tettis^piar le foin qu'il aveât pris 
-^ ^dompter les chevaux: & voilà, pour- 
' lÉ<lire en paflant 9^ ce «qui donna lieu à la. 
Fable , qui attribuditià J^.eptuizeia Tfait- 
vjfence. du premier cheval ^aiûfî «pe le. 
CiJGeoig. i^pp0plentr Virgile {9)^ -Pattfkniafiç.& 
^^' Jbi a feit^donaca* L' épithote. (TJ^as^ fek&L 



ï)ésFables: 15 i 

froclus. Celui qui d'Amymone , fiîle 
ëe Danaiis > eut Nauplius père de Pala- 
méde, vivoît plus de deux cens ans 
avant la Guerre dé Troye, ainfi que 
je le prouverai en parlant de la Colonie 
que ce Prince conduifit dans la Grèce, 
^mymone étant allé à une fontaine pour 
y puifer de l'eau,- rencontra un Satyre 
qui voulut lui faire violence. Elle implo- 
ra le fecours de Neptune , qui à la véri- 
té la délivra des pourfuîtes du Satyre ; 
mais il lui fit la même infulte qu^dle ve* 
noit d'éviter. Ce Neptuife étoit appa- 
remment quelque Corfaire qui croifoît 
fur les côtes de l' Argolide , ou plutôt 
quelque Prêtre de Neptune ; car ce fat 
auprès du Temple de ce Dieu qu'arri- 
va l'avanture. Celui qui fut père du fa- 
meux Cercyon, qui tua Théfée, dans 
fon voyage de Trézene à Athéne , vi- 
voît cinquante ou foixante ans avant la 
Guerre ae Troye; mais on ne fçait qui 
il eft. Celui qui de Tyro , fille de Sal- 
menée , eut Pélias , vivoît à peu près 
dans le même tems. Celui que Théfée 
difoit être fon père , étoit Egée , Roi 
d'Athènes. Celui qui a donné Keu à cet 
article, & qui étoit frère de Jupiter, 
'vivoit vers lé tems de Jacob & d'I- 
'feac , »coînme nous l'avons dit* dans 

F v] 



15'2 Explication HisTORKiUE 
VHiftoire des- Princes^ Titans. 

On peut trouver deux Neptunes» en- 
core -plus anciens. L^un, eft Japhet , qui , 
ifelon TEcriture-Sainte , eut les ifles en 
partage C'efl de celui4àiaQS doute que 
SanchonJaton dit 9 qu^il creufa le. tronc 
id^un arbre, pour en faire un vaiflfeau.: 
Et nous pouvons ajouter que Bochart 
fait de ce Japhet un parallèle avec Neptur 
ne., qui ne reflèmble pa^ mal. Mais le 
plus ancien , & le nwdéie de tous les 
Neptunes , eft fans contredit PjT^é luir 
inême , qui fe fauva du I>éluge:<lans FArr 
che , qui étoit un véritable vaiileau» 

Quoiqu'il en fbit,, comme Neptune 
frère de Jupiter eft k plus fameux de 
tous , ,c'eff lui feul qu'on trouve repré- 
fenté'fur les Médailles,, & fur d'autres 
monumens qua l'antiquité nous. aconr 
£brvés , fous la figure d'ua homme âgé^ 
traîné fur une conque par deux Chevaux 
marins ,,c'eft «à-dire , qui ont la partie fur 
.périeurede cet animal, pendant quel'aur 
tre nwDÎtié'du corps fe termine en queue 
.de poiflbrr. ; teaiant d'une main fon Tri- 
dent , & dé l'autre un Dauphin* Telle eft 
la manière la plus ordinaire de repréfèor 
tO HfTrit, ter ce.Dieu. Cependant,felon Platon (i)r 
les". Chevaux qui traîi;K>ie:nt Ion : char r 
.etioiient quelquefois des Çhey^x^aïUa» 



Les Poètes ont donné plufieurs noms 
a ce Dieu y ou par rapport aux lieux où 
il étoit honoré d'un culte particulier, ou 
par rapport à l'élément dont il- étoit le- 
fouverain. De tous- ces {umoms j celui 
qui eft le plus ordinaire, eft celui d'/^ 
fias, ou Cavalier , dont nous avons déjà 
dit un mot ^f à caufe du Cheval qu'il ût 
fortir de terre , ea la frappant de fon Tri- 
dent; ou parce qu'il apprit aux Lybiens^ 
ou , jfelon Sophocle % aux Athéniens , à 
dompter les Chevaux : De4à la Fable 
delà dilpute de ce Dieu avec Minerve « 
que nous expliquons ailleurs* Cependant 
à bien examiner L'origine de cette épithé*- 
te> il parok qu'elle lui fut dpnnée, plutôt 
pour avoif appris aux hommes l'art de 
coûfhruire des vaiileaux, qu^à manier des 
chevatdc. £n effet , le prétendu* cheval 
qu'on dit qu'il fit fortir de terre, fut 
liommé Scjfkium^i mot qutligniHe im na^ 
vire^ De4à eft dérivé, fans doute 9 le 
nom de ^hipb^ , dt>nt les- Alkmands fe 
fervent pour défîgner ua vaiffeau. Le$ 
faabitans^de Gades,.ou Cadis, appelloient 
des chevaux les petits^ vaiflèaux dont ils 
fe fervoieiïty à caufe de haur extrême lé^ 
géreté. L'hifloire de Perfée , ôc celle de 
Beliérophoa, que nous rapporterons 
iws la fiûtc de nos Entretiens > fooi; 



1F34 ExPLlCXTUDN HISTORIQUE 1 

une preuve qu'on a fait , des vaiflfeaux ' 
dont ils fe fervirent , le fameux cheval- 

Aunes DU Après ^^^epturi1e , viennent toutes ce*^ 
j^tté» de ]» Divinités qui 5 dans lesPoetes, compo- 
fent fa cour; Triton, les Néréides, Sec. 
Mais comme ce ne font que: des être^ 
poëtiquesy ainiîque les Dieux des Fleu- 
ves , des Fontaines & des autres Eauic r* 
& qui n'ont de réalité *qufe1*itttaginatîoa 
«ui les enfanta, foufFrez qpe je^n'entre' 
«ans aucuit' détàîL à leur iuj^« Ils font 
«bus aifésàconnoître dans les Statues ou- 
ïes Bas-reliefs que l'antiquité nous en a^ 
eonfervéi^i Vousy voyez les Fleuve» 
fous la figure d'hommes âgés,, lèsche* 
^eux étendus, & négligemment appuj^éfe 
fur l'urne d'où coulent les eaux qui tor^ 
ment le Fleuve ou la Rivière, vousefr 
avez de be^x modék» au Jardin des^ 
ThûîUeries, dont deux font copiés dia- 
prés l'antique, le Nil & le Tybre. Je ne 
Vous 4irai rien nbri plus de quelques au*^ 
très Dieux de là mer, tels que Ph&rc^, 
€éto , &' quelques* autres ; qui étoîent 
plutôt <les monftres que des EHeux* Pour 
^e qui -regardé les Nymphes & l'es Naya- 
^ès , je-me réfërve à woisb en parler , lorP- 
<âU'il rà*a queffibn des Dieu* de la Terre. 
$liaàA je vai&m'-éte^r^ tuirpeu iiir. Pix>^ 



tée^ Eole, & les Sy rennes, C*eft ici le 
lieu de vous en faire l'Hiftoire. 

Je commence par Protfe. Kappor- Hiftoire dt 
tons d^abord fa Fabk ; & nous Texpli- 
€uerons enfuite. Homère (i) y dans le ^ <*> ^^7^- 
di£:ours. de Ménélas àXélémaqtie , lui * ^ 
feit raconter comment s'étant égaré près 
d-une petite iilè d^Egypte , Idothée fille 
de Protée kii apparut, & kii confeilla- 
•d'aller confuksr Ion père , pour appren^ 
dre de lui fes deftinées j-l'avertiflànt tou-- 
tefois que ^ pour en venir à bout, il fal^ 
loit Je Ûer pendant qu'il dormoit ;. ôc ne^ 
point le laiflèr échapper , quelque figure* 
qu'il prît > jufqu'àce que, revenu enfin 
en fon premier état ,. il. loi eut révélé iès^ 
•avantuFes; 

Virgile r qui a G bîeir réuflî en travail* 
iant prefque toujours>i^ diaprés les idées 
du Poëte Grec y nous- raconte (2) com- (2) G<ojg^ 
ment Ariftée , fils de Cy rené & d' Appl- *• ♦• 
Ion , a3rant perdu Ces Abeilles ^-que la mar 
iadie lui avoit enlevées , alla trouver fà 
mère , pour tâcher d'apprendre d'elle les 
moyens de réparer cette perte. Cette 
Nymphe lui dit que Protée feul pou— 
voit lui donner là - deflùs' d'utiles coiw- 
ièils. Elle, lui' apprit que' c'étoit un- 
gmnd Prophète , inftruit delà connoîf— 
bnce 4u paile^. du gréfent ^ ôc de Ta- 



^ 



2^6 îTxPLfCATIOÎÏ H'ISTORIQUJê 

Venir (4); qu'il avoit reçu cedontïe 
Neptune^ (îbnt il garde les troupeaux:(t) ^ 
mais^ qu^il eftij^poflibU de l'obliger à ré- 
véler ravemr, fi l'on ne Tattadie ayee 
•des liens pendant qii'il dort(^) : &^lle 
Tavertit que j dès qu'il fera attaché» U 
fera tout ce qu'iL pourra pour rompre 
fes liens j qu'it prendra même 9 |>aur î'é^ 
pouvanter ^ plufîeurs forteç de figures ^ fe 
jnétafnorpboiànt tantôt en ferpent 3 tan<^ 
tôt en tygfe , eh eocbon , en lion , en eau 
& en feu (rf) tmais-qu'il doit bienpréndr^ 
garde, quoi qu'il' fafiè^ de ne lè kiflèr 
point échapper ,r jufqu'à ee qu'il ait r«r- 

Î>ris ià première figure , & ait révélé 
'avenir. Plufîeurs autres Pofftes parlent 
de ce Pxotée^ & en difentles mêmes 
chofes* 

(a) •- .«^^^ Ntwit'n^niifut otêniM P'atts %• 
^Uéejint , quét fueriht ■ yu^r mox ventuta ttdhahtHr;, 

Virgif. Ibco cit. veif. 391* 

0>) S^ippe ità T^èpluno 'uifum ffl\ immanU cnjky 

Ibid. vcif. 394* 

{ç)tjanifiae*vi non u(U'dabitpracept/t , ne^jne Ulum- 
Ofanko fleB'es* Vim duram ^ vincuù iapïo 
tPtmde : dùUcirtùut hétt detriim fi^npntttr iHantf. 

lbi<l# Tcrf. 398« 

(d) Vtrùmubi çitrtpiMwnnâtiibMS vinclisque ttnebis f. 
Tant variée iiîudent jbecies Atque ora fer^rum- 
Tiit mm ptbHo Sut iiwItidHt ,' éttré^itf T^tis , 
Sfmmùfit/que Pyacù , Cr ftdvi cervice Le^nd * &€•- 
• -^- ^ut in ^t^kàs fenncf dilfpfrs Mbiiiu 



©KS P A EL ES. tyj 

. Cette Fable n'eft pas aifée à expliquer ; 
& les Auteurs varient autant &ûp cefu- 
jet, que ProtéevarioitPlui^même; Lei 
uns difènt que c'étoit un Orateur habile , 
•^ui fçavoit aiiëment faire changer de 
•intiment ceux i qui il parlait. Lucien 
^ffiire que c^étoit un Comédien extré- 
Hiement Toupie 9 qui prenoit » poiu* ainfi 
dire , toutes fortes de figures. . Pontitus 
Héraclidès prétend que la Fable de Frot- 
tée renfesniele myflére de la formation 
du monde;, que , par iès changemens ,.on 
a voulu nous apprendre que la matière 
pouvpit recevoir tovXes fortes de figu- 
res } & qu'Idothée^ qui confeille de fier 
fon père y c*cft la Providence divine 9 qui 
£xe à certains fujets cette mêmematiére. 
D'autres prétendenr que Procée irgmfie 
la Vérité , qui demeure cachéç à tous 
ceux qui ne s^attadîent pas à Tétudien 

Mais l'opinion la plus vraifembiable $ 
ik qui eft commune parmi les anciens , 
au nombre defquels font Homère (i), (0Odifl,l4, 
Hérodote (2) ,. Diodore de Sicile ( j) y (*> ^'^- *• 
Qément.d' Alexandrie (a.\, Lycophron ^'^ ^'''' '• 
iS)^ Ifaacius, & plufieur& autres^ eft ^ «^«-J- 
que Pirotee a été un ancien Roi d'E- ^^caflkodîcé* 
gypte, qui tenoit fa cour à Memphis, & 
qujrregnoît versie.tems de la guerre de 
Troye. AulE Homère fait-U arrîvcy: 



T38 E5fl?Lit:ÂTroîJr JïtsïttRfQûfi' 
Ménélas à la cour de Protée i xnais^îct 
Poëte le feit- régner daifôl'ifle de PJiaW 
ros. Ce Prince CTok fort fkge & fort éio^ 
quent. *Sa prévoyaiice, qui lui faiibir 
éviter les dangers , lui tenoit lieu de pro 
phëtie (*) r & .coTimîe il- étoit très-diffi»^ 
cile d'apprendre fes'fôcrets, on a «irai*' 
£Dnde dire qu'il falloit le lier. Il étoit 
d'ailleurs extrémemeiit fier, & paroiC* 
foit peu en public. Il rt'étoit permis 2- 
'perfonae de & trouver en fon chemin :- 
il n'y «voit qu'un petit nombïe de gros- 
^Seigneurs , qu'Hotnerc nomme allégo^- 
iiquement les gros poiiibns ,. W«ae^, qut 
pMent l'accompagner. C'étoit ordinai*- 
Tenient fur le midi qu'il fbrtoit de fon* 
Palaisjjque^le mêftïe roëte appelle fa Ca- 
verne : â^lloit prendre 9 ftor le bord de* 
la mer y k feaîcbear du vent àk NWd ;: 
coiuvert peut'-étrexl'unpariafeivqu'ilaptk 
pelle un nuage. Oh le voyolt quelque-^ 
fois au milieu de fes fbldats r comme un* 
pafteur aumilieu de Tes troupeaux : Il en- 
^âvoit le nombre & les nom^ r & en '&i* 
foit fbuvent la revue. Pi'ompt & vif joA- 
qu'à l'excès, on pouvoit dire qm'il étoit 
ibutdefeu;^ âc maître de fa p&ffion 9 il 

Ç^) Facile exiftimuri pê^ Go^nelii» Népot , àMêh 
$tji f VruHeHtiam^uedam- Vie d'AtUCUlé 
mtd» ^ -Difvin*ti9mtmi ■ - ^ 



ï>E s Fables. n^ff 

pftfoîSbit un moment après plus fouplc 
Se plus coulant que l'eau^ Ne paroît-il 
pas , par tous ces trait», que nos deux 
Poètes, ont voulu peindre allégorique- 
ment un Roi (âge & prévoyant , fin âc 
rufë , & non un monftre marinfRien n'eff 
plus ordinaire dans les Poètes , & même 
dans l*Ecrîture-Saînte , que <:es defcri- - 
ptions fymboliques , qui nous marquent, 
fous des termes couverts , le caraftére de 
quelqu^un, Ainff le Prophète Ilàîe regar- 
de Nabucbodonofbt comme Faiîre du 
jour ; & Jacob y (on fils Judas , comme uft 
lion (i)> Sec. î ce qu'on: auroît tort de (0 <?wf/^4^ 
prendre à la lettre. De même , parce peu- 
ple maritime r gens bumïda P$ntiy il eft 
évident 'qu'Homère entend parler des 
Egyptiens^ voîfîns de la: mer j & par ces 
veaux marins , turpes Fbocas, des Satra- 
pes d'Egypte : Et s'il fes. appelle les trou- 
peaux de Neptune, c'eiî dans^le même 
fens qu'il dit que Protée étoit fils de ce 
même Dieu , parce îqu'îl étoit puiflant 
for la mq§, &. étoit maître de Tifle 'de 
Carpathie (a) ; ce qui l'a fait, dans k 
iuite, regarder lui-même comme un Dieu 
marin. Peut-être auflî que l'équivoque- 

( y Virgile, Jocô citatô» coup de Veaux maïiiw; &. 

Quelques Autcuri pri^tcn- que c'«jft pouf cela que Prcs» 

.dent que, près de i'ifle dé tée a pafie poux en êtxe lit-' 

Xarpathie « it y a^ok beau> gardien. 



140 ÊxPLlGATION'ÏÎK'PORKiUÉ' * 

du nom Cctts qu^ii.portoit , félon Dio^ 
dore y & cpi veut dire une baleine ou on 
gros poiflon^ a fervl à donner çomïs à 
cette Fable' : Et ce qui confirme, ad- 
ihirabkment ces conj^ures") c^eft que 
Honiefcy qui en eft Taut^ur /' Favoit 
apprifedes Egyptiens, qui couvroieiu; 
fouvent leur hiftoirfe des yoiks ingé^ 
BÎeux de rallégori& & de la fiâion. 
Fourroit *pn maintenant vous' demaif- 
jder , dit Alcidon,^ ce que veut dire le 
fn Daiwla rtiyftérieux Lycpphron (i)-, lorfqu^il 
Caflàndie. ijous apprend que Neptime fàuva Pro^ 
téô de la cruauté de les. çnfans ^ en le 
faifant aller, par des cavernes,; de Pal- 
lene en Egypte ? Il fait allufîon,. t4^ 
pondit t'Abbé,. à la-tradîtioft^rquipor^ 
toit que ce f^idnce étoît origiosaire de 
Theilàlie, d'où il s'étpit embarqué-, 
ij^\» Ç& retirer en £g3rpte , fans qu'joa 
fçût ce q^'il étoit devenu. La bacba*- 
re cruauté de Tes deux enfans f Poly- 
gone ôc Téiégone y qui faifoient moui- 
nr tous ceux qui venoient ^Igger chez 
eux 9 après' les* avoir vaincus à la lut- 
te , l*oBligea à fe retirer en Egypte. 
Hercule , après fbn départ r leur .ôta 
la vie. Virgile dit que Protée retour- 
na à Pallene , où apparemment il finit 
fes-joufs.- Servius confirme tout:.iQ^ 



© E s F A BLE S. 141 

^e nous venons de dire ( 4 )• 

N'oublions pas de dire* au refte , rer- 
çrit Alcidon , que Diodore (i ) , qui con- (OXiv« 't 
Tient avec nous que Protëe a été Roi 
d'Egypte , prétend que ce qui a-donné 
lieu à toutes ces métamorphofes, c'eft 
qu'il omoit fon cafque , tantôt de la peau 
d'une panthère, tantôt de celle d'un 
Mon & d'un ferpent, «pour paroître plus 
brillant & plus re(peôablc. Vouspour-^. 
fiez ajouter , reprit l'Abbé , qu'un fça- 
vant r rélat ^étend que toute cette Fa^ 
ble eft fondée fur les changemens mira^^ 
culeux de la verge de Moyfe. Je veux 
croire , dit Alcidon , que le fouvenir de$ 
miracles de Moyfe , a pu fervir à orner 
l'hiftoire de Protée. Mais cela ne prou- 
ve nHllement que ce Roi ibit le même 
que le fkint Légiflateur^qui vivoit plus de 
240 fflis avant lui, comme le remarque 
k fçavaat Critique d'Horace (f). Mais 
en voilà affez , dit l'Abbé , fur Protée. 
Parlons maintenant d'Eole, qu'on met 

(a) Cfrpathûf , induit , refi9Â nMtem TalUne civL 

iëfuU tp jcontrÀ u£gyfliitm\ $aU Tbêffali^^ ad tgUMm tom 

i jiU vicinu/ peUgtu Caf» mep uverféS efi pofieÀ^ 

f'éithium aPffttUtum efi. Hic i^iod tfitndii ttiàm Fit* 

^Uqudndo rt^nofvit'FroteHS^ Îusm , €Hm ait: 

• -,.« « fMirUmqHe revifit 
'Pédlenem* Sçxvins ^ in Geozg«4 

(t) M. Dacier,ain/îque Protée à It Guene d# 
^m ceiix q|ii font ;^iv,ie Xre^e. 



t^2 EXPLICATTOV HISTORIQUE 

auflî parmi les Dieux de la Mer , parc^ 
qu'on croyoit qu'il étoit le Dieu des 
vents & les tempêtes. 
CoiE. Ce Prince , iâs d'Hipotus , Se que Coî^ 
feui mérîiie a fait paâei* pour ûls de Ju-*^ 

Îiter 9 vivoit du tcms de la Guerre dç. 
Voye, & régnoit, fi nous en croyoïîs 
ServiuSf après Varroîi, fiir les ifles qu'on, 
appettoit Vulcanies (4)9 Se qui ont depuis 
porté leiaom d^EoKes* U étoit. fort ià* 
ge & fort prudent, .& receyoit bien Içs: 
Étrangers , leur donnant de bons ayi^ 
touchant les dangers de la navigation s. 
ainfi que Diodorc de Sicile le remar-* 
f j) lîv. ^ <}ue ( I ) . Comme l'ifle de Strongile, l'une, 
des Èolies , jette fouvent de la fumée 5 
il s'appliquott à l'obfçrver, & eonnoK^ 
{bit par-là, félon PUn^, la nature des* 

(2) PiimL vents (2): il poufla même fi loin les 
«.^€.9. connoifTances ià^deflus, à l'aide d'un peut 

(3) ifacîM. d'Aftronoraie(^) , & par l'inlpeûion du 

flux Sç du reflux de la mer , comme le 
(f)SuabAi. dit Strabon (4), qu'il prédifoit fouvent 
quel vent devoit îbufller pendant quel- 
ques jours : ce qui n'efl pas impofÇble à 
prévoir , lorsqu'on a long-tems expéri- 
menté dans un climat que le vent qui y 

(a) Parce qu'on croyott re , font dant la Mer Je Si- 

2ue Vulcain f avoh ctabU cile , près de Pdlote* Tlm^ 

!È Foi^^tL Ces ifles , dont Strab. Diêàm 
lapfiacipale t'appelle: Juij^Af 



DES FaBLBS. 143 

HïJgne un jour , y en dure ordinairement 
quelques-autres de fuite. Comme il vi- 
yoit dans un tem&.oà la navigation étoit 
fort imparfaite t & ou il étoit fort difK-) 
cile , lorfqu'on s'éloignoitun peu des cô^ 
tes, d'y revenir & d'éviter la tempête, 
.€0 avoit ibuvent recours à lui, pour fça-^ 
Wr quels vents dévoient fouffler pen- 
dant qu'on feroit fur mer» Plufîeurs per- 
fonnes fe trouvèrent bien de fes con* 
feils ; & fa réputation alla il loin , qu'on 
le regarda cpmme le Roi des Vents, leur 
Maître & leur Surintendant (4). 

Les Poètes défigurèrent enfuite par 
leurs fiâions cette Hiftoire. Homère , 
au lieu de dire Amplement qu'Uliffe , qui 
avoit confulté ce Princ^e » n'ayant pas 
ajouté foi à fes confeils, Se étant demeu-» 
té fur mer pluslong-tems qu'il ne falloit, 
le vent ayant changé , il enuya une rude 
tempête , qui fît périr fe flotte à la vue 
4e 1 iile d'Itaque ; dit d'un^ manière 
enveloppée , qu'Eole avoit enfermé les 
vents dans une peau de bouc> ^ le$ 
avoit donnés à Ulyife , lui ayant défendu 
fiir tout d'y toucher avant un certaia 

(a) - • - Ifie 'On/U 9ex t/^olus an09 

im^erU ffemii , ét^imUf 0* tkr€w frm^^ 

Virgde, IBjp&ÀmUu 

£lomere dit prel^ué la mèaje chofc ^ Im9 cli% 



i , 



144 Explication historique 

jour. II ajoute, que les compagnons ié 
ce Prince le voyant endormi, s'imagine^ 
rent que cette peau reftfermoît Ces tré- 
fors , & l'ouvrirent ; & que dans ce rhp- 
ihent les vents fortirent 'avec fiiretir'j Se 
excitèrent cette liorritfe tempête , qui 
les fit périr. Virgile , travaillant diaprés 
les idées du Poète Grec , a encore plui 
JlOJBmli, enibellile (Ujet^ Il dit(i), <jue Junon, 
voulant éloigner Enée de flfatîe , où el* 
le fçavoît que les deftins fui promet-^ 
toîent un étabKflèment , alla trouver 
Eole dans les ifles pu il faifoit Ion fë- 
joùr, & oh il tenoit les vents enfermés 
dans une profonde caverne' (4) ; qu'elle 
le pria d'exciter une tempête , pour élôi^ 
gner Enée des cotes d'Italie ; & le 
refte. Les autres Poètes en f)arlerit "dé 
même. On en vint même jufqu'à dire , 

Iu'av^t qu'Eole eût pris l'intendance 
es vents , ils caufoient fur la terre 
des renverienïens épéuvéntables ; qu'ils 
avoient féparé la Sicile de • la terré fef-* 
me ; qu'une tempête avoît autrefois oih 
vert ce fameux paflage de l'Océan dans 

(4) Séneqoe taille Virgile Ventt font ^ant unintre» 

4'avoir entexm^ les Venu à .feu près comme VAi* 

dans une caverne, puifciu'iis daDsi'fiolipilc • 4!où il ne 

Ae font tcb'^ae vu lettt chercht^Q^^s'exMeIa.vec 

mouvement i impétueux :• imp^ruouré : &celaûe£uc 

Mais cette critique tombe .^uime^eftioj^denoii^ 

4'j^e-MkttkC , puifque cci ' - hi 

la 



d( 



DES Fables. 145* 

là Méditerranée , qu'oit appelle le Dé- 
troit de Gibrakar. Mais , dit EfiantCt 
cette cîrconftance des v&kts renfermés 
dans. une peau de bouc 9 ne renferme- 
t'ellepas quelque myftére ? Sans doute, 
dit Alcidon ; Se les Mythologues (i) y (0 veycx 
ont fait plusieurs découvertes fur la na- ^,?^* » ^"'^ 
ture des vents , qui feroîent admirables, 
a les Auteurs de cette Fable y avoient 
penfé. Pour moi , dit PAbbé , je crois 
qu'Homère fait allufîon à quelque an- 
cienne coutume , (emblable a ce qui Ce 
pratique encore aujourd'hui dans la La- 
ponie , où Ton trouve plufîeurs person- 
nes qui vendent les vents à ceux qui 
s'embarquent , & qui leur promettent, 
moyennant une fomme d'argent , de te- 
nir enfermés ceux qui pourroient trou- 
bler leur voyage. Il y a apparence que 
les Anciens pratiquoient quelque choie 
de femblable ; ce qui a donné lieu à cette 
clfconftance que nous expliquons. Et 
puifque nous fommes.fur le chapitre des 
vents , il eft bon de vous dire , que la 
fuperftition payenne alla jufqu'à les ado- 
rer comjne des Divinités. On leur fàcri- 
fioit lorfqu'on entreprenoit quelque 
voyage (a) , comme plufîeurs Auteurs 

CétJere dtinde J4bt$% 

Tmell. G 



i^S Explication KisTOiMguj? 

nou5 l'apprennent. Ovide parle du Tefjir 

pie qife Sqipion érigea aux Tempêtes* 

^j[0^^«'A Augufte, félon Sénequ.e (i), :bâtit un 

c/i^' * ^ * Temple dans les Gauks m Vent Cyr*- 

(») Enei U cius : & Virgife (2) dit j, qu'Enée facn-, 

liv* i* fia aux Zéphirs une brebis blanche: Pecu^ 

dent Zefbiiis felicibus dlbam. Sur quoi i) 

.cft bon de remarquer ici , que les Grec^ 

dans le culte qu'ils rendoient aux y.ents« 

^ dans la Fable d'Eole qu'ils en avoient 

fait le Souverain, avoient imité les Peu** 

p.les d'Orient, fur tout les Perfes, quîj 

(î) Liv.i. au rapport d'Hérodote (3), rendoient 

un culte religieux à ces Divinités fbu> 

gueufes : & c'eft à cette coutume que 

J' Auteur du Livre de la Sageflb mt 

alluiion , quapd il met au nombre de$ 

Divinités des Gentils, l'Air & le Vent j 

(♦) Séfa. !• ^*^ Vtmum , âut celerem Aercm^ Dtos pU" 

UVitunt (4.) ; & cela 4àns im tems où 

apparemment l^s Fables des Grecs fiir 

ce (ujet n'étoient pas encore paflees ee 

Orient. Mais , pour revenir à l'JEIiflolr.p 

d'f oie , il ne faut pas oublier la conjeo- 

(5) Boch. ^ture du fçavant Bochart (j), qui croit 

Chan.Ui.r« que l'origine de la Fable d'Eole viemt 

^^* d'une équivoque de la langue Phéniciern 

ne 9 dans laquelle étoit écrite l'Hiiloirc 

de cç Prince ; & que les Grecs ayant 

trouvé le mot Aal^ qui , dans cette lanr 



DES FaBLBS Î47 

gué 4 ainii que Aelia dans la Grecque» 

V€ut dire Tempête , ont crû que c'étoit le 

nom de ce Prince ; âc on publia qu'il 

«toit le Roi des Tempêtes. Quelque» 

Auteurs ont prétendu qu'Eole inventa 

Pulàge des voiles des navires. Quoiqu'il 

en foit , ce Prince eut plufîeurs enfans » 

parmi lefquels Aftioche luifuccéda (i). (0 t)loÀ, 

Au refte , il ne faut pas le confondre *' 

avec l'ancien Eok fils d'Hellen & chef 

des Eolides. 

Enfin 9 pour ne rien laiiler à défirer ilur 
les Divinités de la Mer, nous devons 
£nir notre converfation par l'article des . 
Syrénes. 

Vous fçavez que les Poètes reprélèa- Hîftoîtc des 
tent les Syrénes conune de belles per* ^y""^* 
fonnes qui habitoient des rochers eC» 
carpes fur le bord de la Mer, oh ayant 
attiré les paflàns par la beautjé de leur 
chant , elles les faifbient périr. On ajou«* 
toit 9 qu'elles étoient filles, du FleuVe 
Achéloiîs & de la Nymphe Calliope ; 
ou du moins^ qu'elles fortirent du ùatg 
qui coula de la playe qu'Hercule fît au 
Bieu de ce Fleuve » en lui arrachant une 
corne. Leur nombre n'étoit pas déter- 
miné. Homère n*ën reconnoifïbit que 
deux : d'autres cinq j fçavoir , Leucofie ,> 
Ligie^ Parthénope, Aglaphpn & Mopfe*; 

G ij 



148 Explication historique 
d'autres enfin ne reconnoiflent que le^ 
trois premiëfes de celles que je vien^ de 

.CO*'"'/»/ nommer (!)• 

»ww/ '* * On débite plufîeurs Fables fur leur fu- 
j€t« Ovide dit qu'elles accomp^gnoient 
rroferpîne , lorfqu'f lie fut eitlcvée ; & 
que les Dieux leu^ donnèrent des aîles 9 
pour aller chercher cette Princefle. Il 
ajoute que 9 dans le défe^oir où elles fu- 
rent de n'en point apprendre de nou^ 
velles, elles s'arrêtèrent fur fjes rochers, 
où leur occupation fut de faire périr 

fx) kfct.l. $. ceux qu'elles y attîroîent (2). 

(i)Odifla.i2. Homère (3) , qui place les Syréne? 
au milieu d'un Palais enfanglanté du 
meurtre de ceux qu'elles avoiênt fait 
mourir {4) j-nous apprend que le Deftin 
leur avoit permis de régner jufqu'à ce 
^ùe quelqu'un les eût trompées : que le 

Î>rudent Ûlyflè fut celui qui accomplît 
eurs deflinées, ayant évité leurs ernbû- 
ches 9 en bouchant les oreilles de fes 
compagnons avec de la cire , Se fe ùl" 
lànt attacher au mât de fon vaifleau. II 
ajoute qu'elles eu conçurent tant de dér 
fefpoir, qu^elles fe précipitèrent dans la 

(m) Virgile les place fut Ae$ Kocheti entiioiiii^t 
d^oitèBienc : 
JÀmqut adêo ScêfidûS ^yrtnum adduBu pAibéi • 
DifiiUis é^H9Bddm , mdtÊfumfm •gibus nAt, 

. SnckL liT« 5« 



i)Es Fables; 149 

mer > oh. elles furent changée» en poiP 
fons^ de la ceinture en bas. C'eft» poiur 
le dire en partant , au fujet de ce» deux 
opinions, d'Homère & de Virgile, c^'on 
agita, il y a quelques années, la quei^ 
tion, fi les Syrénes étoient regardées 
parmi les Poètes comme des poiflbnSy 
ou comme des oifeaux. Un îUuftre Pré-^ 
lat (i) la décida, en di&nt , qu'avant leur (i) M. Huet, 
métamorphofe , c'eft-à-dire, avant qu'el- 
les fe fudènt jettées dans la mer, on les 
regardoit comme des oifeaux, à caufe 
des ailes que les Dieux leur avoient don- 
nées (2) ; mais que depuis on doit lesre- (s) Ovtcf, 
garder comme des poiflbns & des Divi* ^^ "''*'*^ 
nités de la Mer. Cependant les Peintres 
les ont repréfentées dans leurs Tableaux» 
quelquefois comme de belles filles, avec 
des ailes ; quelquefois comme des monC* 
très , ayant la partie (upérieure du corps 
d'une femme. Se reflemblant à des poif» 
fons de la ceinture en bas : on en trouve 
même , fur d'anciennes Médailles , avec 
des pieds de coq ou de moineau (4)9 
& de différentes autres figures (F). Ser- 
vîus croit que cette Fable tire fon ori« 
gme de certaines Princefles qui régnoient 

(«) Voyn le Traite qu'a Elian. liy.7. Serviut in r« 

fiût fut cç fujet M. l'Abbe c/£»ei /• Voillus de îtUUK 

Nicaife. ^ liv. 3 ,& l'Abbé Nicaile p 

(4) Ovid« Mcam. liv. 5» if dtdto. 

G uj 



ijd Explication HTSToUîQinK 
autrefois fur les côtes de la mer de Tof- 
cane , près de Pélore Se de Caprée , ou: 
dans trois petites ifles de la Sicile , qu* A- 
riflote appelle les ifles des Syrénes. Ce* 
petites Reines étoient fort débauchées y 
& attiroient par leurs charmes les Etran- 
gers, qui fe perdoîent dans leur Cour pai^ 
la molleffe & la dépenfe (4). Cependant 
il y a des Auteurs qui croyent que la Fa-* 
ble des Syrénes tfa d'autre fondement 
^ue l'équivoque du mot Grec Syrin , qui 
veut dire attirer a foi ; ou Syra , qui veut 
(i) :z*rm , ^^ chaine (i). Le fçavant Bochart (2) 
•ti ^tffk. dit que cette Fable vient du mot Hébrei» 
çz) chati. Sir , qui veut dire cantique ou cbanfon ; 
• '• ^* ^» ^'où pQn a compofé le mot de Sjrénfi , 
comme qui diroit chanteufes. 

Ne pourroit-on pas, pour concilier 
CCS Auteurs, dire qu'il y a eu vérît»- 
blement des l^rincenès ciébaucbées Cwê 
les bords de la Mer ^ qui oat donné lieu 
à toutes ces Fables : mais que le nom de, 
Syrénes ne leur a été donné dans la fuî-^ 
te j que parce que ceux qui trouvèrent 

(a) Sjrettes t fecttndtim Câpre is infrU hMiéLfunU 

TÂhulam , très in parte vif- Secmidàm venUtem » merà^ 

f'ines fnerunt t in pMrte a/«- frires^erumtj ^tut ttsnfeu»» 

Hires f jttheUi flwvii (*r f^' tjJtkiÀm ducetnent Md r« 

] CMliicpes Mm fit fli^ : Hm» geftéiem , his fiSéifuntiu^ 

pmm 9uia voce, Mitera fybiis^ féru nduffAgié* Scivius in $ 

alterét hrÀ carelfdt : fsr P^i' iËacid* 
mè juxti TeUrum, pafieÀ in 



i>ts Fables. ip 

iâans Pancienne langue le mot Sir oii «f/* 
fen , qui marquoît leur caradére , le pri- 
jent pour leur nom véritable ? Cette 
conjefture eft hettreufe , reprit Eliante : 
Mais pourquoi nous dit -on qu'elles 
étoient filles du fleuve Achélous?C'eft> 
répondit TAbbë, parce que Tifle de Ta- 
^hos , dont on dit que ces Syrënes 
ëtoîent fortie^ pour venir s'établir à 
Caprée 9 eft à l'embouchure de ce fleu«- 
Ve. Sçait-on-, dit Eliante , en quel tenu 
tivoient ces Reiniss f Si nous en croyons 
Ovide, répliqua l'Abbé , elles vtvoient 
du tems de rroferplne , puifqu'il aiTurc 

3u'elles accompàgnoient cette Pçncefle 
ans ies prairies d'Enna , où elle fut^n- 
fevéfe (4). Homère les fait vivre dgi 
lems d'Ulyfle ,♦ aprè^ la guerre de 
Troye : & je penfè que pour ajufter 
tes opinions oiâPérentes ,- nous pouvons 
dire qu'elles n'ont pas vécu dans le mé«- 
me tems, mais les unes ^près les ai»» 
très j que leur régne a duré jusqu'au 
tems d'UlyflTe , qui fit peut-être périr la 
dernière Princefle de cette ifle. Il ne faut 
pas s'étonner cjue les Foëtes àyent réu- 
ti tout ce qu'ils ont dit des Syrénes ; 

(a) ^n f»i4 1 «M» hgtu* fiûfet Tf fetfwn *u«mt , . 
Z)# wmtf comittim , d9fèn Syrtnet , tratis f 

Lib* 5- M*t« 



lya Explication HisTORîQUE 

ce n'eft pas k première fois qu'ils ont 
rapproché ou reculé de plulieurs fié* 
des les événentens des tems fabuIeuY ; 
& je crois que cela vaut mieux i que de 
dire fimplement ^ que par la Fable de^ 
Syrénes , Homère n'a eu d'autre vue, 
que de nou» apprendre que (on Héro« 
évita les charmes de la vokipté , lui qui 
le fait demeurer fept ans chez Calyp£b , 
& qui le rend fi amoureux de Circé. Je 
fie dois pourtant pas dilEmuler qu'u^ 
f i) ArchW ancien Auteur (i) a cru que l'origine de 
iuk L %V^ la Fable des Sy rênes vient de ce que près 
des Promontoires , ou de Sorente , oti 
de Ca]^rée, on entehdoit un certain bruit 
harmonieux caufé par les flots de la mer» 
ref&rrés entre des rochers ; ce qufatti- 
xoit les paflanâ , qui y faifoient 9uetqu&- 
fois naufrage. Sur quoi on peut dire que 
cette circonflance n'a peut-être pas peu 
contribué à embellir la Fable: Du moin9 
iane pareille harmonie, mais beaucoup 
plus défagréable» a^t'elle contribué a 
celle de Carybde&de Scylla> comme 
(i) Veyci nous le dirons une autre fois {p^. Mais^ 
rAifl, <ru. reprit Eliante y dites-moi, je vous prie, 
' ^* que veulent dire les Relations qui not|S 

apprennent que des Pêcheurs ont quel- 
quefois trouvé des Syrénes dans k mer, 
a peu prè^ comme celles que les Peiaues 



DES Fablss. 1^3 

lepréfentent dans leurs Tableaux» & 

Îu'ils ont quelquefois apporté dans les 
leurs des Princes (a) ? Je répons à cela, 
dit TAbbé , qu^on a trouvé quelquefois 
des monftres dans la mer , qui avoient 
une figure afièz reflemblante au vifage 
d'une femme avec une queue de poiflbn^ 
mais fort noirs Se couverts d'écaillés , 
& qui ne rellèmbloient nullement ni aux 
Syrénes, ni aux Tritons des Poètes ; & 
vous devez penfer que tous ces préten- 
dus Monftres , Satyres , Nymphes , Sy- 
rénes, dont les Relations font remplies ^ 
n'ont jamais exifté que dans le pays que 
Rabelais nomme le Pays de Tapilie- 
rie. 

Âpprenez-nous 9 je vous prie , reprit 
Alcîdon , ce que veut dire le faint hom* 
me Job , lorfau'il dit (b) qu'il pleuroit 
fes malheurs fur le ton des Syrénes, Je 
crois i répliqua l'Abbé , qu'il ne vouloit 
parler que de certains oifeaux des Indes, 
dont fait niention Pline (i) , qui endorr 0)l-*xf» 
moient ks paifans par la douceur de leur 
chant : & comme ils habitoient dans des 
lieux déferts, le fàint Homme a voulu, 
marquer par-là l'affreufe folitude où il 

( « ) ftinc , Albert le {(-) Fm8ms fnm fréter Sy 
Qiand & plufieurs ^txe« unum t^ frdalh Tsjftnm^ 
Aufcius eo pazlent* Ca^» 3 o« 

G v 



C«f9« 



ry4 ExPT.rCATrON HISTORIQUE 

ëtoit réduit , Jtcut PaJJtr folitarius in tecn 

I». M?is, reprit Alcidon, le Prophète 

Ifkïe n'a-t*il pas voulu parler des Sy- 

Ki)Cdf,ii. rênes (i), lorfqu'il prédit que la ville 

•V. nlt. ^ç Jerufalem feroit habitée par des Mon- 

tres i qui dévoient avoir la partie fiipé- 
f îeure du corps femblable à une belle 
femme > & Its pieds & la queue d'uir 
âne ? C*eft du moins cette idée , conti- 
nua-t'il, qui a donné lieu à Pancien Ar- 
chitefte qui a bâti l'E^ife de Notre-Da- 
me de Paris , de faire graver fur un des 
Portiques une Syréne avec le corps d'ur- 
ne femme > 3c les pieds & la queue d^un» 
(i) VoTcx âne (2). J'avoue , dit FAbbé, que les Se- 

Ntctifc , «• plante, & après eux S, Jérôme , ont tra- 
duit le mot Tanin,, dont s?eft fervi le 
Prophète , par celui de Syréne ; mais il 
eft clair qu'Ifàïe tt'a voulu marquer au- 
tre chofe en cet endroit-là-, que la foli- 
tude où devoit être réduite un jour lar 
ville de Jerulàlem, en prédifant t|ue les 
Montres mêmes y feroient leur féjour,. 
& qu'il n'a feit aucune alhifion à la Fa- 
ble des Syrénes ; non plus que le Pro- 
phète Jerèmie par les Lamies (a) , qui. 

* , ^ 

(a) P&ilrilrate dit ,7», vi foient voir pour atnrcr le» 

/i ^pU^L 4.» ^ye eu la- paflàns & les dénorer. On> 

siies avoienrle rifâgc coBi* croit que le nomdcLamie 

«le une femme, &lagor|;e vient de lamot^ qui vcyl 



DES Fai&lkî. xss 

découvroient leur (ein aux paflaos pour 
les attirer & les dévorer ; & qui étoient 
de certains Serpent qui fe cacholait dans 
lés buîSbns, ou ils dévoroient les paiTans 
^ui s'en approchoient. 

Mais eh voilà afièz fur les Divinités 
de h Mer; il efl tenis.de finir notre na<» 
vigation. Neptune > cpmme vous volez» 
Madame , nous a été très-favorable ; & 
Eole n'a pas ofë troubler notre voyàgeb 
Cet après-midi 9 nous parlerons des 
Dieux de la Terre* 

qm veut dire dévorer ; ou Maîtreilc de Jupiter, dont 

f Iticôt d» mot Arabe LmIia» Junon fit moarir les enfâna. 

«M , qui y feloa Bochart , £Ue devint û fitrieufe , 

figiufiela inêaie chofe. 11 y qu'elle déverott tous ceux 

H ctt autrefois une Lamie qu'elle trouvoit. 




G v) 



ts6 Explication hictoriquk 

XIV. ENTRETIEN. 
Oà ton traite des Dieux de la Terre: 



D 



/Abord après^ dîaé, oit alla ie 
profneaêr fur la terrallè du jardin 
qui dor^tc (ur le bord de la rivière » & 
qui aboutit à un Sailon oè les Darnes 
entrèrent pour éviter ht chaleur du So^ 
leil. Eliante propofa un jeu ; puis - elle 
fortit avec Alcidon & FÂbbé , pour al- 
ler dans le bofquet > où ils ne furent pas 
plutôt arrivés , cme F AbKé commença 
ainfî : Parmi les Divinités, de fo Terre .^ 
il y en avoit de deux fortes dans le Ar- 
fiême payen : les unes n'étoient que des^ 
Peribnnages poétiques & des Divinités 
purement naturelles ^ qui repréfentoient 
ks choies, qu^on àdoroit Cous leurs 
lioms} les autres étoient des Pexfonne» 
déifiéesj & ^iétoknt régardées comme 
ks fymboles des chofès qu'elles avoien^ 
ou inventées jt ou cultivées. 
i>EMoGox- On doit mettre dans le premier rang 
^*'' Démogorgon (4), cette ancienneDivir- 

(4) Ce mot vem ^e Xf!"fU^ ï^&ft» Offét^ 
Dieu de la Terre ;* comme La^Unce* 



DES Fables^ lyj 

oké dont on dit des chofes fi étonnantes; 

Cétoit , jfelon Théodotion, un vieillard 

cralleux, coavert de moufle , pâle & dér 

figuré 9 qui habitoit dans les entrailles de 

k terre (i). Il avoit pour compagnes ^i\^^^ 

PEtemité & le Cahos. S?ennuyant, ajou- otcia , u it 

te-t'il, d«nscettetriftefolitude,ilfitune «P»^ Oc.de 

petiteboulej&r laquelle il s'aflrtj&s^ét an t Dieta]\u 

élevé en l'air, il environna toute la terre, 

& forma afnfi le Ciel (2), Ayant pafle par ^^^ Jp^ 

kazard fiir les monts Acro-Cérauniens napidct,«^ttii 

(4), il en tira de la boue enflanunée, Bocc/^f.oi^ 

qu'il envoya dans le Ciel ,, pour éclair- 

rer le Monde ; Se forma ainn le Soléil> 

Ju'il donna en- mariage à. la Terre s 
'où naquirent le Tartare & la Nuit % 
&c. 

Il eif aîie-de ju^r,.dlt Alddon, que 
ce ri'eft là qu'une Fable phyfique^ fous 
l'enveloppe de laquelle les Anciens ont 
renfermé, d'une manière fort groflîére, le 
myftére de la création du monde, qu'u- 
ne Tradition défigurée leur avoit ap^ 
pris. Voici à peu près ,.reprit L'Abbé, de 
ouelle manière cette Fable s'eft intro-* 
duite. Les Anciens ayaiït vu que la terre 
portoit d'elle-même des fleurs & des 

(4) Mot <f\ï vent <fire, mes; ce qui fuffît pour es- 

fopp^delafoudre.Lerûm- pliquer cette cùcenfiance 

açt de- cçi montagne» jet- deU Fable» 
^ quelquefois de» flaaor > 



%SS Explication historique 
fruits ,- s'imaginèrent qu'elle étoit anî- 
mée , ôc donnèrent à fk Divinité le nom 
de Déniogorgon {a). Il y a apparence 
que les Philoibphes n'entendoient paf 
cette Divinité » que cet e^rit dedialeor 
qui donne la vie aux planter (^) ^mais le 
peuple s'imaginoit que c^étoit ua vén« 
cable Dieu , réfidant dan^ les entrailles 
delà terre, auquel on offîroit des ikcri- 
fices 9 fur tout en Arcadier En voilà a£^ 
fez fur cette Divinité naturelle ; difons 

Ïuelque choie de plus confîdérable de 
:3rbelle» dont la Fable eft mêlée d'H>* 
iloire & de Phyiique. Commençons par 
THiftoire , qui eft rapportée diffërem- 
ment par les Anciens. Voici d'abord 
f r) Lit. !• comment Diodore la raconte (i). ^ 
Hiftoire de Méon y Roi de Phrygie , eut de fa fem* 
Ç¥B£2X£. j^g Dyndime , une fille qui fût expolëe 
(ùr le mont Cybetle » où elle fut nourrie 
par une Lionne (4). Sa beauté la rendit 
.célèbre dans tout le pays ; & le foin 
qu^elle prit de cultiver quelques arts^ 

J» Ils avoîent tam de yé- qne et que Lucain L c , ft 

lationipoiTrcenom tciri- Suce ].4, difem du Dkf 

hle , qu'il iTétoit pas pet- qu'il n'cft pas pcrmii de 

mis de le p rononotx : & Ù- nomner , ie dote enteiMlie 

éc&va X ^o doit rematquef de Pémogofgon» 

<b; SpiriUiJ intùi slit , HUm^ê ivfujk pffétftHt 
Meni éptéit moUm* Vtrg« 1. 2* des Geofg. 

U) Ce qu'EÊuit eatendxe-dItqiielquefciiiiiieiiilBfBt 



BEs Fables. lyp 

Se de compofer quelques remèdes pour 
les maladies des enfans , la fit chérir du 
peuple. Son père l'ayant reconnue , la^ 
reçut avec beaucoup de joye. Mais cette 
J^rinceile étant devenue amoureulè du 
jeune Àtys (A), fon père le fit mourir*^ 
La perte de cet amant l'accabla de dé^ 
felpoir ; & devenue furieufe s elle fe mit 
à couriF comme une folie par les fhon* 
tagnes de la Phrygîe. ApoUon , c'eft-à- 
dire, comme dit Voffius, ou quelque 
Prêtre de ce Dieu , ou quelque perlbnne 
diftinguée par les Belles - lettres 6c la^ 
Aluiîque(r)9 la rencontra » en devint o)t>tOfis>- 
amoureux; 5c la conduifît avec Marfy as, ^^^ '• **^'" 
qui Favoit toujours accompagnée , dans 
le» pays du Nord , oix elle mourut. Quel-- 
que tems après , la pefte ravageant la 
Phrygie , l'Oraclç répondit qu^ , pour 
laire cefler la délblation » il falloit enter* 
fer le corps d'Atys , & honorer Gybelle 
toffune une Deeâè : Se là-defRis Mydas^ 
tui fit élever un Temple. 
. Arnobe dit qu^Atys^ étoit un jeune 
garçon qui gardoit les troupeaux ; oc que 
Cyoelle déjà vieille en devint, amou». 
reufe (4) ; Se quoiqu'elle fût Reine ^il ne 

(4) On lui avoir dbnn^ ce /4|e/ , Tavoit nourri, 

nom, parce ^H'on croyoic (bj Centra decus éeuHr ^ 

qu'rnie cuivre , que 1er illuTeffinvniU Oyndimtnê 

Kbrjfgtei» n#mmoicDt .4* iff BmMù unint MmfltM». 



i6o Explication historique 

laiflà pas de la méprilër : Ce qui fait dke 



(I) Ap«i, àTertullien ( i ) : 



Cybtk PaJîortmfufpiratfaJFidiofum. 

Mydas , Roî de Phrjrgîe % voyant lia 
fierté de ce jeune honune> en conçut 
bonne e^érance »& lui deftina & fiUeen 
mariage (4). Mais comme ilr appréhen-. 
doit*la jaloi^e de la Reine amoureufe > 
il prit la précaution de faire fermer les 

Eortes de la ville ^ le jour qu'on célé« 
roit le niariage. Cybelie avertie qu'une 
jeune rivale lui enlevoit fon amant 9.C0U* 
rut comme une furieulè à Peifinunterâ: 
en ayant fait rompre les portes 9 ou ayai^ 
obligé le» Gardes à les lui ouvrir ; c^ 
que la Fable exprime ^ en difaot que 9 
d^un coup de tête 9 elle les avoit renver- 
fées : elle entra dans la viUe avec Ces 
troupes > y fit beaucoup de ravages ; & 
ayant enfin trouvé Atys caché derrière 
un Pin i elle le fit traiter comme Cotlus 
avoit été traité par fon fils {i). Agdiftis» 
c'étoit le nom de la rivale de Cybelie» 

ftagithfà appitUione gtpirt ttlcere , 0tiuhtrttm.jmmm îs- 

L. 4»aav Gentei • felkittr p^atiinm , ^h9' iàm 

(4) C'eft Atnobe qui la- ipfi dt far mis ^ 'vtuU » m 

conte cette Hiftoire. mnltorum Deûrnm m^tgr , 

(it) Minatius Félix fait al- ddfin^tum iUictte non pHf» 

liifion à cçtte Hiftoire , lorf- f «•/ , txpi uU ^tit Ueum pif, 

^u'il die» dans fon Odaviuc, iu tS [a, tut caum hump. 



0BS Pablïs. ï6i 

n^ayant pu furvivre à ia difgrace de fon [p^*^*°jî|*' 

amant, fe tua de défeipoîr. Servîus (i), nit^u 

Tatien (2) , Laâance Sc S. Auguftin , (^> ctmirâ 

lacontent un peu différemment tHiftoire x»»'''» 

de Cybelle & d' Atys : mais il paraît tau- 

iaurs qu'il s'agit des amours d'une vieille 

Reine pour un jeune homme qui la mé* 

priia. Quelques Auteurs prétendent, que 

tout cela n'eft fondé que fur ce que le 

jeune Atys étant Prêtre de Cybelle, 

ne garda pas la chafteté qu'il lui avoit 

VMée, ôc qu'il s'en punit lui-même de 

la manière la plus cruelle. On n'ajouta 

que la Déeflè l'avoit changé en Pin y que 

parce que cet arbre lui étoit confacré. 

Mais il y a plus d'apparence > comme le 

remarque Voflîus (3), qu'il s?agit d'une (j)i«.'«i^ 

véritable hiftoire r Et la différence qui 

k rencontre (ur ce fu jet dans les Auteurs^ 

ne doit point nous âoigner de ce fenti- 

meat , puifqu'il eft prefque impoflible de 

trouver de l'uniformité fur des fujets fi 

anciens. 

Catulle 3, qui a fait unr petit Poème 
des amours de Cybelle & d' Atys , nous 
apprend feulement que ce jeune Prince 
ayant quitté le lieu de fà naiflfanee , fe 
retira dans les bois de Pbrygie j. où s'é- 
tant mutilé , par je ne fçai quel tranfport 
de rage , Cyoelle le prit au nombre dt 



fôl ÊxPLlCATioSr HtSTÔ^fQUtf 

Ses Prêtres. D^autres dîfent qu'étant aî-^ 
mé cle Cybelle,il fe punit aînCpour avoir 
été fenfible aux charmies de là belle San« 
garide. Ou plutôt oit peut- penfer , que* 
Cybelle étant diéia vieille lérfqu'elle de-^ 
vint amoureufe du jeune Atys , lui don-^ 
na quelque* breuvage pour s'en faire ai- 
mer ; & que ce breuvage trop violent fit 
loire à ce pauvre garçon k folie qu'on» 
nousr dk qu'il fit. 

Il y a apparence" que" toutes cesHîC- 
toires ne font fondées que lur la pturalké 
des perfonnes qui ont porté le même nom; 
Je crois que la première Cybelle eft la' 
même queTitée,-femme deCœlus, dont 
fe nom* Veut dire Terr^. La deuxième ell' 
Rhéa 9 foeur Se femmes de Saturne. La- 
ûroifîéme étoît une Princefle de Phry*» 
gie , qur vivoit du tems de Marfyas, dont 
l'Hiftoire a été chargée des avantures* 
des deux autres 5 qui avoiënt demeuré^ 
en Phrygie , où les Princes Titans te- 
(x) Voyttt noient leur Cour(i). C'eftdanscepayS' 

A^^T**!* ^P^ "^ ^"^^^ ^^ notre Deedè fut établi. 
La"ng1le ^dcî Le^ Prêtres, dans la fuite, embrouillé- 
CtUôi. j.gji( fon Hiftbîre ; & lui donnèrent le nom=* 
deCybelle (4), d'unemontagne de Phry- 

' {d) On lui donnoît plu- toient tous tirés des Itcuz 

lieuTs noms 4 comme ceux où elle écoit honotéc, Oft 

de Berecinthf , Peflinunthc, la confondoit fouvent avec 

Pyodimenc y &c. qoi^ Ifis , Pt ofeipiac- >. Ccz^s'i 



DE 5 Fables. rë^ 

pe. D'autres tirent ùe nom tf un mot Hé- 
breu , qui veut dire enfanter âPee douleur ; 
& prétendent que la Tradition d'Eve eff 
cachée fous cette Fable. On y joignit 
des circonftances impénétrables : on dit 
que Nana , en touchant une Grenade ou 
un Amandier <mi s*ctoit formé du fang 
tf Agdiftis , que Bacchus venoit d'immo- 
ler à fii vengeance , avoit conçu. Atys j & 
mille autres^ fottifes , à quoi il ne faut pas 
même penfer (i) , puifqu'ellés ne renfer- (,) on pwi» 
méat que les Myftércs abominables de confuitcrvof- 
fa Théologie des Payens , comme le leur ^"'•^•'•^'^^ 
reproche Arnobe (2> il^fi^l^n^i 

Le culte de Cybelle devînt célèbre , 
fiir tout dans la Fhrygîe. Ses Fêtes y 
étoîent fplemnîfëes avec un grand tu- 
multe. Les Prêtres faifant retentir le 
bruit des tambours , & frappant leurs 
boucliers avec des lances , danfoient 
Se faifoient pluffeurs mouvemens de 
leurs corp*& de leurs têtes j ce qui leur 
fit donner le nom de Corîbantes (a). Ils- 
y mêloient des cris & des hurlemens , 
pour pleurer la mort d'Atys, dont ces. 
malheureux Prêtres fouffroient volon- 

Op8,Vcfta, Rhéa^ qui que ces Fêtes rcfTembloicnr 

ttoient, comme elle.lc fym- aflez à celles de Baal , dont 

boledelaTerrc. . Il cft parle dans l'Bcii^ 

(a) ^afi inter fe dirie. tuic. 
Untci, ©n peut xemaic^ueft 



1^4 Explication HISTORIQUE 

tairement le rupplice. On les nom)hoit 
Gain , & le Grand-Prêtre , Arcbigalluf, 
Gn ne fçait pas trop Forigine de ce 
nom. Ce n'eft pas apparemment , comme 
(i) th€. 4« rapporte faint Jérôme (i)> parce qu'on 
^*'' ne prenoit que des Gaulois pour être 

Prêtres de Cy belle, & qu'on 1-es trai- 
toit ainfi , parce qu'ils avoient fait bruief 
la ville de Romej ni parce que t 0re- 
Siephanu^ffur "lier Prêtre de cette Déefle s'appelloit 
i« «otc?w/i./. Gallus(2) : mais plutôt, comme l'infî- 
Ca) faft.1.4. nuentOvide(3), & Feftus, àcaufe du 
fleuve Gallus , près duquel ces Prêtres 
s'impofoient le fuppKce' dont nous^ par- 
lons,, pour fatifaire à la loi que py belle 
leuj; avoit prefcrite^ L'eau de' ce fleuve 
les faifoit entrer en fureur : ^i ^ibit, inde 
furit , comme dit Ovide. C'efl^ pour la 
même raifon qu'ils honoroient le Pin , 
près duquel Atjr» avoit été mutilé; 
qu'ils cotu-onnoient fes branches , & en 
couvroient le tronc avec de la laine y 

I^arce que la Déefle afvoit aînfi^ couvert 
e corps de /on Amant t efpérant lui 
redonner la vie qu'il venoit de perdre ; 
qu'ils s'abfl^enoient de^ manger du pain , 
parce que Cybelle avoit obfervé un 
long jeûne pouf mieux marquer fon 
<♦> VcTc» afifidioû (4). Ehffii toutes leurs, autres 
Aniob€,L5. cérémonies fembloient n'être qu'un mé-» 



DES Fablbs. l6f 

inorîal de l'Hîftoîre que j*aî racontée. 
Ces prêtres au rçfte étoient les plus mî- 
férablés & les plus Infâmes de tous les 
îiomraes. Ils couroîent le monde pour 
mandîer 9 &portoîeflt de petites jSgures 
de CybeHe , qu*on nommoit des Béty- 
les. Maïs parce que la Fable de Cy- 
"belle , Wftorique dans fon origine, de- 
vint ph3rfique dans 4a fuite , & que cette 
Déefle fut prife pour le fymbole de la 
Terre, S Ce mêja dans fon culte plu- 
sieurs circonftances qui y ont raportj 
ce qu'il eft bon de vous prouver en peu 
de mots. 

Tous les Anciens ont confondu Cy- 
belk avec la Terre, que l'on appelloit 

Îoor c€4a la Mère ou la Grand'mere des 
tieuK , putfque c'eft elle qui donne la 
naîflànce à toutes choies. Le nom de 
Rhéa quelle portoît auffi, vient du ver- 
be pet ir y couler » à caufe des pluyes qui 
communiquent la fécondité a )a terre ; 
ou plutôt du mot f p« , ttrr^^ par une fim- 
ple tranfpofidon de lettres : & ee nom 
tire fon origine de l*Hebrc« ereis , qui 
fîgnifie la nteme chofe. On la aommbit 
auflî Vefta, ^uafi ftoribns veftiebaiur : ou 
, Maia , qui iîgnkîe mère ou nourrice : 
on^pulrnf, conmie qui diroit terre 
mère (i). On la repréfentoit ccmune une 



î-^^ Explication HISTORIQUE 
femme robufte & puiffante , & prête 
d'accoucher, pour marquer la fécoa- 
Jité de la Terre. Tout le refte de fbn 
équipage y faifoit auïïi allulion. Les 
clefs qu'elle tenoit à la main > fîgni- 
fioient que la Terre renferme dans £011 
fein pendant l'hiver les femences de tous 
ies fruits. Sa couronne de chêne y faî« 
Toit reiTouvenir qoe les hommes s'é- 
toient autrefois nourris des fruits de 
cet^rbre. Ses Temples étoient ronds» 
pour marquer la rondeur de laTerfè": 
elle étoit couronnée détours pour faire 
allùfion aux villes. Auprès de fon char 
dtoit des Lions couchés & tranquilles , 
fOMT nous apprendre que les terres \ 
même les plus . incultes , peuvent deve^ 
nir fertiles : cllç étoit aflîfe , fymbole 
de fa ftabîlité (a). Le bruit des. tam- 
bours Se des lances y faifoit alluiîon au 
bruit des inftrumens d'^irain^ dont on 
fe fervoit pour labpurçr la Terre avant 
J*invention du fer. 

. Le culte de la Terre eft très-ancien ; 

Se ce n'eft p^s dans la Phrygie qu^il en 

^aut chercher l'origine. Si nous en 

<f ) De Diâ croyons L^cien ( i ) , il y a beaucoup dç 

SjTid. preuves que la-Déeilè de Syrie eft la 

(«) ToDt cela eft tiré ée Anguftiri , Lty. 7. de la 0* 
Vttreii , & nppDité ^t!$t ce & Dieu ^ clu z^. 



DES Fables; t6j 

«même que Rhéa, puifqu'elie a comme 
>elie des Lions, des Tambours, des 
Prêtres eunuques > & k tête couron- 
'née de tours, Macrobe prétend que la 
Déefle Atergatîs des Syriens ctoit par- 
mx ce peuple, le fymbole de la Terre (a)m 
Voilà donc déjà le culte de la Terre 
4$tabli en Syrie* Mais ce peuple n'en 
jétoit pas le véritable Auteur , puit 
qu'il ravoit puifé des Egyptiens qui 
honoroient la Terre fous le nom d'Ius. 
C'eft ce quenojos apprécient Servius (i), (o r» j» 
Se Ifidore ^rèslui : J/isJingui jEgyptUh •^•"^ 
tum^eftTerra.MdiCTohe & plufîeurs au- 
tres Auteurs dirent la même chofe ; Se 
Hérodote convient quTfîs eft la mcmç 
ue Cerès, Divinité toujours çonftn- 
uë avec la Terre ; & c'eft pour^ela que 
les Egyptiens fe fervoient de Tambours 
& d'autres inftrumens femblables dans 
les Fêtes de leur Cybelle , comme Aur 
foneTadit: 

Jjiacoi agitan$ Mareotica Jiftra iufmism. 

" dp que je dis là-n*eft point oppofé a 
'Ce que j'ai rapporté ailleurs de la même 
jPéeile, puiique les mêmes Dieux é^ 

' (>) >4Bi^i Dtê Adad im- Terrawêijue intelUitntiuS»i 
mtn diderunt; fmhfunfftfit ei tuin, liv* X« c« 1|« 
J^um Adsugatim $ S^Um 



1 



ï58 EXPLI-CATION HISTORIQUE 

toient fouvent le fymbole de plafieurs 
chofes différentes : voilà fans doute l'o- 
rigine du culte de laTerre, qui pafla avec 
les autres cérémonies des Egyptiens ^ 
d'abord dans la Syrie & la Phénycie ; \ 
de-là dans la Phrygîe qui eft une partie 
de l'A fie mineure, de-là dans la Grèce, ^ 
6c enfin en Italie : c'eft le chemin ordi- 
naire des Fables & de l'Idolâtrie. 

Les difFerens noms de cette Déeflè ne 
doivent pas vous furprendre: 

I **• Parce qu'il y a bien de l'apparence 
que lorfque diacun des peuples que je 
viens de nonmier , recevoit le culte 
'de la Terre , il l'appliquoit à quelqu'un 
d^es Dieux. 

2**. Comme cette Déeflè fut. particu- 
lièrement honorée dans la Phrygie , elle 
en tira une partie de fes noms. Dyndi- 
nie, Cybelle^ Ida, font des Montagne* 
de ce -pays : Berecinthe, Peflînunte,Ao- 
dîna en font des Villes; Mygdonie en eft 
une petite contrée : & c'eft ainfî qu'elle 
prit les noms de Cybelle , de Dyndime- 
ne, Berecinthe Mygdonienne, &Cê Ce 
qu'on peut voir plus au long dans Lj\W 
(j)/[^#.4. Gjtdi% ( I ) , â( dans NâtiXù C<k 

Les Komaîns ne fe diftin^uérent pas 
moins par le culte de cette Divinité » que. 

les 



T)ES F ABLiSS. Kîp 

les Phiygîens. Ce Peuple (4) averti par 
quelques vers de la Sybille , envoya une 
<;élébre AmbaiTadè en Phrygie , & fit ap*- 
porter la Statue de cette Déefle, qui 
^toît d'une pierre jioire , qu'il reçut avec 
beaucoup de pompe & de folemnité. De 
graves Auteurs racontent que le vaifleau 
y étant arrêté à Tembouchure du Tibre, 
ians qu'on pût le faire avancer , on fut 
obligé de oonfulter l'Oracle des Sybil- 
ies ; & l'on apprit qu'une Vierge devoît 
Je faire entrer dans le Port. Alors Clau« 
die [ celle des Veftales dont la réputa- 
tion étoit la plus équivoque 3 croyant 
que c'étoit là une belle occafion de 
prouver fa v^rtu , qu'un air trop libre , 
joint au trop grand foin de fe parer, 

(-f ) Les Romains ne man- Dëedê , comme pluneurf 

<luoient pas tous les ans d'aU A uteurs nous Tappx enncM ; 

1er laver dans le Fleuve Al- Lucain dit , liv. j, 
mon le Simulacre de cette 

E$ IcUm purvo nvccdut ^Imwe CyheUm. 
Et Ovide , Pajftoriun liv» 4 > dit : 

Ej? loiut in Tiberim , «ko Inifricns infittii ^ilmm X 
'JUhc purpwei CAnut cum vtfit Sueerdas 
^Imùnis Dcmitéim SacTéUiui iéivit MéfiHim 

Valerius flaccus , li^r. 8 , cejice eShéaée daiu lei tê^ 

de Oaudi?)i dirent la sicme tes de cette D^eflè : Véifim 

chofe ; & AnniTOien Marcel- omnibus ludendi iicen4iéi 

lin dit que cette cérémonie fttmffk , ^r. Cet Auteuf 

fe fàifoit le 6 des Calendes dit qu'on y pertoit tout ci 

d'Avril* qu'on avoit de plue fom* 

H^rodien^dansTHiftoire ptueux tn meubles ft «n 

derBmpereUr Commode, vaiflelle» 

ajoute qu'il tégnoit tue li- . ^ . ^ • ' 

Ttée IL H 



170 11.XPLICATION HISTORIQUE • 

avoit rendu fufpefte, fît fa prière tout 

haut k la Déefle ; Se ayant attaché ùl 

xeinture au Vaifleau , elle le fit avancer 

ifàns réfiftance : ce qui la fit admirer de 

' tout k monde* Je fai , dit Alcidon 9 qu« 

Tertùllien attribue cet événement au 

démon ; & je n'oferois dire que Fhabile 

Veftaie profita du vent gui commença 

alors à (buffler : mais je dirai fans craîn- 

.dre de blefler la vénérable Antiquité t 

• que Claudie étoit ou bien effrontée , ou 

.bien (uperfiitieufe 9 de tenter ainfi la 

,DéefIê. 

Il faut remarquer que romAie on diC- 
tingttoit deux Vefla , dcMit Fune étoit 
regardée comme le fymbole de la Terre» 
& l'autre du Feu , leur culte étoit un 
.peu diflferent; & celui de la dernière 
•onfifloit feulement à garder le Feu qui 
tes Vdialef. lui étoit confàcré. Les Romains avoient 
des Vierges deftinées à cet ufage , qu'on 
appelloijt les Veflales ; on croit que 
Enéè doit être regardé comme Pinftitu- 
teurde cet ordre en Italie, queNuma 
•Poimpîlîus rétablît. On choifîfToit de 
jeunes filles entre l'âge de fix & de- dix 
ans , dont la naîfTance devoit être fans 
. tache ôc le corps fans défaut : on n'en 
çfit d'abord que quatre, on y en ajouta 
deux dans la fuite. Xes dix -premières 



DES Fablïs, * 171 
années étoîent pour le Noviciat ; peo- 
tlant les dix années fuivantes 9 elles fai^ 
foient les fondions de Profeffes j & 
pendant les dix éertkiértSj elles for- 
anoient à leur toiw d'autres Novices : 
après trente ais il leur ëtoit libre de 
ibrtir , & ^ême <Je fe marier j mais pen- 
dant le tems qu'elles ëtoient confacrées 
à la Déeffe , on exigeoit d'elles une 
chafteté fi fcvére , <}ue loriqu'elles pé- 
chôient contr^e leurs voeux, on les en^ 
terroit toutes vives (a). Quand le Fe« 
"fecré v^noit à s'éteindre par leur faute^, 
ie Pontife ks puniflbit févérement , 4c 
on en tiroit toujours de mauvais au- 
gures. On croyoit même , outre les ca- 
lamités publiques dont on étoit ane- 
nacé, que la Déefle voulait marquer 
par-là le crime de quelque Veftak 5 & 
celle qui jétok foupçoonée fe trouvoît 
obligée de -s'en purger. On ajoute qu*?!- 
milie jetta pôut cela fon voile au mi- 
lieu 4e la cendre facrée , & que le Feu 
fe raUu3itô.< On le laifloit* éteindre ièuk<> 
ment ati dernier jour de l'an ; & on le 
ralluBioit le p^reniier jour de Mars , qui 
•^toitie i^remier de 1 arniée. Vous de- 

{d) L*Ç|ïipcreuï Com- n^lie, qu'pii accufoit tfa- 

Q^oâe,.poiif rCRdiefon.<«- voir ^te* fuborncc pat un 

. giàe .jrçfoip«)an4abIe , fit ChçvUici Komain nommé 

' cntenctlamalheuxeiirecot- Celei» 

Hij 



^j2 Explication HisTORiQui? 

vez ajouter, dit Alcidon, que l'opi* 
jîîon coçimune étoit que Ton coaferi» 
ïvok dans le Temple des V.eftales , our 
Ire le Feu (jsicrpy pluiSeurç autres chofes 
.^u'Eaéç avok apportées de Phrygîe ; 
c'étoit fa^is doute le véritable Pallar 
vdium, avec ks DieuxP.énates^ & quel- 
ques autires Images 4^$ Dieux Samor- 
traces que Dardanus avoît apportés en 
•Phrygîe , & que Je rçligieux ^née avoit 
4ipporté« en Italie. Ce fut pour coa- 
/erver ces précieux 4ép0t5 qu'on regai?» 
doit comme néceflaires à h con&rva- 
txon dç k Ville , que C^cilius Metelliis 
ie jetta au milieu des fiâmes , lorfque k 
Jfeu brûioit le Ten^le des Veftales , & 
jque fe^ timides Prétrefles s'enfuyoient ; 
vce qui liu mjérita une Statue dan« 1^ 
iCapitolej avec une belle Infcription. 
:N'x>ubKons pas, reprit TAbbé^ de dirie 
-Xiue c'étoit X^uma q^i avoît fait bâtir 
ice Temple ; Romulus n'ayant jamais 
, ^fé , quelque dévotion qu'ij eut à la 
. I)éefl€L, en faire élever un ^ de peur de 
fenouveller 1^ orimp 4e fa mère 9 4c 
' /d*autorifer par fon exemple le dérégle- 
. nient de? aj^tres Veftali^s : 5*étant coiv- 
tenté [ comme nous l'apprend De- 
( X ) L^ 2. nis d'Halicamaflè ( 2 ) ] de faire ële- 
AauRoin. y^^ ^ l*^Qnneur de Ve% dp pj2ttts$ 



DES Fables. 175 

'Ghàpelles dans chaque Tribu; 

Ileft confiant que le culte de la Déefle 
Veita Se du Feu , avoit été apporté dé 
Phrygie en Italie , paf Enée & les au-i 
très Troyens qui y abordèrent (4) : 
mais les Phrygiens eux-rnâmes Pavoient 
reçu des autres pieuple^ d'Orient. Le» 
Chaldéens avoient une grande vénéra^ 
tion pour le Feu^qu'ib regardoient com-^ 
me une Divinité : il y avoit dans la 
Province de BabyloÉe , une Ville con** 
ikcrée à cet uiàge , f ue Fon nommoit 
la Ville de Ut ou du Feu. Les Perfes 
étoient encore plus fuperflitieux fiir ce 
iujet que les Chaldéens : ils avoient des 
Temples qu'ils nammoientP3rrées,defti'* 
liés uniquement à coùferver fe Feu isN 
cré , fuivant les loix de Zoroaftre. Ils 
avoient même tant de vénération pout 
le Fett>qu'ils nf^y jettôîent jamais aucune 
ordure i & qu'ils n'ofoient pas même 
réteindre a:vec de l'eau ; m àuroient 
plutôt laiile brûler leurs maifons : 8c 
fi la terre qu'ils jettoient deffus ne Pé* ^ 
teignoit pas , ils fe retiroient fans ofer Th.' HyJe? 
«'oppofer à (ts ravages (i). Le cuite du R«i>g»on «ici 
Peu n'étoit pas renfermé chez ces deux t^^ "* 

^) . • • . • Weflémjiie eruent/im ^ 

9/£i€fnmmiHe Mdytù ejftft ftuetralibHf fgntm^ « 



174 ExpLicATTOw HirronKXtrfi 

anciens peuples : il étoit répandu juC* 
^p^ux extrémités de T Afriqtie , comme 
Virgile nous l^apprend en partant d'Iar- 
bas Roi de Mauritanie (4). Plutarque 
aflïire que cette coutume de conferver 
le Feu fecré étoit relîgieuiîement obfer** 
(t> In jiitméy vée àAthenes. & à Delphe» (1) ; & Pau- 
iknias joint à ces deux Vilks plufîeur» 
autres lieux de la Grèce», où il j avoit 
des Templey confàcrés à cet élément > 
qa^on nonimoit Prytanées* Mais ce 
qui» vous étonnera peut-être y eft que 
non- feulement le Feu étoit une chofè ut- 
crée dans pluiîeurs lieux de F Amérique j 
mais qtie les Péruviens avoient , pour 
le conferver > des Vierges {embkbles à 
celles de Rome, & dont les déréglemens^ 
étbient punis du m âme! genre de fuppUce 
ifue- celui des Veftàles » ainfi que nous 
Rapprenons des Relations dé ceux qui 
firent la conquête du Pérou. Les Gauree 
DU Guébres , qui habitent aux extrémi- 
tés de la Perfe, ont encore po\Ér le Feu 
le même re4>eâ que tou^ ceux éotA nouisr 

. : yenoas de parla*. 

Il y a bieit de Papparence que cette 

, coutume étoh venue des Juifs 9 qui con»» 

iêrvoient avec tant de loin le Feu fàcré 

m. - 

(a). • - - rigilemifme ftcrépvttéi ignem , 



1 

»Es Fables. Vff 

(^ï leur ëtoit tombé du CieK Les Ro» 
mains fembloient même y faire allufîon » 
|)uifque , quand le Feu étoit éteint par la 
négligence des Veâales y ils le rallu-» 
jhoient avec un miroir ardent j comme 
j)our apprendre qu'il falloit faire venir 
du Ciel même le Feu 9 dont il. étoit au* 
trefois defcendu. Mais avant que définir 
cette matière 5 il faut remarquer deux 
chofes : 

La première , que ce û^étoit pas feuler 
ftient dans le Temple de k Déeffe'Vefe 
que l'on confervoit le Feu (àcré. Chaque 
particulier avoit foin de Pentrcrtenîr à. la 
()orte de fa maifon : & c'eft dè*là 5 fi nous 
en croyons Ovide (i), qu'eft venu Ife (i)F-»jf#r,/t€f 
nom de VejUbule. Les Romains avoient 
auffi reçu cette coutuare ào Phrygien 
Virgile dit qu'Enée , en partant , retira 
le Feu des Foyers facrés qui étoîent dans 
fa maîfbn (à) : car chaque maifon avoit 
fon Foyer facré. 

La féconde, que le nom deVeftaeff 
fynonime avec celui dé Feu ^ appelle par 
les Grecs Eç-m (A) , & par les (Jhaldéens 
JEfta. Et c*eft làns doute, fi nous en 
croyons Monfieur Hyde, ce qui donna 

(a) t^tetiium^ûê' âdj^tis tffeti ptnetréîtihus ifntmm 

H iiij 



tj(S Explication historiqitê 

occasion au fameux Zoroaftre de don- 
ner Ion Livre , dont le but étoit de preP 
ft ^f^^^^f ' crîre aux Perfes le culte du Feu , fous le 
anciens Pcx. Qom d jîvefia , comme qm oiroit la GoT'* 
^''* de du Feu (i). 

Marsyas. On a mêlé , continua TAbbé , les 
avantures de Marfyas avec celles de Gy-r 
belle j ainfi il eft à propos d'en expliquer 
la Fable en peu de mots. Vous fçavez 
qu'on dit qu'Apollon l'écorcha , parce 
(2) Ovii qu'il avoit ofé lui faire un défi (2). On 
croit qu'il eut quelque diflferend ave© 
un Prêtre d'Apollon , & qu'il fut puni 
de ÙL témérité ; peut-être même qu'il 
fut écorché de la manière que le raconte 
Ovide : du moins Hérodote dit qu'on 
voyoit fa peau pendue au milieu de U 
place de Célene , ville de Phrygie , où 
il étoit né. Strabon , Faufanias ,* Aulu- 
Gelle & Diodore croyent que cette 
avanture eft véritable. Suidas ajoute i 

Sue Marfyas fe voyant vaincu , Ce jetta 
e défefpoir dans le fleuve qui a depuis 
porté fon nom. Cependant 5 fi nousea 
croyons Tite Live, & après lui Quinte*» 
Curce , cette Fable n^efi qu'une allégo- 
rie j Se c'eft le fleuve Marfias qui y « 
donné lieu. Comme il tombe d'un Ueu 
fort élevé , il fait aux environs de Cé- 
line uu bruit dèiàgréable^ & Jon cours 



DES Fables. 177 

venant dans la fuite à être û um> qu^on 
ne Fentend prefque pas , il paroît mar- 
quer par Ton iîlence fa punition. Mais 
cette explication tombe d'elle - même ; 
car il eff vrai que Marfyas fut un célè- 
bre Mufîcien ; lequel > fuivant Strabon 
(i ) , inventa une efpéce de flutte y qu'on (i)I4t. z*« 
dit qu'il avoit volée à Minerve , parce 
que cette Déeflè s'en étoit fèrvie avanr 
lui ; & qu'il avoit encouru par-là (on in- 
dignation. Auili Paufanias fait mention 
d'une Statue de Minerve , tenant un 
fouet à la main pour punir Marfyas» 
L'antiquité, nous a conîervé un beau 
grouppe , qui repréfente ce malheu- 
reux Muficien , dans le tems qu'Apol- 
lon l'écorche. 

Outre Démogorgon & Cybelle, on 
reconnoiffoit encore plufieurs autres Di- 
vinités de la Terre , comme Paies , Flp^ 
re , Pomone , Vertumne , Priape , Cérès 
Se Proferpine. 

Paies étoit la Divinité des Berger». 
La Fête qu'on célébroît eh fon honneur 
au commencement du mois d'Avril » 
s'appelloit Pdttlia. Toutç la cérémonie 
confiftoit à faire brûler de grands amas 
de. paille 9 fur lefquels on &utoit (4)* 

(t) JdtJdfue per ardentes fiîpu^ée effpiuntis scervot 9 
TféjiiMs liltùfirenuA mew^brd ptàe^ Ovul. Faft./K 

H V 



178 Explication historique 

Cette Fête 9 ati refle , avoit été m* 

ôhuée pour célébrer le jour de la fon-* 

dation de Rome ; & e étok Roinuiu» 

lui-iriême qui l'étabKt,! après^ en avoic 

jette les foUdemens. . Il c& bon de re-* 

marquer qu'on n'y tuoit poiat d'ani-* 

maux ;. & que les purifications fe fai-» 

jEbient avec ae la fumée de fang de che*» 

■val > & avec les cendres d'un veau qui 

avôit été tiré d'une vache immolée ; ou 

avec des cendres de fèves. On purifioitr 

tuilt les troupeaux avec de la fumée det 

XouHrej d'olivier ^ de pin^ de laurier & 

de romarin : Se après que les bergers 

^voient faute autour du feu dont nous 

»vons parlé 9 ils oi&oîent en facrMce 

du lait > du fromage y du vin cuit y Se 

des gâteaux de millet : Fête véiitaUe- 

ment paflorale 9 Se propre à faire reiToo* 

venir qœ le Fondateur de Rome avoit 

été nôursî par un berger «. de avoit kdU 

même gardé les troupeaiuB dans Sai jetk» 

fieâe;: 

no RI. ' L^or%me de la Divinité de Flore cif 

£iigulîére. Voici comment Pbitarque kl 

f aicbnte r Un Prêtée d'Hercule s^avifa 

un jpuff déjouer avec leHéros^ àcon^ 

dîtiôn que celui qtû gagn^oît régale^ 

yeit ilmtEe. Après cette coQ.yentioa.>ii! 



DES Fables. 175^ 

jetta les dés pour lui ; & enfukc pour 
Hercule , qui gagna. Pour Éitisfaire à ia 
promefle , il fit préparer un fuperbe fe- 
flin : & T Tuivant la détefïable coutume 
de ce tem9-là > il fit conduire dans U 
Temple tme des plus belles femmes de 
la vÛle , nommée Laurentia , pour y 
paflèr la nuit. Cet Auteur ajoute, qu'elfe 
plut au Dieu qui lui apparut', de qui lui 
dit, que la première perfonne qu'elle 
trouveroit le lendemain au fortir du 
Temple la rendroit heureufe , Se la 
combleroit de biens. Tarrutius , homme 
riche ôc puifiant , fut celui qu^eBe len- 
contra le premier , de qui en devint fl 
amoureux , qu^étant mort quelque temd 
après , il lui laiflk d'immenfes richefles- > 
qu^elle augmeiïta encore par Knfâm^ 
métier qû^elle exerça pendant plufîeur» 
années: &lorfqu*clte4 vit fur le point 
de mourir , elle nomma héritier le Sénat 
Romain , qui en témoigna beaucoup de 
reconnoifÊmce. Son nom fut écrit dani 
les Faftes j ât on inflitua des Fête» en 
fon hornietrr. Comme fo» nom rappel* 
loi* toujours fes infamies , on le chann 
gea en celui de Flore j & on lui èdnr 
lia Zéphire powr époux. Mai« ce chan- 
gement rfabolit point te fouvenir de^ 
déi^attehct de Lêurentia» qu^Qf» avok 

H V) 



i8o Explication HISTORIQUE 

foin même de renouveller dans les 
Jeux Floraux, où Pon commettok une 
infinité d'infamies , dignes de la Déeile 
en Phonneur de qui ils avoient été in- 
iiitués* N'oublions pas de dire, que qvteU 
^ues Auteurs, confondent cette Laureiv- 
tia avec celle qui nourrit Remus & Ro- 
mulus , femme d'un caraâére égal à cel- 
Je dont nous venons de parler. D'autre» 
enfin penfent qu'elle efl: la mênïe que la 
bonne Déeflè, dont les myftéres > fur lef» 
^ quels les Anciens gardent un profond fi- 
lence, étoient célébrés par les femmes 
les plus confîdérables de Rome. Perfoa- 
ne n'ignore Tavanture de Clodius , qui 
^'étant déguiie r fe mêla avec les au-? 
très femmes qui en faifoient la cérémo* 
nie dans la maifon de Célàr. 
fouo^n* ' Pomone étoit regardée par les Ro- 
mains comme la DéefTe des Jardins. Je 
ne crois pas qu'on fçache rien d'hiftori- 
que fur (on fu)et : on peut feulement 



conjeâurer 
nom s'étoit 



que quelque femme de ce 
autrerois attachée dans l'I*- 



talie à cultiver les jardins. On lui don^ 
jOe Vertumne pour époux , ainfî appelle 
peut-être parce que , coname le dit Ovif 
(i)llét,li4« de ( i), li prit plufieur& figures pc^r 
trion^her de rimenfibilité de Pomone» 
Il l'emaya ii fort ^ dit ce Poète > lorrq,u€;^ 



©ES Fa BLE S^. iSt 

fous la figure d*une vieille , il lui ra-' 
conta de quelle manière les DieuK 
avoient puni ceux qui avoient réfiftéau3& 
charmes de la tendrefTe, qu'il la rendit 
enfin fenfîbk : ce qui pourroit bien ren-» 
fermer la tradition de quelque Amant 
habile & éloquent , dont l'mtrigue efl 
décrite fous le fymbole de (ks métamor-* 
phofes. Mais je crois que PomonerVer- 
tumne & Paies , ne font que des Divinv 
tés de l'invention des Poètes j & que, par 
y ertumne & Tes métamorpkofes , ils ont 
voulu nous parler de l'année <Sc de Tes 
quatre iàifons. AufS Ovide dit-il, que 
ce Dieu k changea en laboureur Se e» 
moiffonneur , & enfin en vieille ,. pour 
marquer le printems , l'été ôc Vhx^ 
ver. 

On ne doit paspenfor la même chofe 
d'une autre Divinité adorée ea Italie ;; 
c'était jinna Perenna , que quelques-^ 
uns croyent fauffement être cette Anne 
ibeur de Didon , fi célèbre dans Virgile- 
C^étoitune bonne femme qui demeurpit 
parmi quelques bergers fur le mont 
Aventin*, & quf , dans la retraite que fit 
le Peuple Romain fur cette montagne , 
lui fournit des vîvre^ dans le befoin 
extrême oili il fo trouvoit. En recon- 
notiikace die ce fervice ^ on écrivis 



t^2 Explication HTSTo*i(iufi 

fou nom (a) dans les Faftes. On établît? 
©ne Fête à fon honneur, que l'on celé* 
Ifroit tous» le» ans^ au mois de Mars ; Sc 
pendant laquelk ^ comme nous l'apprend 
Macrobe, on lui offroh des (àcrifîces> 
tant en public qu'en particulier. Ainfî 
vous voyez que fi les Romains divini-»- 
foient le vice, commie dans l'exemple de 
Flore , ils honoroiem auilî quelquefois 
b vertu. 
DetSaryxes, Les Satyre» étoiewt regardes parmî 
aet Faunes , jgj Payei]» comme autant de Dieux , oif 

des Sylenes; t a i % • t%« vi v • • 

de Pan , de plutot Qc dem^Dicux , qu ils s^imagi-' 

^yivanm, *c. j^ient habiter dans le» Forêts oa dan$f 

les Montagnes ;, & qti'its répréfentoient 

comme de petits homme» fort velus > 

avec des cornes (ur la tête , des pieds dé 

chèvre , & une queue derrière le dosi 

On les nommoit indifféremment ou 

#îJ/?&^î' Pans, ou EgypanS', ou Satyres, on 

Tius, furiafi- Sylencs j avcc cette différence que lear 

giK™ dc^^r/- Sylenes étoient des Satyres avancés es 

gik» âge , fi nous ett croyona Faoi&mas (r)^ 

fif) Ovide enpttle ainfi dtn^fesPaftci ; 
^féi U^ui ^ fi 40 i ptsfitifumHymphd Kumiiir 

Cependaof il y a plus tm «voit donn^ ». ft que f«it 

#^pparence qine le nom «de nom fut éternifé par uxm 

9»eHH4i lut fut donne' parce Fête dt dei- facfifieer. Ms* 

ffe le Peuple Ce fouytnc ciobe le dît danafttSanilr 

iaiÔottit dafbeouM tt^^eBc iwki^ ' 



DES Fables. i8j 

Le Poëte Nonnus (i) dit que les Se- (o dîoh^ 
tyres naquirent de Mercure & de la ^^* »♦• 
Wimphe Yphtimé. Mennon , dans Pho^ 
tius , prétend qu'ils tiroîent leur cH-igine 
de Bacchus & de k Nayade Nlcée fille 
de Sangar^ qu'il avoit cnjrvrée en chan*- 
géant en vin l'eau: d'une fontaine oin 
elle buvoit ordinairement. Mais ce ne 
font là que des^ origines fabuleuTes. 
. Quelques Auteurs ont cru que les Sa-^ 
tyres étaient véritablement hommes j 
Se faint Jérôme a été de ce fenttmeAt. 
Albert le Grand a penfé la même chofe j: 
Se Pic de la Mirant qui Ta fûivi i dii^ 
tînguc deux cfpcces d'hommes^ Saty* 
tes, &n on Satyres. Mais il efi pluS' 
Ti;aiiôml)iable que l'introduâion des Sa*^ 
tyres dans le moaûe poétique, ef! ve*- 
mre : x^ ds l'apparition de quelques 
Bémonsp pendant les fiécks dttregn^ 
étt Prince des ténèbres, qu'oane peut 
mettre en doute; a®, de ce qu'on* a yii 
^elqueCois* dan» ks^boîs^de gros Sîn-* 
ges reflemblam aâez à des hoimnes^ ve-» 
Jbis^ou peutt-être des Sâti/vages qu^o» 
prit pour des Sat3rrea C^eiile ièfttimenl 
4e PHne qui prend (4) comme nous s- le^ 
Sétytes poof une di^ce de Sit^;!«^: H 



184 EXPLICATIOK HlSTORlQUIfir 

cet Auteur aflùrë qwe dans une môn^ 
tagne des Indes il fe trouve des Saty- 
res à quatre pieds^ ayant aStz la reffemf 
Mancedes honimes. Ces fortes^de SW 
gQS ont (buveftt épouvanté lesr Ber-' 
gères. Se pouffuivi queiqtiefois les Ber- 
gers ; & c*eff ce qui a peut-être donné 
lieu à tant de Fables touchant leur com-« 
plexion amoureufe : fur tout fi vous y 
ajoutez y àk Alcidon , que quelques 
ibergers cou^verts- de peafux de chèvre/ 
ou des Prêtres de Baicchu^j ont fouvent 
contrefait les Satyres, pour féduire 
d^innocentes Bergères. Dès là , reprit 
F Abbé 5 l'opinion fe répandit que les 
bois étoient rcrafpfis de ces^ IHvinités 
ittalfai(àmes^; Usr Bergères tremblèrent 
pour leur honneur , Se les Bergers pour 
leurs troupeaux. C'eff ce qui fît qu'on 
chercha à les appaifer par de$ &crifi- 
ces , Se par les om-andes des premiers 
fruits, ou des prémices- des^ troupeaux^ 
On compoÊi quelques Ganti^pies , que 
les Pafteurs chantoient dans les forêts , 
ôc où Ton: tâchoit en les invoquant de 
ië les rendre favorables. Les Poètes 
ayant trouvé la matière belle, inventè- 
rent mille contes fur ce fujet. Les Pein- 
tres donnèrent auilî quelque cours; à 
leurs Fables > en peignant Fan Se les 



DÉS Fables. iSf 

Satyres comme des hommes. Telle a 
été fans doute Porigine de cesDivinitéy 
champêtres ; tel a été le motif de leur 
culte & des fàcrifîces qu'on leur offroit. 
Je (eroîs afTez de votre avis, dit Al-' 
cidon : mais tant de grands hommes ont 
cru le contraire , & ont humanifé le» 
Faunes & les Satyres. Ah , mon Dieu ! 
interrompit Eliante , êtes vous efclave 
des préjugés ? Penfez-vous que la plu- 
part des Auteurs examinent les ma- 
tières fur lefquelles ils travaillent ? 
Croyez-moi;ilsne font que fé copier 
les uns les autres : & dès qu'un grand 
homme, un Grand Albert, par exemple^ 
a avancé une opinion , ils ne manquent 
pas de fbumettre leur raîfbri fous le 
joug de £bn autorité. D'ailleurs on aime 
mieux ne fe point fetiguer par des re- 
cherches ennuyeufes^ que d'éviter l'er-^ 
reur par un plus grand foin. Vous rai- 
fonnez-lâ bien à votre aife» Madame ^ 
dit Alcidon. Mais que direz-vous , s'il 
vous plaît, à faint Jérôme (i^ , lorfiju'il ii) Vie fLê 
rapporte que faint Antoine allant vifî- p;^* j/ j^^ 
ter {aint Paul Hermite 9 rencontra d'à-: mc^ 
bord un Hyppocentaure , & enfuite un 
Satyre, tel que les Poètes & les Peintres* 
les répréfèntent ; & que l'ayant inter-* 
^Qgé j il lui répondit qu'il étoit une de 



*8j5 EjnPLicATioïSr HtstôRf que 

ces créatures mortelles qui habitent le* 
déferts, & que Taveuglé Paganifine ap^ 
pelloit Fauûes où Satyres ? il lai pré-*» 
fènta même àa fruit; je crois que c'é-^ 
toit des dattes. Je dis, répliqua Elian-f 
te , que c'etoit quelque démoiî, qui 
apparut au bon' faim: ; auiîî étoit-il ac-» 
coutume à en voir fouvent fous diffot 
rentes figures (a). Quoiqu'il en foit ^ 
ajouta-t'elle en riant, pour les ^ttesy 
je vous afïure que je les hd aurois laif* 
fées ; Ah ! que je ne prerïdroîs rien' dtf 
diabk ! Vous avez raifon^ Madame , dit^ 
FAbbé , apïès avoir applaudi à fa ré-^ 
ponfe; il faut redouter même jufqu'au^ 
prcfens de nos ennemis (b). Vous pou-^ 
vez ajouter encore , continua-t*il , que 
le Cardinal Baronius dit que ce prétend 
du Satyre n'étoît, npn plus que les au-» 
très , qu^im Singe à quî Dieu permit de 
parler, comme autrefois à l'Ancfle de 
Balaam» Fort bieur reprit Alcidon: 
Mais que répondrez^-vous à ce que rap* 
fiyUAf^c, porte Paufanias (i) d^un certain Euphe^ 
mus , qui ayant été jette par k tempête 
avec fon vaifleau fur les côtes d*une 

(4) M MaiuSjdans fon Hi» avons trop de refpcâ ]>out 
lloire des Anin^aux , tiaite S* Jefôme pour penCei ainii^ 
•ela de Fable* Mais noua 

(V) • -' - TimtêDdKdos^vfldoudferentei. 
* - Vif gjk. Etui.»» 



ÎËe icferte, vit venir à lui des efpéceS' 
d^ommes fauvagesi tout velus, avec 
âes queues âerriere le dos , preique 
«l(& . langues qiie . celles des chevaux ,► 
ma voulurent faifir leurs femmes avec 
tant de fureur y qu'ils eurent bien de 
la peine à les arracher ; cd qui fît appel- 
le! ce pays Tifle des Satyres ? Ptolo- 
mée (i) dit que fur la mer de l'Inde tO Ge©£«, 
«u-delà du Gange, il y a trois ifles ^* 
habitées par des Satyres : & Pompa- 
nîuis Mêla, ajoute (2) qu'il y a au-delà (i^Geofi^ 
de la Mauritanie y, dans TOcéan Atlanti- ^' 7» 
que , des ifles , où il. ne paroit perfonne 
pendant le jour r mais que la nuit oh y 
voit de grands feux , & on y entend un 
ferait cornus de flûtes Se de tambours ; & 
que l'on croif communément que ces- 
îfles font habitées par dés Satyres Pom-^ 
podbs au refte n*a fait que -copier la 
relation du fenieux Annon chef des Car* 
thaginoîs , qui avoit été dans ces ifles* 
Et Plutarque (3),car je veux vous acca^ (,) ueSyXÂ^ 
bler d'autorités , rapporte que. du tems 
de Sylla on trouva en Epire un Satyre i 
tel que les Poètes les décrivent, qui for* 
moit quelques voix feriiblables aux cris 
des chèvres , & queperfonne.ne put ex-* 
plîquer. L'Archiduc Philippe , félon (4) (4) Tiaîi^ 
Albert le (irand , eamcna deux à Geaes ^^•^««* 



ï?8^ ExPLKÎATÏÔÏÏ HlSTcJUtQU* 

Pan 1 5*48 , lorfqu'il y fit fon entrée : céi 
Auteur ajouté qu'ort dn prit deux dan* 
les forêts de Saite, 1*uh lûàle de l'autre 
femelle ; que la feinelfe étaifit morte » oa 
àpprivoifa I0 nfâle f & qu'on lui apprin 
âiême à articuler qudiques paroles* 
Tout cek n'eft pââf un' article defoi , je 
tous Tavouê ; mais il me femble qu'oi< 
pourroit y faire qtielque' attention; Je 
téponds, dit P Abbé^qu'on peut fort bien 
expliquer tout cela de ces elpéces do 
Situes dont nous àvoifô parlé api-ès Pli* 
(^z#f* wv; D^ (!)• Ge que dit f ompohius Mêla é 
A'eft pas difficile à expliquer : Lor& 
qu'Annon alla daftî? ces ifles qxifbn croit 
être vers Piflc de feint-Thomas fur le* 
côtes de Guinée ; au plutôt près^ de cet 
les du Cap-verd , les habitans ef&ayés 
fe cachèrent pendant le four dans des 
cavernes', atlaiméretit du feu pendant la 
nuit, & firent un grand chariyari, poui 
épouvamer ces étrangers', & lès obli-» 
g'er à fortir de leur iflè; ce qui leur 
réuflît. Je veux croire cela, dit Alci- 
don. Mais que direz-vous enfin du Sa-* 
tyre qui paffa le Rubicon eff préfence 
oe Céfar & de toute fon armée ? Voilà 
ailèz de témoins, DieU^merci , pour 
fendre la chofe croyable. G'eft à moi ^ 
f^il vous plaît à répondre , reprit £liaa«r 



•DES Tables. t8f 
Ic^: Je dis que Jules Céfar voyant la 
peine que fes foldats avoîeat à paflèr ce 
fleuve, en fit habiller un en Satyre f 
pour çerfuader aux autres que puiC- 
qu'une Divinité leur avoit montré le 
chemin, ils pouvoient & dévoient y 
çafler. Mais Diodore (i), reprit Alci- lOJJr.n 
wn , dit que Bacchus , ceft-à-dire , Ofî- 
jis ( car c^eft de iui qu^il parle en cet 
endroit ) , fut accompagné dans fa Con- 
•cjuête des Indes par ^quantité de Saty- 
res. A cela Je réponds, dit F Abbé, que 
quelques foldats de ce Conquérant 
45'habillerent peut-être en Satyres pouf 
<épouventer les peuples qu'on alloit fub^- 
juguer ; ou bien qu'il mena avec lui de 
ces fortes dcgrosSing^s qu'on trouve en 
Afrique , pour le divertir , ou faire deç 
gambades avec fes foldats habiilé^ corn- 
me eux; ou ,^omme l'ont voulu quelr 
«eues Auteurs, on lui amena quelques 
Éthyopîens groflîers & tout velus , 

Îour le divertir & l'açiufer ; car ce bon 
rince aimoît fort à fke , iî nous en 
-croyons l'Auteur que vous venez de 
'citer {4), & n'aimoit nullement à Ce bat- 
Jtre, n'ayant entrepris ce long voyage 
que pour apprendre l'agriculture aux 

> (a) Dkm in y£thhpiâ sddueitur * quor pil^t $% 



Î90 Explication HisxoRKiiTfi 
peuples étf angersA mériterp^r-là d'êtrfl 
mis après ùl mort au rang .de6 Dieiix« 
Jl ajoute qu'il aimblt fort hsL danfe & la 
jnuuque 9 ayant av^c lui plufieurs chai:^ 
teurs & baladins. Voius^pOuvez ajouter 
À tout cela . qu'on n'a jasDatô fait tant 4c 
' Jécouvert^ que d^uis deux iîécles^ 
£c qu'qn ne voit pas qu^on ait rien ti;our 
vé de femblaWe aux Satyres. Aprèf 
(i).chan. tout, fi nous en oroyons Bôchart (i)^ 
ti.x.i2. l'origine des Satyres vient du^mot Hà- 
breu S^r , qui veiit «dire «un démon fow 
ia figure d'un bouc: & c^eft pou«r.cela# 
feloncet Auteur, qu'on les répréfente 
comme des e^ces âe boucs danfàns •& 
fautans d'une manîece fortiubrique f^}» 
JNous pouvons confirmer jjiotFC fentir 
;in)ent fur la itature deslSatjrres , par ce 

Îui eft rapporté dans une tdlation des 
odes Orientales (2) , ou l'on dit . qu'o» 
tenv aux inf trouve danfiTifle de Céil^n des Satyres 
dcf , t. 2. ^^ Bj^iaifis , que les Indiens nomment 
iOfitngs , c'^ft-à^itre h9wmâs f4M94ge$. Ils 
fontprefque4é la.fnême:figQre que les 
\^utr«s hommes, ont ie à&sitQvit cour< 
vert de poil 4 le nez plat.iâc le Vtiàge 

(4)LesAalMns^aduirciit le Démon tki MMy ; èc 

le mot. J&ircw/ par celui de par les Vêint , donrpaile 

Satyre , 6c le mot .)4fr|at Ifséie , m entendent les S*« 

tcelui de Bovc ,on de .Di> «Éyiet , babkaRS du àÉfeu^ 



©ES Fabi-es. ipi 

^ivuic % ils font robuftes , agiles & har- 
^dis. Oà en prend avec des lacets; & on 
ies apprivoife fi bien, qu'on leur mo&- 
tre à marcher for les pieds , ou plutôt 
fur les jambes de derrière. Ces Satyres » 
ajoute l* Aiiteur,rendent de bons lêrvices 
à leurs maîtres ; ils lavent les verres , 
verfent à boire , tournent la broche , Sc 
"balayent la maifon. Un autre Voya- 
geur (i^ dit .que du tems qu'il étoit à ^Ci)Vândrti 
Angola on tua a AJanicongo yn de ces 
Jiommes fauvages , qui avoit le corps 
jiériflfé de poil , le nez plat , les narines 
Jarges , & une queue fur le dos. On le 
prit dans un arbre oit il étoit avec fa fe- 
melle & fon petit, qui fe fàuverent. Da- 
-per dans faKelation de l'Afrique parle 
ti'une autre efpece de Satyres , qui font 
- encore plus relïêmblans à l'homme» C'eft 
£ins doute de ien^blables animaux ré- 
pandus autrefois dans les bois dont la 
terre étoit toute couverte , qui ont doiv* 
né lieu de les prendre pour des efpéces 
• d'hommes : ^Sc je n'en fiiis nulknaem Çvlu 
♦pris, puifqtj'i^s reflèmblent beaucoup 
plus aux Cafïres & aux Hottefttots qui 
habitent dans ks extrémités de l'Afri- 
que , que ceux-ci ne reflèinbléAt aux au- 
-tres hommes: & on auroit moins de 
fujet dé s'étônner^fî'on aveit regardé <cé$ 



î^^ ExPLiCATiaN HISTORIQUE 

•derniers comme de véritables Satyr^^ j 
^ue de ce qu'on a pris les Singes dont 
nous venons de parler^ pour de véri- 
tables hommes. Mais en voilà aflez fiir 
jcc fujet. Difons maintenant un mot de 
Faunus, de Silvain & de Pan, que Ton a 
toujours regardés comme des Divinités 
£hampêtres , Se les pères des Faunes 3c 
4es Satyres. 
Favnus. Faunus , fi nous en croyons Virgile 
<i) Enèd. 7. (i) 9 étoit fils de Picus , dont nous par- 
lerons dans la fuite , & quatrième Roi 
d'Italie. Il vivoit du tems que Pandion 
f égnoit à Athènes » vers l'an 1 3 lo avant 
Jefus- Chrift , cent vingt ans avant la 
Guerre deTroye 5 ou un peu plus tard, 
û nous en croyons Denis aHalicar- 
fiafle, c'eft-à-dire du tems d'Evandre Se 
d'Hercule. Ce même Auteur ajoute , 
qnç c'étok un Prince rempli de bravou- 
re & de fageflè ; ce qui « apparemment , 
W 0?Me,. £t publier qu'il étoit fils de Mars (2). 
* Xaftanee nous apprend qu'il étoit tort 
^religieux- Eufebe .^ft de l'avis de ces 
deux Auteurs , lorfqu'il place Faunus 
dans le Catalogue des Rois Latins. 
. Comjiie il s'appliqua pendant fon régne 
. à cultiver la terre , on le mit 9 siprès ûl 
tnort j au rang des Divinités champê- 
tres 1 <Sc OA le repréfenta avec tout Vi^ 

quipage 



DE^ 'Fables ijj 

^tapage des Satyres (i). On ailuroit (x)Uf*u 
même > qu'il rendoit des Oracles; mais 
cette Fabk rfcft fondée que fur Féty- 
molagie de fon nom ; car Pim en 
Grec^ dcfarirtn Latin, dont il eft corn- 
pofé,, ûgrti&c parler r. & c'eft -peut -.être 

Îar la nniême raîfon » «qu'on a nommé 
'auna & &mme , Fatua , comme qui di- 
roit Fâtidka, Devinereflè. C'étoit une 
perfonne très-chafte^ û oous enxroyons 
yarroft (:2)^ & Lâûance , qui l'a copiée C* J^» 
va jufiqu^ dire j qu'cJle^pouflk la retenue ^ ** 

& la pudeur.Jufqu'an point qu'elle ne 
voulut jamais voir d'autre homme que 
Çcm mai^ Etlea'Vôit'acGQutûmé de pré- 
dire l'avenir aux fenunes^ comme Fau« 
nus en ufoit à l'égard des hommes. Tant * ^ 
de bonnes qualités la£rent mettre, après 
fa mort, au rang des Divinités ; & oa 
l'appella /tf Bomu DéeJ[e. Les femmes lui 
oi&oient des iàcrifices dans des lieux oà . 
il n'étoit pas permis aux iiommes d'en* 
trer.î^e fçais<}ue Plutarque (3) & Ar* ;(i)QSJLom.> 
nobe ne parlent pas li avantageufement 
de Fauna , que Laftance & Varron ; & 
-que ces Auteurs cr oyent même qu'elle 
étoit un peulîijette au vin* Mais auroit-i 
on divinifé une perfonne qui auroit eu un 
iléCaut fi basj& fi indécent à ion fëxe ? 
CeuX'^ui v^eat rapporter les Fables à 
Tom. II. I 



fi)4 ExPLïCATioïf ntsrofiiqxjÉ 

Palliégorie , ne manc[u^nt pas de dire ici 4 
^ue Fauaus & F^jtua p$ foai: que des.per^ 
fonnages feints p £^u$ |e nom defquels 
)ies Payens adorokm fe Terce,; & a^u^'û^ 
neibatconnas ea Italie^ queparoe qu'E^ 
Yaadre apporta d'Atoadte le culte d^ 
ces Divimtés. Mais )es témaigiiage^ 
ibrmels de Varoa^ de Dems^dl^Haiioar^ 
Baâp , de Pludgrque & de ï^aâaïKre > dodk 
ifent Peniportçr iùr cçs AU^gcKriihï^ 
^ui ite font tombés daAS cette erreur^t 
que pouf n'avoir pas içû # que io» 
vent une menie perfonne étoit -^ danf 
(I) Voyei la Théologie Payenne ^ use pivini^ 
? i"' d flbf ^ ^^^« ^ patttrfille(i) joe quîposiFf 
dans Te qua- taftt eft Ift cl^ d^ |a plupart d^s £at 

tiiëmcEnwc- y^g, 

"sylvanus. • Sylvanufi ^ fek>n ovielques Auteurs p 

X*)i'«ai. ^^^^ ^i* djc Fatiuie. rktarque (2) dit ^ 

Hift. 2z. ' qu'il étpit fil$;de Yatériiis 4c de Valérîa 

(3) Sut rîE- »' fii^c» JÇliûn & Probw.(^) lui donnent 

glogue ^. 4ifié lorigine i^corip plus infâme : maïs i) 

' \ «fi&ut ^as blei&r vo$ chaâes orâUllea ^ 

l^ar le récit fabuleux des amours d^ Cra^^ 

"Ans* Ce Princ,e a été trè^-femetix dasis 

jte pays des Aborigènes ^ ou anciens I9 

taUeas , par le foin qu'il prit àç FA^ 

griculture $ [çç qui lui mérita les hon^ 

iievrs divins. Oxi croyoit qu'il avoit 

ifoin p % $o}f& > : des li^àâte^ è^ 



iÂaaips (4). U y a apparence , au relle^ 
^u'on donna le n<»m àt Faunes Ôc dé 
Sylvain^ a^ux' enfans .^'on trovira dans 
les Bais ; Se c^â ppur odia qù^'OH fiegacdc 
<^Piînçe Çidmifite iieitr'pere : du mon» 
^ftnbl iur j 0ue le jUs-qu^fnëe^utdeLa/» 
wkÀSL 5 late fut appelle Sylvnis^ <|np fsx* 
«e <|u^UétoÂt lieras Ias Bais. .5/ ^ 

: i.Qnrcelebs$>bà41hanoeYirtk 'oesjdffût ' 
i}ivinité9.*rd^ Fêtiez ^u^cm ap^ettoidLni» 
n^cak^ZiE^mdtQ leRaÀi^t;ui{ttt»çes'à 
l'honneur de Fauni» 9 iorfque chafOS 
^'Arcadîe* pouraivoirtiié'fan'pere >ilfe 
relira en Iteàit » & y £at três-*bien reçu. 
X»e mot de LÊtper^Les- veooit'de Lufus^ 
fiarce fpi'on y îmmolok on^ chien , eonen 
4ni du loup ipoiir pri^ ces Dieux de ga^ 
mntbr le« troupeaux contcè les ioiqïs ], 
félon Suétone. Il s'étoît mêlé dans les 
Xrupércales une cérémome fort fîngûllé-* 
5;e : oe y faîtbit courir^ par les rues ^ de 
Jeone^genstoiitnuds^ eniuémoiredèce 
.^qu^iai jcLur, comme on Iqs célëbrciti^on 
.vint aver^ le^Petiple ^ que quelques vb^ 
leurs V^Qient jettes fur les troupeaiK 
•4e U campagne ; ceux qui les pourfuivi- 
jnent.i ik déshabillèrent pour courir pl«(s 
facilement après 'eux^Augufle retrancha 



f ♦ 



.f> 






\ 



fp($ Explication Hisf ôriquiî 
cette cérémonie , qui avoit duré depuis 

(4 tnjttiguft. le tems de Komulus {x). 

Pan. : Nojis avons pylé du Dieu Pau , fidf 
vanties tcaditionsrJBgyp tiennes : voyons 
tnâîntenant.ce au'en peiifôknt les Grec^ 
Erefque tous )éur«' Auteurs conviens* 
cieat qac Pan étc^t fils de Pénélope Se de 
(a^ Hetod. Meroire (2), qvi fe-métatfKM'phofa ea 

i^.pitt Ï.UC. g^^ g^r , jg ^^^. Teigetj !, dù cette 

JB tiKeflè g^doit les troupeauk'd'Icarius 
jbnpeiie<iii)iB^aiitres Ibi doïiâént à^Mh 
tres'pacens : de <]ifti fait x:r6iire qu'il y a 
«ùpUeurs perâmeirde ceaobi. Noh. 
(1) ).m 4* jius (5!) en-cômpte douze : le plus ancîea 
,dl càui d'Egypte 9 dont ^arle Diodo«- 
4re ; «Se U eâ: 'Vj:iifemblable » que pou|r 
..poiiyrir qudque g^ariterie de Pénélo^ 
»pe> on fit intervenir Mercure » & ou 
;ilànna à foh fils le «om de Pan. 
► ' * Apparenuneot que Pan (è rendit re« 
fiComma&dable par le foin qu'il prit de 
^Cidiiver ia terre ; ce qui le fit regarder ^ 
fdaps- ia vfùke » comme la Divinité des 
..fieis ides Berger^ & des Troupeaux (^). 
^Ou avoit coutume de l'habiller en Saty<- 
re j 4es cognes i la tête 9 des .pieds de 
?.Chévre> ayant la face rouge 9 & tenant 

Ac.^ font fiU de Pénélope (6) Vicgi(e appelle Pa^ 
ft de fes Amaps I «ni Tctl»- mtêmncufiis^- - 
fkifjgïà, feàdaot raUeace \' > - 



. î>ïs Fables; t^f? ' 

j^une main une baguette y' & de l^sntte 
cette elpéce de flûte , que les- Grec* 
nommaient Syrinx ," dont il étoit l'in«^ 
venteur , & fur quoi on fit la Fable que 
je vais vo\is dire'. 

Oti dit que ce Dieu pourfuivant uh 
jour une Nymphe , liommée Syrinx, fille 
du fleuve Laden y dont il étoit devenu 
amoureux , les Nymphes de' ce fleuve la 
changèrent en ro(eau. On ajoute , que 
Pan foupi^oit auprès dé ces rofeaux ^& 
que l'air , pouffé par des Zéphirs", répé* 
toit Ces plaintes > ce qui kii fit prendre Ul 
rëfolution d*en arracher cJuelques'-u^s^, 
dont il fît une flûte » fept tuyaux (a) y 
^ porta le n^m de la Nymphe, 

ha vérité dé la Fabfe efl , que Pan 
çrit des rofeau^ du fleuve Ladon » pour 
îake cette foïfte de flûte , que les Grecs^ 
notoment Syrinx , après avoir remarqué 
tfue VtÀr a^té y rendoit quelque efpéce 
de fc^ ; ce qui donna lieu à la Fs^le ât 
au nonî de la Nymphe : 

Panpnmus caUmot ctrdconjmigire plurtê 

htftituit (ly. ^fOVÎr». 

Je (çais bien , aii refte , 'qu'Hérodote 

(2) remarque judicieuferaent y qu'on ne (») j^ luttrf^ 

9 

T ••• 



4 é ' 



.H». 



croyôlt pas' qiie Fan fôrÊuft ebumicai^ 
£atyre fma» on ftic bkâ àife de loi doû»^ 
fier Fëquij^age des autres ZXivinité» 
champêtres : & ce qui peut y avoir don** 
fié occafion , eft la FaMequi difoit , que 
Paît ayant trouve en Egypte les Dieux 
échappés des mains des Géan5 y leur con^ 
feiUa , pour n'être pas reconnue ,àQ Cff 
révêtir de ha figure db- dii^érens ani^ 
maux j & que prour leur donner l'exem- 
ple 9 il avoit pris celle d'une Chèvre : ii 
combattit même avec beaucoup dfe vi- 

mjswTr en? leur faveur x^ontre te Géant 
ïyphon j & les* BieuM , pou* te récom-i- 
{yenfer r le placèrent dlans H Ciel r & ef^ 
formésent te ffgne du Capricorne : At 
c^éft de-là qu'eff venue la coutume die lé 
icpréfentèr comme un Satyre.- 

Il n^ eut point d'èndïïoit dans t^ute^ 
ia Grèce , où ht Rmnîté die Pan fot ^h» 
Uanotée que dans l^Arcadie {a) i ott 
croit mêmex]ue c'ëft là oà ii r^^dô^it &» 
Oracles. On lui; af&oit en §à:cm&ce t ék^ 
miel & du lait de Chèvre ; & on^célé- 
broitauiÏÏen Ton honneur léaLuperca- 
les , dont Evgiidre porta les cérémonies- 
ch Itafie^ 0]l^attr%uëâufliip)Hfie^i^ M-> 
tces chofes ai» Dî^^ Paît r comme dV^ 
voir découvert à Jupiter le lieu oiù Ce- 

' («} 74» DtHS ArciidU. ¥itfiie » EgU «o* 



ilki s'ëtok cachée , après VetiéveitkM 

de Proferpîne» Jtipiter , fiir cet avis i en*- 

voyà 5 dit ^ on 5 les Parques à fa fïlie ^ 

|)our la confoleir , & Tobliger ^ par leurs 

prières , de faire cefièf h ftérilité que foti 

àbfence avdit caufée fur la terre (l). . (i)TMuféut. 

Si cela tfeft pas uhe allégorie > faite aprè$ *" "^'^ * 

coup , il feut dire > que quelque Prince » 

qui pot tpit ce nom du teins de Taiftic** 

âon de Gérés , lui donna quelque bon 

confèil* Après tout , il taut avouer 

S l'on ne fçait rien de ftir de cet aiïciea 
ieu y là du tems auquel il a vécu. Afois ^ 
dît Alcidon, vous hé dîtes rien de^ rei^*- 
i^urs paniques , dont oti attribue l'origî^ 
tic à dette Sivinité y ayant infpiré aut ^ 
Gauk)is qui étoient allés $ fous leur 
Chef Brenrius , jufques dans la Grèce » 
tane crainte fi iùbite 9 qu'ils prirent la fui* 
te ians (çavoir pourquoi. Il y a appa- 
rence , rd^ondit l'Abbé , que les Grec» 
ayant idit retentir peridant la nuit le 
Honimyâérieixx: de P^ï^ inffirérertt cet- ^ 
le frff^enr amc Gaulois. C'eâ^ de cettç 
maniéfe , que les Athéniens mireiït une" 
im ea fuite l*A*niée redoutable des 
iMIédes. PItitârque cepeiidant rapporte 
(2) une autre origine des terreurs pani- ^\p^j^ 
ques i & dit , que les Pans & les Satyres » gô^ 
eâGrayés de la mort d'Ofiris , que Ty* 

I liij 



200 ËXPMCATrcnf HISTORI(ÎXrr 

phon avôît maflâcré inhumaiittarferit ,• fiv 
rent retentir les rivages dirNil^dè lëurr 
• hurlemens & de leurs plaintes»; & que 
depuis on appella terreur pAfùque , cette 
crainte vaine & fubite^ qui furprend; 
uiiX^T* Paulien ( i ) rapporte L'oirigine de ces 
terreurs , au flratagême dont Pan , Lieu^ 
tenant Général d'Ofiris, fe fervit pour 
dégager 1^ Armée de ce Prince , furprife 
la nuit par les Barbares^,' dans une valv 
lée : il- leur ordonna de jetter des cris Se 
des hurlemens épouventables , dont les- 
ennemis furent lî effrayés , qu'ils- prirent 
la fuite. Si vous n'aimez mieux j après 
tout , vous en tenir à ce que ditrBochart 
i^d) 9 que PJaan'apaffépour êtîrt; la caufe 
^ ces terreiu's , que parce qu'on expri^ 
me en Hébreu, un homme épouvante V» 
par le mot de Pan ou Phan» 

il eft btîn de remai?quer icr, en naft- 
fant , que pîufieurs Sçavans confondent 
Pan r avec Faunus & Sylvanus ; âc 
croient que ce n'étoit qu'une même Di- 
vinité , adorée fous ces difFerens norns^ 
Ii€ Père Tbpmaflîn j que vous pourrez 
.fconfuker ià^leffus, le prouve par pliè» 
iîeurs^ exemples tirés des témoignagtés^ 

(a) Idei Tan tUeituf Ut» Vtl Phan heùtéiUè is dicitmr 
ftfts f.wU9t immitUre t W étUmitus fiufitm Chafti 
f«ÎA tHUtm liitifis B«i u u^ it*.. 



DEsFaBLÉS» 201 

des^ Anciens , aufquels il pouvoît join^ 
dre l'autorité de Probus, dans (es Com- 
mentaires fur Virgile , Fenefiella , & 
pludeurs autres. Les Lupercales mêmes 
ëtoient également célébrées à l'honneur 
de ces trois Princes , qui étoient , à la 
vérité 3 difiërens dans leur origine > mai^ 
qui furent confondus dans la fuite , parce 
ou'ils avoient également contribué à po« 
kr VeCDrit des Latins , & à leuif apprend 
dre rÂgriculture. 

n faut avouer pointant , qu'on a foit 
allégorifé la Fable de PanV cans k fiii« 
te; & que ce Dieu a été regardé comnle 
le fymbole de la nature. Son nom md^ 
me y en Grec (a) 9 fignifie tout : attiH lui 
met-^on des cornes à la tête , pour mar"- 

3uer»difent les Mythologues^les rayonift 
u Soleil ; la vivacité & le rouge de Coh 
teint , marquent l'éclat du Ciel ; l'étoile 
qu'il porte (ur fon eftomach , eft le fynf- 
J>ole du Firmament ; 6c Ces pieds Se fes 
jambes couvertes de poil , marquent la 

Îrartîe inférieure du Monde , la tefre > 
es arbres & les plantes. Les Egyptiens « 
après avoir adoré le Soleit, fous le nom 
d'Ofîris / la Lune fous cdui d'Iiîs , la 
Terre & le Blé fous la forme d'une va- 
che 9 ScCé adorèrent toute la nature fous 

I V 



.a02 ExVLlCATlOU HISTORIQUF 

lefymbole de Pan. Aibfiil y a beawcottp 
d'apparence , que le cube de Pan a» été- 
porté dans^la Grèce par les Egyptâcm^f. 
& comme ce Dieu a été pfeis honoré en^ 
^Aîîcadie , que dan^ks^P^aVoifios^ cm 
a cru quUl ert avoit été %ol: A moks 
^pie de dîne > reprit Aleîdûn> ^e qudk 
<}ueRoid*Afcadie ayant porté eenonr>. 
on* Ka confondu dans la Suite avec Tan»* 
.çîen^Pai»»^ qiui^eft ùtùs doute une its^ pbis- 
anciennes Divinités, du PagantÛAe. Ob 
J^^ ir,ou»f^Ten;efièt 3f dÎÉ KAbbé , enEgy- 
4IQ >fdur. teimS' tj^o Ses Dîeuoa ^ attstc^ués* 
jw les Géans j^'y rtéfcgiéFenfey &, fo- 
tf ifi. Vd^ ^ Plutarque ^ï) , ksTaûs Si k*Saty- 
£iis. fi^s forent k$ presaÉêt». qui pkurérent la- 

(i) Liv. I. JBfko^t d'CWîrisv I>ipdorera:J!emlc (:a)taoffi ^ 
vO^^ Paiï aeeofupaghtr Baccluisi dans & 
rÇonquâte^ desi^ iii&» : or >: Iblon toutot. 
^])$»â|»f ^ilefïdes^le BaQchw ^iti fit est^ 
(3) Voyei JG«û(]^èlfe,.éèoiijEg5^ieni(j3r)t5*ptdf^ 
iié^JEn"^: ^*^^^ 0firi«'feii-nîê«e. LcsJS^tiené^ 
fHiAoifc de iii)€»£9^ef oyons Hérodote rmottûôftsie. 
«acchw. jp^^ ^ lionne des hui^ grandes Divin 
jQÂtfés; .Ce lâéme Anfienur ajbcae> eoimoe 
Aou» levons! dit 1 ^^.diami k lûllb lér 
JMiead^s^^. qm pc»»toit «rnémi^ àeâufe dkr 
l^iexi PàO' qioi y élott âoniQcé fcm» la £. 
ipifie d- itt Bo^tQi.9:pfi^tMtmtis9,àan 
h..lwgfii^, d4>Pa¥S «ily avoit. utt fiante 



éonlacsé à ce Dieu y après )a- âiort &q^ 
qad tout le monde était eivduëil , c(ynt^ 
me à Mempbls, af>rè5 la mort d^Apî^. 
Que fi on k repréfentok (bas une figufie 
fi ïôieufe , G'eô ^'on le r egfardok cont- 
ne leiyjd>olc de la fécondité de FEgJ*- 

Ç;e ^ oa {dutdt parce qu^il était te Génie 
atdaire ou le Démon du Pays : or }és 
Démons » dans rEcriture , font fouvent 
«ommés fihfi : le terttie niéme S'€hifm\ 
fij^niâe mn R$uc. Les Grecs ^ qtiii ne {yif- 
ttétrér^tpas cette raiibn y en donnèrent 
^zSégçfnsfaM , comnie nous venons dfe 
le dire. Ce peuple , au réfte» ne reçut qo^ 
San tai^ le culte de ce Dieu , puifque 
{es Poètes pubfiérènt qu^k étoit ûh de 
Pénéky^e* Ce fut Evandre qui le fit ho* 
«ofser en Arcadie , Se qui lit célébrer à 
^lï honneur tes fèteS' qu^on avoit inftî- 
9aées' aUpâr^Vaût^à l^honneur de Jupitet 

M^s y reprit Alcidori 9 qtae dites-Vou^ 
■de cette fameufe voix qu^on entendit feir 
ie cirage des ifles Echinades : LtpànA 
FAUt^WUH ( I) ,^ qu*iïn Matelot^ noifihi. c i ) Twît^ 
iùé Tlianauff , affura avoir entenduef Je ^*Vj* * ^'^- 
Sçzu bieti qne ks Aôrolôgiies dfe efe , * 
tXEiffs-làdkenl àTybere, qu'elle cfeyok 
«?cntôndre de* Pan- , jSls' de FénéFope *: 
mais étoit-il ca vie encore plw^ëe ï200 

I vj 



204 Explication historique 
ans après ? Je penfe , répondît TAbbéy 
que Thamus a voit été fuborné, pour 
épouvanter ^Empereur : il vous n'aimez 
mieux .dire , avec Eufébe ^ que cette voix 
étoit furnaturelle , & que Dieu vouloît 
.par-là ^ apprendre à FUnivers la mort 
du Meflîe> arrivée fous le ré^^ de cet 
Empereur Romain. Et pourquoi ne pas 
dire ^ reprit Eliante ^ que c'étok un Sylr 
phe ou un Gnome 9 qpi apprit cette nou*- 
velle à la Cabale f C*eft le grand Para?- 
celiè ) Madame ,. dit Alcidon-/. qui vous^ 
a fourni cette admirable penfée ;nlut qui 
.croyoit que les Satyres & les Nymphes 
n'étoient q}xt des Sylphes Si dos* Gno- 
jnes ; & qtti a mérité , par fes: rares déé- 
.couvertes ,, d'être un des principauir- 
Chefs de. la Cabale. , & un digne de& 
cendant de. Zoroaflre. Jîe pui» même 
•vous aflurer^ Madame ( mai^^. s^ihvotm^ 
plaît y que cela (bit dit entre nous ) > qu'il, 
trouve-encore aujourd^ui bieades Par-^ 
tilàns : & les Cabaliftes • . • Mais gar^ 
dons-nous de révéler leurs féeWsy dè- 
peur que quelque Sylphe vindicatif ae* 
nous, traite comme, feu^ le CcMBite de 
Gabalis f que devant Dieu fbit fdn amâ 
Mais en voilà atCez au fujet des Faunes^ 
.&: des Satyres ; dkbnsrun mot des NjpBfr- 
phe&oudes Nayades*; . 



f 

i>rs FabliêTs. 20f 

Les Nymphes étoient parmi les ^^^^ 
Payens des Divinités champêtjes atta- 5«7Niy»3S|. 
chées auxBoi»&r aux Fontaines, ou qui *«• 

Îréfidoient fur les Eaux , les Fleuves & 
îs Montagnes ; ce qui leur fit donner 
plufîëuf s noms. Celles qui habitoient fur 
la terre retenoient le nom de Nym- 
phes ; celles qui gardoient les Fleuve» 
& les Fontaines,étoient appellëôs -Nay a- 
des : on nommoit Lymniades celles aur 
habitoient les Etangs ou Marais ; celle» 
qui préfîdoient fur les Boccages , Nap- 

£ëes r celles qui fe plaifoient dans le9 
ioisjDryades ;:.ouHamadryades,fi elles 
étoient attachées à quelque arbre par-^ 
ticulier; & celles-ci naiflbient Se mou- 
roient avec lui : celles qui étoient fur les- 
Montagnes 5 Oréades (4); & celtes en*» 
fin q ui habitoient cdanS'la Mier, Néréi-' 
de^» On leuroffi'oit en fêcrifice du lait^ 
de l^huile Se du miel ; âc on leur inmio* 
loit même quelquefois des chèvres. 
. B n'eft pas aile de dire guette eft Pb- 
rigine des Fables qu'on débite lur les 
Nymphes ;. car de vouloir rapporter 

(4) Tous ces oems ma>« qu'elles tiroîent', oa du liev 

qaoienfi> en Gzec les lieux de leur natâance , ou plutôt 

^u*-eUes halntoient. Foyei^ des lieux où elles étoient:. 

NT Comte j /. 5 e^ it. Elles adorées , comme Pau£mur 

«nteuauffi plufioirs autres & Sfiabofi kl infeipi^» 4 

aoms y comme lonidesf, lî^ tentt 
mtsûàe»^ ^ cent autica». 



» i 



tout ce qu'en ont dît le$ Portes,! à de Jm^ 
|Jes allégories, c^eft ce qui: n'eâ pà» 
£>iitenaî>le. Je ne iaiâ-ois nie perfifwer 
ifa^oa ait voulu feulonent nou9 laiâsr 
feus ces fymlK)lès l'idée ^9 proptiétëè 
de Feau & d^s corps humides^, €p£. CoM- 
tes Blindées de la gâmératiûit' de» atérei 
te deâ plâiAeSj paiHse que pea^ti^ h- 
mot de Tl^ympht vient de Lyntfha (^ 
^ veut dire de Z'^fn -, Se qne c^eft pour' 
^ia gu'Héfîode kfs £ii(r naître de l'éca^ 
meèeh Mef yaitifr ^^ Venus ;:& cpjtfoir 
mou» dit <|u'elles étotenti nieres; des Fk^ 
re^ » filk^des £at»&ouide l'Océsui^t^ fib 
teâe. Aiïifi je cioisqueFidée desNyh»^ 
phes efi^ venue de^opimoi^ oà l'on étoit ' 
fiâckmiemefit f mie les- aihes^ des mott^' 
earsKDierlt aufcmf des^ tonàsâàux air leuni^ 
cidrps étoiedf enlevés r ot^dani' tes lie«it 
(pfT>e\Anfr. otf'dk^ ^^ent ))a!)ités pendant bnir 
vymph* , f. j^i^aar dwis'ce monde : c'eil k &iriciiïiefib 

*^it)DeXeg. ^^ Pbiptoe C^)*^ Meurias remsffqud 

X4C. £biff àpropoS'làHde(&s (Iz)^ que le mot 

OJN^M GjTeç Njimfbè (^y, n'eu atitte que ier 

sa^ Phéfiieteii MefIfAs \ qui reut drié 

4Mfe: ) (Sç iiajouteqiie cette opttiiD0> ain-r 

fi que pbmeors autres de ce tems-là^ 

(a) het Sçavaas donnent bteu , nmph , fiilUte ; d'oà 

à ce nom plufieurs autio* ks Grec» ont iaitIeuT»Na|*' 

ctyriiologies* Quelques-iNM pées. yûfff% U 7. Thvm^ 

le feoc^ venix ^ mot Ué- iitf^wifo»-i^«A, ir ft««^1l^ 



t 4 



VISÉ VjLttS^ OiQff 

%éssM Tenue des Phémcieti». 

V^nt eiitetKÏre mieuir cetee p€fi(€e > it- 
&ut vous reiK>uvenir qu^avant le 8ylié«* 
tte des CbdfAp^ Elî&es âk du Tartare^ 
dont Vo^tÀon nf'étoit guére9 phia an-^ 
eîeone papmî les Grecs qu^Opbde ft 
Homere^on csoyoii;,ou (}ue tes âmes de* 
meuFoieflt auprêsdl^tainbeaiiir^ou dafls^ 
ks jardins & les bois dëlîcieu« qu^elle^ 
â^fioient firé^ientés^ pendant leur vie t 
on fegfardaii: même ces^ lieuse a^ec toi^ 
fe^eâ religieux'? en y iavoqtïoit fcâ 
entres de deux ^oa crof^ y habi^ 
ter ; on tkM^Àt msèmt de fe ks rendra^ 
fevorabte^pap des> rœuK A: des fâcri^ 
ice^> afin dJe ks oMi^ à veiller fur 
tes troupeaux & (&r ks maifem. De42^ 
cft reiiitë rducienne* coutume dé fecri» 
fler (bus dîes^ arbres yerds ^ feus k(^uel^ 
(Êftt GËOjok (]uie ks ames^efrafi^s Se ^m^ 
Ibknt beauc^M^ rcôutJume a«i«fefofs fe^ 
meu& chëia nos anckns Giaul^is em^ Cet*- 
fesr ^u^ &crifioknt fôùs de» chênes ,r 
q^ en bngue Cekîque s^i^eHoîent 
i5iFwrdè*làfc»flom* des Dryades ék Ra** 
madryadeS' y oa de ces Nymphes' qui 

Babît aient' 4*àn^ îès bois,. 

Mais ce qui donne encore beauisovp^ 
ie crééSt à cette opinion, c^ëff Kdéè que 
foa MfMt çiectetts ks Aftres étamn* 



û08 ExptîCATioïr msTORixixfÉ 

'fr)Voyct animés (i) ;.ce que Ton étetidit enfuîte 
•e que nout jufqu^auxFIeuves & auîcFontaines^à qui 
jvo^^udan. ^ Jonnadôs Divinités tutélaires. Voilà 
foutes, à b qu'elle a été l'origine de ces Divinités 
champêtres: mais ilfauta vouer qiie dans 
la fuite ^imagination ppëtique s^eft doa- 
née des^eflbrts ; & qu'on a pris pour de* 
Nymphes ,- iufqu'à de fîmples Berge- 
jpes (4), & des Dames illujftres dont ori 
apprenoit quelqiie avanture (^). Ainfi 
aos Poètes fidéles^imitateufs des rêve- 
ries deà^ Anciens, appellent ordinaire-* 
ment du nimï' de Nymphes^, les belles 
perfonnes qui entrent dah^ les fujets de 
leurs poèmes. Enfin on peut ajouter ce 
Ca^Ii.3. que dit Diodore de Sicile^(2)> queleà 
lemmes. des A tlantidés étoient cornmu* 
nément appellées Nynaphes :• ce qui me 
fait crcfire que c'eft en ce f^ays-là que 
prit naiiTance l'opinion de l'exiftence 
des Nymphes ; parce que les Poëteâ 
croy oient cbmmunémentravant lefyftê* 
me de l'Enfer Poétique > que c'etoil 
dans les Jardins délicieux de la Maurita- 
nie Ting^tane , ou près du Miont Atlas j^ 

(a'j'Oe^foutctUrfum' nembre des Nymphes étok 

^ome qu'Homete appelle lédoitàdèuxcens. H^fiodc 

KyiDphesPhaëtafe&Èiin' eh met' croîs mîiUe v & Je 

petieycelles qor gardoient penfe qa'i( étoit apfts axbK 

en SicUe les troupeaux du traire « v& le nombre det 

SoléiU perfonnes à qui on a donn^ 

:• i^X $elott. Serpui « k loai^ift4cN|jiifjMS. 



r 



ru% Aîtoîeht après^leur iHort les amei 

[es Héros. 

Maïs dites-moÎ5 reprît Eliante, les 
croypit-on immortelles ces prétendues 
Divinités" fNoii pas tout à fait , répon- 
dit l'Abbé : mais on s'imaginoit qu'elles 
Vivoieiït très4ongtems (l>Héfiode(2) (OPtutoatk 
les fait vivre plufîeurs mÙliers d'aftnées ; ^*) ^»3r*#v 
J^lufarque a déterminé le nombre de 
leurs années, & il a réglé la chofe à 
P720 ans (4). Expliquez-nous , dit At 
cidon^ ce qu'on a voulu dire par tant 
de métamorphofes de perfbftnes- chaxb- 
gées en Nymphes, en Dryades, Sec. 
Je paife , répondit l'Abbé ^ que^ lorfque 
^elque Pririceflfe étoit enlevée à la 
chafIe,'ou qu'elle périfibit dans les 
fcoiy, la reflburce ordinaire des flateur*- 
iJtoit de dire que Diane ou quehju'autre 
Divinité favorable l'a voit changée ea 
i^ymphe. Oh dîfbit la même cfeofe dé 
celleS'^i par defe^oîr feretiroient dan» 
les bots poxir y pleurer leurs malheurs j 
car fî elfes mouroient auprès de* quel** 
tmos fontaines , on ne manquoit pas de 
«ire qu'elles en étoient devenues les 
Kymphes,. 6t onfaiToit là-deflus quelt-^ 

Uy I^am fofi-trairé de lâ ment mcoyaUe, qpel<|ae àl- 
ceUation dèi Oncles , où il légone qu'on y YeuiUor 
fiût fin ccfiife»^ ua xaiibmic* cbcKhctb 



que Ppëm€ où l'on doonoit* à U fotlP 
taine le hom de la PrihcefTô. Qiie me 
direz-vous , reprk Bliante ^* d^Egelie f 
cette célèbre Kymphe <pxc iivimSL Poôv 

{lilius alloit û ibùyeht confultâr dai^ 
a forêt d'Aficie ? Je crois, répoi^lk: 
r Abbé i que ce Priàce , pour perfiiader 
au p^upie Romain que le culte religieul: 
quil avoit deflèin d'établir r étoit di- 
vin , publia qu'uïie Nymphe lui en dic*^ 
toit les cérémonies } & il ià venta ce' 
prétendu cômnâerce ave Égerie. Vout? 
içavez 5 je penfè ^ que les^ Româifis for^ 
teht âfTez crédules potcr aller chercher 
après la mort du Roi cette prétendue 
Nymphe ; & que n'ayant trottvé qtr'une 
fontaine dans l'eridroit où Ntûna fe ré^ 
lîi'oit , & où vraifemblableMènt S avo^E 
fait quelque aâe d'hy dromiancieiComme 
le prétend fklnt Augoi&r^ off /înSàg&ât 
que laNymphe a vole été changée en foDr 
taine. v ou^.devea juger ^ cet exem^lr 
de toutes^l^s autres Fables ^'odr a par 
bliées au fujet de» Nymfiied ois éesf 
J^avades. Nous ne dkoM ritâ^ aa teSk 
4k la belle dsfcriptioA que fait Hometfr 
.de PAntre des Nymphes ;, aï de cû^ 
vers , où Horace nous répréfente Bao^ 
chus iniiruiiànt les Nymphes (m) r car 



iy«rff A«t«?. art 

Iftf feriez point conHMie ^ aUél- 
gùfies qu'oiî dit y être peniermées; ft 
encore iiioin^ des obfcénitës qu'un Pbi-^ 
fofophe 'Stoïcien, homme grave & fé* 
rieux, a débitées là-deffus (ï).Mais il eft ^^(^l^^^^\ 
tems dte vov^ parïer d^s Divinités Doi- jj^na^fonïi^ 
mefti<p2es cjue Taveu^e Pa^anifme àdoi »nu tuft« 
Toitjje veux dire desLarcs & de^Pénâtes^ 

Les Dieux Pénates ou Lares étoient i>c« dîoi» 
€e certaiiïes Divinités choifîes 8c ado- J«^^* P^- 
ptées pouf garder 8c protéger te^villes 
&Ies maiibns particulières , aufqueiles 
tm ks eroyok attachée», & qui y étoient 
^cialemeht honorées (2). On les ap- (t^ vpfet 
pelloit indiflêremment ou Pénates ^ on Ainob. 4^t^ 
Lares j ou Génies y ou Junons , ou Lé- clteVatioiir 
mures , ou Mânes (4). Ces Dieux étoient 
les Proteâeurs des Eknplres, des Viï- 
îes 5 des Ghemïns-, des Mâfons , & des 
î*artîCttliers. De -la ks Laresf puHtcir,^ 
jittBHci ; ceux des Chênes , tjumqukami 
Ife la Mer , perrnmim ; des Chemins y. vitèm 
Us •, des Champs > riir4rf^ ; des EhnemîsV 
Thfiitts ; ceux des Maifbns partâtuEeres^^ 
famHwrcs. Le nom dte'Z^ff vteRt vérita- 
tfemeht du motTofcan-, Lâxso^ Lmt^. 
i|Lii veut dire Chef ou Cooduâeur» 

Il vct fitut pas slmag^er d^abord q» 



*M Èx^tjrt;ÀTioîï;»iSTORÏQtrîf 

.Us Di^x-Pénates fkflènt diffërefis^ deif 
lïutres Dieux; au- contraire > ils étoient 
^hôîiîs paiTiai leur nombre rc'étoit quel^ 
tjuefois Jupiter , quelquefois Vefta j ain-» 
fi des autres , fèlo* la dévotiort du peu- 

Île ou des particuliers , qui en faifoienf 
; choiit. Et par4à%ou« toncilier^ tous 
les paflkges que vous trouverez là-deC- 
fus dans les Auteur^ , qui aontment tan- 
tôt une Divinité jparmi les Pénates > 
(i )' jqigi. tantôt lûie autre. \Jn ancien Auteur (i)' 
^w . dpud diftingue de quatrê'fortes dé Pénates f 
^n. 4 tn» 1^^ ^^^ ç^^^ ^^ rang^de Jupiter ^. c'eft-à^ 

dire/foitt choifîs parmi les Dieux da' 
Ciel ; les atitres du rang' de Neptune , 
c'eft-à^dire » des Diié^ux^ de la Mer ; W 
û-oifiénies fottt parnii les Dieux des En- 
fers : & le» derniers font du nombre' 
des hommes' mortfels. D faut poTirtant 
âvoiier qu'orf éntendoit ordinairementf 
^ar fe^Dîetiit Péhates ceux des Samb> 
ifliràc«s j & c'étoient les grands Dieux 
des j^oniains & des ^tres^ Nations i^ 
quoiqu^^près toiït chaque particulier 
'«ût le droit de chbiiir Hès Lares dans la 
Catégorie des Dieux qu'U^vouloit (4)^ 

• 

(4) Voyct Tur tout ced et ctîptkms , où Fon^ voit ddk 

«le M. Baodelot eo a écnt , Dieux Larer de toutes fox^ 

dans fon Livre intitula, X//i. tes, & même dés £m|^ 

tité fies yrfagis : Vous y zeofS viVMiS» 
ttouvcxe» d'ancicimei- InK 



•On choififlbit même quelquefois, parmi 
fes Ancêtres , celui pmir qui oft 9Voit . 
•Çlusde vénératîe« & de confiance. ^ - t 

' Je cric|i^ que ce qui a donhé lieii à rîrw- ' * ;" 
troduftipft des Dieux Péilates , c'eij Po^ 
pinion où l'on ,étçnt -que les Ma^és de* 
Ancêtres fe plaifoîent encore après leur 
mort à. demeurer dans 4eur; jnaifons j 
oîi même fouvènt on les faifoit 'ehtêf:^- 
:rer,-fi:ttous en croyons Servîus {0)9 St ' ' 
où l'on gardoit ordinairement leurs por^i- 
traits dans les 4ieux les plus reipeftai^ 
i>les de là maifdn : car après les avolf 
«gardés comme des perfbnnes iiluilre^ 
on vint ^eu à'pen à leur rendre des hom?» 
tnages & des re(pefts ; enfuité on imt- 
plora leur ûifîâançe ; on leur établit . 
un culte & des cérémonies. Ainfî je 
crois qu'anciennement les premiers La- 
res il'étoiept que les Mânes des Ancê- 
tres,, comme faint Auguftin le prouve 
fur-Pautorité d'Apulée & de PhofinXi) J (^ d^<^^ 
mais dans'la fuite on y ailbciàles autres ^^^^'^ ^•'** 
-Dieux fans diftindion. 

On faifoit faire les ilatuës des Dieux 
Pénates, non-feulement de cire , comm^p 
ie prétendit quelques Auteurs , mais 
indifféremment de toutes fortes de mér 

<a) ^effvms, (ui cç^ paroles «le rjEfi^kle^l,^: 
StiilfHshimtfrferMnufrist 



aï4 ExPLICATïOK HXST0RI<iUE 

<i) Voyet taux , & même d'argent ( i ). On le9 

£^RJîS/'dc fporaw xJafls le lieuJe.plus féçret x^ 

T«imaldeiu fa malIoA > qu'x:^ app^Uoit ie JUéffMm 

(z) ?<«#- r^ (a) : 1^ ojileiir éW^t de petits Au* 

^^^'^* tête f « on le^f coafàccojt de^ lampes 4( 

4!$^^^ ^7^?^^^ %^ mar<}aoieot ipus 

)a vi^Ubncei» comme lecluen , dont cis$ 

&atuë& portQÎept ipi^vi^t la pf^au.for 

i^Uf£ i{sai4e^ t pu ^Q. avoi^itf à J(eu7$ 

()) voytt $9e$k noe fig^e-Cx)* X'Orfqu'cmiiavqll: 

rHarpo€x«te ^iQ^ fi^râiuk <mantité de Dieux Lares^ 

^ XHi oommoit queiqu un pour avxDir foia 

«de lew cuite » & pour tealr prof»^ if 

jybu iqui kur étoit co^aGré (^. {^ vdit* 

ie de ieuE» Fétes^^x^a avoit iom de £ix>r 

ier les Statures avec du baai;ne& .4e 1^ 

^cii!^ j pour l^s rendre prop^e$ & lui&xw 

tes 9 âc pouvoir impriip^ iefi(,voeiu: 

^u^>nie]ariai(bk. Andefiaemestonleur 

s^^4[Àx,À&% en&Aseo facri£ce rmaisBrur 

4u^9 c^Iui (^uichailk les Tar^jukis» cbaiip 

;^Qaf ce /£u»rifice barbare &a. u&plus rai^ 

• ' ^ - iomiablei i & Qn^ie leur ofirît.dafis la 

fuite que du vin & de P«nceBS;(^), Op 

les couronnoit déferons d'ail âcoepa*" 

vot : on y ajoutait plufieurs autres pe^ 

tites cérémoaies qu'il eâ kiutH^ de rap^^ 

<4) 11 s'appeUoit Magi- (h) £i quelquefois des 



^rt^. Il tû, bon de remarquer feule* 
meat^ que fhns les &crifices wiblios 
qu^oa £ufaieiit' aux PëMCes ou Gompii» 
taies ^ -oa j>eur immolait un« Tmye^ 
.eommenoasi' âfyprend Votron^ ôc ^rè$ 
jUri Praposce <i). / ^>i''-«' 

Cbitmieiiafi^-lèidemeBt le^ Pjurticaf- 
Itt^avoicBtJchdmi leuNTs Dteuic Man^ 
eo ¥éaàtxB<0 imii qi^ chaque Petipl^ 
eo. choi^(Ii9it:ppia: veilleir à la cooferva^ . 
tîéni^de #fitat> M VoycHt dans Rome 
un TeiBple coaûcré aux Dieux Lares. ; 
€c oU'^r avoît YMrqué uti jour de Fé^ 
te, qUf'oQ oél^rok avec Beaucoup dèi 
ÊdemiMé » ie4eux<k8 Calendes de Jatl^ 
'iâer;On y |oîg«iok lesf Jeux , qu'on apj» 
fidloil: CimfitMes , eemn^ qui diroit 
iies iC^ivtffburs ^ parce -^ue les Pëftatel 
y pnéifîdoiei)):. \ 

xlnfiu on avolt tant 'de re^eâ pour 
les Dieux Pénates , qu'on n'enlrepre-^ 
flDÎent rien M con^dérable ans les con^^ 
felter: (MÎ portoit même qudiquefoi^ 
daars les voyages leurs figures ; ainff 
que fur les chemins , depuis qu'on eût 
pris la coutume d'y enterrer les morts 5 
& oîi avoit foin d'en placer dans les 
grands Çhemixis 9 dans le$ Carrefours » 
& autres lieux publics ^ çonjuçe ooi^ 
ji'apjpriend Ap^uiée> 



^î^ EotLICATÏON HISTORIQITK 

.. Il efl conftant qu'il n'y a point eu de 
Peuipie idolâtre 9 où la Xupîeràitioa pôiic 
ië$ Dieux F^énac^ dit été û loia que 
jyarmi ic9 . Romains -; quoique prefque 
toutes les Ni^on^ les ayént eu:en griui^f 
^e vénération (4) 9 comme hs Grecs » 
J^s *Eg;rôtièns , les Phry gieos , les Qàel- 
^i^ens. il 7 a japparefice:qiifi.ce.,Gnbié 
AVotil:- ^té apporté k* Tiimc par !Jiesi!hrp 
.gkfis. . yicgiie ni)3i^ s^pprend qù'£née 
§^' gtaiid foin de 4)ren4i» lavèc . lui* Ces 
Dieux; Péna:tes (/^):, fui vanti'drdre qu'il 
jèri avoit reçu di^'I>e^^'(r)-jpar k 
fcoucKe d^Hieftor. On doit dire auffi 
x}i|^ lés IfleUs <f|ue' Jaç<Qib ^i^rifHMrta . dé 
la {naifpa ,de f(l>n> beàu-^éré Laban-» Bc 
5}ue ' rËÔvitWfirS^nte - appelle du nom 
^e ., Tp'^p^Htn.^riépoient ,auiS d^s Dieux 
Pénates , dont le culte pallà àsois la fui^ 
te eft Phrygiej'de4à en Grèce & en Ita- 
lie ; &, ç!eft f là leur vérkable origine t 
Mais .^pomme les Romaias ne' la iça^ 
voient pas , Us publièrent fur ce fujet 
luie Fajble c[u:'il.^ boji d^ vous appren-r 
-dre. 

(a) Et ttt9 fuiffèjimmifi p vodbwFtaiinwM ^dimfiê^ 
j^ Ms.om'nihuj y êmnium /Mf« PljnQ,!. It 

(b) llium in ttédUm ptrfapty viff$fqHt'^TtnéUuEiu)ù 

fc) SéiifM ptefwte Hbi eammend^nTrûfd TtndttSp 
Uu t0fiféit9jmm cmUii^ hit m§mU ^uéktt, 

Uoe 



DES Fables. zi^ 

Une certaine Nymphe nomme La- 
Tonda(4)^ dîfoit-on, ayant découvert. 
à Junon le commerce de Jupiter & de 
JutJiurne, ce Dieu liri arracha la langue » 
& ordonna à Mercure de la conduire en 
Enfer. On ajoutoit que fon ConduAeur 
en étant devenu amoureux , la rendît 
mère des Lares. Je ne fçai quelle avan- ' 
ture peut avok donné lieu à cette Fa- 
Me ; à moins que de dire que quelque 
Confidente de Juthurne fut punie , pour 
avoir divulgué les intrigues de fa Mai- 
trèfle ; & qu'étant envoyée en exil., ce* 
lui qui k conduifoît s'en fit aimer. 

On reconnoiflbit encore dans le Pa- IcCenii. 
gamfme une autre Divinité domeftique j ; 
c'^toit le Génie , qu'on croyoit naître 
& mourir avec chaque perfonne : on 
croyoit même qu^on en avoit deux , Se 
que le fort de diaque homme dépen- 
<doit de la fupénîorité de fon bon ou de 
fon mauvais Génie. Celui des. femmes 
s'appelloit JiMïon. Il eft bon de remar- 
quer ici que la Théologie Payenne en- 
feigaoit que chaque lieu avoit fon Gé- 
jaîe particulier- 

' Servius (i), Feftus , êc plulîeur« au- COSufje,. 

(4) DW»iatii»nMiient. & wcontc la Fable <c 1^ . 
r^ppeuo Z4M,.ou M«/4, xappoztex, ^ 

T0mII. K 



aiR Explication gusTOMQXfï 

. très Auteurs difent la même chofe ; S( 
c'eft à cette multitude de Génies que Pér 
trône f^t allufîoQ^ lorfcju'il dit /que le 
Pays où il habitoit , étoit fi rempli à» 
ijjiyinités > qu^il étoit plus facile d'y 
(0 MéHtm. trouver un Dieu » qu'un homme .( i ) • 

Toutes ces Fables des Génies ve- 
naient fan$ doute de l'opinion adoptée ^ 
dans la fuite par Platon & les Philolb- 
phes de fa Seâe , que l'air & le monde 
cçtier étoient remplis d'Efprits qui le 
gquvernoient » de en régloient tous le^ , 
tuouvemens : fiflên^e dans lequel ont 
donné plufîçiurs grands Hommes ^ mè^ ; 
me depuis l'établiilèmeat du Çhriftia^ 
niûne ; Se auquel les Cabaliftes ont mê- 
le leuri^ rêveries > en fubftituant à la pla- 
cç. de.ces Efprits, je ne fçai quels Etres . 
imaginaires^ foi^s le npm de Gnomes, dé 
Sylphes , & de Salamandres ; chimères 

Î[ui pi:ouyent que l'efpri^ de l'homme » 
Qr£qù'il ne fuit pai; les lumières de I4 
r^oUrguidée par la Religion j eft capa- 
ble dje donner dans les extravagances 
Içs plus outrées. Le Génie étoit repr^' . 
fente fous la figure d'un jeune honmie^ 
qui tenoit d'une main un vaiflèau à boî- ' 
(») Voy^ re , A: de l'a'iitre line corne d'abondan- . 
g4'dciDiwx..ce {2); quelquefois fous celle d^un, 
ii)inEiUc. Serpent j fur quoi Paufaniàs (a) racon- 



DBS Fables. it^ 

te que les Eléens étant en guerre con-* 
tte les Arcadiens 9 une femme fe pré- 
ftntà aux folâats avec un enfant à la 
màmmelle , difant , que les Dieux l'a-« 
voient avertie de le leur donner pour^ 
compagnon de gaerre. On la crutuir à ^ 

jmrolef & on mit cet enfant à la tête 
àé l*arm'ée. Quelque tems ^près, le* 
ennemis étant venus les attaquer , il fè 
changea tout d'un coup en Serpent ; ce 
cfui les épouvanta fi fort , qu'ils prirent'' 
li fttitse. Les Eléens viftorieux appelle- 
rent cet enfant Sijtpolh , Sauveur de la * 
VtUe. Le • Serpent s'étant coulé fous ' 
terre , on lui éleva en cet endroit un 
aiitél. Ceux qui cherchent des myfté- 
T6S dans toutes les Fàbfes des Grecs • 
îî^iuront pas depeirieà appercevoir dans 
ceBe-cî une ailufion à cet enfant divin, 
dent la mère devoit écrafer la tête du 
Serpent (i) , & qui devoit être le Sau- (t) Voy» 
véur, non d'une Ville feulement, t^^^ ^^;uaTàtn 
detdutela terre.' Mais je croifoîsplus Poëcc»,t.2, 
volontiers que lé bruit qui fe repdndit 
èê cette métamorphèfe , n'étoit qu'un 
ftfetagême des Eléens , qui voulurent 
épouvanter par«-là les ennemie; «ce qui 
lepr, réuflît i & que cette Hiftoire ado^ 
ptée «tfabof d par le peuple , toujours 
porté à ereiiie le furnaturel » efl paflëe 

Kij 



aaa Explication historique 

enfin à la poil^rité fan$ avoir été exa»» • 
minée. Qi^^iqu'il en foit , rien n'étoit fî 
ordinaire ^ que de croire alors que le 
Génie de chaque iie\j , fe préfentoit fou? - 
vent £o\ji;s la fîgujrp d*un Serpent. Vif gi-» - 
IjS dit^ que lorfqu'Enée -céléb^oit dan? 
Fille è^ Sicile F Anniverfake de fon per . 
(a) Encia. ^^ Àndiife (i) j il fortit du toaibeau ua 
^' ^* Serpent , quHl invoqua comme le Gé?» 

lue du Uei^. Survins (4) & Perfe (f) dif 
fentlamêmechoCe* Cependant les Gé-* 
iûe$ apparoifToient quelq^i^eifoi^ fous la - 
figure d'un granà„homme noir, comme 
noujs l'apprenneirt Plutarque p Florus,. 
Se y alere^Maximjp , des Génies de jBrur^ 
tus Se de Gai]ius.. Paufanias Se Suidas 
racontent .que les Témélilens , Peuple de 
l^ Abruz^ en Jtalie ^ étojLent fi eflfrayé? 
p^r les Ir^quentes appariticwis d'un Gév 
fâp épouvantable 9 qu'ils étaient prêts à 
quitter leur pays , lorfque l'Oracle leur 
>épondit , que c'étoit l^ombre d'un deç^ 
çompagnc^s d'UlyfTe, tué dans cet en-f . 
idr^pit en pourfuivant ime Bei'gére dont 
il étoit amoureux $ & il ajouta ^ que 

Soujr l'appaifèr , il faljoit lui bâtir ui| 
'empïe p Scy inmiolier tous les ans une 

(a) t^ulluf enim hcnsfinf fJttwm tpa ùfifnditur. 



j|éûne fille : ce »qui fut exécuté. Cette 
barbare coutume dura jufqu'à ce qu'un 
certain Eutime , amoureux d'une belle 
][)erfonne , que le forp avoit deftinée au 
îacrifice , conibattît lé moftHre , & To- 
bligea de fe précipiter dans la mer; Si 
le Génie redoutable rie parut plus dé- 
puis ce tems-là. L'heureux Amant 9 
pour récompenfe , époufa celle ^our 
qui il avoit Uvré un fi dangereux coni* 
bat. Je n'entre pas ici dans la difcuiïîoa 
critique de tous ces faits : car foit qu'ils 
txc firent foodés qud fur des tfaditicas 
inal examinées , foit que le Prince des 
ténèbres , qui n'étoit pas encore enchaî- 
né dans l'abîme , parût fous ces formés 
hideufes , & demandât ces facr^ces bar- 
bares , pour éterriifer l'idolâtrie dont il 
étoit l'auteur ; il eft fur qu'il ne feroit 
pas aifé de réfuter de graves Auteurs y 
qui les racontent fans aucun intérêt. 

Mais en voilà affez fur de fujet j il efl 
tems de finir cet entretien^ Pouf ce qui 
regarde Gérés 6c Proferpine , quî étoient 
àuffi des Divinités de la Terf e , leur Hi- 
ftoire étant liée avec celle de Pluton » 
liousen parlerons deniain, en traitant 
4es'Dlçux de l'Enferi^ 



Kiij 



iïU2 £xFZ.<CAXI0N'K£STORfQUS 



• X V. ENTR.ET.IEK. • 

Des Juteux de r.Enfef^ 

PiuTON. Y^^Omme k converfation 6s:voit 
\mJ être un peu longue , FAbJbé avoît 
averti Eliante de fe lever plus^ mat» 
qu'à rordinaîre. Aiqfï dès fept heure» 
elle^ fe trouva dans fon cabinet , où elle 
étoît déjà attendue. Et dès qu'elle fijt 
arrivée, l'Abbé commença aînfî. 

Dis ^ ou Fluten, que les Cjrecs nom* 

fnoient Ades , le Monarque fouverain 

des Enfers , étoit, comme nous l'avons 

dit en parlant des Titans j le cadet ders 

trois fils de Sâtutne & de Rhéa. II eut 

(i)Stfabon, pour partage les pâys Occidentaux (i).; 

DomP«rcï & U alla s^étabUr dans le fond de l'Efpa* 

Bochait,Vofl gne , où il s'occupa à faire travailler aux 

fiiif , *c, mines d'or & d'argent qui étoient dany 

la Bétique , & «qui s'étendoient jufqafà 

Cadis (4), Suï quoi il efl: bon de vo»» 

..faire remarquer , que quoique l'E(pagi\e 

(m) La Bet^ue , où Plu- Ce fleuve (btmoiriliittetdU 

ton s'établit , ^toit cette à fon cmbouchiixe une peti* 

i^rovince qu'on nomme au- ée Hle , nommée Tà^tèf^ , 

)ourd'hiii TAndaiouite. Le avec nne vi\ï% du oiême 

fleuve Ectis , qu'on appelle nom. C'ecoit la Taxtefle des 

aujourd'hui Guadalquivii , Ancieni, d'où leTaitties 

lui avoit donné ce nom* été fotaîéê 



^c Colt pas regardée aujourd'hui comme 
un pays fertile en métaux , cependant lei 
Anciens nous eh parlent comme d'une 
contrée où il .y avoit beaucoup de mi- 
nes d'or & d'argent. On nous dit , que 
•les montagnes oc lés collittes étoient g 
t>our ainfî dire , des montagnes d'or (l): (0 Poflîdo- 

- % \ . 1 T» \ /• «P • nuis* 

qu auprès du Tarteie , il y avoit une 
inontagne d^argent (2). Ariftote nous (OAvicnui. 
apprend que les premiers Phéniciens 
qui y abordèrent ) y trouvèrent une û 
^ande quantité d'or Se d'aigent , qu'ils 
ent leurs anchres de la matière prë« 
deufe de ces métaux. L'Auteur du Li- 
vre des Machabées (a) ^ pariant des &o* 
inains , dit que , par la conquête de l'£(^ 
pagne , ils fe rendirent maîtres des mines * 
o'or ôc d'argent qui étoient en ce pay^ 
là. Le Poëte Silius (*) appelle l'Efpagne 
une campagne dorée (5). C'eft fans dou- ( 1 ) Voy «t 
te ce qui obligea Pluton , qui étoit ha- ^^^^^ 
iile dans cette forte de travail , d'établir 
là demeure vers le T^rtéfe j & c^eft 
auffi ce qui le fit pafler dans la fuite 
pour le Dieu des Richeilès , & lui fit 

(t) Et quantd fitentnt h meulld mtginti ^ nuri ^um 
-ftiiwt Hifpdnùe , O' 9*^' i'^<<' /«»'• Machab. lir* i« 
i« p9ttfisttm rtd-eieruHt ch* 8. 

(k) • - - - I^m ttrrâ teJii Iteféi ^ 
,4HriferiJ $dtidèm Thmnix dt^nlfus ab orir« 

K iii j 



a2^ EtPZfC Artois ttïSTCïMQVÊ 
donner le nom de Pluton (a) , au lîeitt de 
celui d'Agéfilaus qu'il portoit : ce qui 
Ta fait confondre fouvent avec Plutus, 
le Dieu des Richefïè^, qu'on difoit être 
T^l" rfils de Cérès Se de Jafîon (i>, Divinité 
poétique 9 qu'on a dit avoir été aveugle » 
pour non» marquer que la diftribution 
aes Richefles étoit plus fouVent le fruit 
de l'injuftice que de la vertu. 

C'eft au^reile la fîtuation du Royaui- 
me de Pluton 5 qui étoit un pays fort 
bas à l'égard de la Grèce , qui l'a fait 
paffer pour le Dieu de KEnfer : H habi- 
toit dans le centre de la Terre, qui eft 
le lieu des mines , qui nous font defcenA 
.dre pour ainfî dire jufques dans l'Enfer 
& dans les fombres demeures des Ma* 
-> nés s pour les aller chercher (Jf). Ceux 
qui travaillent aux mines y meurent or* 
dinairement : ainfi Pluton ètoit regardé 
comme le Roi des morts; le nom même 
qu'il portoit , jides , fîgnifioît perte » 
niort(c). D'ailleurs on regardoit l'CK 
céan fur les^ bords duquel il regnoit» 
comme un lieu couvert de ténèbres j 
& c'eft là, je crois, le fondement de 

( a ) DiBni tfi flUto > quarimus ^ noi ad Inftréf 

£]rt n «Xvrv; hotejl ^ i di- diunt» Pline , 1. 33. c* i» . 
iftitiu i^tut ex terr^ entuntur (0 U paroit fbrmt dit 

nfïfceribus. mot Ph^nicîcii £<i on «^</^ 

4b) infede MdnsMm^tf ^xitiwnm 



DES Fables. 22^ 

toutes les Fjables qu'on a débitées dans 
la fiiite fur Pluton & fon Royaume. Il 
eft vraîfemblable , par exemple, que le 
fameux Tartarê , ce fleuve fi connu dans 
TEmpire de Pluton, vient du Tartèfe 
qui eft près de Cadis (i) ; le fleuve (,) Voye« 
Léthé eft le Guadéléthe , qui coule à ^"i«n > ^ 
roppofitç de Cadis j & le Lac Averne AmTq^uVd^i 
eft tiré du mot Aharona , qui veut dire c^'« 
ijui eft aux exftémtés j nom qu'on a don- 
né à ce Lac, parce qu'il eft près de l'O- 
céan. A uflî Pluton eft-il honoré fpécia- 
lement à Cadis fous le nom de la Mort , 
comme le remarque Philoftrate (4) ; de 
quoi on ne fauroit douter, puifque les 
.Phéniciens , dont la langue s'étoit éta- 
blie à Cadis avec les Colonies que leur 
Hercule y avoit conduites ^ appelloient (a) Boch 
Pluton Muib, qui parmi eux veut dire f^^^"'^^^^^^ 
mnrt (2). Nous ne devons pas diflîmuler chômai. 
.pourtant qu'il y a des Auteurs (3) qui (3) Diod. 

Î rétendent que Pluton n'a pafFé pour le ^* U l""^^ 
lieu des -fc^ters & des morts ^ que par- lin , &c. 
ce qu^il eft le premier qui inventa dans 
la Grèce Fufage des pompes funèbres & 
des autres cérémonies des funérailles. 
Quoiqu'il^ en foit , tous les noms qu'on 
lui donnoit dans les diflerens pays oà il 

(a) Sêli hominu!» feftis btéttit. dit -il 4a Peuple 
Untibus àlwum <#/«• de Cad»» 

K V 



226 Explication hxstoriquk 

étoit honoré, ont tous rapport. à cette 
qualité de Dieu des Morts. Les Latins 
l'appelloient Sumanus (a) j les Sabins 
Soranm^ mot qui a rapport à celui de 
cercueil ; d'autres Orcus , ou Argus (ùy , 
ou Ftbfuus (f ). Les clefs qu'on mettoit 
à fa main au lieu de iceptre , fîgnifioient 
que ce Dieu avoit les clefs d'un Royau- 
me dont on ne revient jamais : les faai- 
-fices qu'on lui offroit de brebis noires^^ 
& autres chofes de cette nature ^ y £d- 
.foient auffi allufîon. 

Au refte Piuton^ quoique retiré dans 
le fond de l'Eipagne > apprit des »ot>- 
velles de k beauté de Proièrpine fille 
de Cérès Reine de Sicile j& réfolut, 
félon une coutume fort ordinaire de de 
*em^-là , de l'enlever : peot-être même 
que l'ayant demandée en mariagey cette 
jeune riMyceSk ne voulut point quktcr 
Ùl mère pour aller dans on diinat qu'on 
regardoit comme le bout du monde» 
D'autrcsPrinceflès a voient éxé appareim* 
ment d:u même gontr& c'eft ce qui s 
&it dire aux Poètes (4) (ans do«te y que 

^4> Comme qui diiob: fùtum. 
Vèen des Mdntt. CO ^*^ ^^vx mot Ittm^ 

(fù) §Haf urgtftt m in- tebruo^ifutio , lupro^ 

(4 Dux ^rehitpèvndim tpmidss tHarfit ht iftcs-, 
Tr^iid mêturus Superh , ^fuèU frlut eitret 
C^itnMif »fle*iiff^^* dià eonfiameret nnwBU 

CUHikuRis^ de iUptu Pioftr{iQff yii i* • 



hus Fables. 227 

ceD îeu s*étoît plaint hautement , que > 
quoiqu'il fut frère de Jupiter & le plus 
riche Prince du monde , perfonne ne 
vouloit Pépoufer : ainfî il réfolut d'enle* 
ver Prdferpine. 

Dio (4), c'eft ainfî que s'appelloît 
Cérès, étoit Reine de Sicile (^)* Le 
règne de cette Princçflè fut recomman- 
dabte par le foin qu'elle prit d'enfeîgner 
à fon peuple Fart de cultiver la terre 
& de femer du bled : elle établit auiS 
plufîeurs loix concernant la police (z) <»}poîphf- 
& la propriété des terres', afin qiie cht- ^^i"**^ 
cun put recueillir fans être troublé, le 
bled qu'il avoit femé (c) : c'eft ce qui a 
fait toujours regarder cette Reine com- 
me la DéefTe du bled Se de la terre* H 
cftbonde remarquer toutefois que Cé- 
tès n'apprit l'agriculture qu'aux Grecs ; 
les Egyptiens^ les Chalaéens & plu- 
sieurs autres peuples l'exerçoient long- 
tems auparavant. Il y a même ' bien 
6e l'apparence , que cet art n'avoit 
pas été inconnu dans la Sicile & la 
Grèce , jufqu'au tems de Cérès ^ & 

(4) Voycï le t. 6. de la ih) 11 y i ett une aucse 

Bibl. univ. eu M. le Clerc Cérès , fille de Coeliu» 

explique cette Fable, aprèi Btsh. /. Geneal. Dior. 
Th^odontius & les suites (c) Ce que Virgile 

•iKiens Auceius > fiuTébe , appelle s ?4rfir> . limrtt 

àtm camfnm, 

K vj 



.228 Explication historique 

qu'elle ne fit que le perfeékionner. - 
r«mL. ^' Gérés faîfoit fon f^jour . ordîr^aire 
Diod. liv. 5» dans un lieu délicieux de la Sicile (i) , 
^^i^^f/^* jl .nommé- Enna, qui veut dire fontam 
9c auttcs. Agréable (2) , où il y avoit de belles prai* 
(2) Boch. ries arrofées de fontaine d'eau vive^ (a). 
Cham Uv. X. Sa fille unique s^appelloit Pheref^Mta, 
qui veut dire/rwi/ dlandant. Comme elle 
iè pramenoit un jour à l'écart dans ces 
agréables prairies y cueillant des fleurs 
O) Straboft» avec fes compagnes (3) ^ quelques Cor- 
L 7. Orphée, fàires qui avoient été envojpés^ d'Occi- 
Ovia'^a^î.* dent par Pluton,rcnlevérent; & l'ayant 
¥rirfinwf,9cc. mîfè fur un chariot , la c<Miduifi^rent fuç 
le bord de la Mer , où s'étant embar--^ 
.quée> elle fut conduite dans le fond de 
rE(pagne à la Cour de Cott oncle. On 
publia que Piuton lui-même l'avoit enr 
levée , parce qu'on attribue au chef ce 
iqui fe fait par fes ordres (i). Et comme 
ceux qui l'enlevèrent s'étoient cachés 
pour répier dans les cavernes da mont 
Etna , on dit que Piuton étoit foyti par- 
la de l'Enfer. Cette montagne qui vo- 
mit fins ceile des feux & desr fiâmes , a 
toujours été regardée par lès Poètes: 
* comme un foupiraiL de l'Enfer. Cérès 

(t) VtoUs alixfqut fiêtwm {b) PanTam in C»rintb, 

•tnttihHt t/iridem* Diod. Le Pbëte Claudien a fâitun 

*«r. eit, Cic^fon, Uc. cit, en ex<Jelîent Poëme fui le SUgc 

6ic u^c bflk 4efcriptioat de Pxoferpinc, 



DES Fables. 1^25^ 

Kiformée du malheur arrivé à fa fille y 
Talla chercher par toute la Grèce ; & 
^pf es bien des fatigues, elle^arrêta dan» 
im bourg de F Attique' nonHné Eleufis y 
eu eUe apprit que le vaifTeau qui la 
pottoit , étoit allé du côté d^ Occident. 
Elle fe plaignit hautement de cette in- 
jure à la Cour de Jupiter : mais «lié n& 
put obtenir d'autre fatisfaftion, finoi> 
que la jeune Reine auroit quelquefois la 
liberté d'aller voir fa mère > & de, paflèr 

auelque tems avec elle r ce qui fan» 
oute a donné lieu à feindre que Jupi- 
ter avoit accordé à Gérés que fà fille 
lèroit fix mois en Enfer & fîx mois fur 
la Terre avec elle. La Reine de Sicile 
fiit appaifée j on kiî avoit perfùadé que 
ce mariage convenoit à fa fille > quoi- 
qu'il y eût un peu de différence d'âge 
lentre elle Se fon oncle (4)^ 

M. le Clerc ^ dont nous avons em-' 
prunté une partie de cette explication ^ 
prétend , après^ Théodontius y que cç 
n'eil pas Pluton qui enleva Proferpine j 
jnais Aidonnée Roi d'Epire y ou Orcus 
Roi des Mololïes. Comme Aidonnée 
faifbit travailler aux mines ^ & que 

(«) Virgile , £v. € y^dit AtxmelTeneiit, qja'eUe éioiir 
.iiî^ce de Pkton : 



^our aller dans fon pays il felloit paif€# 
un fleuve rfctomé rAchéron>il eft fur 
qu'on a fouvent confondu ce î^rincô 
avec Plutoft j & l'on ne peut pas doutef 
mêrtie que fon Hifloire ii'ait fort fervi 
à embellir celle du Dieu des. Enfers* 
L'Epire qui étoit un pays fort bas j^r 
rapport au refte de la Grèce, étoit prife 
pour l'Enfer ; & il eft fur même que l'on 
regarde les voyages que Théfée , âc 
après lui Hercuie ^ firent en Epire ^ 
fi) Veyn comme des voyage» d'Enfer (i). M^ 
lu^éâsf^ aprè^ tout» le Rapt de Profcfpine ne 
fcauroît être mis fur le compte de cet 
Aidonnée ; puifqu'il ne vivoit que vers 
le tems de la conquête des Argonau- 
tes , environ 2^ ou 30 ans avant le dèr- 
mer fiége de Troie- , & que PltA:oil 
(1) Voyn yivck du tems d'Ifàac (2) , & Çérèi 
I? Hiftoirc cies euvîron ce tems là. Et certes v a-t'3 
tftii». apparence que cette Keme n ait enieigné 

à la Sicile & à la Grèce l'art de cùlti^ 
ver la Terre, que du tems^ d'Hercute 
& de Théfee (4) ? Vivoit-on alors> dé 
gland Se d'herbes fauvages. Et dès le 
tems des Lycaons & des Phoronées, la 
Grèce a'avpit-elle pas appris à fubft^ 

(•) Trififd, Ctrei nncê terram Jimovit ardif ^ 
Tfim4rdtdi$ffngt9 » alimentéit^e mitin terris^ 

Vtfg|J»QetfS»Li» 



DES Fables, 251 

tuer une nourriture plus folide à cel- 
le qui lui était cammune avec le^ 
bêtes (tf) ? 

Je fçai que ce fçâvânt homme diftiit- 
gue d^x Aidonnées , un conf emporainr 
de Théfée » & Tautre d'Abfaham ou 
d'Ifaac ; qu^il dit que ce fut du tents de 
ce dernier que Proferpine fiit enlevée» 
Mais outre que ces deux Rois d'£pire 
fe reflêmblent trop pour être difiëren* 
Tun de Tautre y il fera vrai de dire que 
ce n^eû plus qu^une queftion de nom ; 
& qu'il ap|>elle Aidoftnée le Prince _que 
je nomn^e Pluton ; qu'il lui donne TE- 
pire , & moi l'ECpagne pour partage. 

J'ai oublié de dire que Céirès étant 
arrivée à Eieufis(^), fe trouva fî fati- 
l^e 9 qu'elle fut obligée de & repofer 
attpj:è9 d'un puits > où les priûcîpaax du 
f>ays k vinrent voir /i) : encr'autres» ^, (') f* 
1 riptoleme > & une bonne femme nom-* api et Ai no- 
jnée Baube». qui lui offrit fa maifon , & >« » Gicmc» 

1 • 1 ^ t r '^ !_• t ' Alex. AmU 

Im donna 9 pour la rafraîchir , un breu- lod, ftc. 
vage compcîfe de miel & de vin , que Gé- 
rés but avec beaucoup dWidité.Un jeu- 

^ (4) On ne- ff ait t>at qiiel àt l'Att^ue à VOcâéiStte 

ctoic le mari de Cerès.Hë- <r Athènes. C'efi aujouf^ 

Û0àc dit <|u^il s'appeiioit ^Kui Lepfine* kfwi«%ra- 

Jupiter. Théodomius dit iîe avènement. Ainfi iiy^» 

ou elle avoir epcMiTé un iU)i - lieu de oroire ^ue ce nom 

4e Sicile. fut donn^ au lie«i où ir'aisi- 

(^; Jblettiû eft une Tilk laC^fèfc 



aji Explication tusTOKiQXJ^ 
ùe enfant qui la regardoit s'étant pris! 
irlre 9 en fut puni fur le champ : Se coià« 
me il s'appelloit ^eut-être Stellib , on lie 
• doit pas^ chercher d'auti'e fondement que 
la refleinblaiice desilbmsirta métamof- 
f f) iiv, 5. phofe d'Ovide (i)> qui dit qu'il fut 
changé eii LéfàrA 

Comriïe le famet« Trîptoleme , fils 
de Céleus , Pririce d'Eleufis , fut un (^a) 
de ceux qui- fit le plus d'accueil à Ce- 
f es, elle ïuî apprit T Agriculture & les 
Loix qu'elle avoit données aux Sici- 
liens: ce Prince s'en fervit avec fiiccè^, 
& les fit obferver danS' la Grècè:& peut- 
être même que Ijp nom de Triptoleme^, 
|ui veut dire , Rompeur défilions , ne lui 
fut donné que parce qu'il enfeigna l'ait 
de cultiver Je terre. Cèrès^lui avoit prè- 
le im de (es vaiflèaux ,> (ur kquelil par- 
courut toutfes les côtes vojjSnes. Les 
dangers qu'il courut en quelques en- 
droits 9 ont faits doute donné lieu à la 
Fable de Lyncus ,. dont oa a marqué ki 
cruauté en le changeant en Loup-cef- 
OJ ovîd. vier (i). Triptoleme çchapa heureufb- 
"•^^^ ment des mains de ce Tyran r q«i > ja- 

(4)Homere,0().L 5 , croit Plmiit, Pieu «Ws Richeflèt ; 

'WAme que Ccrès aima Tri- ce oui veut dire que le fotiv 

ptoleme ;' & le Scholiafte de 1 Agriculture produit V^ 

et Théocritc dit que c'cft bondanct ft les zi«h^fijcf » 
M cette intrigue ^ue iuu|uit 



.?; 



îôUTC de fa réputation , vouloît le faire 
mourir. Que fi la Fable dit que Tripto*- 
Jeme 9 dans fes voyages , étoît monté fur 
iin char tiré par des Dragons ailés , c'eft 
par une équivoque de' la langue Phéni- 
cienne 9 dont les mots employés dans 
cette Hiftoire , fîgnifioient également 
ides Dragons ailés , ou un vaiflean gar- 
sn. de pointes de fer (a) ; ou fans y cher- 
cher d'autre myftére , parce que ce vaït 
leau s'ajppelloit le Dragon. Les Poètes 
dilènt que Céf es nourrit de fbn lait le 
jeuneTriptolemejce qm veut dire qu'elle 
le forma : ils ajoutent que la nuit elle le 
mettoit dans le feu fous la cendre ; ce 
qui doit être entendu de quelques purifî-' 
jCations. 

Cérès de Retour en Sicile y régna pai^ 
jîblement le refte de les jours. Après fa 
mort 9 on établit dans cette ifle 1 & fur- 
tout dans la Grèce , par les foins de Tri* 
ptolenie 9 plufîeurs^^ Fêtes en fon hoiw 
neur : c'étoient les fameux myiléres £> 
leufïens (*) , qu'on célébroit avec tant 
dç fîlence , 6c qu'il n'étoit pas permîa 
de révéler. Je n'ai pas deflèin de m'éten- 
dre beaucoup fur im fujet traité à fond 

f<) Voyex le CUrc, fêc, rd, /'. j, a 14. 

fit* qui fur les lumières (b) Ainfi appelles , parce 

ée BochnCy a fourni cet^ . qu'ils fiitenc inftitués i £« 

te cpajeâiue. Bêcltéiri, Hii^, Icuiù» 



i 



ft34 ÊxpLi«ATïtiisriÉfisToATau«r 

ar tarit de grand* hommes (^. ToutdF 
fes cérémonies qui s*y obfetvoîent y 
avoient quelque rapport aux Loix que 
Cérès avoît établies^, Se à PAgriciiltu*^ 
te qù^eïle avoit enfeignée. Mais parocT 
qu'on pourrok me f eprôche# de n'avoir' 
]^int parlé d'une matière fi' ihtéreflàn** 
te , je vai» Vous apprendre en peu de' 
feots, ce que c'étoit que ces myftéres j 
& ce que j'en dirai Ce réduira à trois^ 
chefs : Je parlerai à*ai>dtd des Fêtes $ 
eniùite des Initiés ^ enfin des Prêtre» 
^ui les céléSfoient. 

Les Siciliens 5 pour recorinokre leisr 
obligations qu'ils avoient à cette Déefr 
ie , établirent def Fêtes Se des Aflem-^ 
t)lées folemnelles ^ pour perpétuer la 
mémoire da ks bie»aits< ÎÀ tehis mê-^ 
Aie dé l'année niarquoît la railbn de leiir 
Inftitution^ puifqu^on les célébroit un 

Îeu avant la moiâbà en l'honneur de 
^rofèrpiiïe;^ & dads le tetftd des (ëmait^ 
les f eiï l'honneur de Dio. L'une Se Vaw 
tre de ces Fêtes fe célébroit avec beau<i^ 
Coup de folemnité ; Su Diodore de Si* 
cile nous apprend qlie dans^ceile^ci, qui 
duroit dix ^ours , on y fcpréfentoitl'an'^ 
eienne maâiére de. vivi^e des hommes ^ 

(«> lifex M€ttt£tti , ^ui a fint an 4oâe Tnité fitt ca 



rtvaât (Ja^oneût inventé rAgrIculturé# 

Les habitons de l'Attique , touchée 

'des bienfaits de Cçrès , aioii que les Si-* 

.ciliens , fé difiin^uérent auilî par les Fè^ 

t^ qu'ils inftituérent à Coti honneur. 

La première s'appelloit Proerojiâ , 
.]>arce qu'on la céiébroit avant que def 
Jëmer & de labourer ; & on donna à la 
.3>éefre le furnom de Froerojie , félon la 
coutume des Anciens f qui donnoient k 
leurs Dieux autant de noms , qu'ils 4- 
voient de Fêtes & de Temples. 

La féconde , qui étoit célébrée à A-' 
Aénes pÊU it te!!!î après , c'eft-à-d^- 
re 9 vers la mî-Oftobre , étoit nommée 
TbefmopborU , c'eft-à-dire , la Fête de la 
Ligtflatme, Ce fut Triptolerae qui lin*' 
ftitua.Mais quelques cérémonies Egyp-^ 
tiennes ajoutées dans la fuite à Focca- 
iion d'Orphée & des Danaïdes > firent 
croire à quelques Anciens, que c*étoit 
une Fête d'Ifîs & d'Ofîris , paffée d'É- 
gypte en Grèce. Cette Fête duroit cinq 
jours : & l'on choififlbit chaque jour 
deux femmes nées d'un légitime mari^*- 
ge» pour y préfîdet; & elles faifoient 
offrir des facriiîces, félon leurs moyens^ 
par un Prêtre, nommé Stepbanophare,, 
ou Courvnné^ Elles partoient d'Athènes 
poiu: Eleuiîs j oà fe ^ifoient les £icri&« 



ces le deux du mois Pyànepfîon {ay^ 
' Se l'on appelloit cepurAk^ Anod(rs\ c'eft- 
à-dire, U Montée , p^fce qu'on itibntoît 
à Eltufi^. Ces mêmes femmes pof- 
toient fur leurs têtes les lîvfès^des LoSc 
de Dîo' f Se charitoient deis Hythnes à 
fon honneur. Quand elles étoient arrî- 
vées à Eleufis , elfes vivoient dans- urie 
grande retenue , éloignées de fe com- 
pagnie des hommes, & paroiflbieht* darts 
des habits niodefles & fahs couronrie 
fiir la tête , s'abftenant fiir tout de marf- 
ger des grenades , dont le fruit avoîC 
été Û funeffe à la D^effe: Elles jeût- 
lioientle troilîéme jour,qu'ellespafroieat 
ëans fe Temple' de Cérès , affifes au pied 
de fès autels. Eniuite elles' iè difoienr 
des injures,' pout tâcher de fe' faire rîrè. 
Enfin on faifoit des- faCrifices en fécretf ; 
& il n'étoit pas permis d'en publier les 
cérémonies. La Fête fihîflbit par un (a- 
crifice nônfimé Zemia , c*eft-à-dire , Je 
' F amenda ; Se c'étbit potfr expier les fau- 
tes qu'on ppuvoit avoir commifes pen- 
dant là folêmnité; * . 

La troîffiéme Fête ctoît cdébrée au 
ihois de Décembre ; elle 5'appelloit -^- 
tâdt du mot Aies , qui veift dire une Grétt^ 
gey parce que c'étôit le tems où Foo 

(^ U^x^ondoiren partie à'obtrè mbtt dK>ôobte. ■ 



1> ES F A BU s 5. ^57 

«Yoît accoutumé de battre le bled , 3ç 
.de demeurer dans les Granges. 
Mais la fjus foleninelle était .cellie qu'oa 
célébroità EleuSs au mois d'Août (a) t* 
& qu'on nommoit par excellence les. 
myftféres d^ Dio. On ne convient pas, 
qui f^t celui qui inftitua cette Fjête : il y 
a des Auteurs qui ont cri^ que c'étoïc 
Ereâhée s d^autres , Mufëe^ ou Eumoh- 
pe^ ou Orphiée. Trois chofes avoient 
donné lieu à Finilitujt^oa de cette Fête s • 
rinvention de l'Agriculture 9 les Loix 
de Cérèsj & les autres avaatures qui 
iui ëtoient arrivées à Eleuiîs : & le foû^ 
vvenir de tout cela étoit renouvelle par - 
des» cérémonies particulières (*). Ainfî 
cette fplemnité railèn^bloit l^s motifs 
de toutes les autres. 

Lfîy-myftéres Eleufîens étoîent de 
deux (brtes ; les grands Se les petits : Sç 
dans les uns & les autres il falioît être 
capable de garder un grand ièc^et. Com-;- , 
me Triptoleme avoît pr^çn&é qu'aucun 
Etranger ne pourroit être initié dans les 
grands myftéres ; Hercule cependant, à . 
qui on n'ofoit 4en refuJêr ^ demanda d'y 
être adinis } 6c on iaft;tua à fon pcca;- 

M Ç^toit dans le opoif {h) Vo^^ï Meur/uts, da^P 
Bocdtomipn , .qui fjépond fon Traité dei Myftcfçp 
ÎJ.Pî^Je i ootté mo» lilenficiw; dr M. le Cleilt • 



flfjS Explication HisiroRKiUB 

£on quelques cérémonies » que Ton ap^ 

Jella les petits myftéres^ , qui forent ce- 
Jbré$ dans la fuite à Agra près d'A-^ 
tihénes. Ceux qui a^iroient à y^tread-^ 
mis 9'fé resdoient dans ce lieu au moit « 
de Novembre , Élcrifioient à Jupiter , 3ct 
gardoient la peau de la viftimc pour la» 
; liiettre fous leurs pieds» Ibrlqu-oft le# 
purifioît au bord du fîeuVe Il^fiûs. On^ 
lit fçait pas au juâè de quelles cérémcMi 
ùes on fe fervoit dans ces luftrations ; • 
00 fçait feulement qu'o» y employoît^ 
du fet; des feuilles de laurier -, ae l'or- ; 
ge des couronnes dé fleurs , de Teau 
de la mfBr & dé celle du fleuve. Celid:' 
qui fàifoit là cérémonie , ^âppéHoît È^ - 
^Mifoi , pltfcequ^it verfok de Fèau fer> 
ceux quiafpiroient ajixmyftéfes* Rfel-'-' 
léit aufli garder la chffftété pendant ce 
tèmps-Ja , 8c facriflèr enfin une TVuye^' 
pleine* Ges petits? myftéré»- fervoicntî* 
de préparation aux grande. Ceux -et"* 
éfeiént célébrés à Eléuife ;* Scj c'étoiç^ 
piàr leur moyen qu'on 'étoit èiitié auic- 
cérémortiès fécretes de Çértfs.^©* eflSfct , . 
aprè» avoir paflH^paf ces- IbrmaHtéi^i ori: * 
(1) mW ^t»îfr Afjfie-^ r ) , c*:efl^^itey tw éVast^ 
d'être bien-tôt ^niti^ à Eleufis 5 oà Too . 
(1) ViAmm dey énôit £pi^e (a) , ou témoîrts des cé- 
rémonie' l69 pius^ ^prettes ; ce qurV>o** 



^ jdesFa^le*» 939 

^'ôbtenoit-qu'après cinq an^ de noviciat 
pendant lefquels on poi;voit entrer dans 
je vefti^ule du Temple j mais non dans 
hi. iànânaire : & même lorfqu^on étoit 
£p0pte , il y avoit encore bien des cho?- 
1^9. dont la coppoiflànçe était réfervée 
aux %ils Frêtreç. 

Quand on imuoit quelqu^un 9 on le 
£dfbit entrer de nuit dans le Temple » 
après lui avoir fait laver les niiains à 
l'entrée , 4^ Pavdîr couronné de myr- 
the : on ouvroit enfùite une eaiTette oin 
ëtoient les Loix de Cérèsj & les céré- 
monies de ces myftéres ; Se après lui 
co avoir fait la lefture , on les lui fair 
foit tran(crire« Unjéger repas» en mé- 
jaoire de celui que la Déeflè avoit fàt* 
chez Bàubo , fuccédoit à cette cérémo* 
lûe^ Après quoi les Myftes (4) entroient > 
dans, le fanâuaire^ 4ont le Prêtre tiroit 
le voile ; & tout étoit alors dans une 
grande obicurité : }xn moment après> une 
vive, lumière faifoit paroître la Statue de^ 
Cérès magnifiquement ornée : 6c tandis^ 
.qufâs étoient appUqué^ à la confîdérer>. 
lalumiére djirparoiilbit encore ; Se tout 
4toit de nouveau couvert de profondes 
-ténèbres. Les éclats de tonnerre qui C^} 

U) lefl Myûci icoieyit à p^ pxèf (emUajbles à nof 



^o Explication historique 

faifoîent entendre , des éclairs qùibrîl- 
loient jde toutes parts » la foudre qui 
toniboit au milieu du fanéhiaire 9 & mil-' 
le figures monftrueufes qui paroifToient' 
<le tous côtés 9 les rempliÂbient de cr ain« 
te & de frayeur^ Mais uii moment après^ 
le calme fucccdoit ; & l'on appercevoit. 
dans un ^and jour une pfalrie agréa* 
Ue 9 où Foh alloit danfèr 6c £e réjouir; 
Il y a apparence que cette prairie étoit» 
dans un lieu enfermé de murailles ^ der- 
rière le fanAuaire du temple 9 que l'on 
ouvroit tout d'un coup lorfque le jour 
étoit venu ; & ce (peâacle paroifibit 
d'autant plus agréable , qu'H fùccédoît 
à une nuit où l'on n'avoit prefque rien 
VÛ que de lugubre & d'ef&ayant. C'é- 
toit-là où dans la joye ôc les plaifirs on* 
révéloit fous les fécrets des myftéres. 
C'eft-Ià 4 félon quelques Auteurs , où 
régnoit la licence la plus effrénée. On' 
y faifoît voir le Mjllos , que les Slcî«, 
Uens portoient dans les Fêtes de Cérès 5 
£c Tertidlîen y ajoute le Phallus des E- 
gyptîens. Mais après tout , on ne fçait 
pas trop ce qui s'y paflbit. On garda 
iong^tems un fecret impénétrable : A? 
^ns quelques libertins qui fe firent im«' 
lier pour révéler ces myftéres , on n'en 
àuroit jamais rien içû. Ce qui eft vraif 

c'eft 



DES Fables. 241 

c^eft tjue l*on éxigeoît beaucoup de re- 
tenue .y Se même une chafteté aflfèz fe- 
vére des Myftes Se des Femmes qui 

1>réfîdoient aux Fêtes de cett^e Déefle : 
es purifications Se les ablutions qu'on 
pratiquoit , feroient même croire qu'on 
û'y ëtoit pas fi difiblu que quelques 
Auteurs l'ont prétendu i à moins qu on 
fie veuille dire que les dëfordres dont 
les Pères de l'Eglife parlent , n'étoient 
pas de la première inftitution 9 dc ne 
s'y étoient glifles que dans la fuite. La 
nuit s'étant paflee dans ces cériémo- 
niês , le Prêtre congédioit rAflèmblée 
^vec quelques mots barbares , qui font 
voir qu'elles avoient été injftituées par 
des gens qui parloient une autre lan- 
gue (4). 

Mais après avoir parlé des Fêtes de 
Cérès, & des cérémonies des Initiés, 
il faut, avant que définir, dire un mot 
des JVCniftres qui y préfidoient. Le pre- 
mier ëtoit un Hjeropbdnte , ou un Afy^ 
ftdgogue , c'eft-à-dire, un homme qui 
montre les chofes facrées (i) ; & il né* 
toit pas permis aux Initiés de dire fon 
nom aux Profanes. Cet Hyërophante 

{et).. Ces mots étoient 1er 9: ntfint faire dt méiL 
'tMxjkpmipax t ^ueM^le (h) On l'appelloit «uffi 
Oei c prctoid %mfieff v(i7* « mi^lftielMs Piephéte. 

Tm. II. L 



^^ Explication historique 

devoit être Athénien » de la famille dêî 
Ëumolpides ; il devoit avoir un cei taîti 
âge, & d'autres qualités prefcrites par 
ks Loix ,. Se garder une continence per- 
pétuelle. Le (ècond étoit un Ddducbe ^ 
on Porte-flambeau.Le troifiéme, im Hé^ 
saut fàcré. Le quatrième , un Minjlilre de 
l'autel j c'était un jeune homme qui 
prioit pourrAflèmhlée, & obéïflbit aux 
«utres. Il y i|voit ^ outre ces quatre Mi-^ 
iiilres , deux Prêtres pour fkcrifier , Se 
cinq Commiflàires pour avoir foia que 
tout fè fît dans l'ordre ; Je premier s'apt» 
pelioit le Roi , & les quatr/s autres Efjm 
mfletes. 

La Fête de l'Initiation duroît neuf 
jours. Le premier s^appelloît Agjrmos, 
ou jour de l' Aflèmbjée j Se c'eft celui 
qui étoit employé ^x cérémonies dont 
je viens de parler. L^ fécond i on en» 
voyoit ks Myfles à la mer pour fè la* 
ver. Le troifîéme , on facriiioit uA bar« 
f>eau avec de la farine & des gâteaux» 
Le quatrième $ on faifoit tirer par des 
boeufs un chariot , dont les roues étoient 
faites comme des umbours. Les fenw 
V[it% marchoient à la fuite de ce chariot^ 
criant : Bon jour y Mère Dio ; Se portant 
àts cailettes 4 dans lefquelles il y avoit 
desgiteauxi de U Im^p dé? gren^de^ 




DES Fables. 24} 

«dr de* pavots. Nul profane n*ofoit/r©» 
garder ce chariot ; & fi Ton fe trouvok 
^aux Fenêtres, il falloit fe retirer. Le 
cinquième , on marchoit toute la nuit 
'àsns les rues, pour imiter la recherche 
qu'avoit fait Cérès de fà iîlle. Le iîxié- 
me , on conduifoit d'EIeufîs à Athènes 
la ftatuë d'un jeune homnïe couronné de 
tnyrthe , & portant à la main droite un 
flambeau. On Tappelloit /acches ; nom 
que M. le Cl^c dérive du Phénicien 
Èaacbj qui marque une' interjeftion de 
joie & de tranfport. En effet, on ac» 
compagnoit cette ftatue avec de grands 
cris de joie & des danfes ; & il y a toute 
apparence qu'elle liepréfentoit quelqu'un 
de ceux qui fuivirent Cérès dans fon af* 
fliftion. Le feptiéme , on célébroit les 
Jeux Gymniques^, où les combattans 
•étoient nuds. C'étaient les plus ancien* 
feux de la Grèce, inftitués en mémot*» 
re de l'invention du labourage. Le feuÎ4 
ùéïùè étok employé à l'initiation dé 
ceux qui ne Favoient paS' été. If était 
BOhimé EpiddurU , parce qu'Efeulapé 
^oit arfhré ce jour-làd'Epidaure pour 
^tre initié; ce qu'on" avoit bien vouhi 
feire en fa* faveut* Le neuvième étoît 
tm^yé èrêmpKr dMx vaiffeaux avec 
de reau i ^ftèstpji^ i on tes verfbit eo 

L i}. 



';Î44 ExPLîGATION HISTORIQUE 

prononçant quelques paroles , par let 

Îuelles il fembloit qu'on demandok à h 
>éefle de la pluie , pour rendre la ter- 
u^k a7^ *^^ féconde (i ) ; & ce jour-là fe nottimoit 
/•/.«>. ^'Plmochcé^ conuiie qui diroit un vaif^ 
-feau de terre, plat au fond. Tels étoient 
les plus grands myftéres de la Grèce 9 & 
aufquels prefque tout le monde vouloit 
être initié. Tout y repréièntoît PHîr 
iloîre de Cérès , fes loix & le foin qu'eU 
le avoit pris de l'agriculture. Le fécret 
y étoit fur tout extrêmement recom* 
> roandé > non pour ^n cacher les abomi* 
nations ; mais » comme le prétend M. le 
Clerc , après M eurfius Se quelques An«? 
ciens, parce qu'on découvroit aux ini? 
fiés la véritable Hiftoire de Cérès & 
de Ùl fille 9 qu'il étoit important de ca-? 
cher au public > de feur que venant à 
fçavoir 'que ces deux prétendues DéeA 
fes n'avoient été que i&ux femmes mor- 
telles 9 leur culte ne devînt mépjiikble, 
i4?fi2f.T ^^^*^^" fayoriiê cjette opînios (2) , 
l't^u * ^ infinuant que c'étoit l'humanité 4e 
Cérès & de fa fille > je lieu de leujrs. fé- 
pulgres , & plufîeiu's autres chofeSt de 
cette nature > que l'on tepoit cachées 
. avec tant de foin. Cepeadajit il ^eft J>oa 
de fcavoir qu'on permettoit aux initiés 
jde /ça eptreteoir çatre eux£ ce qui fai? 



^ 



fiifis Fabien; ù^f 

îoli que le fécret les incommodoît 
moins. t 

Comme il fe mêla dans ces myftéres 
plufîeurs infamies & quelques cérémo- 
nies Egyptiennes , c^e& fans doute ce 
qui a donné lieu àDiodore (i) & à (i) Lw^u 
quelques autres , de dire que Gérés 
étoît la même qu'Ifis (a) , Sc que Tri-f 
ptolénie , venu d'Egypte , avoit apporté 
dans la Grèce le culte de cette Déèflè; 
Sur quoi on peut dire , que véritable- 
ment Gérés étoit de Grèce ; mais que 
dans la fuite on la confondit avec les f 
qui avoit enfeigné aux Egyptiens l'a-* 
gricùlture ; que l'une & l'autre étoit 
tegardée comme la Déeffe de la Terre j 
& les Grecs , qui vouloient que tous les 
Dieux eùfîent pris naiffance parmi eux^ 
avoient dépouillé l'Hifloire & les céré- 
monies d'Ifîs; pour en orner le culte de 
Cérès (b). Car> dans le fond, tout ce 

{a y Diodoxe pouvoir l'arrêtbit à (Quelque çhofe ; 

Évoir appiis cela de San- tant la variété eft gtande 

tkoniatnon , qui prétend dans les fentimena î Sc h 

S [ne Proferpîne , fUle de même Dîodore captés nom 

aturne , étoit d'Egypte , avoir dit dans le livre pre« 

êc qoe fa Fable ne paiHi mier, que Cérès étoit ht 

que long-teoM aprèv fà même qu'lfis , nous en pai- 

mort en Grèce. Il ajoute, le dans le livre cinquième, 

que cette PrinceiTe mou- comnike d'une Reine de Si- 

xut jeune* Mais dans ces cile* 

anciennes Hiftoites, on n'au» (è!) Sur tout rufase dki 

toit jaauûs fini ^ £ on ne Pbiilui» qu'lfis avoit coa* 

L iij 



$4^ ExPUCATTDN HI5T«yRI(iUB 

qu'on vient die dire ne reoferme que Vé^ 
tablifTement du culte d'Iiîs dans la Sici« 
le & dans PAttique. 
• Les Prêtres tâchèrent, dît Alcîdon ,^. 
d'embrouiller dans la fuite la véritable 
Hîftoire de Cérès, ayant eu foin fur 
tout d*y mêler beaucoup de furnatureU 
poiir perpétuer un culte dont ils tiroient 
îeurfiibfîftance. Les Phîlofophes PayenSy 
prefles par lesPeres de FEglife , qui leur 
reprochoient les infamies du culte de cet» 
teDéelfe^toiu-nérent tout à Paliégorie;& 
4c dirent qu'on avoit feulement prétendu 
nous apprendre par laFable deCérès^que 
la Sicile ayant foufFert pendant quelques 
années une grande difette> on avoit feint 
que Pluton , le Dieu de la Terre , avoit 
enlevé Proferpine , dont le nom lignifie 
V abondance : & quelque tem» après, la 
Terre étant devenue fertile , Jupitert 
qui étoU l'Air tempéré, avoit rend» 
Proferpine à Cérès , à condition qu'elle 
il) Voyet demeureroit fix mois en Enfer , & fix 
tj^i'S. 7?t- ï^^ois fur la Terre , pour nous marquer 
près Vaiion. que Içs grains demeurent la moitié de 
( 1 ) Dan* l'année dans le (èinde la terre (!)• D'au<- 
Eufcbc, Pxcp. ^^g allégorifent après Sanconiaton (2) , 

•ùcté après la mcit de fon xodatc die avoir ece portée» 

mari Ofiris , comme nous dans la Grèce pat les fiilei 

l'avons dit dans foaHiftoii e; de Danaiis» 

-AiesTesmophoiicsqu'Héi- ■ ,- 



U l^tf Ue de Tenlé vement de Profefpinô 
tj'une autre manière. Cette Princeflè > 
qui, fuivant cet ancien Auteur» étoic 
nlle de Saturne ^ étafit morte fort jeune 9 
on publia que Pluton , que les Phéni- 
ciens appelloient M$uth , qui veut dirtf 
U Mort , l'avoit enlevée. Maisde la ma- 
nière dont les Anciens parlent de cet 
événement > il y a bien de ^apparence 
qu'il faut le prendre à la lettre, puif- 
que, comme remarque Diodore (4)jl€f 
fentiment de ceux qui regardent Cérèt 
comme une Reine de Sicile , fe trouve 
confirmé par plufieurs Hiftoriens. Il faut 
|>Ottrtant avouer , contirtua-t'il , qu'on a 
dit dans la fuite des choies de cette 
iJée/Te, qui ont rapport à la Phyfique y 
& qu'on ne peut appliquer qu'à lôTerre y 
dont elle étoit le fymbole : ce qui peut 
fervîr de clef pour entendre tout ce que 
les Poètes en ont dit. On la répréfente 
comme une femme, avec un fein fort 
gros, couronnée d'épics, & tenant à la 
main une branche de pavot : circonftan- 
ce qui fait allufîon à ce que difent quel- 

Îues Auteurs , que Céres étant arrivée 
ans la Grèce , on lui donna quelque» 
grains de pavot , pour lui procurer le 

(a) MuUi ycternm , înm teflimêniit fuit confirmant^ 
Uiforiii , ttim 'Put£ » Liv. s* 

TT ••• • 



448 ExftlCkTlOU HISTORIQUE 

repos doiit elle n'avoit pas joui de^liîs 
l'enlèvement de (a fille ; ou parce que 
cette plante efl très-fertile« On lulo^ok 
les prémices des fruits : on lui immoloit 
la truie 9 parce que cet animal efE fort 
nuifible aux femences. On ne fe fervoit 
point dans ces fkcrifices des couronnes 
de fleurs ; mais de myrthe ou de narcifle, 
pour marquer le deuil qu'elle avoit por- 
té depuis l'accident arrivé à Proferpine* 
£t les Siciliens , pour imiter leur Reine» 
coiu'oient la nuit avec des torches à la 
main : c'étoit une des principales céré- 
monies de leurs fêtes. 

Au refte ^ quoiqu'il ne (bit ni néccflai- 
re, ni poflîble d'expliquer toutes les 
circonftances de ces fables ; je voudrois 
pourtant bien que quelqu'un voulut ha« . 
zarder quelques conjedures fur celle 
que je vais raconter. On dit que pen- 
dant que Cérès^ cherchoit fa fille , Nep- 
tune qui la rencontra, en devint anK>u- 
reux ; que la Déefles'étant cachée fous, 
la forme d'une junient, le Dieu d% la 
Mer fe changea en cheval , pour la fé- 
duire ; dont elle conçut un fi grand dé-, 
fefpoir, qu'après s'être lavée dans un 
fleuve > elle alla fe cacher dans une ca- 
verne. Cependant la ftérilité & la jpefte 
commençant à ravager toute la Terre 
pendant i'abfence de la Déeflè> les 



DES Fables. 245^ 

Dieux la firent chercher de tous côtés , 
fans qu'on en pût apprendre aucunç 
nouvelle ; jufqu à ce que Pan en gar- 
dant Ces troupeaux la découvrit 9 & en 
avertit Jupiter.Celui-ci envoya les Par- 
ques , qui la retirèrent de-là par leurs- 
prières. Cette caverne étoit en Sicile , 
& on y voyoit une ftatuë de Cérès vé*- 
tue de noir avec une tête de cheval > 
tenant une colombe à une main , Se ua 
dauphin à l'autre. Les Siciliens Tappel- 
loient Cérès, la noire ou TErinnie, pam 
ce queFoutràge que lui avoit fait Nep*» 
tune, l'avoit rendue furieufe. Je icais 
que les Mithologues découvriront aan9 
cette fable plufîeurs belles allégories ^ 
heureux qui rencontrera la véritable! En . 
attendant j'avancerai ici que peut-être 
on n'a eu d'autre but par toute cette fic- 
tion , que de nous apprendre que Cérès 
en cherchant fa fille par mer de par terre^ \ 

reçut quelque infulte d'un Corfaire dont 
le vaifleau portoit la figure d'un cheval^ 
ce qu'on a enveloppé fous la fable myfté^ 
rieufe que je viens de raconter. Je fuis 
aflez contente de cette conjeâure, dit 
Eliante. Expliquez-nous maintenant ce 
que veut dire Ovide (i), lorfqu'il dit (i)Wi.lù 
iaue la Nymphe Cyane ayant voulu Cyanechaiw 
jtaire 4es reproches à Pluton fur là vio- ^* ^^ ^^*' 

Ly 



ayo Explication historique 
lence dont ii ufoît à Tégard de Profer-^ 
pine 9 ce Dieu la changea en Fontaine j 
& enfuite ayant ouvert la Terre d'u» 
coup de Trident, il rentra par-là dans^ 
fon Royaume. Cyane ^ dit rAbbé , étoît 
une Fontaine près de Syracufc , où le» 
ëniiflaires de Pluton fe rembarquérentr 
pour s'en retourner en Efpagne ; & c'eit 
ce qui a donné lieu à ce que vous venea:: 
ée dire (4). Peut-ctKe même , reprit AW 
cidon, que qiaelque jeume Sicilienne 
qui fe trouva par hafard fur le port , re* 
procha à ces Corfaires la violence qu'ils^ 
^foient à la fille de fa Reine ; ce qui 
donna lieu de dire que c'étoit la Nyirt* 

Îhe de la Fontaine {t}. D'où vient , dit 
Pliante ^ qu'on a dît auffi que -Profferpi-t 
ne étant arrivée 'dans le Royaume de 
Pluton , & fa mère ayant obtenu fôq^ 
tetour de Jupiter , fùppofé qu'elle n'eût 
Afcaiapbe rien mangé depuis fon arrivée , Afcala-» 
J^?"S^ *^" f^^ déclara qu'il lui avoit vu prendre 
' fix pépins de grenade j & que Jupiter 

«hofe d'Ar^thufe, qui cfl trem ftrunt turtn repenti 

mrie Fdntaine près ^tt même extitifft , abrepum^ue ex 

lieu; ce qui peut très* bien e^^o i/irginem ^p^rtét^e ^ 

«'rntenclre de quelque Ber- ac fkbifc n^t lo-ige à Syrénw 

fétt l\w apprit ^ Cérès fis'penetntfie pih ttrrétf y i*^ 

tn^ement de fa fille. fumrftie et e^ loco tef*ntt 

•* ijb) Etenim propter efi fpt' ex/z/i//^. Ctceron. Amoae 

• • • tuiicm- ^tuetUm (wrverpt nd- é« in Vencou ^ -" 



DÈS '^AÉttA 2^1 

avoit ordonné , comme vous l'avez* dit> 
que Profërpine (êroit ûx mois en Eofer ^ 
& les ûx autres mois chez Ta lâere j & 
que cette Princefre,pour fe venger d* At 
calaphe , Tavoit arrofé de Teau du 
Phlégéton, & l'âvoit changé en Hibou ? 
Afcalàphe , reprit l'Abbé , étoit un 
Courtifan de Pluton^^, qui avoit confeil- 
lé à fon Maître Tenlévement de Profère 
pine ; & qui fit tout ce qu^il put pour 
rendre inutiles tes négociations de Cé^ 
rès , & empêcher que fa fille ne lui fut 
rendue. Profërpine le fit mourir dans la 
fuite ; Se voilà ce qui a donné lieu à là 
Fable : les confeils pernicieux qu'il 
avoit donnés , furent cachés fous la 
Fable de ces grains de grenade. Sa mé* 
tamorphofe en Hibou n'eft qu^une mé- 
taphore qui nous repréfente un homme 
liaïilable : fi vous n'aimez mieux dire 
toutefois qu'on ne l'a inventée , que 
pour nous marquer qu'il fe tenoit tou- 
jours caché dans les mines de Pluton > 
dont il étoit l'Intendant, & où même 
il périt. Il y a apparence qu'il fut écrafé 
parla chute de quelque rocher j ce qui 
fit dire auxPoëtes que Pfoferpine, pour 
fe venger, l'avoit couvert d'une grofle 
pierre. Son nom veut dire celui qm Ifftfr 
des fîmes \Sl il ne lui fut donné appa^ 

L vj 



2^2 Explication histcriqus 

ifemment que poiur marquer (on emploL 
Quelques Auteurs diiènt qu'il fut mé-r 
tamorphofë en un certain Lézard , que 
le€ Grecs nomment Afcâhabos ; Se c'eft 
fans doute la * reflembiance des noms 
qui leur a donné lieu de le dire. Suivant 
vos lumières , reprit Eliante , j'expli- 
querai fort bien auifi ce que nous dit 
(i) M&. 1.5* le même Ovide (I) d'une fille nommée 
Menthe 9 que la jaloufe Proferpine 
changea en une plante qui porte encore 
Ion nom (4). Je dirai que Proferpine 
arrivant à la Cour de Pluton, ne put 
fouf&ir une Rivale en pofTeflîon du 
cœur de fbn mari ^ & qu'elle la fit pé^ 
rir ; fiir quoi, en écrivant les avantures 
de cette Cour , on inventa la métamor- 
phofe à laquelle la reflèmblahce des 
noms donna lieu. 

Maintenant , avant que de vous parler 
des autresDieux de l'Enfer,& de vous en 
faire la defcription fuivant les idées des| 
Poètes ; faifons unedigrefiion néceflai* 
re fiir ce que les Anciens ont pen£é de 
rétat des jmes après la mort. 

La cainoifTance de l'immortalité de 
l'ame 9 dit-il, eft une vérité aufli ancien- 
jie que le monde. Adam qui la reçût 

« 

(4) Lct Grcc9 nomment cette hcibe Ktihfofi ^ à cMic 
ielll^MUCodeiit* 



DES FAB-fESi 2^^ 

immëdktenient de Diçu ,• la communia 
qua à fes enfans, & ceux-ci aux Patriar- 
ches & à Noé ; & je crois qu'elle a 
toujours marché de pair avec la con-* 
coiuànce de Dieu. Otez les Athées qui . 
n'ont jamais fait de corps féparé 9 ni 
de ieâe > les Epicuriens qui penfoient 
que tout étoit matière, & les Saddu- 
€éens qui nioient les eiprits, tcîut le 
monde a reconnu de tout tems la dif> 
tinftion deTame avec le corps (i) : mais (^ ^Y** 
on n'a' pas toujours eu des penfées fort d9idoi.\.\lh. 
&ines fur fa nature. Plutarque & quel- 
ques autres ont crû que l'ame n'étoit 
qu'une hannonie, un accord des premiè- 
res qualités. Démocrite a penfé qu'elle 
étoit Gompofée de corpufcules les plus 
déliés de fa matière ; Épicure > des ato» 
mes le^ plus agités, comme fi ou la 
délicateffe des parties-, ou le mouve- 
ment le plus rapide, pouvoit donner de 
la penfée à ce qui eff étendu. Heraclite 
a crû qu'elle n'étéit qu'une exhalaifon , 
de feu : d'autres ont crû qu'elle étoit 
compofëe d'une matière éthérée , ou de 
Pair le plus pur , ou du feU le plus 
délié. 

Parmi ceux dont nous venons de paiu 
1er, quelques-uns ont crû que l'anie 
mouroit avecle corps : d^autreà ont d>t 



v'. 



a5'4 ExPLrCAttON HISTORIQUE 

qu'elle lui fur vi voit à la vérité; mais 
qu'après un long efpace de tems & des 
révolutions différentes, elle étoit enfin 
détruite. Quelques-uns même ont penfe 
que l'ame étant détruite avec le corps, 
elle reffiifciteroit pourtant un jour avec 
kd. Mais la plus faine partie a toujours 
crû qu'elle étoit immortelle : & chacu» 
s'efl efforcé de deviner ce qu'elle de- 
viendroit après la mort. On a vu que 
la vertu n*^étoit pas toujours rccompen-- 
(ëeen ce monde» ni le vice puni: que 
fbuvent îes plus illuflres fcélérats étoient 
les plus heureux : & que ce qu'on ap- 
pelloit la fortune & les richeffcs, étoit 
prefque toujours le fruit des iniquités 
& de l'injtrflicc : que les remords^ qu'o» 
prétend être la punition du mal, n'é« 
toient pas une peine fuffifknte pour des 
gens qui commettent de nouveatix cri-* 
mes , pour les étouffer. Ainfi on a tour« 
jours crû qu'il devoit y avoir aprè^ 
cette vie des lieux deflinés pour pumr 
tes méchans, & récompenfer les bons«^ 
Nos premiers Patriarches ont eu fàn^ 
doute des idées faines fur les peines & 
les récompenfes de l'autre vie ; & quoH 
que Dieu n'ait pas jugé à propos^ de 
t'en expliquer clairement à Moyfe 5 on 
tt laifie pas d'en voir des vefHges eu 



J 



DES Fables. 2^f 

plufieurs endroits de fes Livres. Mais 
comme Tidée de Dievr s'étant afFoiblie y 
ainfî que nous avons dit (i)r<Sc ayant (0 ^«7^* 
pris commerce avec ks lens y on le for- i'iaoiit»v 
gea des Divinités fenfibles ; de même 
ridée faine des peines & des récompen«» 
fes de l'autre vie s'étant corrompue, onr 
imagina un Paradis & un Enfer , coi^or--^ 
mément à fon génie. 
. Platon efl cdui des^Philofophes qui a 
le plus laifbnné fiir la nature de Telprit $ 
& fur rétat des âmes après la mort : mais 
il faut avouer que (on fyftême , ainiî 
que cehii de tous^Ies autres, eft mal fou- 
tenu & rempli de contradidions. De» 
qu'on eit éloigné de la bonne voie, on^ 
s'égare à mefore qu'on avance. LoriV 
qu'un homme t& nïort, felon ce Philo*» 
fophe , foo ame va dans un lieu qu'il ap» 
pelle Divin , où elle eft jugée. Quand oi;^ 
amené une vie conforme aux lumières 
de la raifon, on efl conduit dans un lieu 
^evé , où l'on jouit de toutes ibrtes de 
pro^rités <Sc de plaifîrs à la compagnie 
des Dieux* Les âmes des méchans tom:* 
lient dans un abîme oii il vlj a que des 
ténèbres fort épaiflès, & où on foufee 
toutes (ôrtes de maux. Ce Philofophe 
feit enfuite la defibription de l'Enfer 4k 
des Champs Elifëes ; & parle des Fleu- 



i^6 Explication historique 

ves de ces lieux 9 des Juges, des Fudes^ 
Sec. à peu près comme les Poëtes^- ixii- 
vant en tout les idées d^Homere » qu'il 
avoit potirtaût chafle de fa République. 

Socrate fon maître avoit penfé à peu 
près ta liiêifie cKofe. Il diitingue trois 
fortes drames après la mort. Celles^ qui 
n'avoient'été ni trop bonnes ni trop mé- 
chantes 9 habitent, félon lui, autour du 
Marais Achérufie , & fè purgent dans fes 
eaux y pour aller enfuîte recevoir leur 
técompeiîfe : celles des méchans errent 
autour de leurs tombeaux y où elles font 
tourmentées de difiër^ntes manières } 
cnfuite elley vont boire de l'eau Au 
fleuve Léthé , Se rentrent dans de nouh 
veaux corps, plus ou moins nobles, Cdh 
Vant leur mérite : les âmes des bons votit 
dans les Champs Eliiiees. 

Pythagore di(bît,que dès que les ame$ 
étoient forties du corps , elles s^envo* 
loient fous la conduite de Mercure daià 
un air fort pur, où il croyoit que leï 
Champs Elifëes étoîent placés (/)^l que 
là les âmes des FhUofophes qui étoient 
les plus excellentes > devenoient fem- 
Uables aux Dieux; & celle de» méchans 
étoient condamnées à être tourmentées 
Mr les Furies^': mais les' unes âc les au- 

i') ViJgUe le» appelle «iiffi Aiftês Cû'mfu 



ÏDES Fasles^ 2^7 

très fbft oient, enfin de ces lieux pour 
venir habiter dans de nouveaux corps, 
même dans ceux dès animaux : & il e(l 
le premier Philofophe qui a enfeigné eri 
£urope la fameufe doÂrine de la Mé- 
tcmpficofè (4), ou de cette circulation 
éternelle des âmes dans de nouveaux 
corps ; il Tavoit fans doute puifée chez 
les Egyptiens. Ce font eux qui doivent 
être regardés comme les Auteurs de 
cette ancienne opinion de la Métempfî- 
cofe j c'eli là que l'ont puifée les anciens 
Poètes , Orphée , Homère & tant d'au- 
tres, qui la firent pafler de leurs Ouvra- 
ges dans le fyftême de la Religion des 
Grecs. Et quoique cette opinion foit 
ridicule en elle-même , elle étoit cepen-î 
dant très-propre à conferver la tradition 
de l'immortalité de Tame. Ainfi on a 
raifon de regarder les Egyptiens comme 
les premiers qui ont publié ce dogme. 
Leurs Prêtres , au rapport d'Hérodo- 
te (b) s enfeignoient que les âmes ne 
mourant point avec le corps, Amenthés 
ks recevoit. Cet Amenthés {c) étoit 

(4j Homete l'avait en- Dmhs &* Mtcipitnti Itcnm 

reignée plut de 400 ans fubterr4neut(t , in quim pttm 

avant lai. unt MÎmAt fetri pffl inwi 

(b) u£gyftn primi funt tem , v^c^nt jimtnthem « 

qui Muiméim hominit im» quod nomen fignificdt acci» 

morfalem dictrent, I., z. fient em <^ danfim* PltiC. dç^ 

{c) Ce ffloK veuc iUre, ifiiie. 



A^È ÊxPXlCfAttCfïC ïîfs¥otiîQir« 
tin lieu (buterraiti fèmblable à TEûfef 
des Grecs; ou , pour mieux <fire, c^erf 
fur cette îd^eque ceux-ci oiîtt formé le 
leuf • De-)à cllês^ éf oîertt envoyées pre« 
miérement dans les* cofps des animauit 
terreftres ; enluite dans ceux des poif» 
Ions ou des monftres itiarins } enfin dan#* 
ceux des- oifeaux : & après avoir emn» 
ployé troi^ mille ans à ces tranûnigra-^^ 
rt)H^fo- tions (ijf, eHes retournoietit dans le» 
éùn^hi.iit. corps des hommes'^ d'où elles refor- 
toient pour contiriuer le menie manéger 
& par cette circulation infinie , ils prou-* 
. voient que Tame étoit immortelle. De-* 
iàle foin qu'ils" avoient d'embaumer le»' 
porps ; de-là ces dépenfes extraordinai-^ 
tes dans leurs Maufolées ; ce <]ui fait 
dire avec raîfon à Diodore de' Sici'^ 
|x) Lit. u le (2) y qtxe ce peuple étoit moins eu* 
fi^ux de bâtir des maiibns pour le» 
vivans , que des tombeaux pour le»- 
morts. 

Cette opinion dans la fuite a été (t 
univerfelîe , qtie non-feulement tous le» 
PoÂes , comme nous le verrons plu» 
bas, mais la plupart de» Peuples l'ont 
cmbrafléej & encore aujourd'hui elle 
eft très-commune parmi les Nations du 
JiCvant. 
Les Juifs qui étoient partagés en trol» 



Seâes avant le tçms de notre Sei-^ 
g;neur 9 ont eu trois opinions fort difïe-' 
îentes fur l'état des âmes. Le$ Saddu- 
ciéens ne Groyoient ni efprit ni réfurrec-^ 
tion. Les Pharifiens , qui croyoient le» 
dmes immortelles) donnoienc un peu 
dans f opinion de la Métempfîcofe 9 ôC 
croyoient le retour des âmes dans d'au- 
tres corps. Auflî voyons-nous qu'Héro- 
de , qui étoit de cette Sefte , croyoit 

3ue l ame de faint Jean , qu'il avoit fait 
écapiter 9 étoit venue dans la perfonne 
iJe Jefus-Chrift » comme les Evangéli- 
Hes le remarquent. Les EfTéniens , fur-^ 
tout vers le tems de la ruine de Jérut* 
iàlem 9 affignoient aux âmes deux for- 
tes de demeures ; l'une fort agréable .^ ^ 
pour les bons , & l'autre éternellement h fuite de 
troublée par des tempêter & dés téne- fé™*de* Jj^ 
bres pour les mauvais (i). Baihage* 

Mahomet , qui a formé un Paradis fiir 
l'idée des Champs £lifées> Se un £hfer 
à ÙL mode » a des penfées fort fingulié- 
^res fur l'état des âmes après la mort : il 
les divife en trois Claffes (i) ; celle des ^*^ ^^y^ 
rProphêtes ; celle des Martyrs ; & celle 
des Mufulmans ou des Fidèles. Il dit 
que celles des premiers s'envolent d'a- 
bord après la mort dans le Paradis y 
où il fait trouver tous les plaiUrs des^ 



û66 ÉxvLickttovt nisTcmiovi 

fens (rf) ; celles des Martyrs habiteriï 
dans le gofîer de certains Oifeaust du 
Paradis , où eUes font afiez hem-eufes $ 
Se celles des Fidèles ha&iteht autour des 
tombeaux oùfôût leurs cor^s^ aveciine 
Uberté entière d^aller où bon leur fem* 
Me. 

Les Periesf' Mahométans divifent leur 
Paradis Sc leur Enfer en fept demeures ^ 
où ils font trouver des récompenfes &« 
àés peines proportionnées au bien & au 
mal que chacun a fait peïidant la vie* 
Les^ aticiénsPerfes qui avoient appris leur 
Religioû de Zoroaftre & des Mages ^ 
enfeignoient qu'après^ la mort les ame$ 
arrivoient au neuve Tcbinavar , où elles? 
trouvoient un pont; gaf dé par deux An*»' 
ges", qui , après les avoir interrogée» 
lùr leurs aâions^les envoyoient ou dans 
un lieu de délices ^ ou les condamnoient 
à'deîS fourmens éternels (i). Et ce qui 
efl foit iingulier , quel^ques bonnes ac*- 
tions qtl'on eût faites , dès qu'on avoît le 
malheur d'être mort fans laiflèr uii fiK>- 
ceflèur , on étoit exclus du Paradis^ 

Les Bracmane^ , ou ,les Prêtref des 

(m) On ne t'écend pas là- tvAé Sétâ-Jer , qui lenferme 

deflÎM : chacun fçait afin îes princifct-<1e la Refigifali 

ce que c'eft que le Païadts des Mage». Il a éti tiaduk 

de Mahomet. pat Thomas Hydde» 

^) Voyex k Lirtc îucî- 



DES Fables. 261 

Indiens , débitent encore aujourd'hui fur 
TEnfer & le Paradis;, des Fables fem- 
i>lables à celles que Platon & les Ppç* 
tes Grecs ont pià>liées dans ieurs Our 
yrages. 

Enfin on lit peu de Relatioas , m^me 
des Peuples les plus barbares , où Pon 
ne trouve un fyftême fur Pétat des âmes 
après la mort ; & l'on peut voir dans le 
Livre d'un illuflre, Prélat (i) , les erreurs (i)M.Hucr; 
monftrueufës où les honmies font tom- f^f i^ *'*' 
bés fur ce fujet. Mais venons aux fenti- ' 
mens de$ Poètes , qui doivent faire la 
matière de cet Entretien. 

Les anciens Poètes croyoient d'à* 
bord que les âmes après la mort alloient 
dans les Jardins délicieux dç la Mauri- 
^nie Tingitaoe 9 où elles enrôlent dans 
les maifons autour dç leurs tonijbeaux^ 
Orphée j qui voyagea .en Egypte jjjetta 
à fbn retour le plan d'un nouveau fyftér 
sie fur ce fiijet ; & c'jtsfl de lui qu'eft 
venue l'idée des champs Elifées Se du 
Tartare , que tous les Poètes ont fuivie y 
quoiqu'ils ayeot varié fouv^nt fur la fi* 
^atioade ces Ueux. 
. Qtielques-uns placent les Champs Eli- 
Ces dans les. Ains (2); d'autres dans la ^J^ ]^*'«* 
{iuney.ou plutôt dans le Soleil 9 comme 
hifc^eDf^ le$ MaiiÛQhéfiQS ^ qui difi;)|ient 



2.6^ E^PMCATîOltf HfSTORtqUfi 

4}ue les ames^ <ies Juâes alloiefit d'àtscod 
après leur mort dans le globe de la Lu<^ 
oe ; & quand il y en avoit une voiture 
iaffifante 9 ce qui {>aroifibit lorfquèUt 
ëtoit pleine 9 eÛe les alloit porter tk^ft 
le Soleil , pouf y jouir d'une étemelle 
félicité 5 enfuite de quoi elle devenôît 
nouvelle ; attribuant à ce manège lé 
cours Se décôufs de cette Planète : et 
qui eft à mon avis ^ quelque altégori^ 
qu^on y attache r un des plus ridJcu-^ 
les égarement où les hommes foyent 
jamais tombés. Mais- la plus commune 
opinion plaçoit les Champs Elifées diM 
les Iflcs fortunées de l'Occident, qu^on 
croit être les Ifles Canaries j ou plutôt 
lies environs de Câdis & de Tartèfe , Se 
tout le chai^mant pays de la Bétique i 
comme le prétend Ôochart. C*eft-là f 
felon cet Auteur, que fe trouve le Tar-* 
tèfe , qui eft le Tartare dès Poètes : tout 
y convient à la defcription que les Pc^ 
tes nous ont MSèt des Champ» EMiëes; 
D'un coté, le pay^étoit ébaifmant; teâ 
bois & les iH*^ies y étofént âf^fiâes àé^ 
fleuves Se deruifTeaux :êé dfâutï'e celle ^ 
il étoit regardé cottmit t^Mtvémkié' du 
ihofide. Cet oit-& ôjl ré^ditAI dès^«k^ 
liebreff étemeâe» , pu}l^^3h= trcpfys&i 
que le ScAi^ a^t ê^ couchiez dans r(>^ 



/ 



DBS FaBI^ES. 2^3 

^Mi ; & vous avez vu que c'étoît pour 
cela qu'on avoit dit que Pluton , qui ré- 
gnoit fur ces côtes (i) , avoit eu PEn- fi,["^^i^4^ 
fer pour foo partage. Pour ce qui re- Piucoa. 
garde les Ifles Canaries , ce même Au» 
teur croit qu'elles étoient inconnues aux 
Anciens , qui n'ofbient guéres paffer Iç 
détroit 9 ou du moins qui ne perdoient 

Îas de vue I^ côtes. Quoiqu^il en fi>it f 
lomere ( 2 ) fèmble placer FEnfer & Iç^ (%) lît. i x. 
Champs Elifees au pays des Cymmé* ^^'^^ 
riens ; Se fur cela quelques Auteurs 
croyent qu'il parle de« environs de Ga- 
^9 leion l'opinion v^ilgaire de ce tems* 
là : d'au<Tes penfent qu'il parle des Peu- 
ples encore plus reculçs , comme fe* 
roient les habitans de la Laponie & d$ 
la-Zemble , qui ont des nuits de plus d^ 
trois mois. Plusieurs Auteurs croyent 

3ue ces Peuples habitoient fur les bords 
u Pont-J£ïixin., près du Golfe qui por- 
te ce ncwn. M. le Qerc (i) prétend que (J ) Bibi^ 
c'étpieat le« andeiis babitans de l'Epiw "^'^^^ 
4re , qui faifant oohtinuellemeiit travail^ 
1er aux mines 9 fur-tout pendaat le ré*> 
gne d'Aidonnée ^ avoient fait une w&àr 
té de voûtes lous terre où ils deme^ 
roient ordinairement : enfoHe qu'Hci^ 
eiere ja eu raifbn de dire que k ÉXéLoit 
ys éclairoit Jamais j ce ^ui kwr fit dour 



26^ Explication HISTORIQUE 
ner le nom de Cymmériens. Mais îl y 
a apparence que les Cymmériens d'Ho- 
mère étoîent en Italie » puifqu'il y 
fait arriver Ulyfle le même jour qu^il 
ëtoit parti de l'ifle de Circé. JVlais pour- 

aùpi , reprit Eliante , le même roëte 
it - il que ce Peuple étoît eûviroimé 
d'épaiflès ténèbres ? Strabon nous ré- 
pondra , dit F Abbé , que c'eft parce que 

. ce Peuple,chez qui il fait aborder Uiyi^ 
fe , habitoit dans des cavernes. Bo- 
(I) chan. chart (i) qui réfute avec juftîce le fën* 
Li«c33. liment de Strabon» dit que c'eil le nom 
de Cymmériens , qui en langue PhAii- 
eienne veut dire ténébreux , qui a don- 
né lieu à cette Fable, Ainfî ce fçàvant 
Auteur place les Cymmériens fur les 
côtes de Provence , & fait la defcrîp- 
tion d'une contrée de ce pays propre à 
former les Champs Elifées. Quoiqu'il 
en foit du fentiment d'Homeré, if eft 
très -probable que l'ancienne tradition 
du Jardin d'Eden ou du Paradis Terre- 
flre , a fervi aux Anciens à former leurs 

.. Champs Elifées : ces bois déiicieuic » 
ces arbres chargés de fruits ^& ces qua^ 
$fe fleuves qui couloient au milieu 9 tef 
femblent afïez à ce que nous en éà£wt 
les Poètes. Si vous me demandez coro- 
ment ils Favoient ^pris , je vous dirai 

qu'ils 






i>Es Fables. 26^ 




Egyptiens l'avoieat appris des lûraè- ci4cflufc 
lites , Se en particulier de Moyfe 9 qui 
demeura fi long-tems parmi eux. 

Les mêmes Poètes ne différent pas 
moins fur la fîtuation de l'Enfer : les uns 
le placent au centre de la terre ; les au- 
tres à Ténare , qui étoit une caverne 
fort profonde > dans un Promontoire de 
laaconie, qui portoit ce nom : Home- (*)0<lifl[; 
re (2) au pays des Cy mmériens , peuples ' '* 
couverts d'éternelles ténèbres , comme u^q^^ud 
nous venons de le dire : Virgile en met fi>« >i *« p^. 
l'embouchure près du lac Aveme (3) , g/^-^uV*^ 
ôc Lucain ( 4 ) auprès de l'Euphrate ; ^^j 5^/. a^. 
chacun ayant choifi pour un lieu » dont 
leurReligion ne leur apprenoit rien de cer- 
tain 9 l'endroit qui paroifToit le plus pro- 
pre à devenir le féjour des nialheureux, 
• Il faut remarquer ici que les mêmes 
Poètes diôinguent quelquefois quatre 
chofes dans l'homme ; fon corps 9 fou 
ame, fon ombre , & fon phantôme. Vir- 
gile faiiant invoquer à Énée les Mânes 
de fon père Anchife , avant que de cé- 
lébrer fon Anniverfaire , dit : 

• • • • Safvete , rcccfti 

hftquiçqukm cintrts , aHimaque, umbraque 
faterna (s). . . (j) En, 1.5. 

Tome II. M 



26iS Ektliç^tiov HISTaRiqUE 
£t Didon , prête à fe domaer la mort i 
fait cette réfléxîoo : 

(i) En. 1. 4 • Et nunc magna met fuh terras ikk mago (i)* 

Lucrèce s^exprîme encore plus claire^* 
méat fur cet article : 

. • . . Efft 4chfrujia templa 9 

Quo neque perpianeant aninkç, neque cerf or 

, nofira^ 
(%) Lttct.Ux • Sei^piaiamfimlacra wod^paUentia miris (>% 

Ces Poètes croy oient donc par co&- 
fcquent que le corps avok la terre poujr 
fon partage ; que Tame aUoit dans TËn- 
fcr ou dans k$ Champs Elifées ; que 
Tombre erroit autour du tombeau; Se 
le phantôme dans le veftibule du Royau- 
me foûterrain. Quelquefois même ils 
plaçoient dans l'Enfer l'ombre duHéros, 
4ont Tame é^oit dans le Ciel ou daB& 
les Etoiles. 

Les Poètes ne font pas d*accord fitf 
le tems que les âmes dévoient demeurer 
ëahs l'Enfer ou dans les ChampsElifées. 
Anchife femble infinuer à Enée fon fils^ 
qu€ces dernières, après une révolutio» 
de mille ans , bûvoient de Teau du fleuve 
Lethé, & venoient dans d'autres corps,' 
fuivant en quelque manière l'opinion de 
"la Métempfîcofe , comme nous l^avons 
. dit. . 



DES Fables. 2(^7 

Haï omnetf ubi mille rotam volvertper annor, 

Leihaum ad fuvium Diui evocat agmim 

magno ; 
SciUcet^ immemorei Jupira ut convixa revifam 
RurJuSi & incipiant in corpora vtiU reversi ( i ) . ( t J Vîrg* 

Il n'en étoit pas de même de celles qui 
étôient condamnées ad Tartare, dont 
«elles ne fortoient jamais. Virgile dit du 
malheureux Thefée 9 qu'il y eft , & y 
fera éternellement: 

... • Stdiê » ifUriàtnlqut feiibiÊ 
înfeUx Thefeus (t) ' ^^j ^^^ 

Et les autres Poètes difent la même 
chofe des Ixions , des Tantales , des Tir 
tans , & de tous les autres Criminels 5 
quoique leur fyftême ne foit guéres con- 
fiant fur cet article. 

Pour ce qui eft de* ceux qui n'étoient 
ni dans le Tartare , ni dans les Champs 
Elifëes, mais dans les vaftes forêts qui 
précédoient ces deux lieux , coînme Di- 
don , Deîphobe , & les autres , qu'Enée 
rencontra j après un certain tems de pur- 
gation & de foufFrance , ils étoient ren- 
voyés dans les Champs Elifées : 

Qfiifquifms patimwr manet : exinde per amplum 

Mittimur Elifitm i & pauci lœiaarvû ua€» (^i)lbid, 
nun (z\ 

M ij 



!x6S Explication historique 
Çt c'eft ce qui fait dire %ncore à Deî- 
p.hobç » parlant à la Sybile , 

... Ne favi , magna S(uerdQS : 
' Vifcedam; epepUbo numerum, reddarque rt- 
{i)lb$d. n€brii(i). 

Maîs^ après avoir expliqué les dog- 
mes de la Théologie Payenne , fur TEth 
ier & les Champs Elifé^ ; il eft bon 
de vous en faire une defcription éxade. 
Comme aucun des Poètes n'a mieux 
réûffi fur ce fujet que Virgile , nous al- 
lons le prendre pour guide. Ce grand 
Poète a mis dans up beau jour tout cç 
gu'Homére , & après lui Platon , avoient 
çnfeigné fur ce fujçt : fa defcription de 
TEnfer bien au-delfus de l'origmal qu'il 
(i)Hcin. a copié (i), & encore plus au-deifu^ 
Pdifl.l.xi. de Sylius Italicu», dç Claudien , de 
f^ucain , & des autres jui ont travailla 
diaprés lui , étant une Topographie par* 
jfaite du Royaume de Pluton, 

Près du lac Averrie ,^ dit ce Poëte ^ 
eft un Antre obfcur , qui conduit dans 
. le féjourdes pmbrçs. Dès le vçfUbulc , 
on commence à jrojiver un grand nom- 
bre de phantômes : on y voit les triftes 
figures de la Mort , cle la Maladie , (Se 
de la Famine , ainfi que plufîeurs liiop- 
ftres, comme les Centaures , les Gor- 



gonesr 9 les Harpyes 9 & tout ce ^ue la 
nature a formé d'hydeux : 

Veftibulum ante ipfum , frimifyue in faucibut 

Orci , 
Ludui & uhricef pofuere cubilia Curtt. • • 
Censauri inforihuijlabulant, SciUaque bifor^ 

En fortant de cet Antre 9 oti trouve 
un chemin » qui conduit par des bois fort 
obfcurs 9 au fleuve Achéron : c'eft - là 

Su'accourent de toutes parts les âmes 
e ceux qui doivent paffer au-^elà. Mais 
comme il n'eft pas permis d'être admis 
dans la barque de Caron 9 fans avoir 
reçu les honneurs de la fépulture y . 

Nec ripas ântur horrendas , nec raucafiuenta 
TranffortartffriiiS quàmfedibus ojfa quiirunt ; 

celles qui en ont été privées , font obli- 
gées d'errer l'eipace de cent ans fur ce 
trîfte rivage, 

Centum erramannot, voUiontque haclittora 
circum. 

Quand on a pàffè la barque fatale » on 
trouve d'abord un Antre horrible ,' qui 
fert de porte au Royaume de Plutom 
Cerbère , ce chien à trois têtes , fi fa- 
meux dans les Poètes, en eft le gardien. 
Dès qu'on eft entré dans ce tftfte féjour> 
on trouve les âmes de ceux qui foi^ 

M iîj 



Vjo Explication HiSTûRiQUE 

«norts avant l'ufage de la raifon : enfmte 
celles des perfonnes qui ont été înjufte- 
ment condamnées à la mort , & de ceux 
(lydtmjbid* qui fe font eux-mêmes ôté la vie (!)• Ici 
fe préfente aux yeux hqc forêt de Myr- 
thés , qui fert de féjour à ceux qu\m dé- 
fèfpoir amoureux a privé de k lumière 
du jour. Au fortir de ce bois^ on trouve 
le quartier des Héros qui font morts les 
armes à la main. Près de-là» eft une efoé- 
ce de place qui aboutit d'un côté au 1 ar- 
tare , & de l'autre aux Champs Elifées : 
c'eft-là où Minos , Eaque & Rhada- 
(2) Plat. 1» mante- exercent la juflice (2) ; celui-d 
^ H^i ?^"" ^^^^ ^^^ Afiatiques , Se Pautre les Euro- 
Viig.&cr * péens; & Minos termine les différends 
qui furviennent à l'occafîon des juçe- 
wens de fes confrères, juge. en dernier 
reflbft ; & fur P Arrêt de ce Juge févé- 
re 9 les. uns font renvoyés dans le$ 
Champs Elifées, les autresfont relégués 
dans le Tartare. 

Le Tartare eft une afireufe prîfon d*u- 
ne profondeur épouventable > environ- 
née des marais bourbeux du Cocite & 
du fleuve Phlégéton, qui roule autour 
des torrens défiâmes : trois enceintes.de 
murailles avec des portes d'airain ren- 
dent ce lieu inacceffible. Tyitphoney la 
f lus méchante des troia Furies^i 



i la porte » Se empêche que perfbnne 
n'en forte. Rhadamanter juge de ces tri» 
Ûes lieux 5 oblige les malheureux qui y 
font à confefler leurs crimes les plus 
fécrets , & les livre etifuite aux trois Fu- 
ries 9 pour être punis félon leurs fautes : 
On les voit toujours prêtes à exercer 
leur fureur fur cies miférables viâimes; 
d'àfifreux. ferpens qu^elles tiennent à la 
xtiain 9 font les fouets dont elles les fra^ 
petit. C'efl dans cet aflreux fëjour qu'ott 
trouve ces illuftres malheureux 5 dont 
les noms ont tant de fois retenti dans 
les Poètes. Les fuperbes Titans que Ju^ 
piter foudroya, lorfqu'ils entreprirent 
o^aflîéger les Dieux dans rOiympcy 
font da^s le lieu le plus profond du lar* 
tare. Les deux Aloïdes , Ephialte Se 
Othus » que Neptune eut dlliphimédie 
femme du Géant Âloiis , y foum-ent une 

Îeine proportionnée à leurs crimes (4)% 
/infenië Salmonée qui voulut imiter 

(a) n y a deux opiniofit poUon ayant fait paroîtK 

fui l'Hiftoixe de ces Gcantt. une biche , ils voiilnzent la 

Quelques Auteurs difent, percer à coups de flèches, A: 

2u'aytfnt voulu efcalader le s'entretuérent Fun & l'au« 

'iet , Se ayant mit pour ce tre. Ils font dans le Tartare» 

fuietlemotOflafttrPèlion, attachés à une colomne 

Apollon les tua à coups de avec des ferpens ; & il y » 

IlechettD'ai^cs racontent, un oifeau nodurne qui , pat 

«l'ayant trouvé Diane à la fet cris lueubres , lea efiray? 

cnauê» ils avoient voulu continuellement VoyHji^^^ 

hi laite iFioleiice » &«i'A- Fdbit if . 

. M m ji 



VJ2 Explication histoeique 

les foudres de Jupiter ,, & qui fat Ivà-^ 
même foudroyé. Le trop hardi Titye 
qui entreprit de fe faire aimer de La- 
tône 9 '& qu'Apollon pet ça d'un coup 
de flèche , y fouflEre un tourment horri- 
bte ; un cruel vautour lui déchire éter- 
nellement le foye , qui renaît a mefiire 
qu'il eft dévoré. Le téméraire Ixion 
qui fe vanta d'avoir déshonoré Jupi- 
ter, y eft condamné à tourner perpé- 
tuellement une roue environnée de fer- 
pens. Théfée qui entreprit d'enlever 
Proferpine pour fon ami Pirithoûs , eft 
éternellement aiCs fur une pierre dont 
il ne fauroit fe détacher* Tantale pour 
avoir voulu tromper les Dieux , & leur 
avoir fait fervîr à table les membres de 
Ion fils Pélops , y fouf&e la faim la plus 
cruelle parmi des viandes qui fe retirent 
à mefure qu'il s'en approche. Les Da- 
naïdes, ces malheureufes filles de Da- 
naiis, qui égorgèrent leurs maris , y font 
condamnées à remplir éternellement un 
tonneau percé. Sifyphe , pour avoir ré- 
vélé les fécrets des Dieux, y roule tou- 
jours une pierre , qu'il oA obligé de 
• reporter au haut d'une montagne dès 
qu'elle eft defcènduë. (Edip^, qui tua 
ion père Laïus & époufa fa mère Jo« 
' cafte 3 fes malheureux enfans 9 Etéoclç 



DES Fa BLES. 275 

& PoUnîce , qui fe firent une (î cruelle 
guerre j & s'entretuérent tous deux dans 
un funefte combat j Atrée , Thyefte , 
Egîfte , Clitemneftre , & tous les autres 
illuftres coupables qui ont mérité l'indi- 
gnation des Poètes, y foufirent des tour- 
mens proportionnés à leurs crimes. Tel- 
le efl la deicription que font les Poètes 
de leur Enfer,. Mais s'ils ont inventé un 
lieu fi affreux pour punir les méchans, 
ils n'ont pas manqué en revanche de 
nous donner une idée charmante du 
lëjour des Bienheureux : écoutons-les. 
A la droite du Tartare , fe trouve un 
chemin qui conduit aux Champs^ifées^ 
dans ces ifles fdrtunées , où les âmes de 
ceux qui ont bien vécu pendant cette 
vie jouilfent d'une paix & d'une tran- 
quillité profonde , ôc des plaifirs fcs 
plus innocens. Figurez-vous des lieux 
• enchantés , où fe trouve en abondance 
tout ce qui peut rendre heureux (i) ; ^ ,y 1^,^. 
des bois t<>ujours verds , des prairies Vire. Hom. 
channantes entrecoupées de fontaines & * pind, ^ 
de.ruiflèaux qui^ coulent avec un doux 
murmure , 4in air fain & pur , ime cha- 
leur modérée > des oifeaux qui chantent 
éternellement dans d'agréables bocca- r2,)ptgs.u 
ges , un printems perpétuel » un autre g^* virj. 
SQÎeil^ d'autres aftre3 (2)-: » cuui**. 

M V 



^74 Explication historiqus 

Largior hic campus , ather & lunùnc viftit 
Purfureo ; Solemque fuum , fua Sydtra nortmr^ • 

.Figurez-vous toutes ces chofes ; & vous: 
aurez Vidée qu'ils nous ont donnée du 
féjour des Bienheureux , de ces ifles for- 
tunées f de ce fameux Rojnaume d' Adra- 
(i) Hom. fte, en un mot des Champs Elîfées (i). 
«utretPoëtal ^^ comme ce ifyftême dépendoit de 
l'imagination des roêtes , chacun y fait 
trouver des piaifîrs conformes à fon in- 
clination. Tibulle» qui étoit voluptueux 
& (ènfible aux charmes de la tendrefle,, 
j fait régner la joie & les plaifîrs des- 
ftns ; 

f& ctore^ eanmfjut VfgMt; faffîm^e vê^ 
gûntts 
Dulcifiuum Uttui gutture carmmavei» 
Wcrt cafiûtn non cukufegen; totcfqmftr âgtom 

Florei odoraiii urra èeuigna. rofis, 
Aejuvenumfiries, tetterUimmifta fuettir-f 
|s} tSb* 1. u ^^^^ 9 ^ nffidui pTidia mifcet Amor (x).. 

Virgile plus modéré & plus Ikge 
n'y admet que des jeux innocens & der 
occupations dignes des Héros qui y ha*- 
l>itent. Homère avant lu» «voit donné 
à ces mêmes Héros les mêmes piaiit» 
Dans le Poëife Grec ^Pombre d'Achille 
Ait Ja guerre aux bêtesfëvoces ; & dans: 
le Poète Latm^ Ie«. Héto^ Tcoy en^^s^ 



exercent à monter à cheval ou I- feue 
des armes : 

Parf Mgramimit ixtrcem membrêfâUflrU. • • 

Pars pedibui plaudum ckorau^ & ^eurmina 
dicunt» 

• . . Ecc9 aUot ,d€9firi Iiv£qu€,p€r htrbam 

Vifcemeff latumqtie choro P^Mna cêmnffs* 

D'autres ont ajouté à^ tous ces plaifirs 
celui de la bonne chère , & ils ne nous 
parlent que des fefUinsde cet agréaMe 
le jour » pendant qu'ils nous difent qu'il 
^'y avoit rien de fi maigre que les repaa 
d'Hécate qu'on faifoit en Enfer. 

En un mot, pour içavoir parfaitement 
ta topographie du royaume de Pluton p 
H n'y a qu'a bien fuivre l'excellent Poè- 
te que je viens de citer ; & vous trou- 
verez qu'il le divtie en fept demeure» 
principales , fans parler de cette grande 

1>laine qu'on trouve avant que de pailèr 
e Cocyte. La première efl celle dès eo^ 
&fis: 
On trouve , e» anrivant dans ce tdfie fi jour ^ 
£et eofàns qae la More tira da fdn des meretif 
£c l'on entend leurs crk, & leuQ plainte» 
ameres (tf)« 

La féconde efl pour ceux qm ont été 

^ Contimm âmJUtét vas 9 végifMt Ci^gtnr^ 

Si Vf 



27^ ExPLlCATIC»r mSTORiQUB 

injuftement condamnés à perdre te vie. 

A l'entrée, auprès d'eux , font les infortunés 
Par (Tinjufies arrêts à la mort condamnés (a): 

. La troifîcme efl occupée par ceux qui 
fe font eux-mêmes donné la mort ; 

Non to'm fe trouvent ceux qui ^ de leur propre 
main , 

Pour fe donner la mort, fe percèrent le feîn (^). 

La quatrième eft le fëjour des^ Amans 
malheureux : 

Là fùivent triâernent des /entiers écartés 
Ceux que jufqu*â la mort l'Amour a touiu * 
mentes.* 

D'une foret de myrthe Hs cbevchent l'ombre 
. épailTe. 

La more ne finit point leur profonde trif- 
teSe (r). 

CefWà qu'on trouve la malheureufe 
Phèdre, qui fe donna la mort pour les 
•mépris du jeune Hippolite : rrocris à 
^ui ^infortuné Céphale ôta la vie avec 
le même dard qu'elle lui avoit donné : 
Ëriphile , Evadné ^ Laodamie , Paii- 
.phaé, Didon^ & toutes les autres à qui 

' (a) HûJ fuxtifdtfi dumnsti crimine mwtit^ 

(bx 'Pr9ximd dtindt tenent mctJH hca , ^i fibi Itthum 
Infrntes peperere mann% /icrrMf Mr per^fif 
TrojifSre étniméis • • • * • .- 

(c) Hît , fftof dumt MtMor creduH uhe ptrtdii^ 
Sétreù ceUnt colles , (^ myrikiaiirtwm 
SUvdU^it • • • ft .^ • 



DES Fj^^BLES. ^ 277 

Ha défe^oir amoureux avoit fait perdre 
le jour. 

La cinquième eft deâinée pour les 
Héros: 
Mais enfin il arrive aux campagnes heureufer 
Q^liabkent des Héros les Ames valeir- 
reufes (a). 

Ceft-là gu'on voit Tydée, Parthéno^ 

Çée» Adrafte , Se les autres Héros de la 
"hébaïd€,Ter{îk)que, Medon, Glau-*^ 
que y Idée $ les fils d^Antenor 9 & tous 
les autres Capitaines qui avoient ver(8 
leur fang pour défendre les murailles de 
Thébes. ^ 

La fixiéme > eft Faffi-eufe prifon du 
Tartare (b). 

Et la féptiéme enfin, eft le féjourdes 
Bienheureux dont nous venons de faire 
k defcription \c). 

Tels étoient les Fables âes Poètes > 
touchant le féjour des âmes après la 
mort. Leur lyftême a été embelli dfe 
toutes les idées que des imaginations 

(a) . . . '. » Indi érvd ttntb^Mi 
'Vhims y qfut biU9 lUriftcretd friftuntan/». 

(b) . • • » Suh rupt finijirâ 

JA'ontHi Utét videi » tripUci cirumdttiM mm rt ; 
Sfiùe fdpidmjUmmn émhii iwftntibm nmnit 
TAttArent l>blegeton, 

" (fl DivtnSre Itos Utosy^MWUftid vinM 



fécondes^ ont pu fournin Cependant 
liront partout inventé ;& il eftaifé de 
Irouver le fondement de la plupart de 
leurs fiâions daifô les coutumes des 
Egyptiens toudiant leurs funérailles » & 
dans la véritalde Hiffbir-e des illuftpes 
criminels qu^ils y placent ^teUe que je 
ta rapporterai dans la fuite. ~ 

FaMcf^ ^2 ï^^d^^^ ( ') ^ous apprend que près de 
l'Entai det la Ville de Memphis^ efF un lac nommé 
i^>ëcc«. Achàiifîe (4) r au-delà duquel on entexw 
Çh) iiv. I, ^q£( anciennement les morts« Après les 
avoir embaumés j* on^ les poitolt fur le 
rivage r d^ok Toff indiquoit aux Juges le 
joue de l^ur pai&ge : ils sV retfdoient 
pour faire leprocèsàceuxqui devoieat 
paffkx^ on examinoit là vie qu'ils^avoient 
menée ; on écoutoit les accufateurs; âc 
S on étoitjugé digne de k ISpulture ^oa 
&ifbit paiier le c^lavre dans une barque 
par un Batelier ^ qui en langue du Payr 
a^appelloit Caron.Celui-ci prenoit quel«- 
que petk droit pour le paflàge ; ce qui ût 
établir dans la fuite la coutume de met- 
tre fous la langue du défunt Ime pièce 
de nxonnoie.Cèux qui étoient jugés indi-^ 
^es de lafépulture ne paifoient point le 
te , •& les Prêtres étoient oblige ou de 
,ie&enterrer fècrétement, ou deles jetteff 



& la voyerie (4). Le même Auteur re- 
marque que cette coutume étoit prati- 
quée à 1 égard même des Rois ;. & le 
jugement qu'on portait contre eux» étoit 
^elquefois fi fëvére > qu'il y en a eu 

3uelques-uns qui furent jugés indignes* 
e la fépulture ;.ce qui fit que la plupart 
de ceux qui appréhendèrent le même 
fort , fbngérerit à bien vivre ,, & à ga- 
^er la bien-veillance du peuple. Au-de«- 
Iël du lac Achérufîe >. il y avoit des bois 
ëélicieux & un bocage charmant ;. uir 
Temple coniàcré à Hécate la ténébreux 
& ; deux femeux marais > le Cocite Se 
le Léthé : peut-être même que ces fé^ 
pultures étoient gardées par qudques. 
chiens., de p^r qu'on ne vînt déterrer 
4es Momies^ On trou voit encore prè» 
de • là une vifie nommée Achante , ok 
fon avoit établi k cérémonie de faire 
werfer tous les jours par quelque Prê-- 
tre de l'eau du fiH dans un varies» 
percé; 

Voilà fans^oute ce qui a:donné' lieu h 
TEnfer des Poètes , aux Champs Eii^ 
iéeSf & à la plupart dès- autres FablesH 
ifue* tes Grecsv y ont ajoutées ;: Orphée 
tpà vo3ragea en £gyi^ y a^ayant &it p 

{m) On puoittoit tiès- UyinmcntccvoL ^ accufoiei» 4t 



aSO ExPtlCATrON HISTORI<it;H 

comme remarque exprefTément le même 
Diodore, qu'embellir & augmenter ce 
qu'il avoît appris fur ce fujet de cet an- 
cien peuple, A-t'il été queition» par 
exemple 9 de mettre des Juges en Ên* 
fer , pour imiter les Egyptiens ; on a 
choinceux d'entre les Grecs qui paf- 
(bient pour avoir vécu avec le plus d'in- 
tégrité, tel qu'étoient Eaque , Minos 
Se Rhadamante;É^ Leur Caron & fà bar- 
que y ainfi que la coutume de donner un 
droit pour le pa&ge , n'ont pas eu .be- 
foin d'autre modèle. Les Grecs avaient 
vu l'un & l'autre en Egypte ^ felon le 
même Auteur. 

Le lac Achérufie , les portes du Co- 
cite , ÔC celles de l'oubli f qu'ils avoîent 
vues en Egypte , ont donné lieu à TA- 
çhéron & aux autres fleuves d'Edfen 
La coutume de verièr de l'eau dans xm 
vaiiTeau percé> pour la purifier» afin 
qu'elle, fèrvît à laver les cadavres > & à 
les expier, adonné lieu au tourment des 
Danàïdes. Le Temnle d'Htécate la téné- 
Jbreufe a fait étabUr Reine des Enfers 
Profèrpine , fbuvent confondue avec 
Hécate. Les Bois délicieux qui étoient 
deilinés pour les iepultures y ont Xervi 
à former les Champs Elifées^ L'idée du 
Cerbere> & celte de Mercure conduiiaat^ 



1>E$ FABt£sr. i9t 

les âmes en Enfer > eft venue du mê* 
me pays. Diodore le dit en propres ter- 
mes : & ce fut Orphée>qui de retour d'E- 
gypte 9 forma pour la Grèce le fyftênie 
que je viens de vous développer. 

Ce qu'Homère dit duTartare (l), (i)oa.i.ii 
en faiiànt parler Jupiter : « Je le préci- ♦« 
piterai au fond duTartare, où l'on •• 
trouve 9 dans le centre de la terre , une <• 
prilbn obfcure > avec des portes de « 
fer, & un pavé d'airain ; « eft vifîble- 
ment tiré du Cocyte & du Lethé s dont 
parle Diodore (2). Et la defcription que (») lît. ^ 
le même Poëte fait des Champs Elifées # 
de ce pays charmant , » où les honi- ♦« 
mes vivent fî heureufement ; où il n*y « 
a ni neige , ni de longs hivers , ni ja- « 
mais de pluye j & où le vent , qui m 
fe lève de l'Océan , rafraîchit perpé- « 
tuellement les habitans 9 que l'ardeur » 
du foleil défoleroit fans cela j « n'èft-ce 
pas une allufion au bonheur des Egy- 
ptiens , qui vivent aux environs du Nil » 
que lés Egyptiens appelloient l'Océan , 
comme Diodore & les autres Auteurs le 
remarquent ? En un mot , peut-on mieux 
défigner l'Egypte ? Et peut-on nier que 
ce Poëte n'hait pris dans ce pays l*idée de 
fon fyftême d'Enfer f 
« En un mot 9 VA des des Grecs > eft le 



j^2 ExJttcATioN nirtûiM<ivt 

même que VAmembes des Egyptieftf ^ 
(0 /«//<«• (]ont parte Plutarque (i); ce Heu fou- 
terram où alloient, & d'où revenoient 
les amés des morts : ce qui lui fit don^ 
titx ce nom , qui veut dire 9 feioii le même 
Auteur, dtui ^m donne & qui ref$ii : Ce 

?ui étoit conforme aux priilci{»es de kf 
hilofophie de!5 £gy{$tiens^ qui, croyant 
les âmes éternelles & immortelles , ptH 
felioîent qu'elles fortoîeirt.de VAmembes ^ 
pour entrer daris ks corps j & qu'après 
pluïîeurs circidations, qu^iUsfairoientdu-" 
rer trois mille ans , elles y rentroient ^ 
(t)Imst comme nous apprend Hérodote (2),ainfi 
que nous l'avons déjà dit. 

Voilà les Fables que les Grecs oût 
puifôes chez 4es Egyptiens 9 au fu-» 

S' t du fèjour des âmes après la mort * 
ochart^ & après lui M* le Clerc, & 
quelques autres , font allés encore plus 
loin : ils ont prétendu que tout ce que 
les Poètes o^t dit fur ce fujet , avoit été 
pris des Egyptiens ;• & par des ëtimolo» 
gies recherchées ,. ils trouvent dans ce 
pays le fyilême complet des Enfers de 
(}) Vojrn des Champs- Elifëes (3). Mais il y a ap* 

SgSoS. Se! P^^^c^ ^^ leursconjèffures font un peu 
* le cieii^(i]î trop pouuées : pour moi, je m'arrête fim-^ 
H^fio^ plement à ce que dit Diodore de Sici- 
le ^ & jje croit que les Poêles Gcecs 



DES Fables. ^ a^j 

àyntit (aifi les idées des Egyptiens > fuf 
l'immortalité des âmes ^ & leur état 
après la mort , ont donné carrière à leur 
imagination } Se ont > dans la fuite , in* 
venté fur ce fujet bien des Fables 9 dont 
ils n^avoient aucun modèle ; comme ce 
qu'ils difent des Furies > des Parques , 
& des illuftres Scélérats qu'ils placent 
clans le Tartare. Mais pour donner plus 
d'étendue à ce^te vérité , démêlons ce 
qu'il y a d'hiftorique dans le fyftêmc 
que nous venons d'expliquer 9 d'avec ce 

3ui paroit purement fabuleux. Il ftu- 
roit d'abord faire ITiiftoire des Juges > 
que nous avons dit avoir été fùbftitués 
à la place de ceux d'Egypte ; mais par- . 
ce que nous aurons ailleurs occaiio0 
d'en parler , nous n'en dirons rien icL 
Commençons donc par Caron. 

L'idée du Batelier Caron eft venue 9 cahon^ 
comme le remarque Diodore»de ce que » 
dans la Langue des Egyptiens, ce mot 
fignifie un Batelier , Portitor : ainfi d'ua 
nom a:ppeliatîf ^ les Poètes en ont fait 
celui d'une Divimté 9 

Jimfcuiw; fei cPuiaDeo viridifque fenec^ 

tm (1); (z)LiTr^ 

à laquelle ils ont donné le foin de pafler 
tes âmes dans unç barque , au- delà du 
fleuve Aûhéron. Ils. lui ont caa(en(/^ 



2i84 Explication HisTORiQUfi 

le mâm^ caraâiëre de celui des Egyç^ 
tiens, le faifant , comme lui, brufdue^' 
colère, chagrin , avare. La manière dont 
îi.reçoit Enée; le peu de cas qu'il fait 
dQS paroles de ce Héros , jufqu'à ce qu'il 
ait vu le Rameau d'Or , en foiît une 
preuve (a). La tradidofi leur àppr ertoit 
cela du Caron d'Egypte , comme nous 
le dirons dans un*moment. Mais comme 
^s vouloient pafler en tout pour Origi^ 
ûaux , ils ont inventé fïir Ce fujet plu- 
lîeurs Fables : ils ont compofé à ce Dieu 
x^ne généalogie. Hefiode dit^ qu'il étoit 
fils de l'Erebe & de la Nuit , dignes pa* 
tens du Batelier de l'Enfer. On lui don- 
ne une humeur triffe & fëveré; & iàns 
aucun égard ni pour les dignités , ni pour 
les biens , ni pour les richefTes : Et je ne 
fçais par quel hafard fon nom marque là 
(i) NctLH joye & l'allégreflè (i) , à moins que ce- 
la ne foit une contre-vérité. Les PoS^ 
tes fe font égayés à faire difiHfem por- 
traits de Caron ; mais aucun d'eux n'a 
approché de l'inimitable Virgile : 

Portitor haï horrendus aquas & JtuminÂfervàê 
Hôfrihiiifquahre Caron ; emplurima mémo. 
Canities incuit a jacet , 8ic» 

(a) ^MÎ/^Kfi n , émnatus ^»i Koflfét nd liminétUndis % 
fsre âge , ^id 'vtnuu : jam iflinc tT tomfnn»^ 

grefus : 
< « Hic Iqcm uwtbréntm êf » ^. ^o. ê^ 



i>£s Fables. aSy 

Comme on croyoit que Caron ne paC- 
foit perfonne gratis , on établit la cou-^ 
tume de mettre £3us la langue du défunt 
une pièce de monnoye 9 que les Latin$ 
«Ippellent NauIus , & les Grecs ùiifawn » 
|iour la droit du pailage , autrement dit 
naulage ( j). Cette coutume leur vjenoit (i) Voy« 
auffi des Egyptiens , qui donnoîent quel- ,^"2! &. 
que choie à celui qui pa^oit les morts Diod. i« i. ft 
au-ddà du Marais Acheruiie, & qui s^en- *""**• 
richit prodigieufement Un monument 

aui fubiiile encore près de l'endroit oik 
pafToit les morts 9 s'appelle aujour*- 
d'hui BiTf-guf'-^Carûn » ou le Palais de 
Car^n. Il y a même encore dans le pays 
tme ancienne tradition , qm porte , que 
Caron éxerçoit en c^la une petite tyran- 
nie ) exigeant cette capitation même des 
enfans des Rois. J'ai vu , dit Âlcidon 9 
(dans la curieufe Gallerie de M. Girarr 
don 9 une Momie d'£gypte 9 qui a une 
setite pièce d'or fort ndnce fou&la laii^ 
jùe , & qui paroît fort ancienne. Mais » 
it l'Abbé , après avoir un peu réfléchi 
fiir ce qu' Alcidon venoit de dire 9 fi 
cette pièce n'y a pas été mife par quel- 
que Curieux , il falloit donc que les £•? 
gyptiens crûlïènt que les morts dévoient 
encore pafTer quelqu^autre fleuve : car 
4& BateUer prenoit celle qu'on lui don* 



gft 
mt 



^86 Explication HisxoftKiuE 
noit 9 lorfqu'il condiiifbit une Momie 
au-delà du lac dont nous avons parlé r 
Se Diodore ne parle que de cette pièce 
<lu'on lui doimoit. Apparemment » re-i 

I^rit Alcidon « qu'on la mettolt fous la 
angue du défuut? & q»e le Batelier au- 
ra oublié dé prendre celle-là. Quoiqu'il 
en Toit , Lucieh nous aflure que la cou^ 
tume de mettre une obole dans la bou^ 
che des morts pour payer leur droit de 
pafTage 9 étoit univerfeUe chez les Grecs 
Se les Romains; Se je ne connois que 
les Hermoniens qui s'en diipenfbient » 
parce qu'ils fe croy oient fi près de l'Eu-* 
fer , qu'ils ne jugeoient pas à propos de 
(1) voyct wn payer pour le voyage ( i ). Mai» 
Uii.(jYt.5jnt. l*on peut ajouter que Caron n'y per- 

riî, Nât.t"{r ^^i^ ^^^ : car fi ce peuple ne lui payoit 
pas fes droits > les Athéniens furent al^ 
fez. fuperftitieux , pour croire qu'il fal«» 
loit donner, quelque chofe de plus pour 
leurs R^is , afin de les diflinguer du corn-' 
mun des âmes vulgaires , & ils mirent 
dans leurs bouches jufqu'à trois pièces 
j[i)N«t,/»f. d'or (i. ). Lorfque Caron fê trouvoit 

^* obligé de pailèr dans (à barque quelque 

perfbnnp vivante , il fallott qu'on lut 
montrât auparavant le Rameau d'or» 
dont nous parlerons dans la fiiite : & 
parce qu'Hercule fut admis dans (à. bar-* 



DES Fables, 287 

«ue fans ce pafTeport , lor(qu'iI alloit 
délivrer Alcefte ; Caron ^ comme nous 
Rapprend Servius après Orphée^ fut mis 
^en prifon pour un an ; quoiqu^il l'eut 
reçu à regret 9 & comme forcé : au/S 
Ven plaint-il à £née : 

VUc verç Alcidem mtjitm Utaiui eymem 
Aecepiffe Ucu « nu The fia Pirkhowfnquf 9 
Quanquim Ditgenki, 

Mais il eft bon de i^avoir encore > dit 
Alciâon , qu^on ne le contentoit pas de 
cette pièce de monnoye ; & afin de 
«lieux aflurer le paflage j on mettoit 
dans le cercueil du défunt une attefta- 
tion de vie & de mœurs (i). C*étoit (OE"*^»» 
une c^éce de fauf-conduît^ dont un Au- sch^dcPi*? 
teur nous a confervé le Formulaire (4) : <>««• 
M^^ fouffîgne, Anicius Sextus Pontife , 
féiuefte qu'un tel 4 été de home vie é' nueuTs% 
que fes Mânes f oient en paix. Par où il 
paroît , qu'afin que cette atteftation fut 
mieux reçue en l'autre monde , le Pon- 
tife lui-même avoit accoutumé de l'é- 
crire. Les Mofcovites pratiquent enco- 
re aujourd'hui cette coutume ; elle vient 
originairement d'Egypte , où l'on por- 
toit fiir le bord du lac l'éloge du dé- 

(a) Eg9 Sextus Unidus tftnUni refutem^ FaU Cd. 
T^ntifiXt ttfiwrhunthwt" Us.Ant. 
fih vixijft : iflétnu efut îj»- 



ûS8 Explication HISTORIQUE 

font 9 afin que les Juges ne lè laiilkfîènt 
pa$ prévenir par les aœufateurs. Voîlà 
teut ce que j ai à vous dire: de Caron : 
Cftr de vous rapporter les rêveries de 
quelques Auteurs fur ce fùjet , c'eft à 
quoi je ne voudrois pas perdre mon 
tems. Qh ! dit pliante 9 en voilà aîTez , 
pour exciter ma curiofîté : dites-les ces 
rêveries. Hé bien 9 Madame , il y a 
d.es Auteurs qui ont cru que Carbn 
avoit été un Roi d'Egypte , Se cjuile 
confondent avec je ne fçai quel Prince 9 
dont }e nom a rapport au fîen. Mais un 
j-^']^"î^ Auteur Arabe (i) eft allé plus loin,. 

di, dans ion ^ i • V> / • ^ /• 

fi^yote, Vo- puifque 9 ielon hu 9 i^aron eto^t Couiin- 
SS^ q^lrâ germain , ou Oncle de Moyfe ; & com^ 
faîte Varier mç il fut d'abord dans le parti de fon 
parent; il fit obfçrver^ avec éxaâitu- 
de , fes loix $c ks ordonnances ; 5c ce- 
lui-ci en récompenjfe , lui apprit la Chi- 
mie , & le fecret du grand QEuvre , dont 
Caron fe fervit lî Bien , qu'il amaflà en 
peu de tems beaucoup de bien. Maho- 
(1) Alce* met parle auflî (l) d'up Caron , qui fut 
tan, c, 2t. abîmé fous terre à la prière de Moyile; 
mais il y a appareqce que ces deux Au- 
teurs ont confondu Caron av^ç CJioré > 
qui fut englouti , pour avoir murmuré 
contre ce Légiflateur. 
CERBERE* Difons maintenant quelquc chofe de 

Cerbère 



DES Fables. 218^ 

Cti^bere » ce fameux gardien des En- 
fers , dont ridée venoit auffi d'Egypte 9 
où Ton faifoit garder par des dogues le 
Heu des fépultures. Mais ce que je vais 
vous dire du Serpent .de Tenare , fervit 
àrenibellir. 

* Dans la profonde caverne de Tenare 
habitoit autrefois un affreux Serpent i 
©u* une efoéce de Dragon , qui rava* 






i porte de 1 Enter , on prit 
occafion de-là , de dîre que ce Dragon \ . j 
étoit le portier de ces triftes demeures : 
& voilà l'origine die Cerbère , qu^on 
appella le Chien de l'Enfer (a) , quoi-r 
que ce nè^fât qu'uh - Serpent. Hamet'e 
eft le premier qui Tapit ainfi hom'rrië;(2)'î 
& quoique dans la fuite tout le mondé lyc^Vt* 
ait regarde Cerbère comme un Chien à 
trois têtes , on ne s'eft pourtant jamais 
défait entiérenient de la première idée 
du Serpjent de Tenare : auffi au lieu dé 
poil, ils difertt que fon col eff environ- 
ûé de Couleuvres (^) ; & même âri ne lut 
-..'/• ^- • • -. ' 

(a) Parce qu'il mordoit lespaiïàns. Hécat. Milef. p^iJt 

(b) Cm vaUfi hotren videns jam célUtofuhrù» 

•*•'"•; , ;■ Viig.i. 5. 

^.'fimvh furtale centum' 

Muniani ^êngtics Cdput» Hoxat, 1. 3. OJ. ii» 

Tom. II. N 



MO Explication kistomqxj^ 

çonne trois têtes & trois langues ^ qud 

Earce que le mouvement rapide de la 
ttigue des Serpens en fait p^roître trois» 
çn parce que leur Langue eft faite à peu 
près cbmme un dard (4). On peut ajou- 
ter que l'Hiftoire d'Aidonnée 9 qm fai« 
Cûk garder (es mines parles Dogues , 
a donné lieu à la Fable de Cerbère : Si 
comme Hercule 9 pailànt par rEpire» 
délivra Thefée , & çn^mena ,peut - être 
quelqu'un de ces Bogues 9 on publia 



(O Vef^ qu'il avoit enchaîné le Cerbère ( i )« 
^ift.d'rief. - 

' ' ^ ' te Fable vient de ce qu'Hercule tua le 



PHift. d'Hef. X)'autres prétendent que Tor^ine de cet- 



j[ameux Serpent > qui étoit dans l'Âfitre 
jb Tenare, Et fi on a aîauté que Cer- 
bère 1 paflànt par la Theualie > avait vo» 
mi un v^nini) quiren avoit tmpoiConni 
les herbes , ç'eft qu'on trôuvoit beauf- 
coup de plantes venimeufès dans ce pays: 
ce qui a auffi donné occafîoa à toutes 
ies Fables des Sorcières de cette con- 
trée 9 qui attiroi^nt 9 difoit-on , par IçuiS 
ênchantçmen$,4a Lune fur la terre. N'ou» 
ijHons pas de dire qu'Hefîode a crxi, que 

Cerbère étoit fils de Typhon & d'Echi- 

« 

(4) Cmfimt très IhgM , iergemimwmifue C4^#. TiboU» 
• • . • . àjardid$m t^kt^ caput 
lambunt foUbtét : vi^trit hêrrtntfubét f 
toh^ufque iàttifikAéit céiudâ^dTÂto* 

Sciieq. in Hercfrrentt ^ AA« !• 



DES FABtES. ^ 591 

ce : quelquies Auteurs font Ycnir Péri-» 
«Oilogie de fbosioin du mot Gcôc. (j) # 
<|ui figniÊe lià^er . Mai» c'eft «iâfi£ par-r 
lé de Cerbère » -Hx Elianfè. Dkes«nou^è 
je votBS ^rie , ce queVétok que les Fui 
ries dont ou parle tant. Oot^^es jamais 
cxiflé ? Et qu'eft^ce qm a dosmé iieii 
aux Fables qu'on nons oébk&iài^diaB^ 
& elles ont jama» exifié, repaitAici^ 
idoo 9 croyez^vous qu'ona eu bEfiaucoua 
ide peioe (à trouver daiis les ÊéxAes pa^- 
£és trois peiibtmes , pàrim le fèMmâme ., 
4e |dus aimable , qui ayent pu doimer 
lieu auK Fables des Furies f Je ne m- 
^ooâ pafli du paiSé 3 mais je içais bien qtje 
-s'il falioit à.pvéfent remplacer les Fu^ 
dtts» il ne ÊttidnHt pas aflùrémefit fortSr 
-de Paris pour cela. Oa ne vous interroge 
ipdis\ Monfieur le Caufintf » dit.Elîante^ 
c'eft à Monfieur T Abbé à qui f en veuai. 

Vous ne devez regarder. Madame» t«Funw, 
fles Furies 9 ^que ^CMoame des Divinités nide"ou"E- 
i^oëffiques; ^& je ne crois .pas qufoinak "nnic«. 
£u id^mme mifon: de les introdcàre'daiis 
•l'En&r s que ptotir ne rien laifTer à* déc- 
ret dans un fi trifle fçjour , & faire trqu- 
Ter des Mîriijftres propres à exécuter les 
fentences du rigide Rhadamante. On 
les a nommées Furies , à caufe de la fu- 

N ij 



SLÇ2 Explication histo-rique 

reur dont on difoit qu'elles étoieflt agi*-' 
ti&s , & qu'elles inlpiroient à ceux qu'el- 
les uaurmeritoîent : Se les Grecs les nom- 
moietit 'Krixioies (a) , par une ifembla*- 
blel raifon ^ & pour exprimer le troublç 
iqu'elles caufoient. Et ne croyez pas f 
Madame , qu'il y ait là aucun myftére 
^u avantageux à votre lèxe ; car on en 
-auroit fait dçs hommes, comme on en 
a&it des femmes , û leur nom avolt eu 
(i) Voyct -unç termmaifbn mafculine (i). On a dit 

Lncirp^^ la Nuit & de 

tiques. r Achéron (b) ; ou df Plutoh & deProfer- 

-pine (c) ; ou de là Terre àrrofëe du £kng 

(z) pëfiod. ^ui coula, de la playe de Saturne ( ^ ) ; 

Ml Theof^» .chacpjje Poète s'ctant plu à letir trouver 

desj^arens dignes d'eues; On recônnoiC- 

ffoit: ordinairement (d) trois Furies , Ty»- 

^fiphobe , ' Mçgere & Alefto : le re(peft 

.qufon leur portoit étoit il grand, qu'on 

i/ofoit prefque point les bommer : on 

, n'oublioit rien pour les appaifer, quand 

on ' eifoyoiv Itk avoir : ôffènfées ^ parce 

4}u'on ctoit përiuadé qu'elles fbrtoient 

4é l'Enfer , pour tourmenter Içs crimif 

i'(4) Commc^ut dtroity mas» ." .' - 

iroUbUr l effrita {dy Je 6i9 0TdiMéiihmint ; 

(0) Lycoph. h C^ff, .car Eurip. in Herc. fîtf, ep 

E<:hilée , in Eum, les font introduit une qqatriémet 

^e$ de U Niiit* qu'il appelle Lyfle « dopt i|^ 

(c)' Orphée , in Hjmnis nom vetit diic rage» 

J£irM. le« appelle Sfr^miiU^ ... 



ïDEs Fables. lapj 

iîclsi On régarda (Edipe comme \m im- 

J)ie ,'pour être entré dans un bois qvà 
eur étoit confacré y & que les habitant 
de F Attique ofoient à peine regarder { i )• J'? ^^^' 
Faufanias (2) nous afïùre que ceux , qui (i7i» a1 
après avoir commis quelque crime , en- ebdUû. 
troîertt dans le Temple qu'Orefte leur 
avoit dédié , devenoient furieux ; le fou- 
venir de-leuns xîrimes 5 & la crainte des 
Furies leur troublam: l'efprit. II ne faut 
pas oublier de dire , reprit Alcidon ^ * ' 
qu'après queMinefve les eût appaiiëcs^âc 
qu'elles ceflerent de tourmenter le mal* 
heureuxOrefte^on les appellaEumenideSy 
qui veut dire douces (3) : & fi Sophocle J^î Y*'**?^» 
les appelle ainfî dans fa Tragédie. d'(fif nSni ** 
dipe , qui yivoit avant T'Oreile , il faut 
avoir égard , npn pas autems où vivoit 
ce Héros , mais î à celui où il compbô 
cette Pièces où les Furies- étoient com^ 
inunément appellées Eumenides (4). > 
Le culte des Eumenides étoit célèbre 
fur-tout en Arcadie (i) ; on leur inmu>» (4)lûe« 
loit desrbrébàsiiidires : un^filence re(pec« 
tueiixTégnotf priidant' le tenis de leurs 



I , 



T^rf) Cette Çp«5»e f <î'?p- ^t^it^ Bt yirgil^. , e^w» 

pèlléi Uf choKs ^at let 1.6 \ parle dii port de Ve^ 

mams qui-étoienren nfsgc lie sv rco» d'Ën^e , qiioil- 

^atemtqne les Poët^ tia« que ce nom ne lui £At donn^ 

«Y^oient , letu eft aflez OZ' que pluiieurs fi^çles apxès» 

N îi j 



ikcriBces ; ic 11 n^étok permb àferÇimr 
èe d'y éffiftor qu'aux fenk Prêtres., te 
fett qa'dn y emplôyoit devok être hit 
''•. avec- At bas ^ cedrc ; on répandoit 1© 
fittig des viâtmes dans trois foâe»^ avec 
un attirail de cérémonies y qité voua 
pourrez Ute (kns le Poëme d'Orphée» 

Au reAe » les nom» des Furies répoo^ 

doieoft pi^aitemeat à leuc caraâére > 

(i) Voyet {nttfqufils fîgni&>ietit k 'rengeaiice > le 

Nat, 1, 9. c. casmage , le trouble Se Teavie (!>• JVfcm 

s^il eft pemûs de mêler ici un trak de 

(2) Tro Kffi. fitiorak, je dirai>après: Gicerou (2) \ que 

Amrinê. ]ès véfîtables Furies font ks remords 

qui décbirem: les foéléfats ; & il n^eff 

eas néœâ^e de le^ aller dberdier dans 

le Tajrtare.. C^èft > finis doute y ce que les 

jPoëtesrnous ont voulu apprendre 9 lort 

fiu'ils ttouJsrepréfentcntuttOrefteaprèf 

fim|>arricide , St un (Edipe après Ton in^ 

cefte 9 agités par les Furies. La feule 

crainte en a fait desDivimtés : voilàieur 

véritable origine. 

- ; C^enxinnCji'poQt .éviter kspeéfôcu«> 
tkins ^ ses itiiplaeébks Fujriés; Jcu^ 
que quelqu'un ayoît commis q[uelqup 
i)P(eumç/idit volont^tç. ou aàd % 2'nV 
îbîti s'approcher d'aueuns my^res y m 
aiïïftèr à aucune céréinônîe de reHgion ^ 
qu'il n'en eût &ît. mmcavapt i^expîa-^ 






l" '- 



^on. Quand c'étoit quelque Prince , le$ 
Rois eux-mêmes en faifoient là çéx^ 
monie : le: coupable s'y préparoit par 
les fàcrîfices^la pijçre, & la coa^Ir^ik 
ce ; âc eniuit€ on lui lavoit tout le corpSi 
ou feulement les mains dan^ de l'eau did 
fleuve 9 ou plutôt dans celle de la mer 9 
quand on le pouvoit , parce que , com** 
0ie le remarque Euripide (a) 9 on croyqil( 
qu'elle étoit fi eâ^cace , qu'elle efF^çoic 
tou3 les crimes. Ainfî fut purijSé Qfe^ 
par fà £beur Iphigënie , Sç pluileurs^ aiè« 
très. Ily arvoitauflî parnû les AnQiejMl 
pluHeurs autres fortes d'expiations; &i 
ils ne s'approchoient jamais de leurs my** 
fiéres quand ils fe croyoient {ouill^s « 
qu'ils ne fûfSbnt expiés auparavant* Li;^ 
tnaniére la plus ordinaire de fe puri^ ^ 
étoit r^lûtipn (^). Vous verrez 4âm 
la iuite de nos £ntreti^n$ » qu'Am^hî^ 
trion , Hercule , (Edipe ,; Pelé^Çj Tel^r^ 
moq y eurent recours à cette fostt d^ex*^ 
piaticHi : & il fuffit de dire ici » qu'oA 
dioiiîflojit. pQur ceki 4eui^ des Prince ^ 

lu Ij*. ^ . . ^ T^ /^ 

(f^tU , leniîôr , cdffe' Sac^À" mdtttt , pafrtofyue 7>«- 

^Itluitê - ; • Vire. ^..1^*, v , r,. a 

N iiij 



}^p6 Explication 'HtstôKiQxj'S 

qui étoient en plus grande réputation de 
probité. 
LeiPARQVîs ' Les Parques , continua - t^îi , qu'on 
doit mettre auffi au nombre des Dî^î-- 
nités de l'Enfer , doivent de même leur 
èxifténce à Timagînation des Poètes , 
qui n'ont eu d'autre but en introduifànt 
ces trois Sœurs qui préfîdent à la nait 
fence de chaque homme, & qui rè- 
glent lôs événemais de fa vîe & de fa 
^nort) que de noufe faire voir que tout 
arriyoit par une fatale deffinée , qu'il 
^toit impoflîble d^-éviten Sur feda , ils 
ont imaginé trois Divinités qui filoient 
nos jours : l'une , tenoit la .quenoiiille ; 
l'autre , tournoit le fufeau ; & la troifié- 
jtoe,-rompoitle fil , lorjfqu^il étoitquei- 
flioii de terminer la deftîrtée /de quelr 
^tt'un'^4)f. Sur cette idée i ôh leur a for-; 
gé éés nottis -conformes à leurs emj^lois t 
€9T Clêtho , qui préifidoit àla nàîflance i 
fignifie InvosAtion , ou Fileufe (t) ; Lâ^ 
$bijis ^ de qui dépendoient les'événe-. 
jnens de la vie, vevtt dire , Swt^ Dep» 
nie s & Atropos s qui terminoit nos jours 
<jH Totapafltle ^«r fatal J'^eût dire ,% 
inflexible ^ ijnmuaklej m fyns ,(^drç &ff9s 



\ »." 






I • • • I 



M , parce ^ue vépitablement ta* qidrti 
vient à quelque heure ^& à.quelque tem^ 
que ce ioit , & n^épargne perfbnne : aiiffi - 
leur nom générique de Parques vient-» 
il y ex eo quod netmni'farcdnr^ de ce ^^el- *' 
les ne pardonnent à perfomie , ou plu^ 
tôt 9^ de ce qu'elles dlflribuoieot à çhiL* 
cun (es Deftinées j ce que le nom Gred 
qu^cMi leur donnoit ( i) ^ fignifie : à moinâ (0 M» 

2ue vous nt vouliez , avec un (çavant 
[omme (a) , le faire venir du mot Phé^ 
nîcien , Parkd , qui veut dire , tifmfre. Il 
fox queftion de donner des paréos à ces» 
prétendues Divinités : Hefiode *(b) dit 
qu'elle» étoient .filles de Jupiter & de 
Themis. Mais , dit EHante , ne pour« 
roit-op pas rendre ici la pareille à Alci- 
don r qui- affeâoit de railler fur notre 
fexe y à Poccafion des Furies ? Ne pour- 
rdit-on pas dire que les Parques nous 
vengent bien ; & jqa*cm a. dit que c'é^ 
toient des fenmies; r parce que nous ré* 
glons la deftinée deprefquetous les Ijpm- 
snbs ? On ne peut pas 5 repartit l'Aobé , 
prendre ùt bifque plus à prc^as (r)« Ce- 

(4) Le Clerc for Héûaà» femmer couronn^ef de floc* 

Himc, dit-il , TaH^DtAf cont de laiiie entremêlas de 

^M^ fiinm rumpiu U^^nSt.^ l'une u*ntnt un» 

(b) /» Thê«g, ou d«.rE- qwenoutUê stla main^ l'autrr 

lebe , ou de là Nuit* un fufeau , & la troifiem» 

* (t) On repréfenoMt let de» <iréai»k« ^ 

P»rc|^e8 comoie de vteilW -- • . x .^ . ,'^ 

N V 



ftp8 ExPLlCATWN fifSTORKiUÉ 

ha quià le mieax réuffi à &icc 1& poH 

trdk is» P^srquea ^ tû Vek)<{ueot Catel** 

let^enves te (4)11 F^ci]:»is nisiixttMiA àiéûsax%t% 

arEnfct. d'Enfer. 

l'Achéron. . L'Acbétoiï eft uTH.FlwIre d'£pîre» 

i}ui preti4 ft^ Jbkiree^iftii JMbnÀs d'A^t 

chéri^e <é)^ & fe décharge : prè^ d' Ahk 

bf^:^' autremem dite J^ Am? s ésut le 

.^ * . ' ; ; Golfe Adi&ri^t^. = llemui^ ee Jkuve 

(i)PaaCiVi fift «mete. & imi-râufiô (^t); 4SccWt eo 

■^^*'*^ piurttQ la raîian pomrqtïoî o» enr a feit 
itti FimvG d'Enfer; d'autas^ plus^ qu'il 
éetnéitre Icmg^temff caché fim^ teim» 
te va teffortk'fbct tûioidè^readiimi;* oè 
it dtfparoît. Sob m)mia:ftuifi comnirué 
àiûstiae FaUe ; cair il vçot dire i^^fiiTIr 
w ! kurtemenf^ Peut^êtcQ mâmo ^'Qr^ 
pÛedotirta à ce Lae & enlmteaii Flei^ 
ye> le nom dtt ftlaratf Acàccufie » i^'il 
avoit -vu près die Meo)^« » lorfi^'il 
aooammodb a laQ^èod ^ Jdéf».^pi!i^ 

> |/f/ i9T^us tremulum eémphctens MndifHt'Vifts ^ 
t^tttnumqHe manus iurpebéint riti Uborem : 

Xén4f»hmimlUU^éLuHiué^téÊÊÊii9mm% 
iééns$um Mafi VÊffabéà'HékifÊê ùfptm. 
fM'il enute dans T Achézulfe» 



avoit pixifées en Egypte au (ujet Oç^, 

nioi:ts. Un a ajouté dans la fuite plu^, 

fieurs Fables à ce que noijLS venons de 

dire : on a dit que l'i^chéron étoit Gis 

de Cérès , ou de Titaçi ^ de la Terre : 

que la crainte qull ei^ des Géans h fit. 

cacher pour quflque tems> & de(cetdirq^^ 

même jufques dans PEnfer , pour k dé-^ 

rober à leur fureui:.QueV]ue^uns o;it (ht 

auç Jupiter Tavoit précipité dans; \%Jfr^ 

^ 9 parce que Ton eau aivoit fei;vi à| 

^tancher la Coif des Titans ^ Fablç foq-^^ 

dée fur ce que ce Fleuve , auifî qu^ uqus. 

l'avons dit, demeure long-tenis cophé, 

dans la terre > qui étoit la mère desTî-i 

tans* On ajoute que TAchéron ét;ait, 

père de cet Àfcalaphe qui fut chaogfi et|, 

Hibou, comme nous r avons dit d^ : 

THiftoire de Proferpine : fur quoi vm 

Auteur (l) 9k cru qu'il y avoit eu un , (0 -f"';:^ 

JULoi d Ëpife nomme Act^eron ^ qm a nkvi^ 

4o;mé fon nom à c^ Fleuve* Aii^ on 

yoif rrqit dire que ce Prince donna peut- 

4tre retraite î^\i3^ Titans ^prè^ la viâ:oirQ 
cijfe Ji^er avoit f empi^rté^ fi^r. ^yx \ 
ce qu'il en fut puni rigoi^çpufen^ent» 
Quoiqu'il en foit , il pe fa^t pas oublier 
je dire qu'il y a ijp autrç fleuve de c§ 
nom dans le pays des Bruttiens près de ^ 

Pandofe , qui donn^ lieu' à une trille 

\' N v] / 



& 

ton» 



500 Explication historique 

(i)Stiab.l.d. éqijtîvoque(i). L'Oracle de D'odone 
ayàttt'^Vertî Alexandre Roi dès Mo- 
lofles de fîiir rAchéroh i ce Prince pen- 
fant qù^ parloit de celui qui étoit en 
Thefprotie; ne voulut pas s^éloîgner du: 
Kelu oif il étoit, & y fut tué. Il y en a^" 
àum un autre près Je Ténare en La- 

(fome. •. ' ' \ 

te Cocîte •^Le.Côcîteeft.uiiàutréïeu'ved'Epîre/ 
kPhlëge. (jrijlutôt'delathefprbtîe qui enétoir 
liné partie j îFtombe avec le Pyrîphlé- 
gëton dans le marais Achéruffe ; ôc dont 
le nom veut dire pleurs , gémffemens (4) ;, 
& ciéîui de Pyriphlégéton , trulant (t). 
Ces étimolpgies , & leur yoifînage dé 
PAchérô.n,les ont fait mettre au nombre 
des Fleuves d'Enfen • 
le Sttu ^ Le Stix , qui étoit dans rArcaxfie , eft 
une fontaine qui coule d'un rocher ,. 
de qui forme enfuite un ruîfleau qui de* 
meure long-tems" caché fous terre rfbir 
eau cft mortelle; & c'eft , comme le re^' 

(t)L.f.c»i. marque Paufanias (2)5, cette qualité qur 

à donné lieu aux Poètes d'en faire mt 

(s) zor.r/V. Fléuvç OU un Marais d'Enfer. Voicr lar 

Hctod. h £- defcription qu'il ^n fait (3)» 

Auprès crùne ViHe d'Arcadie liom- 
inée Nonaeris ^^ eâ un précipice fort élef- 



V4r«« 



i- 









> »♦ 



c#/» 



i)ft s Fables. ^oi 

V^ > d'où il dégoûte de l'eau qui defcenJ 
dans le fleuve Gratis. Cette eau el? mor- 
telle aux hommes & aux autres ani- 
maux ; elle brife les vaifïêaux de verre 
ôc de porcelaine, âc tous les autres ^ 
excepté ceux de corne de pied de cheval. 
Sur cette idée on a çompofé une Fa- 
ble, on a animé Stîx. On ra faîte fille (i^na^^ 
3el*Océan (r), & femme d'un certain imht^, 
Pallas ou Piras (2) : on dit qu'elle fut (i)PtuC/M, 
mère de l'Hydre > &c. Son nom impri- 
moit tant de terreur, que le ferment le 
plus inviolable étoit de jurer par le 
Stix ; & les Dieux mêmes étoient très- 
religieux à le garder {a). La punition 
de ceux qui (e parjuroient après ce fer- ' . , . 
ment , étoit très - rigoureufe : Jupiter 
ordônnoit à Iris de leur préfenter une 
coupe pleine de l'eau empoifonnée de 
cette fontaine ; & il les éloignoit de fa 
table & de fa conv.eriation pendant quel- 

2ue tems (5^ : il les privoit même de là (OHcfibi 
)ivinitéipour un an, comme fi c'eût été *" ^^'•** 
une charge dont il fiifpendoit les fonc^ 
tions. Que fî vôuy demandez aux Mi- 
tologues la raifbn pourquoi les Dieux 
ëtoient fî religieux fur cet article , c^eft 
que la Yidoîrç , qu'on croyoît être fiUe 






• • » «^ 



VM.1^ 



t 



50a ExPlLtCATtON HISTORKitrÉr 

eu Stix y avolt donné du iecour^ atuiE 
pieux contrç les Géan^, & étqit; axi^ 
vée la prçimiére dans le Ciel à Too 
çaflîom de cette guerre : Ce q.ui avpiç 
obligé Jupiter r en reconnoif&nçe, d^or< 
donner que le ferment fait par le. Sti^ 
feroit inviqlabje, M^ jce n'e^ 1^ ça- 
çore qu^une Fable 5 fondée f^r ç.ç 
ii'on fe fervotit auciçnnement dç Féaij 
!a Stix pour faire les épreuve^^i 4ef 
ÇQupables & dosiwo'cçns^y à peu* ptrça^ 
comme les Juifs fè fervoient ^de l^çau 
de Jaloufie. Au reffç » lorfque Içy 
Piçux juroiçnt ^ le &i% , ils aevc4eiïÇ 
^vair une main fur ta terrç ^ & r^utrç 
(i)Hom. fijrla mer il) » comme Hpmeirer le re^ 
marque.. ^ 

; Il eft aîfé de voir » dît AIcî4Qn ^ q^ç 
deux chofes ont contribué à faire mettrç 
ceS quatre Fleiives dans l'Enfer» La pre^ 
miére , e'eff qu^ls étoiçpt toi;s quatre* 
dans l'Epîrç, qui a été regardée, à caui^ 
d'AidpnnécjiComme leRoyaumedePlttr 
ton. La deuxième , eff l^etimologie dç 
h]}fs noms^ : AçbéTpn v^ dire U der^^ 
^ire , par où Fon marquoit cjue ceuiç 
ijuî allaient en ce pays travailler au]| 
mines , Y i^ouroiçnt prefque tous ; Côr 
cite veut Sre : burlcjnent \ le Sûx, fcâiÊ 
éujthftct i J'yriphlégëtOB^ hmldmi & 



JfÇtJvé , ûtitUU) : c'était un Fleuve cr A^ 
iriquç^ près ce la ville de Bér^mce. 

Il eft bon auffi de remarquer que ce 
xCç& pa$ feulement de ces âeuves d^E-» 
fiire que les Poètes ont tiré l'idée de^ 
ï'ieuves d'Enfer, puifque aoft-fci4e- 
nient le Laq d' Achérufîe 4*Egyptf , 5C 
le Fleuve Léthé d'Afriqtje y ont aulC 
clooné Uçu ; rnals au/S' le L^ Avern^ 
d'Italie 9 Se les autres fontaines d'ea^ 
chaude ^ui étoient aux enyironau £i» 
cfi^t^ce bea-là & tous les autres étQient 
^ cQ^^verts de bois d^puî^ Saye^^ 4^ 
p9u«3EQlef , ^ que fe» eaux en é^ai^tf 
très-«ialrii^e^«;P^rce qu« la vapeur 
^9Jl iQrtx;>it des mioes de ipyjiire & de . 
lutij^ne qiji y fppt en grand nwib^e* 
p^ pouvoit pas s'exhaler aifémçat. Â'u^ 
ç^ n'eft pas è tort que Vir|[ile dit C i> qu« (o Emi; êi 

les oîfeaux qni volaient fur c« I^a« 
çtaîwt foHvpm étoiifie» wr wtte maib 
yaîfe odewr* C'eft ce qui li^êt doAnerte 
Bpin d^Jv^rne (i)» Agrippa fît qqiip^ 

ces boi^ par l'ordre d'Àugufte » & ep if 
,C bien nétoyer les envirofiSjiqiie tpuf çf^ 
mauvais effets ceflTérent emiérement, âç 
^ue V^^ dev4Qt claijre fc gette : ai c'eft 



^ 



(i)Ai9%t0bfi'vie,tftfirtnt tanf, cemme difr Vîrg* !• ^ 



504 ExPLICATtaN HXOTÔKïQirtf . 

(t) LîT. 5. peut-être pour cela que Straboh ("i) *#• 
garde comme ime Fable tout ce qùê 
Virgile & les autres Poètes ert Sitnt. , 

les Titans. ^^ ^^ ^^^^ ^^^^ maintenarit, pour finir 
cette matière y qu'à parler àt ceux qtt'ott 
a condamnés au Tartare , & de chercher 
pourquoi ils ont mérité' Pîtidigna)doi| 
des Poètes. Il n'eil pas difficile d*aoord 
de deviner pourquoi on y trouve dei 
Titans , puifqu'oh regardoit Conirrae une 
impiété Fentreprife qu'ik af oient faite 
contre Jupiter , & qu'on croyoît que 
ce Prince les avoir précipités dans les 
cavernes du Mcmt Etna, ,quî étoit !re«^ 
gardé comme uh^foupirail de l'Erifer. ^ 
TmpiBè On dent penfèrla même chbfedeiytîe'^ 
fur tout fi on le pf end , coiftnïè pltifieurai 
Auteurs, pour te fameux Typhon, dbnic 
nous avons parlé. Que ff nous en 
<9)tiv.^. croyons. Strabon (i)*, c*étoit un Tyran 
de Pànople en Egypte , qui s^atttra par 
fes violences l*indîgnàtion du peuplèi 
On n'en a fait an refte un Géant fils dé 
la Terre (4) , (jue parce que* ion noint 
veut dire ferre ou boùë ; ce qui efl: l'ori- 
gine de la Fable qui dit que la jaloufe 
Jimon obligea Orchomene fa mère , 
dont Jupiter étoit amoureux , à fe ça* 

. f^)- LevPoëtet difent qiii'il occu^it dant Ffnfo neuf 



J 



Ï5ES Fables. joy 

fch'er clans les entrailles de la terre. Vir- 
gile fait une belle defcription du fup- 
plice de -ce malheureux , dont un Vau* 
tour déchire éternellement le foye (l)* (') ^''i* 

Syfiphe, félon quelques Auteurs, étoit 
Secrétaire d'un Roi de Troye ; mais 
comme il révéloit les fécrets du Confeil 9 
il fut découvert , & on le punit très-ri- 
goureuremefll. Le fupplice que les Poè- 
tes lui font foiiffrir dans l'Enfer, en lui 
faifant rouler éternellement une pierre 
fur le haut d'une montagne, d*où elle 
defcend à l'inflant , n*eft qu'un fymbole 
de fon caraftére inquiet & remuant. 
D'autres Auteurs, dit Alcidon, rappor- 
tent cette Fable à un autre Syfîphe , Roi 
de Corirtthe, de la race des Eolides. 
C'étoit l'homme le plus fin & le plus ru- 
fé de fon tems (2), Thèfée, en lui ôtant ^^j* > Hor». 
la vie, fit ceffer les ravages qu'il com- Met. ij.hU 
mettoît dans fAttique. C'efl celui , au "^« » *^ 
refle, quiéooufa Anticlie, fille d'Anto- 
licus, dont il eut une fille du même nom ^ 

Îue Lâferte époufa , & dont il eut Ulyflè. 
ê méfbùviens, reprît P Abbé, de la plai^ . 
ikntè âvariture qui obligea Autolicus à • - 
ddiftier fa fille en «mariage à Syfipheî ^ 

Gomme' il s'imagînoit êt?e plus*» fin que 
loi t 'il lui vola! quelques troupeaux , de 
les mêla avec les fîens : mais Syfîphei 



•^ 



^o6 ExnjCÂrtoiJ tttsrcfUiqvt 

qui les avoit marqués (bus le pied i le^ 
teconnut aifëment $ & gi^gâe / par cette 
adrefle , Famitié d' AutoUcos , qui lui ' 
donna Cx fille en mariage. On & que 
c'eil lui qui découvrit à Afopele lie^ dit 
Jupiter avoit caché E^tf : & e^eft peul^ 
çtre ce qui lui a attiré l'indignati<afiKi des 
Poètes , qtû ont tant débité de Fables lut 
Ion fujet j entr'autf es ^ que'^piter ,: pour 
jfe venger , lui avoit envoyé la. Mort j que 
celui-ci Favoît enchaînée; qu'^fercufe la; 
délivra, & tua Syfiphe.Mais/ans nous^ar** 
têter à ces bagatelles , n'oublions pas è^ 
dire f que notre Syfiphe ayatrt coniuké 
rOracle , pour apprendre qe quelle ma* 
niére il pourroit éviter les enÂûches dç 
ion frère Salmonée > îl apprit que ia mort 
étant inévitable, le feul moy^n d^ fy 
venger , étoit d'avoir des en&B3 4^ ft 
xiiéce Tyro. Il hsà fit violence i & en eut 
deux fils : mais cette^iftfor(tȎei PtiipH 
ce^ 9 pour prévenir la prédiâion de 
l'Oracle s & fauver la vie à (on père ^ tet 
(0 Vo^ gt i^iourir .(!)• C'ejff apparemni^ît pow 
îfi^'Hip^c! ^Buer hprreur de Tiacelje dft-Sy^i^^ • 
à j«fea» ^ pour marquer le cajraâém* de ot «in^ 
ç^; Qui roula fi kwg^ins daâ^ -fiib t^e 
ée^ deileiiis de vcDgeaneely. (|«^Ofi: e* in* 
venté le {uj^liceq^LOU hx mt enidiwt 
^£nfexv 



DBsFABtES; 507 

. Au refte ». U ne faut pas confondre ce Salmoii^ 
Salmofltée > père de Tyro » avec un au* 
trcAi même nom , Roi d'Elide (4) ^ que 
y irgile met dans le Tartare. Ce Prince » 
qui voulait s'égaler à Jupiter» avoitfait 
fedre un pont d'airain» fiir lequel il&Kbit 
Rxuler Ton chariot pour imiter le tonner- 
le » pemlant qu'il lançoit de tous cotés 
des torches allumées. On dit qu'il fut 
'véritablement frappé de la foudre. No^ 
tre Poète décrit parfaitemoit bien le 
caraâére de cet infenfé ^ fa mort & fba 
fiippUce. 

Là je TÎf Salnionée , & ibn tourment extrime s 

X*anrogani qui jadis brayoit les Immortels » 

: Et Youlott ufiirper l'encens & les autels ; 

Quand fiir un pont d'airain pooflatic Ton chat 
riii»de , 

Lançant fes feux ardens fur le peuple d'Elide» 

Il penfoit imiter » dans fon trioftiphe vain » 

L'inimitable foudre, & l'immortelle msCin* 

Mais du grand Roi des Dieux Tire juAe k pui& 
faute 

Lança , non une torche ou de fa poix fumante ; 
; Mais percale Tyran de fon foudre vengeur, 
-Et le pfédpita dans ces lieux pleins d'hor- C«>5«e?«^» 

(4) Diod. I. 4# *e tt' celÀeilM Dfewr: qn^ff Ait 

pefi<!tnt que c'cft 1» même j ftappé !c la foudre ; ce q^ 

& que ioR înifM^é lut attûra â(kmnéUettil8iÛ)fe« 
Ubaine de»)ianMMc & U 



5o8 ExPLicATroT^ nnrcmiQjrÉ 

PH116TAS. On trouve àuffi dans le Tartare l^ïn-S 
fortuné Phlegyas ^ Roi des Lapithes^; Si 
îl y eft dans une continuelle appréhen- 
sfion de la chute d^un rocher , qui lui 
pend fur la tête. Sort crime fiit d'avoir 
fait brûler le temple d^Apolbn- de Del- 
phes , parce qu'il crut qtie ce Keu avoit 
débauché fa fille (<i) : apparemment que 
quelque Prêtre., qui en étoit devenu» 
amoureux , avoit pris ITiabit & P équî-* 
page de ce Dieu. Pieçy^s eft le Prédi- 
cateur de ces triftes beax, û nous eft 
croyons le Poëte que nous venons dê^ 
citer (h) : jipprtnez» , dit-il aux Ombres? 
d^une voix fort élevée, à nepàm mépti^ 
fer les Dieux, & k rendre la ptjtice à tout 
le w(>i«/<r Inutile fermon,; cUtrEliantei , 
puifqù'il eft fait à des gens, qui ap font 
plus en état deprati^aerdeiu belles If «^ 
çons : car , comme cUtScaroûy. < * 
Ceue Senc«nce efi bottie ^ belle i 
(I) Viîg* . Mais en Enfer 4e quoi fert-elle (i) l 

•'«^•^'H Stace ajoute que le pauvre Phle^ 



. . I- 



(a) 'PhUgUs aktem ïxior infendiLdpdîinit ftmptft^ 

. n;ii , ' uhde fucepit t/£fcuU' Virg, / 

I fiiêm : ^hd pester dolent r •»»,•'' 

^dmoHti 9.&méig»^te/iMtMrtioekptru9^éii.s ' -* 



DES Fables, 509 

Igyâs étoit à jeun 1 Se accablé fous la p^ 
fanteur d'un effroyable rocher (4). our 
-quoi , dit Alcîdon , s'il m'étoit permfe 
de raillçr un peu ces deux Poètes , je di- 
rois que ce Prince infortuné eft là dans 
une utuation bien gênante pour un Pré- 
dicateur : & j'ai peine à comprendre 
comment Virgile le fait crier fi fort, 
étant à jeun , & ayant -un rocher fur l'e^ 
ftomac. Quoiqu'il en foit, dit l'Abhsé, 
il noas en croyons Paufànias , cç, n'eft 
pas Phjegyas , mais quelqu'un de fes fu* 
jets 9 qui brûla le temple de Delphes. S« 
. AugufUn ( I ) , açrès Varron , dit que ce (t)Dt civ. 
fut jD^naiis , qui fut J'auteur de cçt int- ^*' • '• **• 
.condiç. 

. Ceft au refte ce même Phlçj^yas , rct- 
.prit l'Abbé, qiû, félon quelque? Aur 
teurs, fat père d'Ixion^n fameux par- 
mi ceux qui font dans Iç Tartarç. Mai? l'i^â?. Jjf^^ 
nous en parlerons ailleurs (2). cuie, ' 

, ^fantale étoit fils de Tnio le Roi dje Lj^ TANXAtî, 
die 9 dans TAfie Mineure, T^ethes nous 
4^3) apprend, açrès tous les Anciens, que (3) im. iq« 
ce - Priqc.e ; étoit très - religieux ; mais ^' *» 
qu'î} poufla \si fuperftition jufqu'^ offrif 
aux Dieux des viftimes humaines : ce 
qu| l'a fait regarder cpmme un impie ^ 

W^petHp pre mit Annmm L. u TbeU 



5^0 ExPLtCATlOK HISTORIQUK 

& a porté ks Poètes à le condaimier a^ 
Xuçpîice dont loous venons de parler. 
Ce|^fi^nt O^îde & fly;gin (a) croyeat 
<iu'il .ne métita ce Tt^^iplice » .^ ue pour 
ttvoir révélé les-fecretsdes Dteux , dont 
il étoît le Grand-Prêtre) c'^eft^à^re^ 

Î^our avoir -décoiovert fcs myfliëres de 
eur cdite : ceiqui étok défendu avec I9 
ornière rigueur. 

. • .; mûcMttdmdahfuë dédite 

Il y a bien de l^apparencc , dît Eliaiv 
te , que c'eft là le fondement du fiipp& 
ce qu'endure Tantaîe dans FEnferroo- 
tîtjue. Mars je ne Vois pas ce qui peut 
avoir donné Heu à ce que rapporte O- 
vîde :, que les 'I>ieux. étant ajlé loger 
chez ce Prince , lï avoit vovlu éprouver 
s'ils connoîflbifent lés choîés cachées-, 
A: juger par-là de leur Divinité : tju'S 
leur avoit fervî pour cet eflfet le corps dû 
jeune Pelops fon iîls, mêlé avec d'autres 
viandes ; que Gérés, qui avqit trouvé le 
tagoût excellent , en avoit mangé ime 
épaule; & jque Jupiter, qui -découvrît 
la barbare curiofité de Tantale ^ avcxt 

Mf)7upUtr€w€téi!tftTéÊn* homihet rnumêianfit ; ^ 
talofU' confilU frliti^t etAt, idquc diritnr ad inftfs m 
O'-éid tpfUiim DfTum md^ és^m medUpaHe imp^fii 
miilere i ^tutTanMlm^^. fiatu Hyg Fab. Ss. 



Dss Fablss» 3If 

ireâonné la vie au jeune Prince » à qui il 
avoit remis une épaule d'y voire^à la pla<# 
ce de celle qui avoit été mangée;&: avoir 
précipité Tantale au fond des Etifers. Il 
y a Ûen de Tappar^ice > dit Alcidon » 
que cette Fable eft une fuite de l'autre ; 
c'eftÀ-sdùre 9 que les Poètes » pour doa« 
iier plus «d^orreur de la barbare coûta* 
me qu^^vok le Roi de Lydie 9 d^îmmoi* 
1er aun Si^ux des viétimes humaines 
leîgnirent qu'il hexet avoit voulu ofirîr 
£bn propre fils , Se parlèrent de ce (kcri-* 
fice fous ndée d'un repas barbare : û 
tout^foi» "ytms n'aimez mieux dire^avec 
Findare (t) , que ce qui a donné lieu à (1) Poëa, 
cette Fable ^ c'eft que Neptune, c'eft-àr ^^y*"?- 
4ii»^ quelque fameux Corfaire « ayant 
cntevé le jeune Pelops j quelqu'un ♦pour 
rendre Tantale odieux « publia la Fable 
^e ce repas ; & ajouta que Cérès avoit 
«naagé une épaule de Pelops , parce que 
c^ft à ^ette Dcefle que Tantale avoit 
hfïmiM des viétimes humaines. J'aime^ 
«ois mieux croire ., dît l'Abbé , qu'une 
^avanture que raconte Paufanias (2) » g (z) in uiur, 
•ibfwié lieu à la Fable. Comme parmi les 
fetalités de Troye ^ on devoît , pour 
prendre la ville 9 avoir les os de Pelops ; 
i^ Grecs envoyèrent à Kfe où il ^oit 
^.eatçjsfé : 1^ vai&au^t naufrage à Ton rçh 



5Ï2 Explication historique 

tour; & quelque tems après, unPayËui 
trouva fur le rivage Fépaule de ce Priit- 
ce 9 & la cacha fous le iable. Les Eiéens 
étant allés environ ce tems4à confiiiter 
l'Oracle de Delphes ^ pour être délivrés 
de la pefte , la Prétreflè leur ordonna 
d'aller déterrer les os de Pelops : peut- 
être qu- en mémoire de cet événement 
ils firent une épaule d'yvoire ^ qu'ils 
confacrérent à Cérèa, & <}ue ks Pelo^ 
p^ides portèrent depois dans leurs £n^ 
ièignes. Quoiqu'il ea foit > pour dire 
quelque chofe de plus fur > Tantale eut 
une longue guerre avec Tros Roi de 
^ ^ Troye^ à caufe du rapt de Ganimede 
• * fon fils. Cette guerre obligea enfin Pe- 
lops y après la mort de fon père Tanta« 
le , de fortir de Ia Pbrygie « pour fe re- 
tirer chez (Enomaiis , dont il époufa la 
fille : mais nous en parlerons plus au long 
dans l'Hiftoire des Héros. Tantale vii- 
voit environ cent & quelques années 
^vant la prife de Troye ; comme il fe- 
ra aifé de le voir quand nous parlerons 
de la fucceflîon des Rois de cette Ville » 
depuis Tros , jufqu'à Priam. Continuons 
notre fujet « & di(bns un mot des D^-- 
naïdes « & de leur lupplice. 
tesDAMAï- Ce qui peut avoir donné lieu au fiip* 
x>E^ plice des Danaïdes , félon Biodore» c'é- 

toit 



DES Fabules. 515 

toit cette coutume des Prêtres d'Achan- 
te qui verfoient^eFeau dans un tonneau 
percé , qui donna occafion à Orphée de 
ceftiner le mênie emploi aux DanaïdeS 
qui avoicnt égorgé leurs maris. Tout le 
monde fçait que Danaiis étant forti d'E^ 
gypte avec fes filles ( i ) , parce que TO- ( t ) Vov« 
racle lui avoit prédit qu'il feroit tuépai* ^P<>j^«*«P*tt- 
im 4e fes gendres , fe retira en Grèce , où 
il fut élu Roi d'Argos : que les fils d'E- 
gyptus fon frère allèrent le trouver , & 
épouférent leurs confines : qiïe Danaiis 
oMigea fes filles à tuer leurs maris : & 
qu^il n*y eut qu'Ypermneftre qui fauva 
fon époux (4) , qui tua dans la fuite Da^ 
naiis : & que c*eft pour punir ces Prin- 
cefles que les Poètes ont inventé leur 
fupplice, Ceftropinion la plus reçue t 
Cependant Eufebe & quelques autres? 
croyentque ce qui a donné lieu à in- 
venter le fupplice de ces Daimides , c'eff 
qu'elles firent creufer des puits dans 
Ârgos (ù) , d'où l'on tiroit l'eau contî- 

« 

{a) Son pef c la fit appelle faint Jctoxnc , ajoute : ôpe 

en iugement ; mai* on la Daraidarum, Les Egy- 

dëdara innocente: & même ptiens étoient fort habilea 

les Argiens la fiient Pré- dans l'art de conduîie Ita 

trèfle de Junon. eaux par le moyen des pom- 

(*) Eufebe, Chfon. 1. 1. , nés & des aqueducs. C'érde 

èkf Danaus fait abunda" le feul moyen de reiuUe 

Tt Mquis afTos.Et le Grec , leurs tewes fécondes, 
qui n'a point ^te traduit pas 

Tmell. O 



V- 



3; 



JI4 Explication HtsTORtQVB 

ouellement avec des pompes ; ce qui. 
étant très-pénible^ fit inventer» par ceux 
qvi étoient coadwinés à y travailler^ 
que le$ Dieux , pour punir ces Priii^ 
cefles^ l^s avoient condamnées à remr 
plir dans TEnfer un vaiifeau percé. 
Vous avez dit tantôt, reprît Âlcidon» 

Iue Diodore nç rapporte point dç raiCbii 
e la coutum/e qu^a voient les Prçtres 
égyptiens de ymfkr Teau dans un vai& 
ièau percé. J^ailù quelque part que c'é- 
toit pour purger & purifier Feau dut 
Nil» peur l'employer enfuite aux Ià% 
crlfices : & cç vaifleau s'appeUoit VHjh 
Jrie. 

Hiftoitedcf Enfin, pour ne rien laiffer à dire au 

AïoïDf s. Ibjet des ijluftres malheureux que nous 

gavons trouvés dans (e Tartare , voici 

l'Hifioire» ou plutôt la Fable des deux 

(i) l«9it>U Aloïdes , telle qu'Apollodore (i ) la ra-r 
çontç. Iphimédie fijle de Triope ayant 
jépoufp Aloëus , devint amoureufe de 
Neptune (4) ; Sç allant fouvçnt iur les 
bords dç la mer pour s'entretenir avec 
•ibn .amant , elle en eut deuxenfans» 
.Ephialte & Otjius. Ces jeunes Princes 
croifiant chaquje annéj^ d'un^ coudée en 
^largeur, & aune aune de hauteur, le 
' trouvèrent fi fiers à Tâge de neuf aa$ 

(4) C^toit quelque Capitaint de VaUIcaii» 



Ataabe* 



f>Es Fables. jij 

^e Ce voir auffi grands & auiïï puiflatiA 
^ue les plus fameux Qéan9 9 qu'ils cru« 
tent qu'U n*y avait rien au-deffiis. de leur 
force. Ainfi ils €nti?eprirent de détrôner 
Jupiter :. & pour lui livrer wi aiTaut dont 
il ne pût fe difen4re , ils nûrçnt le nionc 
Ofla Se le Pélioin fur TOlynipe. Cef 
Gbéaas menaçant de-là le iauverain des? 
li)&eux>, eurwt riaCaknce de lui deman-* 
^er Junon^ Diane ; Se Mars ayant vour 
lu a^oppofer à leur entreprîfe , ils le pri- 
rent prifonnier & le chargèrent de chaî-^ 
nés, dont Merqure le délivra (i). Enfin ^ (0. voye^t 
la puiilaQCe des Dieux (e trouvant inu« 
tile contre de fî terribles ennemis, il$ 
furent obligés de cecourir à l'artifice j 
Diane les ayant apperçùs , le changea 
en biche. Se fè lança au milieu d'eux» 
Comme ils voulurent tir^r leurs flèches,* 
ils fe bleflerent l'un & l'autre , & ea 
moururent , délivrant pour Jamais le^ 
Dieux de la crainte <ju'ils leur avoient 
înfpirée. Jupiter les précipita au fond du 
Tartare ; Fable qu'il eft inutile d'expli-^ 
quer, après ce que nous avons dit du 
combat des Qéans ; & on en découvre 
aflfea le fèns , puiiqu'elle ne renferme 
que l'Hiftoire de deux Icélérats , qui„ 
après avoir tent^ les entreprifes les plus 
hardies , j^érirent malheureufement à la. 

o ij 



3l5 ExjPLICATION HISTaRI(;iUK 

chaule. Ils vivoient trois générations 
après Deucalion , dont il étoient deC* 
cendus (a) , c'eft-à-dire , deux cens ans 
avant la prife de Troye. 

On trouve auflî dans l'Enfer , comme 
nous Pavons dit , (Edipe » Ethéocles , 
PoUnice, Thcfée & quelques autres, 
dont les crimes font afièz connus ^ ÔC 
dont nous aurons occaiîon de parler dans 
la Hiite de nos Entretiens. Il eft tems 
de fortir de ce trifte féjour : notre voya-» 

je a été plus long que je ne penfois. 

Encore un petit" mot , reprit Eliante* 
Qu'eft-ce qu'ont voulu dir^^ les Poètes, 
en faifànt errer les âmes pendaht cent ans 
fur les rivages du Cocyte ? C'eft , ré- 
pondit FAbbé 9 apparemment parce 
qu'Orphée avoit remarqué que ceux 
qui étoient condamnés par les Juges 
Egyptiens étoient privés de la fépul-v^ 
ture; & que les Prêtres lui apprirent 
qu'après un certain tems d'expiation 
qu'il fixa à cent ans , ils étoient admis 
dans la Barque de Caron, pour paffer 
le Lac Achérufîe : Ou plutôt , comme 
le remarque Sçrvius : cette Fable tiroit 
fon origine de ce que s'il arrivoit , lorft 
qu'on pafToit le$ cadavres au-delà duf 

C«) Cofiûiltet le trei* s^nèaloeîede Dcucaliooi 



« DÉS 'PA'RLtié ^ ^17 

tac 5 qu'il en tombât quelqu'un dans 
Teau , & qu'on ne pût le retrouver , on 
lui faifoit, au bout de cent ans 5 des funé- 
railles aux dépens du Public. LeSum eft 
autém quoi vicitû populi cadavera fuorum 
Ad alteram regionem transferrent : fedjt quis 
in ftuvio fereat , me ejus inveniatur cada^ 
. Ter , pofi centum émnos ultima per/olvumur 
4>fficia : bine extradum : 

Centum ertant annos , t/oUtantque hac littora 

circum (i). {i)SirviMf, 

Ainfi les Grecs, fur ce modèle, publiée 
f ent comme un dogme de leur Théolo- 
gie , que ceux qui rfavoient pas reçu 
les honneurs.de la fépulture, erroient 
.cent ans fur les rivages du Cocyte j 
tourmentés d'un violent défir de pafler 
pe fleuve , rtpdi ulterims amore. C'efl potH? 
cela que nous voyons tant d'erapreflè- 
ment dans Elpénor chez Homère , & 
dans Palinure chez Virgile 5 pour obte- 
nir d'Ulyflè & d'Enée un peu de terres 
Car encore un cçup l'idée du fyflême 
des Poètes Grecs fur l'Enfer & Iqs 
Champs Elifées , efl venue d'Egypte & 
des cérémonies de ce peuple dans les 
funérailles. Trouverez-vous, dit Alci- 
don , quelque chofe dans ce pays , qui 
ait donné lieu à Virgile de parler du 

Ôiij 



Kameau d\3t f Lorfque je dis , veçttt 

PAbbé , que le« Grecs ont emprunté 
des Egyptiens l'idée de leur Enter, je 
ne prétends pas dire qv^ils n'ayent fait 
autre chofè qu'imiter toutes les coutu* 
mes de cet ancien peuple : ils en ont tiré 
ie fond , & y ont ajouté plufieurs cho* 
Jfes de leur chef y conmie ce <îue j'ai (fit 
des Furies & de ceux qu'ils ont condam* 
nés à être dans le Tartare : il en eft de 
même du Rameau d'or. Servîus que je 
viens de citer, nous apprend d'où Vir- 
gile peut avoir pris cette idée. Après 
^u'Ôrefte eut tué Thoas Roi de Tau- 
TÎde, il délivra fa ibeur Iphigénie , enle- 
va la nuit la ilatuë de Diane, & fbrtit 
Je ce pays avec beaucoup' de précipi- 
tation. Étant arrivé en Grèce, il voulut 
fignaler ia mémoire de cet événement : 
4fc ayant dépofé fa ftatuë de la Dédie 
4ans un Temple , î! en changea toutes 
lés cérémonies j il y établit un Prêtre > 
^ un afile pour ceux qui , après avoir 
commis queltjue crime , viendroient s'y 
xéfugier. Il y a voit, ajoute le même 
Auteur , au milieu du Bois facré qui 
•envîronnoîtce Temple , un afbre auquel 
il n'étoît pas permis de toucher j& âr 
etoit ordonné au Prêtre de le garder 
avec beaucoup de foin* S'ilarrivoit qufe 



'4hcl(Ju^un des fugitifs pût ecf artachef 
une branche, il lui étoit peftnîs de fe 
battre contre le Prêtre ; êc s'il deiheu-' 
toit vainqueur, il prerioit fa place, juC» 
qu^à ce qu'un autre eût fur lui le rftême 
avantage , Se offroit à Diane les facrifi* 
ces accoutumes, Virgile dit que le Ra^ 
meau d'or étoit confacré à Prt>ferpinfe ^ 
J>arce que , comme le remarque Lacer- 
àa , cette Déeflê étoit fouvertt prîfe 
pour Diane. Le Poëte ajoute qu'il étoit 
^rèsduLac Averne, darfsurtbois touf- 
fu ; pour feiire allufïon à l'arbre qtii étoîl 
{>rès du Temple de Diane. Enfin (i dan§ 
cette occafion il parle de la mort dô 
Mifene y c'eft que le Rameafû étoit ordi^- 
fiâîrement la caufe de la mort d'un déi 
deux coitibattanâ : RarHus emmnecejfett^ 
Ut Hnks cdkf imetifus ^ imée Jhfim fûhpm^ 
^tmonem Mi fini ; &isdSkcfd Pfofhrpink 
dccedere , mjt fubUto Ram , mn pcftt^ 
ras (ï). Pkiîeurs Auteurs, entité au- MStrvMf, 
très Rîchardus & Auguftîn Ferentil- uVtt^^l't 
le , ont débité fur ce (ii jet plufîeurs al*^ mmm/cm iik^ 
légories qui lïe valent pas la peine d'être * 
lûès. 

Dites - flous encore , je vous prîfe ^ 
dit Èliante, à quoi Virgile fait allu^ 
fion ^ en parlant des deux portes, l'une 
de corne & l'autre d'ivoire , par où l'o» 

O iiij 



, 5^0 ExPLlÛATrON HKTOfUQUK 

peut fortîr du Royaume de Plutoft; 

Je crois , répondit PAbbé , que le Poète 

Latin, a pris cette idée, ainfî que plu- 

«OOdiCxi* fîeurs, d'Homère (i), qui parlant de 

, l'antre des Nymphes , y met deux por- 
tes ; Tune du côté du Nord, par laquelle 
paflent les hommes ; & Tautre du côté 

. du Midi , qui ne fert de paflage qu'aux 
Immortels.? orphyre, qui a fait un Livre 
fur cet antre , dit qu'Homère a prétendu 
parler du monde & de Ces variations; 
que la première porte eft celle par la- 
quelle les âmes entrent pour venir anî- 
mer les corps j Tautre eft celle par où 
.^Ue^ fortent pour . fe rejoindre aux 
pieux , dont elles étoient émanées : ^ 
il remarque judicîeuferaent qu'Homère^ 
«n parlant dé la féconde porte, s'eft fervi 
du mot u^etveirm , qui convient aux 
âmes, qui de leur nature étoient mr 
mortelles (4). 
Dites-nous eticore un mot, reprit Al- 




Afoli&c. croîs ^ répondit l'Abbé , qu'ils n'ont 
d'autre fondement que les évocations 
aufquelles eurent autrefois recours ces 
jgrands hommes , pour s'éclaircir de 

{m) A*AA*Â5«r«r«v ii9% tfiu Porpliyxe , pablié ftt HoN 
pif I u Voyci le iivxc de ficio. 



CES Fables. jai 

leurs destinées (i). Homère nous décrit ( i ) Voyn 
le voyage prétendu d'UlyiTe en Enfer, BaylcR^p. 
d'une manière qui a tout l'air d'une d'unFroTùK, 
évocation ; ôc Orphëe,qui avoit été lui- •• *. ^ i* 
mêmedans la Therprotide,pour évoquer 
le phantôme de & femme Euridice , en 
parle comme d'un voyage d'Enfer, & 
prend occalîon de -là de nous débiter 
tous les dogmes de laThéologie Payen- 
ne fur ce fujet : tous les autres Poètes 
ont fuivi Ton exemple. Mais eu voilà aCr 
ièz pour ce matin. 




o» 



^2i Explication historique 



XVL ENTRETIEN. 

Des Dieux ^ui n^eistrent poim danp 
If s ciaffes précédentes. 

E Liante étoit fî attendveà De lalilèr 
perdre actcuae occafion de s'entrete^ 
• nîr avec PAbbé & Alcîdon , que de» 
<}tt'elle eut termitré quelques adirés qui 
ravoîent occupée aflez long-tems , elle 
les fit venir dans fort cabinet , où FAb- 
bé commença aînfi la Coaverfation t 
Outre les Dieux dont nous avons parlé ,. 
& qu'on peut prefque tous regarder 
comme des hommes , les Grecs & les. 
, Romains en adoroient encore un grand 

oombr^ , qui n'etoient que des Etres- 
phyfiques , & i?avoient d'autres réali- 
tés que Pimagination qui les enfanta»- 
(») Di N4/. Ciceron ( r ) » après avoir parlé des Dieux- 
'^'^* ' *• naturels, comme le Ciel, laTerre, les A- 
ftres,&c. ajoute qu'il y en avoit bien d'au- 
tres qpiiavqient été mis au même rang,par 
tes Sages de laGrèce & par nos Ancêtres- 
On fit auflî, continuë-t'iU le nomd'uw 
Dieu,^d'une chofe quia quelque vertu fiiF- 
guVîére , par exemple r là Foi, l'Intelli- 
gence, Vbu^avez y ditril encore ^devant 



DES F*ABtKS. ^ 53^5- 

les yeux , le Temple de la Vertti , & 
celui de l'Honneur. Parlerai- je encore » 
cUt^il enfin > des Temples dédiés au Se- 
cours 9 au Salut , à la Liberté 9 à la Con- 
corde , à la Viâoire , qui font chofeis 
qu'on a déifiées , pai*ce que leurs Etre» 
ne fçauroient être que ceux d'une Puif- 
iànce divine f C'eft ce qui a fait confa-^ 
crer pareillement les noms de Cupîdon 9 
de la Volupté, de Venus , &c. 

Ces Dieux naturels 6c plufîeurs au- 
tres que Ciceron ne nomme pas, vont 
faire la matière d*une autre Converfa- 
taon. Et quoique leur Hiftoire ne foit 
pas auffi intéreUante que celle des Dieulc 
animés , cependant comme elle faifoit 
partie de la Théologie Payenne ; qu'ils 
avoient des Temples , des Chapelles Se 
des Autels ; qlie les Calendriers Grecs 
& Romains niàrquoient les jours de 
feurs. Fêtes , & le tems des SacrificesP 
qu'on devoit leur offrir, j'ai cru dévoir 
vous en donner quelque connoiffance. 

Je croîs qu'on peut rapporter ceis? 
■!Dîeux à cinq ou fix chefs r je veu^c dire 
aux Vertus , âu< Aflfèftioris ^ & aux PaC- 
fions de l'ame j aux Vices j aux princi- 
pales aftîôns de là vie , comme le Ma- 
riage , la Santé, les Maladies ,;les Re- 
ya^^la Joye : Car onavoit des Djeiute 

O vjj 



554 Explication msTORïQUH 

|)our le Manger, le Bglre, le Sommeil, 
&c. Commençons par ce que le Pagar- 
lufme avoit de plus fenfé & de plus r^i- 
ipnnable : j'entends par -là les Vertus 
mijfes au rang des Dieux. 
la Fciidté. Saint Auguftin (i) s'étonne avec rai- 

Ml^'JTl ^"' ^^^ ^* Romains tt'euflent mis que 
* * fort tard la Félicité au nombre de leurs 
Dieux ,, puifque c'étoit à ces même^ 
Dieux qu'ils rapportoient la grandeur 
^de leur Empire j Se tous, leurs heureux 
fuccès. Ce ne fut cependant que plus de 
fix cens ans après la fondation de Rô^ 
me % que Lucullus 9 au retour de la guep- 
ïé contre Mitbridate & Tigrane > lui fit 
bâtir un Temple. Lepidus kii dédia ei>- 
fin \at Temple ; & c'efl: là,à peu près, ce 
que nous fça vons de cette Divinité , que 
ks Grecs avoient ai^ honorée fous le 
fiom d^£iidem$ma , St de Macaria. 

l'CTpâance^ Cicéron (2) définit If £Q)érance,Patten» 
(^) TufinU te des Biens ^ Bemrum exfeSatiû. £h ef^. 

vv* • «• fç^ ^ jg5 Biens à venir ,. foit dans cette 
vie 9 ibit dans l'autre , font fbn uniaue 
objet. Les Payens en avoient cette idée 
pour les Bieps à venir ; ainfi qu^on peut 
le voir dans Pindare Si dans Platon ; de 
Ciceron ne laiile aucun lieu d'en- doi^-^ 
ter, Iprfqu'il ctit^que c'étoit cette Ver- 
tu q°ui donnoit l'ei^ronce de VisomoM^ 



talité , Se que cette Immortalité elle» 
même animoic refpérance. Tite - Live 
parle du Temple que l'EIpérance avoit 
au Marché^aux-Herbes ; & de celui que 
Publius Viftar lui fit conftruire dans la 
leptiémeRëgioft. Le Cenfeur AL FuUius 
lui en codàcra un autre près du Tybre. 
Les Grecs avoient honoré long-tem». 
auparavant cette Divinité fous le non» 
tCÈlpis. On la trouve communément r©^ 
préfentée fur les Médailles- des Empe-- 
reurs; 

Comme TEïpérance fa plus folide eft VBxnmti^ 
celle qui a pour objet PEternité , les 
Romams avoient fait aufli de cette £- 
ternité , une de leurs Divinités* Mais on 
né trouve ni Temples >. ni Autels de cet- 
te Dée/Iè. On la voit feulenieiU fur plui^ 
fieurs Médailles , fous la figure dfune 
femme, avec les mots^, jEtermias, Aug^ 
&c; tenant de la main un Soleil rayon»* 
sant y Sch> Lune y ovt un Phénix 9 &c. 

Vous fçavez^, Madame, par miftoi- {,f!^!^ 
ve de Saturne , que le Tems avoit auf& p«ttiev 
été divinifé ;;•& qu'on le tepréfentoit 
fous la figure, d'un Vieillard , avec des 
aîles & une fauîx j» pour, marquer, qu'il 
coule avec rapidité ,. & qu'il rayage tout. 
Les GrecsL avoient àufii divinifé le9 
SaiibnSi &lèurrendoient»^iuivdntFau!i« 



52^ ExîtrcATÏDîT HfSTOMQUr 

i*)in^$, fanias (i)^, le même culte qu'a Panâto^ 
ie j f31e de Gecrops. On honoroit de 
même toutes les autres parties du Tems,, 
comme ks Heures^&c. Et vous pouvez, 
Aladaine r en voir les figure» très-bien 
defHnées , dans le premier Volume du- 
Supplément de l'Antiquité ex^quée y 
par te Père de M ontfaucoiw 
p^^*^^ Les Anciens avoiem auâi'divinifë la 
Penféc , afin , comme le reiiidrque Saint' 
Auguftin d'après Varron , ^ue nous n'en- 

(2) L.41, euffions que de bonnes; Tite-Live (ay 

^' nous apprend que T* Ottacilius étant 

Préteur , avoir voué à- cette Divinité ^ 

'Un Temple 9 qu-il fit bâtir fur le Capito^ 

te 9 fbrfqu'il fut créé Dnmmm. 

Sa pi^té. • Comme la Piété , foit qu'elle eût pour 
objet l'Etre fiiprême, ou' les Pauvres ^ 
ou la Patrie r ^ toujours été refpeâéê' 
dans toutes les fociétés du monde ; on* 
ne doit pas dtre étonné que les Romainr 
ay ent fait de cette Vertu une Divinité ^> 
a laquelle ils fendirent un culte reli- 
gieux. M. Attilius- Glabrio lui fit con-- 
ftruire uft Teiftple daiis. le Marché-: 
ftux-Herbes ; un fécond ,. dans là Placer 
où avoit demeuré la femme qtiî avoit 
nourri fon père en prifon : ce qu on nou^ 
exprime par celui d^Atûùutf fttîAsergk 



DES Fables*^ 327 

Paofânias (i) nous apprend le nom de u MîTiHi 
cette Déeflè, qu'on peut rendre par ces ^®'*^** 
fynonimes^ Indulgenci^ Cmpdffim, Pi* <»>*»*^"» 
tié. Tout ce qu'on fçak de cette DéeUe,. 
eft que y félon cet Aiiteur relie a^oit un* 
Autel à Athéne»;.& celui qu'elle avoit 
à Rome ,: étoit un afyte des plus ij>- 
yiolables. 

Ces deur Divinités^ curent des Tem- ^^^^^^ 
^les à Bbme : de dans> ceux que Mar* 
celius leur fit bâtir , il falloit nécefTai^ 
rement paiTer par celui de h VertU) pour 
-aller à celui de l'Honneur ; pour appren- 
tlre aux hommes^ (fit Ciceron , qu'ils^ 
ne pouvoient acquérir le véritableïlon^ 
«eur , que par la pratique de la Vertu.- 
•X»a Vertu étoit ordinairement repréfen- 
tée fous la figure d'une véitérable Ma-^ 
irdne , appuyée- contre utiecolomne 9 àl 
quelquefois fur celle d'un homme bar<^ 
hn ; aînfi qu^on la voit fur quelque» Mé- 
daiites de Gordien , Si de Numerien. 

Selon Plutarque 8c d'airtres Anciens v Lt v^iaAj 
Ea Vérité étoit fille du Tems ou de Sa- 
turne i Se j (èlon Pindare , elle avoit Ju- 
piter pour pcre (2)* On lui donna pour (i) inOijmf» 
fiHe h Vertu i & on la repréfentoit, fui- 
'vant Philoftrate , dans limage d'Ara^- 
phiaraiis r comme . une jeune Vierge , 
couverte d^n habit blanc; Hypocrat^^ 



328 Explication bistothqvv 

dans une de Ces Lettres , en fait ainfî le*. 

Îortrait : Figurea-vous , dît-il , une bel- 
5 Femme , la taille riche y vêtue modé- 
rément y brillante > de avec des yeux y 
dont l^éclat imite celui des Aflfes*; Sç 
vous aurez une idée jiufte de cette Divi-, 
«ité. 
ta Concor- Quoique 1^ Concorde , la Paix y St h, 
ft tIw^uUU^ Tranquillité femblent ne préfenter qu'U- 
CT* ne même idée > il itft fur que les^Comains 
en firent troitf Uéefles différentes : la 
première avoit plufîeurs Temples à Ko* 
me ; un au Capitole 9 que le DiAa- . 

liyTiut • ^^^ ^* Furius Camillus avoit faitbâ- 

Cétim. ' ^ tir (i) , & OÙ les Sénateurs ^ au rappoit 

(z)liv«ii. de PKne (2) , s'aflembloient fôuvent» 

•' '• pour délibérer des afiàiresde k Répu- 

(i) f ra </•- blique. Ciceron (5) , Tite-Live rôc quel- 

^fi^* ' ques autres Anciens » parlent fbuvept' 

des Chapelles & des Autels de cette 

DéefTe, ainfi que de la Sbtuë que \xk 

coniàcra le Cenfeur Quintus- Marciust^ 

& du Temple que lui fit réparer Livie^ 

femme d'Augufte. 

La Tranquillité, fruit de la Paix, avoit 
auili fon Temple à Rome > hors de la po]>^ 
te Colline : & il y a bieit^ de l'apparence 
<]ue fon- culte n^étoit pas différent de ce-r 
lui du Dieu du Repos , ^âetalis. 
lies anciens Momunens reprélèatecdH: 



ïa Paix fou» la figure d'une femme cou- 
ronnée de laurier, d'olivier, ou de bou- 
auets de rofes ; tenant d'une niain le Ca- 
ucée , & de l'autre dès épies : fymboles 
de la tranquillité & de Fabondancej 
qu'elleprocuroit. 

La Foi, ou plutôt la Fidélité , préfr- -^ ^^ 
Aoh dans le commerce , & à la fureté 
dans les contrats & dansf les proraeflës* 
On la prenoit à témoin , & on juroit par 
elle ; ou , ce qui revient au même , par 
Jupiter fidius : & c'étoit de tous les fer- 
mens le plus inviolable. Le Temple de 
cette Divinité , bâti par les foins ce Ca* 
latius , étoit au Capitole , près de celui 
de Jupiter. Mais elle en avoit encore un 

Îlusancien, que lui avoit con&cré Numa ^ 

^ompilius ; qui avoit ordonné en même 
fems , que les Prêtres defUnés à fon culte 
lui iacriiîeroient en habit blanc* 

Les Antiquaires croyent que la fîgit* 
re de deux femmes qui fe donnent la 
main, repréfente cette Déefle ; ce qui eft 
très-vraifemblable, puifque c'eft ainfî 
ordinairement qu'on fe donne une foi 
mutuelle. 

L'extinâion de la Royauté ayant rea^ u Libett& 
du les Romains libres , ils regardèrent la 
Liberté conime une Déeife , â laquelle 
ils conlàcrérent plufîeurs Ten^les. FH' 



530 Êxpu-cAriON m^^cnkfQtrE 

%lius FiStar lui eïi fit élever uif fur le mont 
Aventift, avec un veftibùle cfu'on appeP 
loit le vèftibule cïe là LSberté. Cette 
Déeflè en eut auffi plusieurs auti-es dan»' 
différens quartiers de Kome. Et on fçait* 
que ce fut à cette Déefle' qûfe Qaudma?' 
conlacra la mailbn de Cicérort, après^ 
Pavoir fait condamner au banniflèment» 

lAPHaicî«(. La Pudeur eft une vettu trop eflèntielle' 
au beau fexe , pour qu^on ne l*ait pa* 
érigée en Divinité. Aùflî rHiftoîrenoôs 
âpprend-»elle que les Romains Phono- 
toient fous le nom de la Pudicité. Et 
cette DéciTe avoit dans leur Ville de*^ 
Temples & des Autels , fur lefquels o* 
lui oiffroit des facrifices j avec cette dif-^ 
féi^ence r que les Dames Romaines ca 
avoienî un particulier ^ & les Plébefen- 
ftes, tm autre.' On repféfentoît C^ttiÇ; 
Déeflè fous la figure d'une iemme vbi*- 
lée. 

X'Occafioflr Comme rîen n^eff plus efféntielque de 
Içavoir profiter de l'Occafion , lès Gri^^ 
en avoient fait uft Dieu , qu'ils a:ppei*-» 
îoient Car us. Et comme foft ôom ea La*» 

y tîn étoit féminîft , les Romains en fireflPt 

toe DéeflTe; PoflWonius, & àpîès lui Au- 
Ibne r oïit fait des ddfcf iotîOïis char^ 
Nantes ; Vun , du Dieu ; & r autre y dç la; 
Déeâb de rOccaâojtu 



Comme Harpocrate» dont aous avons Ang^renit; 
parlé dans nos premiers Entretiens , Su^wt!* 
étoit parmi les Egyptiens le Dieu du 
Silence ; Agéronia, ou Angéronia, en 
étoit la Déefiê chez les Romains. Sa 
Fête étok célébrée tous les ans le 2t ^ 

2>écembre, dans le Temple de la- Déefle 
f^iAnfia^ , ou de la Volupté » qui étoit 
QulS une Divinité Romaine. On repré-^^ 
fentoit Angéronia fous k figure d^une 
femme t qui » comme Harpocrate , por- 
te un doigt ù la bouche ; Se qudquefois 
ks figures Sont^ comme celles de ceDieu> 
chargées de diâërens {jmboles , ainfi 
qu'on peut le voir dans les Antiquaires. 

Mais comme on ne peut pas , & qu'on AîiaLof»*^ 
«te doit pas même garder toupursle fi*- ""** 
lence , 6c qu'il eu au^ f^e de fçavou: 

Sarler à propos > que defçavoîr fe taire ; 
y avoir aufS le Dieu ^ ta Parole » 
que les Romains nommoient Aius Le*- 
ijumius. 

Voici de quelle manière ce Dieu fut 
connu à Rome. Peu de tems^ avant l'an* 
rivée des Gaulois en Italie , dit Cice*- 
ron(i), on entendit une voix qui for- (i)D?Kv.ié 
•toit du bois de Veffâ, quiaimonçoit^ 
que fi on ne rétabliflToit les mufs de la; 
ville , elle feroit prife par Pennemi. Mais; 
^on ne fe refi<Hivint de cet Oracle qu'a-*, 



53^ Explication' &r5T6ïtt<iUfi 

près la priië de Rome par les Gmildis $ 

& ce fttt alocs qu'on éieva un autel aa 

TitV\]t7 & ^^*" ^^ ^^ Parole , fous le nom d'jiius 

PJutarque. LùqUUÙUS (l). 

La Pxovi- Quoique les Anciens cf ûfiènc^ que la 
J€ncc, pjrovidcnce fut un attribut dés Dieux 9 

ainfî qu^on peut le prou ver par plufieurs 
Médailles , fur tcfquelles on Ut : Prévu 
Centra Deârum ; cependant il paroît qu'ils 
en avoient fait urte Divinité particulière, 
qu'on repréfentoit ordinairement fous la 
figure d'une feittmme appuyée fur une 
colomne , tenant de la main gauche la 
Corne d'abondance, & de k d&foite ua 
bâton avec lequel elle montre un Globe j 
pour faire voir que tous les biens vien- 
nent d'elle y & qu'en même-tems elle 
étend fes foins C\xr tout ^univers. 
fa p* r"*?^* O^ ^voit auffi érigé en Divinité»/ la 
la Jufticc **& SuTôté j d'où viennent les légendes qu'on 
h Fccondkc* lit fur le» Médailles , Securius Orbis^&c.T 
la Perfiiafïon^ que les Greernbmn^ient 
.Pitbo ; la Juitice , diâërente de Thémis y 
quoique repré(êntée > comme elle > avec 
des Balances ; & la Fécondité, que l'on 
alloit invoquer dany le Temple dfe Jv^- 
lion , & où on étoit obligé de fe foumet- 
tre à une flagellation auflî obicêne que 
ridicule. 
opr,r Le Secours» fi>u$^ le nom^ d'Ops >avoit 



DES Fables. 33J 

tm Temple à Rome ; & on lui îmmoloit 
au mois d'Avril , une vache pleine & UQ 
porc. Selon Macrobe, ceux qui invo- 
quoient cette Déefle , étoient aflîs^ & 
touchoieat la terre de la main | pour nous 
apprendre , fans doute , que cette Déefle 
étoit la même que Tellus. 

La Clémence avoit auili été mife au LtG^mcftce. 
rang des Dieux j & elle avoit un Tem* 
pie 9 ainii qu'il paroît Gxt une Médaille 
de Jules Câefkr. £lle eft auâî fur d'au-» 
très Médailles , avec fes fymboles» qui 
étoient un Rameau, la Patére & la Bi-» 
que : mais on n'y voit point de Tem- 
ples. 

Telles étoient les Vertus que le Pa- 
jganifme avoit érigées en Divinités. Mais 
comme là crainte des maux eft plus vive 
& plus fenfîble que ne l'eft l'e^érance 
des biens > on avoit auili divinifé tout ce 
qui pouvoît nous nuire. Ainfi , comme 
\^ remarque Cicéron , la Fièvre avoit Lt Fié?if ^ 
un Temple au mont Palatin ; Orbona» en *^» 
avoit un auprès de celui des Dieux La^ 
«es : la Mauvaife Fortune , un au mont 
Ëfquilin ; la Tempête en eut un auili hors 
la porte Capene , que Mar celius lui fit 
conftruîre au fortir d'un grand danger 
qu'il avoit eflùyé fur la mer. Murcia , 
la Violence , l'In^pudence & la Caiom» 



334 ExPLICATtON HISTORIQUE 

nie , eurent «ufS les kurs dans diiTérenSf 
quartiera de Rome. 
jLftReMm- Héfîodc £ût la defcriptîon de cette 
'^^^ Déeliè , & en doime la gëuéalogie : Mai$> 

Virgile & Ovide ont beaucoup enchéri 
fiir le Poëte Grec; & on ne peut rien. 
ajouter au portrait qn^ils en font. Sôit 
culte étoit fut tout établi à Athiéaes> fî 
CO inAttif. aous ea cro}ron&Faa(koia3 (i). 

X.'£Qvie. Parmi les Fajffions diviotTées par lèse 
Anciens , aucune peut-être ne méritoit 
moins cet honneur que rJEnyie» Cepen« 
daat les Grecs en a voient &it un Dieu^ 
parce que fi^n nom étoit maicuLb dans 
leur langue^ & les Romains, une Déeilè» 
Plutarque , qui a fait \m petit Traité au 
fîijet de cette Paffîon, en. dit des choie» 
ailez curieufes : Ôc les Pocées. (è font don- 
nés une libre carrière 9 en fei&nt fon por- 
trait. Ovide Cux tout y a excellé 9 dans 
ces vers qui commencent ainfî : 

Palkr in ore fedet, maciefiue in corpare 

-î'^S""** Les Grecs» Se les Romains enfiiite, 

& la Pâleur. . . "^ i_ j i tx» 

avoient mis au nombre de leurs Dieux 
la Crainte ou la Terreur , Se la Pâleur 
qui l'accompagne. Héfiode , après, 
evoir dit» dans (à Théogonie , que la 
Crainte étoit fîUe de Mars Se d&Vénus ; 



DBS Fables. 535: 

^fkj'oute ) dans la defcription du Bouclier 
^'Hercule , que ce Dieu étoitrepréfenté 
monté fur fon ciiar , accompagné de la 
Peur & de la Crainte. Homère (i) en a 0)IAr.4i 
la même idée » & la fait toujours com^ 
pagne du Dieu de la Guerre. 

Une telle Divinité ne pouvoît man* 

3uer de s'attirer un refpeâ religieux ^ Se 
es Sacrifices. Et THiftoire nous ap- 
prend 9 qu'après que les deux fils de Mé*- 
4ee eurent été maflacrés par les Corîn» 
jtbiens^ POracle leur ordonna de cohCi- 
crer une Statue à la Peun Et dans un 
combat que donna TuUu^ Hoftilius , les 
Albains , qui s'étoient déclarés pour lui » 
tournèrent le dos , 5c paflerent du côté 
de fes ennemis. D'kbord la frayeur s'em- 
para du cœur du Soldat; & tout étok 
perdu, lorfque ce Prince voua un Tem- 
ple à la Cramte & à la Pâleur. Ce voea 
eut fon effet : le Soldat reprit courage , 
4c TuUus remporta line viftoire com^ 
plette. Cet événement ^ époque qui mar- 

Îue le tems auquel le culte de cette 
)ée(re fut rétabli à Rome , eft marqué 
fur deux Médailles de la Famille Hojli^ 
lia (2). Sur Tune eft une tête , avec des (2) Foi. VtC 
cheveux hérifles, le vîfage élevé , la f/^'"*^*^^' 
bouche ouverte » Se un regard troublé ; 
cp qui içÇign^ bi^n la Divinité que re- 



33^ Explication historique 

préfentoit la Médaille. L'autre ojffre 
une face maigre & allongée, 4es che- 
veux abbatus, &un regard fixe] c'eft 
le véritable portrait de la Pâleur qu'înC- 
pire la Crainte. Les Lacedémoniens » au 
rapport de Plutarque , avoient placé le 
Temple de la Crainte auprès du Tribu- 
nal des Ephores , pour les porter à ne 
rendre que des jugemens équitables. 
M ou la De tous les mauvais Génies, Até ou 
^®' *• la Difcorde étoit le plus pernicieux, 
Chaffée du Ciel , où elle ne cherchoît 
qu'à femer la Difcorde parmi les Dieux f 
elle vint fur la terre , où elle exerça 
j[f)Iliâd.lx^. toute fa fureur. Homère (i) eft de tous 
les Poètes, celui qui fait mieux connoître 
cette Déefle. Voici comme en parle 
Agamemnon aux Capitaines Grecs : 
M La Déeflè Até , dit-il, ce Démon de 
«• Difcorde & de Malédiftion , n'eft-el* 
»» le pas toujours plus forte que les hom^ 
,* mes f & ne vient-elle pas à bout de 
>» tous Ces defleins ? Cette terrible Sç 
s» pernicieufe fille de Jupiter, dont Vem^ 
u ploi eft de nuire ; qui dédaignant de 
^ toucher la terre de fes pieds délicats » 
•• marche fièrement fur la tête des hom- 
M nies, pour les précipiter dans^les plus 
M grands maux ; oc qui , dans les cruelles 
n 4ifIènfîons qu'elle excite^ quand elle 

en 



ne «ruine pas les <ieux partis , ne maiv- ce 
qite jamak d'écrafer au moins celui « 
qu'elle a pris pour objet de là haine ; ce 
ne fit -elle pas autrefois fentir fon « 
pouvoir à Jupitef même, quoiqu'il *« 
fbit plus puilTant que tous les hom- <« 
mes & que tous les Dieux?i« Agamem- 
non dit eafuite 9 que Jupiter la foupçon*- . 
nant d'avoir fervi Jimon , en faifant ac- ** 

coucher Sténélée avant terme , aiîa 
qu^£uriflée eut le droit de commandée 
à Hercule; ce Dieu la prit par la tête» 
Se la précipita du haut de l'Olympe. Les 
autres Poètes , fur tout Virgile Se Pé- 
trone^ en ont fait, après Homère, les 
portraits les plus affreux. On içait que 
e^eft eUe qui tetta la Pomme de Dif- 
eorde , au milieu des Dieux aflèm- 
biés your le Mariage de Thétis &. de 
Pelée. 

Les hommes font trop attachés aux De u bonne 
biens de la terre , pour n'avoir pas fait * ^^ ^^ "^«"* 
uneDéefle de laFortune,qu'ils croyoient 
les procurer. Et il faut que cette Divi- 
nité foit bien ancienne , puifque la pre- 
ndére fois que i'Ecriture-Sainte parle 
des Dieux des Payens , elle nomme 
jGad , invoqué par LU ; & que faint 
Auguftin croit être la Fortune. Buba- 
•lus^ grand Sculpteur, en fît une flatuë 
Tom. II. P 



jjS Explication histcrîquk 
pour la ville de Smiroe » oà il la re^ 
pcéiènta avec TEtoile polaire iur la 
tête » & tenant de la mala gauche Ut 
Corne d'abondance ; pour marquer , par 
ie premier de ces deux fymboles , îba 
pouvoir fur tout l'univers ; Se par le fe^ 
pond y que c'étoit elle qui diftribuoit 
{t)Téufdni tous les biens (i).X.es Grecs lui élevée 
•* *^'^ rent dans la fuite pluiieurs Temples : Et 
dans celui que les Béotiens lui avolent 
&it conftruire» fà fiatuë tenoit Plutus 
«ntre les 1>ras ; pour nous apprendre 
qu'elle diâribuoit les richefiès > dont, 
ee Dieu étoit Le fymbole» Les Romains 
imitèrent les Grecs , & lui bâtirent plu-^ 
fieurs Temples , ainfî que nous Tappre^ 
fions de Tite Live » de Denys d'Hali* 
^araafTe , & de Plutarque. On diâio» 
guoit la Bonne d^avec la Mauvaii%For«* 
tune* Les Romains reconnoifibient auâi 
la Fortune Equejhe ; la Fortune de cba^ 
que joiu-; la Fortune de retour , Fortmuê 
udux ; la Fortune aux Mammelles , qu'on 
repréfentoit comme Diane d'JEphéfe t 

!&C. 

Det Dieux Comme te Paganilme avoit des Dieux 
drKif, quiçréfidoient à toutes les aftions d^ 
ComuiAMo- la Vie y on n'avoit pas manqué d'en 
établir un , pour Ita Feftins , & la 
tonne chère j Se Cornus étoit le Dieu 



&Uf« 



<|m jr préfidoit. Philoftrate f dans le 
tableau qu^il en a fait, le repréfènte à 
hi porte de la chatnbre de deux jeunes 
4tfcmx j qui communlquoit à une falle ^ 
où fe donnoit le feftin, comme un jeune 
itomme yvre, la-, fece enluminée , & 
couronné de roiès, tenant à la main ime 
#i>rdie allumée 9 ôc à demi endormi. 
" Si Cornus étoit le Dieu de la bonne 
idiére parmi lé» Grecs & les Romains j 
Momus qui , félon Héfîode , étoit fîls^ 
delà Nuit &: du Sommeil , pafibit, chez 
les uns & chez les autres , pour le Dieu 
ëe la Raillerie & des bons rilots. Saty- • 
rique jusqu'à l'excès^ , il ne laiflbit rienf 
échapper : & les Dieux , Se Jupiter 
même, étoient Fobjet de fes plus fan* 
glatîtes railleries* Perlbnne ne Ta peint 
avec plus de fidélité Se de naïveté , que 
tucien j & on peut voir, dans le Gon- 
feil des Dieux , oh il tâchait de chafler 
éeuK qui étoîent étrangers-^ Sc qui s'é- 
fbient iati-oduit» m^ à propos dans le 
€ie^, de quelle manière Momus en par- 
tes de combien* peu il les ménage. C^eft » 
lH»refte ^ de cette manière de reprendre 
tes viee* & les défauts dès autres , que 
MomuS" tire fon nom. C'étoit lui qui 
trouvoit à redire , que les Dieux , en 
formant Phomme ^ ne lui euilènt pas fait 



540 ExPUCATION HISTORIQUE 
uoe pëtitç ouverture » ou uoe petite 
portp à la poitripe , afin qu^oa eut pu^ 
voir daQS Içur cœur ce qu'Us penfçient i 
quoîqu'à dire vrai , Vitruve attribue 
cett^ penTée à Socrate, 

Voici maintenant , Madame 9 une 
foule de ces Divinités fubalternes ador* 
récs en différens pay$ » que je ne ferai 
que parcourir rapidement. Je commen- 
ce par Sofipolis s ou le Confervateur de 
l^EL y Ule I à Qui les Peuples d(s l'£)ide » 
au rapport ae PauTanias $ rendoient im 
çult^ religieux^, 
gnùchéet Emlthét » ou S^mithée , n'étoit ado<<i 
xée qu'àÇaftabë 9 ville de Carie ; & c^é-* 
toit peut-^trç la fibule Denai-Péenè que 
reconnûflent les Payens , pendant (}u^il$ 
avoient une infinité de . demi - Dieux» 
Voici ce qu'en raconte Diodore de Si- 
(OL.s.cis. <^h (i) • Staçhile & Chryfothémis , dit-» 
il, eurent troif fille?, Malpadie, ^hoio 
& Parthénie. Rhoio , dont Apolloii 
^toit ampureux, devint groflèj & £on 
père s'en étant apperçu , l'enferma dan3 
un cofire , Se la jetta dans la men Dany 
ces entrefaijtes , l^s deux autres fœurs 
gardant un jour le vin de }eur père, doQ 
nouvellement fait aux honunçs , s'eAT 
dorjipîrent j & quelques pourceaux ayant 
|)rifé .1^ vafe qui le i^ojçLt^ojit^ U fut rç^ 



■pânàï jùfqu'à la dernière goutte. Ces 
deux filles craignant k colère de leur 
•père 9 allèrent fur le bord de la mer , Se 
s*y précipitèrent, Apollon , qui s'int^ 
teflbit pour elles, à craufe de leur fœur , 
les foutint dans leur chuté , & les tranC- 
porta dans deux villes différentes ; Pai<- 
thènie , à Bubafte , où elle a fon Temple 
Se fon culte ; & Malpadie i à Caftabé , 
où elle fut honorée comme une Dem* 
Deejfe ; & fon Temple eft fréquenté me- 
tte par les étrangers , qui y viennent de 
toutes parts lui offrir des iàcrifices, oi • 
on fait toujours une Kbation de vin , em 
jnémoire de celui qtù fut répandu penr 
dant qu'elle dormoit* 

Pfàphon, adoré dans la L^rbie, dut (a P%boiib 
I>ivinitè à un flratagème. Il avoit ac- 
coutumé quelques oifeaux à prononcer 
cesmots: PfapboneJlungrandDieu;q\x^ûs^ 
retinrent fi bien , qu'étant lâchésdans les 
bois , ils ne difoient autre choie : Ce qui 
engagea les Peuples voifins à rendre lés 
honneurs divins à cet impojfteur y après 
fa mort. 

Les Syriens qui habitoient aux eàwU Omeliif^ 
Totts du mont Garmel $ avoient un Diea 
nonmié Curmelus , que Tacite difUngue 
nettement de la montagne. Ce Dieut^a-* 
yoit point de Temples ^ à la vérité }inai$ 

P Hj 



94^ EXPUCAW ON HISTORlQUff 

on lui avok ooiJàcré im AutéL Ce for 
iun de fes Prêtres , nommé Bafîlins, qui 
prédk à Veipafien qu^il fiaroit £mpe- 
Teur. 

ApW». Aphéa , Divinité de^Egiaettes , étok 

h même que Diane DiSfnaelKmorée ea 

•Crète ; & ainfi nommée , àcaafe que s^é- 

tant jettéé damla, mer , lorique Minos» 

^ui en étoit ^mooreux , la pomiuivoity 

elle fut trouvée dans des filets de p6* 

cfaeurs. 

2amohdf. Lcs Thraces & les Gétes , au rapport 

(i)L4.c.94* d^Hérodote (i), avaient auffi un Diea 

* ^** qui. leur étoit patttDiiHer, noomié Za^ 

fliolxiis, leur Légiflateur , dont vcôct 

FHiftoire en peu de morts : Enclave de 

. Pythagare, il en reçttf: k liberté; & 

après avoir gagné beaucoup de biens 9 H 

i%)ldtiihiM. retourna dans fon pays (2) 3 où il fit bâ> 

tir un- £uperbe Palais » régalant chaque 

jour les Scythes les plus féroces» dans 

le deilèin de les polir 9 & de les rendre 

ibciables : Il leur di£bit ibuvent » qu'en 

savant comme des hoionies raironAybles^ 

, ils arriveroîent à une heureufe immorta» 

. ) li^' Lorfqu'il vit que lès maximes com- 

meaçioieQl: à être gQâtées,ildifparut&« 

bttemetit; âc & cacha dans une chambre 

ibuterraine , qu'il avoit fait bâdr à l'in^ 

(car dp tout lesioada* Au bout de troii 



«M , a reparut au milieu du tfeuplc , q« 
le reconnut pour un Oieu , & parut dit- 
j)ofé à recevoir le» ioix qu'il voulut leur 

impofer. 
Suivant Plutatrqne, J dr mus ctoitMtt Adtaw* 

t>ieu particulier à la SicHe (i) : & quoi- i,yVmSL 

3ue ce Dieu fôt en grande vénération 
ans toute l'ifle , la ville d' Adrame h» 
étoit fpécialement cotttàcrée. 

Strabon nous apprend qne Taflttïs J'^^ 
étoit une Divinité particulière aux Art ^^^^ • 
«néfiiens, & honorée par les Efclavt» 
des deux fexes j & que les gens de côtt'- 
clition libre lui coflfacroient leur fille. 

Nous ne connoiflbns Beflas , oue par 
le témoigrtage d' Ammiian Marcellin (â>, (») li». «»• 
qui dit, qu*il étoit honoré à Abidai 
^laThébaïde. • - ' 

Héiodote (9) de même, notis fa© (Diir.f. 
«onnoître^iMcç^* & Dmid , honorées à 
Epidaure , depuis le ten» «pei pV orérfi 
^'un Oracle , ils furent délivrés de la " 
ilérilité, en leur «onfkcnutt deux Çtatuiës 
de boîsid'OUvicf. 

Pmclu» {«rie des ©ièunt JS^gpmî , zpgç„oï , 
adorés dans. ï^ Grèce ; «^u^on iffvou J~2«»^|;;.«^ 
■tfttoit 'ttcfW prolonger la vie , comme Amithéei. 
leur nom fe •fignifie.. tes même» Grecs ^^ p«»«- 
lion^ràept aïtHi des Dfeïw appelles J*r*i 
itowiri ^ auquel» on (kcjrifioit . avant U 

P iii} 



344 Exptf CATioK HirroRiQxrB 

conftruftion de quelques édifices^ *, ainfi 
(,) jj,^!^ que nous l'apprenons de Paufkmas* (i). 
'Les Arcadiens > fUivant le même Au- 
teur, honoroient des Dieux qu'ils ap- 
pelloieot des Dieux Purs ; & c'étoît 
par eux qu'ils faifoient les fermens les 
plus folemnels* Amohe efl le feul > je 
crois 9 qui parle des Dieux Amithées^ 
C'étoient de mauvais Génies qu^invo 
quoient les Magiciens y & qui n'étoient 
propres qu'à faire du mal. Les mêmes 
Magiciens invoquoient aufli les Dieux 
iiommés Den i mais qui, félon Héfî« 
chkis , n'étoient pas de mauvais Génies* 
'Les Béotiens honoroient particuliére- 
; inent je ne fcai quelles Déelles , noixt- 
^ées jPotniades , du nom d'une de leurs 
.villes ; mais ces DéeiTes n'étoient pro- 
pres qu'à in^irer la fureur» fur tout aux 
chevaux qui bùvoient de l'eau d'ua 
puits qui leur étoit confàcré. 
Tattnpttt, Taraxipus étoit aufE un mauvais^Gé-* 
&n(îttî',^e' nie , qui épouvantait le» chevaux , au 
lié», Coronii, rapport du même Pauikmas' (l\| de je rie 
Evemcnon. £. . poij/quoi on «voît mis faicatuë au 
^^''•^'^'•IfeoiitduStadifd'Olympie. ; 

L La ville de Phafelis ^ dans k Pam- 
philie f avoit auffi un Dieu pardoifier , 
ou'on appelloit CAkus^ôc à qui on ofi- 

/^oic d^s: petitsi pQiiïoa^^ ffilés w fi^çàSt 



ï)Es Fables. 34y 

te. Suidas , qui fait une ifle de cette vil- 
le , nomme ce Dieu Calabrus s âc Erai^ 
ine , dans le Proverbe des Sacrifices des 
Fhafèliens , Caprus. 

Les habitans d'AIabanda , ville de 
Carie » honoroient d'un culte particu- 
lier , AUbandus leur Fondateur ; & c'é- 
toit la première de leurs Divinités. Ci- 
■ceron (i) qui parle du refoeft qu'on (i)D#ïr4#. 
avoit pour ce Dieu j ajoute que otrato- ■ 

nicus y Êitigué àts louanges éternelles 

3u'on donnoit à ce Dieu ^ au mépris 
'Hercule > que les Alabandins ne vou* 
loient pas reconnoître, leur dit un jour r 
Hé bien ^ quAUbandus me baïjfe , & 
-gu* Hercule /bit Vêtre ennemi. Tenès reçut 
-des honneurs divins dan^ l'ifle de Tene»^ 
^os, près de la Troade, pour y avoir 
"bâti line ville de fon nom, atnfî que 
nous l'apprenons de Ciceron (2). On le (i^lnFerUnt 
trouve repréfènté fur quelques Médail- 
les de cette Ifle. Coronis-, au rapport 
•de Paufàniàs (3), mère d'Efculape, fiit .(î)«?wi*» 
honorée fpécialement à Sîcyone ; mais 
comme elle n'y avoit point de Temple ,- •. 
on lui fecrifioit dans celui de Pallas. Les 
-Sicyoniens a voient deux autres Dieux y 
du moins un Dieu & un Demi-Dieu,qui 
leur étoient particuliers , Evémérion & ^ 

Alexaoof. Pauiamas (4^) nous appreiid yit»C9rm$^ 

P V 



^4^ Explication historique 

•à leur fujet , que tous les jours , apf es le 
coucher du Soleil , on honoroit le prer 
jnier corame un Héros , & l'autre coh^- 
me un Dieu, 
Aaephagia, $'{{ y avoit des Dieux pour I^ Fe- 

le BonGenie, /i* ^ p/ * i t m r'*'**» **-^ * ^ 

la Néceffitc Mins ûc pour la Joye , û y ea^vou auf- 

^ ^^ k DkJ ^. ^ P^^ ^ ^^^' Pau&nias en fait menr 

éiikite. tîon.» & dit quele^ Tbeflàliens célér 
braient fa Fête avec beaucoup de gaye^ 
té. Cefl Lycurgue , au rapport de Plu- 
(0 In t^. tarque (i) , quiavaît mis U Bke aunomr 
bre des DieuxXes Buveurs mvoquoîçnt 
Auflï le Bon Génie , q^e Fon: corifond 
pour cela avec Bacchus ; & ce Dieu » 
ièlon Paufanias , s^voit un Tem^ fur le 
chemin qui coaduiC>it w Mont JMf na-^ 
le. Le& Sicilien» avoiea( auS cpo^i^ 
4:ré la Go\irmaadiiè j fous ]^ fiom ^4^ 
dephag^Oi; & d^ns^fon Temî^Q» fuivaar 
{%)ritr.Hifi. -Elien (2) , étoit h Statue de Cerèu* C^ 

1. 1 . €. 17. qyç jj^yj fçavons de la Néçe^îté & 4^ 
Jb Violenjçe , eft que leiir Teiçpl? 1 6Îr 

'(i)iMCpfi9^. vant Paufanias (j), 4tûit da»s.laÇitt* 

délie de Coriîrthe. 

les Vtiws. ^ . t^ Prieras ^ feloB He^od^^ 4^ent 

filles de Jupiter r Voiei commeiit e^ 

^ parle Homère > dans le difcours de Ph<»- 

(4) uiad. nix à Achillcs (4) ; *» Vou^ de ve« fça^ 

*•>• ff voir^ dit cç^ lage Qouvefneur à fott 

m £leve X ^^ y^ Prières > fiU^ de Jn* 



DE S F A «X K s; 247 

ffïter, font boiteu&s, ridées, toujours « 
les yeux baiffés , toujours rampantes, « 
& toujours humiliées* Elleç marchent « 
toujours après riujuare : car Flnjure • 
âltiére, pleine de confiance en fes pro- ? 
-près forces. Se d'un pied léger, les de- «• 
Vance toujours , & parcourt la terre ^ 
jtonr effrayer les hommes ; pendant " 
que les humbles Prières la . fuiyent , « 
^our guérir les maux qu'elle a faits. ^ 
X^elui qui lés refpeâe & qui les écou* * 
te , en reçoit de grands fecours r elles «* 
Fécoutentàleurtour dansfesbefoins, <• 
& portent Ces vœux aux pieds du ^ 
grand Jupiter , &c. « Il eft aiië de 
Voir que ce portrait eft purement al* 
légorique ; que ce Poète dit que le» 
Prières font boiteuies , parce qu'elles ne 
fiiivent pas toujours de près le tort qu'oir 
4L fait à un quelqu'un ; qu'elles ibnt ri«' 
éées , &rs ont les 3reux baifles , parce 
qu'on ne s'adreflè que tard , de aune 
naniëre humiliée,à celui qu'on veut fié» 
«hir»après l'avoir ofienfë. Ainiî du refte;^ 

Arrien (i) nous apprend qne les Ga^ laPauvteti 
dar iens adoroient la rauVreté,en même* * ^*' ^^^^ 
tèms que les Arts , qu'ils joîgnoicnt en- Jp ^' ^^* 
&mbte dans le même culte ; parce qu'en 
efièt la Pauvreté eft k merc de I'Ibk 
"veotion* Plaute^ dans It Prologue d^iuié 

P v> 



548 Explication historique 

(0 înTnm^ de [es Comédies (i), fait jouer Un pèf-»- 
formage à cette Déefle ; & dit , qu'elle 
ëtoit fille de là Débauche* Platon , aîti£ 
qu'on Ta dit ailleurs^ lui donne l'Amour 
pour fils* 

Vous croyez peut - être ,. Madame , 
après avoir entendu le nom de tant de 
Dieux différeiis ,. que je fuis au bout de 
mon Calendrier; mais il Veo^faut beau«- 
CQup , ainiî que vous Fallez voir. J'ai 
dit dans l'Hiffoîredu progrès de l'Ido- 
iâtriè > que les Payens^^avoient des Dieux 
particuliers à tous les étgts de la vie , 
pour les Fruitsr , & en particulier pour 
la récolte du Bled ^ pour ks^Troupeauitt 
inaîs fur-tout , pour la naiflance des En- 
fans & pour leurs Mères* Nous ne ferons 
que les nommer la plupart , parce que 
leurs noms les font affez connoître* 
. La DéeflTe -P>irrt»iii/4 préjSdoit aux Ac* 
couchemens , de même qu'Egerie. Les 
'Dieux Hix» étoitTA invoqués; pour 
adoucir les douleurs de l'Enfante- 
ment. Prof a procuroit d'heureufès Gou** 
■ches , Se Boftverta préfidoit aux Accou- 
chemens difficiles. A peine l'Enfant étoît 
conçu 9 que le« Dieux Fitumus âc J» 
tinus donnoîent* l'u», la vie; & 1' 



autre ^ 

9 pré- 

â^it à la naiflance^ & NnuËns > au neu^ 



{xynetpv, .Je fentiment (a). La DéeSkNoih pré 






DES Fables. 54^ 

"vîéme jour , qui étoit celui où les pa- 
ïens lïommoient TEnfant, Vagiunus étoit 
invoqué pour les cris & les pleurs de 
l'£n&nt ; & la DéefTe Cumna 9 pouf 
avoir foin du berceau. La DéefTe Levand 
étoit invoquée , lorfqu'on mcttoit l'Eft»^ 
fant à terrer£uivant l'ufage decetems^lsu 
Quand ^Enfant commençoirà manger r 
en avoit recours aux Déefles Edufa ou 
'JSduHdf Se Poiin^; c'eft-rà^irerles Déef* 
les^du boire & du manger.Dès qu'il com^ 
-mençoit à parkr , ou plutôt à bégayer, 
on invoquoit Fâbulinus , Dieu de la pa- 
role; & la Déeffe Paventra^ pour e» 
éloigner ce qui auroit pu l'épouvanter- 
lËxSn , lorfqu'il étoit grand y Se qu'il 
falloit commencer à lui donner de l'é^ 
Jucation ,. c'étoil aux Dieux Sidtilims 
& Siatanus qu'on Vàdreflbit. OJfiUgo leui - 
aflfermiflbit les os , comme nous, l'appre* 
nous d'Arnobe. Il y avoît encore d'au- 
tres Divinités du Mariage , & de fes fui- 
tes j telles que. les Déeflès Vkgimcuris , 
Fremor^ Saiatius Himneus ^ Se d^autres 
encore ^ dont on me fçaura gré de n'a- 
voir pas expliqué les fondions. 
. Je ne ferai que nonimer une foule d'au- 
tres Divinités^, dont le culte s'étoit éta^ 
i>li à Rome ; telles que Juturna , com- 
me qui diroitvf 4/^m^r,qu'o& invoq,u6% 



3 



feloit Varron & Sefvîus , pour obtéfffif 
du fecours dans le befoin» On avoit en^ 
côre des Dieux , appelles NovenfiUs \ 
c'eft-à-dire , nouveaux Arrivips j parce 
ue le cuke en paflk à Roibe ,. du Pays 
es Sabitts, félon Varron- & Tîte-Lîve t 
d'autres, appelles Divipotts yielon te mê^ 
me Varron, qu'oir croit être les^ même^ 
que les Cabyres, dont nousavons^parlé^ 
Murais était , pârnii eux , la Dëefle 
4e la Parefiè y dont k Temple , felon Fe^ 
ftus> étoit fur le mont A vemin > pendant 
^e Strenua Sc Agervméi rendoîent fort & 
vigilant. Le Repos, J^iipj,r avoit auflîu» 
Temple, félon Tîte^Live, dans la rue La-*' 
Bicane* i'e//m4 étoit invoquée pour éla& 
gner les ennemis ; & Fifffma,^t>\it proca-^ 
ter qudquetranquillité après kur retrai** 
te.Nemtfirius préfîdoît aux Fcyrèts\CdÙHS^ 
^ndoit les hommes avifés&prudenSé Num 
meria étoit la Déeilè de T Arithmétiques 
jfdeona Se Abeona préfidoient,- (elon faînt 
Auguftîn^ auVoyage & auR etour. Popifi» 
hnis &/'tfi^^rifétoiefit invoquée^ contre 
les ravages, principalement contre ceux 
de la foudre. Xiturr^mx étoit le D&eu des*' 
Foyers {à). Areulus ^ Fonulus ^ Limen^ 
ma y Si Car de A , préiidoient aux Portes ^ 



0EsFabxes; 3^1 

flinfî que leur nom le dénote. Lorfqu'il' 
furvenoit quelque brouillerie entre le' 
Hiaji Se la feinme,on invpquoit VitiflâCâ^. 
ks AppUdes iSc ces dernières avoient un 
Texnple à Rome > où elles étoîent repré*- 
iëntéesàchevaU comme des Amazones- 
Châcina était la DéefTe des Egoàts ; 3c 
AïepbiHt 9 celle de ta mauvaile Odeur.^ 
Crefitus^ dont l'Antiquité nous, a confèr-' 
vé une figure y fous la forme d'un enfant 
qui pouile un vent r étoit le Dieu qu'00 
învoquoit pour en être foulage. Httés 
étdk la Divimté des hérttier^^ La Dée£ 
4k StéUâ étoit honorée dans le Marché 
jpublic »i oit on allumoit des feux en fon* 
^loaneiHr* Le Dieir Ridkului tiroit fon^ 
<vigine d'une terreur panique*» qui frap- 
1» Annibal ». lorfqu'U s'avança pour 
aiBSeger Rome ; terreur y dont ^^ difoit- 
on». tes Dieux» Proteftéurs de Rome > 
Vavoient frappé:£t pour éterniser la mé-^ 
flioir^ decet événement r qui avoit obli-- 
:gé le Général Carthaginois de s^en re- 
fPUtMT fur £es pas , on éleva un Tem- 
ple au Jix&it I&Aculus ^ hors la porte Csh 
.pêne* Fnofàa étoit la Patrone des Af- 
franchis » qui la remercioient de leur 1k 
^rté. Les Romains dbnnoient à cette 
Déeâe> <|ue l'oo confond, avec Jimom 
Vierge ^ le foin des Vergers > ainfi qp% 



51^ ExPLrCATIOK HïSTORKitrE 

romone; & elle étoit fort révérée ààn'i 
toute ritalie. CamdtM , félon fkint Âu- 
guftin , préfldoit *aux chants ; Se Sege^ 
tU, aux fémailles : Nodotus^ k>rfque les 
bleds commençoient à nouer. Cmm^ 
étoit invaquée pour garentir des mala^ 
dies- du ventre j elle âvoit un Temple fur 
le mont Ceiius , où on lui orSrok en fa- 
■crifice » de la bouillie 9 des fèves , & du 
(I) p# tiv. lard. Collmnd, félon faint Auguftin (i) , 
prelidou aux montagnes; & Fdllomâ^ 
aux. vaHées r EdùHd de Edkca , avoient 
fom des Vj^ndes & de ha boiilbn' r Fruc» 
tufed, des fruits : Intenidênd , de ceux 
qui travailloiént avec la coignée ,- pour 
qiï'ib n'enfuflènt point biefles: Petdy 
aux demandes :\PkU , à ceux qurémon** 
doient les arbres : Rutind > aux champs ^ 
^iî que Rut9r : Senhd , aux bonnes pen^ 
Xées y & aux défîrs légitimes. 

Je ne dois^ pas oublier la Deeflfe Mé» 
nd ou ^4^49. qui préfidoit aux maladies 
des femmes. On lui oâroit en facrifice 
déjeunes chiens^ dont , £elon Pline» la 
€hair eA très^pure ; & fi pure , qu^on en 
fervoît auiS dans les repas qu'on offrolt 
aux Dieux. On lui donne Tépithete de 
Genitd , parce qu'elle étoit du nonU^re 

dos Dieux^<piipréfidoientàlagéné£ar 
tiofi,. 



mes Fables. 55^ 

" ' Les mêmes Romains avoient aum au 
nombre de leurs Dieux y Anculus 8c Aih 
€uU , que Feftus dit avoir été les Divi- 
nités tutéiaîres des Servantes ; d'où 9 
fans doute 9 eft venu le nom A^AncilU 
qu'elles portoient. Car , comme on avoit 
des Dieux pour tous les états delà vie > 
il falloit bien que les Valets Se les Ser- 
vantes en eûflent auffi. 

Les anciens Tofcans avoient un Dieu 
{particulier , qu'ils appelloient Ages ; 
qui 9 felon Ovide , étoit forti d'une mot- 
te de terre , dans le tems qu'Hun Pay fan 
labouroit Ton champ. CeDieu leur apprit 
}a Diviimtion : & ks Tofcans (e rendirent 
-fi hàbiles^dans cet art frivole ,• qu'on ve- 
fioit les confuher de toutes parts, ainfi 
:^ue nous l'avons déjà dtr* 

Les Sabins reconnoifibient pour leuir 
principale Divinité Semo^Sungus , qu'on 
croit être Hercule , Se que S. Juffin a pri» 
mal-à-pref os pour Simon le Magicien. 

Les Albins rendirent les honneurs di** 
vms à Enée 9 qu'ils appellérent Jupiter 
^Jndigeterdc ils divinijférentaufli Evan* 
dre 9 Se Carmenta fa femme. 

Janus, Faunus^ Picus, Se quelques 
autres y reçurent auflS les honneurs di- 
vins, dans les lieux difiërens de l'Italie 
<À ils a voient régné. 



3; 



^fi Exrt.f CAf 10* ÏWST»RtQU'« 

Les habitans de la vlUe d'Ahcîotl et c(ef 
ï^raenefte,honoroieftt, d'utf culte parti- 
culier, la Fortune ; & avofent , pour k 
confulter j Ceffir , fi célébee daiô TAn- 
tiquité. 

Les Peuples de Breflè' avoîent auffi 
plusieurs Dieux s qui leur' étoient partie 
culiers» dont on p^ut voir les figures 
dans le Rofïï. 

Enfin y on avoit tout divlnifé » juiqu'a 

Iuelques Villes même ; entr'autres, celle 
e Rome ^ dont la figuré paraît fur le» 
Médailles y avec les fyin6oles de la Di<^ 
•vinité. On pouffa même la fureur jufqu^à 
i^endre des honneurs divins à des hônimes 
vivans, comme à Auguffe, & à quel*» 
ques autres* Mais y h cÛre viai>€e$ àoi»* 
veaux Dieux étoient (ouvent le (ujet de 
)a i^aillerie publiq,ue ; aufil Meff que les^ 
Empereurs nirort« 5 tels' que Cé&r > dont 
_ Augufl^ àvôit fait? Apothéofe ; ce qui 
le/céfiui.*" ^^ attira, de la part de Julien (i ) , le nom 
de Wétfemii ftmpHs. Roini;du^ avoit été 
plus heureux j iSc ou l^onof a tonjoms 
irès^^riea&me&t;» ibus lenott da ^^^ 
finas. 
rseuT le u Termûions cette Converûtion par les 
"*^** Dieux de la Mohnojre. La Mf>Wioj€ a 
toujours été regardée comme une choie 
iacrée > à laquelle il oTa jamais été ipec^^ 



n& à auECun particulier de toucher j^ n'y 
^yant que les Souverains qui ayeat eil 
le droit de lat frapper Se de la marquer* 
Dans tous les tems & dans tousles'pBy» 
•du lâonde, il y a toujours eu desAfegii^ 
trats établis pour y veiller » & pour pu-- 
xiir 9 même du dernier fupplice, ceux qui 
2^ contre&ilbient. Mai» les Payens ^pen: 
jcx>ntens de ces précautions , voulurent 
«avoir des^ Dieux qui y préfidMènt. Nous 
avons déjà dit, en parlant de Junony 
qu'on lui donnoit Fépithéte de Monetd, 
|iour mairquer qu'elle étoit la Déeflè de 
la Monnoye, quoique quelqueyMjrtho^ 
logues croyent qu'elle lui fût donnée 
pour la raifon que nous avons expliquée 
dans fon Hiftoireé Quoiqu'il en (bit , il 
■e& indubitable que\ les* Romains fur 
tout avoient des Dieux pour préfider à 
lafabriqilfe de la Monnoye* Vous fçavez 
fans doute 9 pour le dire en psilknt , que 
connne on y gràvoit anciennement quel- 
que animal , comme un bélier ^ un taii-^ 
feau 9 âcc, c^efl ce qui lui fit donner le 
fiom èe Pecunia^ du mot Latin Fecus. 

Gonune on fabriquait des ej^éces de 
differens^ métaux 9 particuUéi^meptd'or^ 
d'argent , où de cuivre ; & qu'on eroyoit 
qu\me feule Divinité auroit été trop oo^^ 
cupée du folm des diâerentes Fabriques > 



I 



5t^ ExPlrcATroîT msrrcmxQjjt 

on en établit une particulière pour châ:* 
cune. Trois Déeflès , repréfentéeS; fiif 
quelques Médailles de TEmpei^eur Com- 
mode & de (es (ûccefleurs , avec des Ba- 
lances, la Corne d'abondaiice , & un 
monceau d'argent atiprès > prouvent qu'il 

en avok au moins im pareil nombres 
t les Antiquaires conviennent qu^ellel 
f réfîdoient à la fabrique de trois métaux. 
Indépendamment de ces trois^D^vinités"» 
on reconnoiflbit encore JÊs , ou E feulai 
nus ^ pour la Monnoye de cuiv^. 

Ces trois Déeflesy comme on vient de 
te dire^ont pour fymboïe chacun^ne Ba- 
lance : St quelques Antiquaire» cto^^enC 
même remarquer c^ue ee^ Balances font 
d'inégale grandeur > ci»nméf les ttois Mé- 
taux employés en Monnoye > font de di& 
férens poids. Mais peut*on » (ur le petit 
iJiamp d'une Médaille 9 s'aâBtcer aune 
telle pbfervation f • 

On prétend même qu'il y avoir px>uf 
ce dernier Mét^ la Déefle ^res. M. 
de Peyrefe ayant examiné une Médaille 
du Cabinet de M. Pétau » (ur laquelle 
étoit repréfentée une Déefle 3 qu'on 
auroit pu croire être cette Mm » aima 
siiieux, parce que le nom étoit unpea 
jefiàcé , «décider que c'étoit Cérês : Mais 
k» Bâknces qu'elle tenoit à b matti| 



DBS Fables. ^fj 

.fâevoîent le porter à croire que e'étoit 
la Déefle jEres. Aujourdhui la chofe 
n'eft plus douteufe. Une Médaille du 
Cabinet du Roi , de moyîen Bronze , de 
FEmpereur Tite , préfente au revtrs une 
femme 4ebout , avec l'habillement or* 
dinaire aux DéefTes» appuyée de la main 
gauche fur laHafie pure, & tenant une 
Balance , avec ces mots : jEres AugujH ^ 
S. C. Mais, dit AlcSdon, le mot ^res 
n'eft pas dans l'anologie de la langue 
Latine :.& dès-là , on doit l'interpréter 
par ces4iiots, U Momoje de PEmpereuu 
Vous avez raifon , reprit l'Abbé : cepen- 
dant , comme les figures dont on vient 
de parler, portent les fymboles ordi^ 
naires aux figures qui repréfentent le9 
Divinités , tdàes que la fiafie pure Se le 
Manteau appelle Péplum ^ on les doit 
prendre pour de véritables Divinités, 
On voit même , fur une Médaille de 
Commode, un AppoUonnud, avec cette 
légende, Appolloni Monetd. CertaineiP- 
ment il étoitbîen jufte , dit Eliante* que 
le Dieu des beaux Arts le fut auffi de 
la Monnaye , pour former des Varin & 
d'autres célèbres Monnétaires. 
, Pardon , Madame , dit l'Abbé , pour 
cette longue kirielle de Divinité? fubaU 
ternes , dont l'Hiiloire vous aura paru 



EyS Explication HisxoRKiUB 
m doute peu in^éreflante. Vous vous 
trompez > repanit Eliante : Il eft bon de 
connoître tous ces Dieux» ne fut-ce que 
pour juger jufqu'à Quel, point le Paga- 
nlTme s'égara. £t a ailleurs » j'ai pris 
garde que^ pour chacun de ces Dieux» 
vous avez toujours cité quelque Auteus 

Îrave, comme Tite Live, Plutarquei 
>enys d'Halicamaife ^ & en particuli^ 
faint Auguilin^ qui 9 comme vous me 
Tavez dit , avoit lu les Livres que Var-> 
ron.avoit compofés fur la R^igion des 
Romains» qui contenoient faas doute 
t'Hifloire de tous cos Dieux ;. & oa 
efl bien aife» quand on lit ces Auteurs f 
de voir qu'on fç^voit tout cela. Mais , 
dit Alcidon, croirons •nous de bonne 
ibi qu'on ait pris une CUac'mA.^ ui^ Af^« 

Îb'ms f Se tant d'autres » pour de vérita'» 
les Divinités ? Vous en croirez ce que 
vous voudrez , reprit T Abbé : Mais à 
quel titre recoBuoifToit-on les Dieux # 
qu'aux Temples » aux Autek » aux Prê« 
très , & aux Sacrifices f Ov tous les 
Dieux que j'ai nommés 9 avoient tout 
cela ; Se les meilleurs Hiftoriens en font 
mention, comme vous l'avez vu. Les 
Faites > & les Calendriers Romains , 
marquoient \ts Fêtes de ces Dieux» & 
les jours où. on devoit leur offirir des 



©ES t ABLES. ^J-J 

Sacrifices. En faut-il davantage pour 
proover q«*on recotmoHïbit too» ce» 
Êtres pour de véritables Oivûùtés f 

Il me refte encore , Madame , dît 
r Abbé , à voas parler des Dieux de» 
autres Peuples de l'Europe; des Gau- 
lois, des Ibériens ou anciens Elpagnols» 
des habitans de la Graode Bretagne , & 
des peuples, de Germanie : ce qui fera 
là matière dç notre première Coo* 
iircriàùoo* 



3(5p Explication historique 



XVII. ENTRETIEN. 

Des Dieux des Gaukisj des Germains 
dr de quelques autres Peuples. 



E 



Liante, l*AW>é& Alcîdon , ayant 
dîné feuls , on ne fut pas long-tenis 
à fe mettre au travail ordinaire ; & T Ab- 
bé ayant apporté Tes cahiers dans la fal-^ 
ie , il commença ainfî : Pour parler avec 
quelque précifîon de la Religion des 
Gaulois r il faut diftinguer les tems d'a- 
vant & d'après la conquête de leur pays 
par les Romaks. Avant cette conquête » 
jils étoîent peu connus , du moins par 
rapport à^ leurs mœurs , à leurs coutu- 
mes, & à leurs Dieux , de ceux qui (k 
rendirent les maîtres de leur pays. Et 
par confëquent les Auteurs Romains 
en difent peu de chofe. Encore faut- il 
remarquer , qu'ayant parlé quelquefois 
de leurs Dieux , pour peu de reflèmblan- 
ce qu'ils Uur trouvâflènt avec les leurs » 
ils ne manquoient pas de les confondre* 
Ainfî , tel Dieu Gaulois , felon euxf 
étoit ou Mercure , ou Hercule , parce 
qu'il avoit quelque rapport à leur Her- 
cule , ou à leur Mercure. Après la con- 
quête 



DES Fables; ^6t 

3uête des Romains > les Gaulois fîreàt 
e grands changemeos dans leur Reli* 
igion ; & dans la fuite elle devint la mô- 
me que celle de leurs maîtres^ our le 
premier tems nous avons peu de guides z 
les Druydes, chefs & miniftres de la Re- 
ligion , n'écrivbient rien iiir ce fujet 5 
fe contentant d'inftruire leurs Elevés 9 
Se de charger leur mémoire d'un nom- 
bre prodigieux de Vers , qui contenoient 
THiftoire de leurs Dieux , de leur mo- 
rale , & des cérémonies religieules. 
Des Monumens déterrés dans différen- 
tes pccafîons » fût lefquels étdient io- 
conteftablement représentés quelques 
Dieux Gaulois ; les con jeâures des Sça- 
vans 4 qui ont expliqué ces monumens. 
Se quelques paflkges epars dans les An- 
ciens y font les feuls guides qui nous re- 
ftent 9 pour nous conduire dans cette 
matière > que je tâcherai d'abréger le 
plus qu'il nue Jfera poffible. Je m éten-^ 
drai moins même fur les Dieux de cei 
peuple 9 que fiir (es cérémonies ,Sc en 
particulier fur ce qui regarde les Druy- 
des , dont vous ave? Ibuvent entendu 
parler. /" 

Céfàr(i), quiefl celui de tous les (Oi>*iA 
Anciens 9 qui a le mieux connu les Gau- '^^ 
lois 9 dit , que de tous les Dieux , celui' 



qu'ils croyoient 
Xous les Arts 5 le Dieu des Voyageurs 
/Se Coamerçans ; & qu'ils joigaoient à 
ce Dieu ) Apollon» Mars, Jupiter» Se 
JMinerve 9 defquels ils avoieot les mê« 
mes idées que les autres peuples ; eufint 

aue 9 félon la perfuaiiod de leurs Druy« 
es y ils deicendoient tous de Pluton. 
CéÊtr ne donne en cet endroit qu'une 
idée très-yague des Dieux des anciens 
.Gaulois ; Se c'eft beaucoup pour un cot^ 
ijuérant. Clément d'Alexandrie dit » que 
h Reli*gion de ce peuple» ëtoit une 
JR^eligion de Fhilofophes » à peu près 
icomme celle des Periès: &c'eft appa- 
jrenament cette idée» qu'avoit fidfie long^* 
lems avant Pline le Naturalifte » qui lui 
a fait dire » que les cérémonies religieu-» 
£ss des Gaulois reffembloient û fortjà 
f eUcis d^s Perfeâtyqu'ils fèmbleroient^ni^ 
gré l'éloignement / fe les être commua 
êii^y^es. Mais cette Religion » les Gaoïi 
io^s ^ étoient^ils eux-^mêmes les Au« 
teifrs f i'av6ient*ils reçue des habitans 

de la Grande Bretagne f ou fî c^é» 
toit , ainfi que le prétend Céfar » les 

Gaulois 9 qui avoient porté chez ces 
Infulaires leurs Dieux Se leur culte 
(QomcDç h veut Tacite f C'eft ce qu'on 



DES Fables» ^6^ 

Ile içah pas ; & il y a beaucoup plus dé 
▼raîfemblancc à dire qu^ils l*avoîem prift 
ées Phéniciens , qui trafiquèrent dès le^ 
l^remiers tems fur le6 côtes de ta Médi* 
ferranëe : ce qui fera prouvé par la Con* 
fbrmité qui fe trouve entre quelques 
Dieux Gaulois , & ceux des peuples de 
t'Orient. 

ly abord la Religion des Gaulois fut 
aflez pure : ôc leurs Drtiydés 5 /Hon Taci- 
te 6c quelques autres Anciens, croy oient 
qu'il feUoit adorer le Souverain Etre 9 
plus encore par le filence & le rei^efl^ 
^ue par la prière de le facrifîce. Ce Pey?* 
d|e fut même long-tems fans avoir ni 
Temples, ni Statues. Le fond des forêts 
les plus épàffles teur ayant paru le lieu le 
plu^ropre à honorer Ja 0ivinitë, c'é- 
toit là que Ce faîfoient leurs aflcmblée$ 
^eligieufes , & que s'offiroient les vo&uiC 
êc les prières. Mais ctttt première Gh^ 
plîoité ne dura pas toujours : Se danrf ïi 
iîiite leur culte Ce trouva autant mêlé <îè 
pratiques foperftkieufes , que celtii'des 
Irûtres Nations îdblâtres j & j comnié 
eux } ils portèrent la fuperfKtion jufqu'a 
Hnmoler, à leur Dieu Efûs , des viôi- 
mes humaines. Il eft vrai qu'ils n'immo- 
loient quel, leurs prifonniers de guerre : 
tnâts^ te làcir^e n-*^» èioit , poArcëla» 

Q ij 



5(Î4 ExPLTCATlOVHTSTOElQUjr 

ni moins barbare > ni moins cruel. Ils 
(élevoient, pour cela, un grand bû- 
cher , au milieu d'un bois qui l§ur ikr^ 
voit d^ Temple ; & ils y faifoient 
brûler ^ en Thonneur du Dieu que je 
viens de nommer , ces malheureuies 
yiftimes. 

Outre leur Dieu Efus , qui pourroit 
bien avoir été le Saturne des Carthagi-* 
pois p & }e Molock des Moabites , auf» 

3uels on of&oit de fembl^les iàcrifices; 
s en avoient encgrç plufîeurs autres f 
oui leur étoient particuliers. Sur tin Mo-* 
fument déterré dans leÇhœur ded'Eglifis 
Cathédrale de Paris en ijiiy on trou^ 
ye la %ure Se les noms de plufîeurs de 
ces Diew , d'ua Emus , d'un Efus , d'un 
TuiêTos TrigoTdnus , d'un Çernunnosf^^un 
Ogmcn y d'un T^rams , & de quelques au? 
très* £t comme ce Monumept avoit été 
tél^vé fous l'Empire de Tibère ? ainfi que 
(e Qiarque l'infcription (4) ; tems auquel 
les Gaïuoi^ étoient fbumis aux Romains, 
)1 y eft fait mention aujffi de quelques^ 
uns. de$ pieux dç ce peuple i tels que 
. Cailor & Poilux » Vulcain & Hercule^ 
|1 fçroit iputi|ç dç; vou^ rapporter le^ 

<4) TÏBIBRIO CiESARI APC. JOVI 01»TU||0; 

[ MAXUMÔ, 
, ^AyTJ^PAIllS)AqirU3UCpPO$UUVMt. 



ftôDJe^f es des Sçavans (4) » qui prirent 
alors la plume» pour trouver quelque 
reflemblaxice entre les premiers de ces 
Pieux , & ceux des Grecs & des Ro- 
mains , parce qu^elles font auflî incertai- 
nes , que dénuées de preuves. Ce qu'on 
peut vous dire de plus vraifemblable , eft 
qa'Efus étoit leur Mars ; Ogtmon ou Ma- 
gdfétn^ltnt Hercule ; Tarams , leur Jupi- 
ter ; BeUnus , leur Apollon. Pour leurs 
Dieux Penin^ Abellio^ & DUichinius ^ 
Onuava , & quelques autres , on ne fçait 
pas trop ce que c'étoit. 
. Le fécond tems de la Religion des 
Gaulois eft celui qui fuivit la conquête 
de Géfar : Et alors ce peuple adopta. 
les Divinités Romaines , ainfi qu'il pa- 
roît parTacite, Lucain> Strabon Sùûueh 
ques autres Anciens ; Se plus particulier 
rement encore par les Statues de ces 
Dieux déterrées en diftérens endroits 
des Gaules ; parmi lefquelles on a 
trouvé Ifis , Mercure , Apollon , Mi- 
thras Dieu originaire de Perfe , Diane , 
Téleiphore Dieu de la fan té , Se pluiîeurs 
autres. 

Enfin les Gaulois firent comme Us. 

(*) Meffieurs Baudelot , Daniel, Jéfiiite ; M. de Leî- 
êrMoreau, derAcadémie' bnitz; Dom LobineaUs & 
4esBcUciLenies| IcPoïc quelques autres. 

Q wj 



^66 ExPLiCATioK msTORKîirjr 

autres peuples > 6c mirent leurs grand» 
hommes au nombre de feurs Dieux y 
ainfî que quelques-unes de leurs Hé- 
roïnes y qui Êirent depuis connues (bu» 
le nom de Défffts^ Mères. Enfin ils re^ 

^ connurent des Génies tutélatres pour 

chaque Ville* On s'intéreflè afièz peu 
aujourd'hui , dit Alcidon , à ces Dksaa: 
Gaulois : car s'ils £bot les aiêiBes que 
ceux des Grecs y. ou des Komains ^ ou 
des Phéniciens , vous nous les avez 
aflèz fait connoître j & s'ili en font dif- 
férens , on n*a aucun Auteur A\x pays, qui 
lious puifle fervir de guide.Pour les pré- 
tendues découvertes des Sçavans mo- 
dernes , quelques habiles qu'ils foyent 
d'ailleurs , elles ne s'élèveront jamais au- 
deffiimdu rang de pures conjeaures* On 
peut, fi on le veut , avoir recours à l'ou- 
Vrage de Dom Jacques Martin Bénédic* 
tio, qui a épuifé cette matière. Alcidon 
a raifon pour cet article > reprit Eliante î 
mais il n'en eft pas de même des Druy- 
des ,-dont Monfieur l'Abbé nous a dit un 
inot en paflaiit. On en a entendu fouvent 
parler,maisconfufôment : Ainfî je le prie 
V de s'étendre un peu (ur leur fujet. Vous al- 
lez être (ktisfaite, Madame, dit l'Abbé. 

Lcf drut- \ Les Druydes, dont vraifemblable* 
***' ment le nom tiroit fon origine du mot 



151S Fairiej. ^6f 

Deru y qui , dans la langue Celtique, vou- 
lait dire un chine (4) , parce que c'était 
dans les bois & au pied des chênes qu'ils 
cxercoient leurs cérémonies , étaient le» 
Chefs & les premiers Mioiftres de la Re-* 
ligioa; Se il n^étoit permis à perfonnef 

2UC de leur confentement,de s*y ingérer. 
Somme ils avaient une efpéce de hié« 
rarchie , il y avoit des Minières de èlî* 
férens ordres. D^abord, le premier Druy* 
1àe ëtoit comme le Souverain Pontife ; 
& les autres , comme les Prêtres : Sou^ 
ceux-ci j étoient les Bardes , les Edba« 
g^ y les Vates , & quelques autres. Les 
Bardes & les Sarronides > dont le nom $ 
fuivant Feftus , iignifïoit un Chantre , ce- 
lébroient dans leurs Vers les aftions desr 
grands hommes , dont ils chantoioht les 
exploits* Leurs Vers étoient iî eftimés > 
qu'ils (ufHfoient pour immortalifer la 
mémoire de ceux qui en étaient le (ujet. 
Les fondions desSarronides fe bornoient 
à inftruire ta jeuneflè , & à lui infpirer des 
lèntimens vertueux. Les Vates & les Eu- 
bages avoient foin de ce qui regardoît 
les Sacrifices j& s'appliquoient à la con-' 
temiplation de la nature' Se des choies cé^ 
lefles. Mais ils étoient les uns Se les au-^ 

(4) Let Grecs nomment cet libre ip% , qui eft le m^^ 



3<î8 Explication nistOfiiQXJS 

treslG inférieurs aux Druydes , qu'ils oè 
pouvoient exercer les fonftions de leur 
lnimfiére>qu'autant qu'ils le léurperfliet- 
toierit. 

tiCS Druydôs jmenoient un vie fort 
retirée Se fort auftére. Caché» dans le 
fond des forêts , ils n'en fortoient que ra- 
rement : Çc c'étoit dans leurs retraites 
que toute la nation, alloit les confulter; 
non-feulement pour les affaires de Reli- 
gion , mais encore pour la guerre , pour 
les traités de paix & d'alliance ; en un 
mot, pour toutes les entrèprifes confi- 
dérables. Comme ils étoient répandus 
dans toutes les Gaules , ils y formoient 
pluiîeurs Collèges, indépendans les uns 
des autres , mais tous fournis à un Chef. 
De tous ces Collèges ,4e plus confîdéra- 
Jble étoit celui du Pays Chartrain ; & c'é- 
toit celui où réfîdoit le Grand Pontife. 
Ç'étoit dans les bois de cette Province 
qu'on offroit les grands Sacrifices , que 
fe faifoient les plus auguftes cérémomes 
de la Religion ; & que s'ailèmbloient, à 
certains jours de l'année, les Grands du 
pays , pour y tenir ks Etats généraïuc , 
& régler les affaires de la guerre !& de la 
paix. Après ce J)remier Collège ,. celui 
de Marfèille étoit le plus çonfîdèrable : 
é: la forêt où ils fe tenpient étôit regar- 



besFables. 3^9 

3ée comme une chofe facrée ( i )• (0 ^^y^ 
Avant que d'être reçu dans i'Ordrô^ ittc«in,i.6. 

des Druydes » il falloit paflfer par un long 
Noviciat, dont Tépreuve la plus rude 
ëtoit d'apprendre par cœur quinze ou 
vingt mille Vers , qui renfermoient toute 
la Théologie , & tout ce qui concernoit 
les cérémonies religieufës : Car, comme 
je l'ai déjà regiarqué, les DrUydes a'é- 
envoient rien fur ce fujet , & n'avoient 
que la mémoire pour dépofitaire de leur$ 
dogmes. Lorfque les Novices étoient 
fuHKàmment inflruits , ils recevoient 
PAccolade , ou du Pontife lui-même , 
ou de quelque ancien Druyde , à qui cç 
Chef en avoit donné l'ordre : & c'étoif 
là toute la cérémonie de la ProfefGon* 
Inunédiatement après, le Candidat qui? 
toit l'habit du fiécle , pour prendre celui 
des Druydes; qui confîftoit en une tu- 
nique ordinairement de lin, qui n'alloiç 
au'à mi-jambe , & une robe qui defcen-r 
oit jufqu'aux talons. Je dois vous faire 
obferver cependant , que cet habillenaent 
ji'étôit pas entièrement uniforme, & qn^ 
.chaque Province y avoit introduit quel- 
que léger changement. 

Comme la Grande Bretagne avoit em- 
bralfé la Religion des Gaulois , elle avoit 
auiS ks Druydes , qui y étoient , de mer 

Q v 



$7* Explication historique 
me , lès Chefs & les Miniftres des chofè* 
facrées» Mais comme , outre cela , ils 
S'appiiquoient avec beaucoup de foin à 
la contemplation & à l'étude, îisétoient 
devenus fi habiles > que ceux même de^ 
Gaulois ailoient fouvent les conli^lter^ 
& les regardoient comme leurs maîtres. 
Le pouvoir Se le crédit des uns Se des 
autres étoit fi grand , qu'«n n'entrepre- 
fioit aucune affaire importante fans leur 
eônfeiL Ils préfidoient aux Etats^ géné- 
raux ; décidoient à leur gré de la paix 
ou de la guerre ; punîflbient les coupa- 
bles ; & pouflbient quelquefois leur au- 
torité jïifqu'à dépofer les Magîfcats Se 
les Rois même, quand ils avoient man^ 
^é à obferver les loix du pays : en un 
mot, ils formoient le premier ordre de 
FEtat ,. & tout pUoit devant eux. Ce* 
toit à eux qu'appartenoit le droit dé 
créer tous les ans^ dans chaque Cité , les: 
Magiftrat&: qui dévoient la gouverner x 
quelquefois même avec le titre de. Roi i 
ou de Vttgùktî. Ge Vergob-et y fembla- 
We aux Archontes: annuels^ d'Athènes > 




ment à&i Druydee^, qufil ne pouvoir pas 
fluême,^ lans leur permiffioiH aflembler 
Xéû CoA&il , f ouc d4:ahdei: de quelque al^ 



DES FàÉÉ É^SV 571 

faîre.Enforte,qu*à parler cxaétem6nt,c'é* 
toieojteux qui régnoiem vérltabkmenti 
Scque les Rois mêmes n'étoient que leurs 
premiers Miniftre& Leur état les di 
penfoit d'aller à la guerre , Se les exem- 
ptoit de toute forte de tribut ; ce qui 
taifbit qu'il y avoit grand empreiiëmwt 
à être reçu, dans quelqu'un de leurs Cot-^ 
léges. 

Anciennement les femmes Gauloffe^ 
avoient joui d^une partie de ces préro*^ 
gatives : & elles les poflëdoient encore ^- 
loriqu'Aonibal paiîa par les Gauler; 
pm&foitf dans le traité qu^il y ût, un 
des articles portoit , que s'il ùxrvmom 

Îuelqu^afiàire entre un Gaulois Se tui 
carthaginois y Taiiâire feroit portée atl 
tribunal des DruydeiTesw Mais, peu k 
peu les Druydes leur enkvérent ces 
prérogatives 9 qu'ils réfervérent pour 
eux feuls ; fi on en excepte celtes de ce» 
ibmne» qui s'établirent danS' une iile 
i^oi^oe die i^ Angleterre y oir elles coti&iw 
yérent toute leur autorité 6at les matié« 
3çes, deJ^'Religîon* £Hea y formèrent 
une eipéccde République v crh elles ne 
feuf&oient aucim boiAie. Leurs maiûs 
feulecrientlesalloient voir une fois l'an 9 
ôc à chaque* vqys^ , ils enûtienoieni: ie2| 
fAÀiis^'iQâ&E^imoA djes étoiant accou-^ 



37^ Explication HisToiiiQT?]^ 

chées ; leur laiffant les £llè^ , qu'elles 
^voieot foin de fomter à kur tniniftére* 
, £n général , les points fondamentaux 
de la doârine desDruydes fe réduifoient 
à ces trois : à adorer les^ Dieux } à ne 
nuire à perfonne ; '& à être brave & cou- 
rageux. Mais > indépendamment de ce- 
la » ils faifoient profefÇoin^ felçnPom* 
(i)Di fitu ponius Mêla ( i )j d'étudier la Philo- 
Orkis, i. |. lophîe ; de connokrfe la figure & la 
grandeur de la terre 9 le cours des a& 
très , & leurs différentes révolutions. La 
croyance de, Timmortalité de Pâme fei- 
foit un de leurs premiers dogmes j ce 
qul'fendoit les Gaulois intrépides dans 
les combats ; eipérantque s^ils y étpitet 
tués^ ils iroiènt jouir d'une vie nulle fois 
plus heureufe (|ue celle x^'its ^rdoi^tr 
: Auiïî, pour les encjoaragerencoiie da- 
vantage>lesDr uy des niettoient une gran- 
de différence entre ceux qur mouroient 
4^une mort naturelle l & ceux qiâ âcri* 
iSoient leur vie pour la patrie. Les JHre- 
jRulers étoieast enterrés Élis cérëitK^âies; 
Eul éloge pour eux 9 point ^épitsi^be y 
si: de ces.Yers quelës gardes chaotoient 
en l^honneur des liéros;: au lieu que les 
. djerniers jouiilbient dé tous ce$ atOAta* 
^^> qui&rttem tài^t* les hommes; 
-. -C^&r > Diodore t Lvcak ^ & ^ef ^es 



i -■ 



CES Fables. 575 

autres Anciens , prétendent que le» 
Druyde^ enfêignoient à leurs difciples la 
doârinedela Métempficofe, foit qu'ils 
Teûflènt reçue de Pythagore , ou plutôt 
des Peuples du Levant , qui commer- 
çoîent dans la Méditerranée ; car ce^e 
doârine étoit répandue dans FA fie Se 
dans les Indes long-tems avant le Phi- 
lofophe que je viens de nommer , qui Vy 
apprit lui-même. 

t A Tétude de la Religion & de la Phi-' 
lofophie, lesDruydes joignoient celle de 
là Médecine. Mais leur fçavoir fe bor- 
noit à la connoidance de quelques plan- 
tc^i & fur tout ' à l'influence des afires , r 

qu^ils <3royoiettt agir trè^^efficacement 
for les honumès Se lUr les aniftiaux. Ils; 
ttà&Âëtit profeflîon de connoîtr^ âc* de 
pédirè l'avertir , & étoient fort adonnés- 
a. l' Aflrotogîe judiciaire & à la Magie. 
Dans Tufage qu'ik faifoient des plantes^ 
&'des fimples, ils joignoient toujours 
quelques pratiques fuperftitîeufès. Ainfî) • 
feteri Pline <ï} , Ibrfqu'ils cueilloient la • (0 LîT.i^i 
Silâge^ qu'on croit être la Pulfatille, 2s ^' ^ ' 
FàJrracfeoient fart» couteau , & de la main* 
droite , qui devoit être couverte de leur 
robe j & là faîfbîent pâflèr à la main gau- 
che , ùms qu*(m s'en apperçut , comme 
sHisl:*aY0feat volée Lil ^oîtî, avec <ïe- " 



574 Explication msroKrQvre 

k > être mids pieds r être vêtu de blancr^ 
& avoir ofEert auparavant un Sacrifice^ 
Ils failblent encore plus de façons ^lorf--^ 
qiu'il s'agifTolt de cueillir la Vervaioe r . 
It>liv.x5« ^ ^^ même PHnç nous apprend (i)» 
qu'ils choifilToient pour cela le point 
précis du lever Hélia<]ue de la Canî**, 
cule> avant le kver du Soleil »;& aprèsp^ 
avoir offert un facrifice à la Terre. A\i& . 
ils attribuoient de grandes vertus à cet-^ 
te plante*. £Ue guénifo^t , felpti' eftx> 
toutes fortes^ de fié vresb& en généi^ lou^' 
tes lesmaladie&Elkreconcitioîtceuxqui 
étoient brouillés; & l'eau ij^'cMKnrticoiV 
sépanduë avec ua ram^iiiur )^ç<mw»^ 
* ve^ceiuc qu'eue touôh<)il^^iMlci^^ 
plus gais & plu^ cantai8^w€^)ie^auirô^« 
Maïs parmi ces pratiquçs<r^perj3ii$Ji$iî^ : 
S^ y les deux plus- fing\]^i<^s^ %i>k^t 
M ^z*»^ celles qui regardoient ï^utffrpêmin (ly 

****• & le Gui de chêne , (pie je vais vous^ 

d^prire. Comme les CQuleuvres ^s^cxi^ 
blent en certaine iailbndej^anniée^oiir^ 
s'accoupler 9 elles laiilènt^ufirbav^j iWi 

I - l^qpelle , félon les Dir^j^dâs^^, iè iovmoiCt 

vm,Q^u{y auquel ilsatûrij>uDiei^4êgranf: 
des vertus; Cet œuf ^ félon eux^s'éle^. 
vpit hors de terre ; & «ç'étoit dans c^: 
moment qu'il falicât &^en iàiiTr. X^ difli^ 
cujfé ét^tjgfaiid^^îgafçp qjjg;6(^4nfe;-' 



te$9 jatoux de cette produdk>n r pour- 
fmvoieat ceux qui vouloient la leur eiK 
lever. Ainfî il Êiiioit rôder à cheval aur 
taur du lieu où ils étoient » profiter dxi 
moment favorable , puis prendre la fui- 
te* Les Druydes aflTuroient que ceux 
^i avoietit un de ces. œufs » gagnoient 
imman^ablement Leur procès ; & s'at- 
tiroienr , par je ne fçai quelle fympathie*. 
la bienveillance des Grands de des Rois: 
mômes; Pline y. qui convient que tout ce- 
manège n'étoit qu'une vaine fuperfti- 
tion > nous apprend ^ que l'Elmpereur 
Claude fît mourir un Chevalier Ro-> 
main^, pour cela feul ,. qu^ £ut convain- 
cu de porter un de ces bcxik dans fon 
fein^eni vue de gagiœr isx procès de 
conféquence* 

Parmi les cérémonies reKgtcufes des* 
Druydes 9t la plus folemnelle étoit celle* 
^i regardent la manière de cueillir le 
Gui de chêne ( i)*Vo«8 fçavez que leGui ( t ) Fi/kmi 
€ft une plante qui croît fur les^ branches» 
^e quelques arbres de toute aiitre eipér» 
ce que la âenne ; à^oik^ elle eA portée 
iSur d^autres ^ fans qu'il en vienne jamaiss 
en pleine terre. On l'appelle plante pa- 
rafite , parce qu'elle vient fc nourrir d'ur- 
ne fève qui ne lui étoit pas deftihéé (2),^ 



37^ Explication histcrique 

6c qu'elle nuit tellement aux arbres iltf 
Jefquels elle pouflê, que quelquefois elle 
les fait mourir. On croit communémeaC 
que les Grives friandes de la graine du 
Gui , après en avoir mangé avec excès , 
en rejettent ime partie fur les branches » 
où çiles vont fe repofer ; & que ces 
grains gras Se vifqueux y prennent ra>- 
cine 9 & pouffent une touffe verte & 
jaunâtre , qui s'élève d'un ou deux pieds» 
Ses grains font des bayes ovales , de la 
groffeur d'un poids , fort nioHes & fort 
grades , & couvertes d'une petite peau 
argentée , fur un fond tanne pMe. Tel eft 
'}e Gui dont les Druyoes faifoient grand 
cas , fur-tout lorfqu'il fe trouvoit fur le 
chêne* Il eft vrai auffi qu'on dit ^ que 
c'eft un (pécifique contre l'épilepfie , Se 
qu'on s'en fèrt même utilement dans l'a-* 
|)oplexie , & pour les vertiges. Ils le 
cher choient avec de grands foins dans les 
forêts où ils habitoient ; 3c comme il 
ctoit alors apparemment moins corn*- 
mun (iir les chênes qu'il nel'eft préfente^ 
ment 5 ' quand ils en rencontroient quel?- 
que plante^ ils fefélicitoient comme s'ils 
avoient trouvé un tréfor; mais ils diffë^ 
•Toient de l'arracher jufqu'au mois de 
Décembre > qui étoit, parmi eux, un 
ffiois facré , Se jufqu'au iixiéme de 1^ 



i>ibsFablc&; ^ 377 

liixne. Alors ( i ) ils s'aflèmbloieût de ( i ) PGnf , 
tous les environs j & on alloiten procet ^* "'• 
fion au chêne qui avoit été marqué. Les* 
DeVins marchoîent les premiers, chan- 
tant des Hymnes & des Cantiques en 
rhonneur des Dieux ; venoit enfuîte 
un Hérault , le caducée à la main , qui 
ëtoit fuivi de tous les Druydes, portant 
les chofes néceflaires , pour le (acrifice 
qu^on devoit offrir ; & la marche , fui* 
vie d'un peuple innombrable ^ étoit fer-, 
mée par le Chef des Druydes , revêtu^ 
d'une robe d'une blancheur éclatante. 

9 

Lorfque la Proceflîon étoit arrivée à 
Tétidroit où étoit le Gui , le Chef des' 
Druydes , muni d'une faucille d'or > 
inontoit iùr le chêne , coupoit la plante 
avec grand reipeft , & la donnoit aux 
autres Druydes, qui la rece voient dans^ 
nne iaye blanche (2). Lorfque le pre- (i) Ss^m^ 
mîer Druyde étoit defcendu de Parbre , 
on offioit un facrifice de deux taureaux 
blancs , en priant les Dieux d'attacher à 
cette plante un bonheur , qui accompa* 
gnât tous ceux à qui on la difiribueroit. 
La Fête fe tetminoit par un fefiin pu- 
blic* Le pcemîer jour deFan,on béniubit 
la Plante iacrée , & on la diftribuoit au 
peuple , en lui annonçant, & lui fouhai* 
tant une bonne année ^ par ces paroles : 



57* Explication msTORra ir« 

A Gui Cm neuf. On faifoit aufli f du jùtÊ 
de cette même Plante ^ uûe eau f qu on 
croyoit très^iàlutaîre. 

Il y a apparence au refte que cette cé'^ 
rémoiue^ quoique Pline^dont nous avons^ 
tiré tout ce détail, ne le dife pas,(e faifoit! 
dans la forêt du Pays Chartraïn,oîï étoit 
le premier Collège desDruydes^& cela^ 
pendant T AiTemblée générale des EtatSj/ 
qui fe tenoient au mois de Décembre. 

Mais de toutes les fuperfiitions de» 
Druydes, la plus cruelle étoit celle de^ 
facrmces , dans lefquels ils offiroîent à 
leurs Dieux ËiUs > & à Tentâtes ou Mer« 
cure y des vidimes humaines. En vain 9 
FAuteur moderne de l^Hiftoire de I3 
Ville d^Orleans , a tâché de les juflifier 
ùir cet article 9 en difant , qu'on avoit 
pris pour àes facrifices , la mort qu'ilff; 
îaifbîent (buÔrîr aux Prîfbnnief s de guefr 
re : il eft fur qu*on les imniololt véri- 
blement ; tous les Anciens qui en ont 

{>arlé 9 l'atteflent d^une manière à ne 
aiffer avicvm doute ; & Lucain le dit ext 
propres termes ( i), Lorfque le tems de 
ces iànglans . facrifices approchoit » on 
faifoit une grajode; cage d^odfîer ^ , dan$ Ur 



(a) Et iptilruj imntifis pUtainr fânimnt dif » 
TfHMes ^ borrtnfque feus sltarUtuf Efès*. 



DES Fables. 57^ 

^elle on enfermoit les mâlhcweux^ qui 
ëtoieot deitinés à être înimoiés à oeDieu; 
& on les faifoit brûler au miUeu des 
bois 9 près de rArbire (acre , qui le re- 
préfeatott* Quelques Auteurs ont avan* 
oé f que c'étoit dans un Temple que s'd^ 
froit ce facrifice: mais ils n'oBt pas fait 
attention qu'anciouiement les Gaulois 
if avoient d'autres Temples que les Fo* 
rets ; que les Chênes étoient leurs Idor 
les & leurs Autels ; & que ce ne JFut 
qu^après la conquête de Jule-Céfar > oa 

Çîu de tems avant > qu'ils eurent des 
emples femblables à ceux des autres 
peuples. ly ailleurs , dans quel Temple » 
îàns un danger évident d'y mettre le feu ^ 
ôuroit-on pu faire brûler tant d*hommes 
à la fois» avec une machine d'un bois 
auflî combuflible que Teft Pofier ? II eft 
vrai qu'on prtnoit pour viâimes les 
prifonniers de guerre > & à leur défaut» 
ces gens condamnés à mort ^ mais le 
Sacrifice n'en étoit pas pour cela ni 
moins barbare ni moins inhumain. Au«- 
guffe , Tibère > Qaude & quelques au- 
tres Empereurs , eurent beau faire des 
£dits contre un ufàge û barbare 9 il leur 
fut impoflîble de l'abolir entièrement» 
JEn général non feulement lesDruydes ,. 
mais tous les Gaulois étoient fort £ll« 



58ô Ex?LxCArxos HrsTaRiQUfi ^ 

Serftitîeux ; & comme je fuis bien aiie# 
ladaiiie 9 que vous comioii&ez à fond 
vos parerls , je vais vous en donner le 
détail j & vous verrez k peine que 
nos premiersf Evêques &: les Conciles 
mêmes eurent à les corriger. D'abord ils 
étoient les uns Se les autres fort adon* 
nés à Tart frivole de la Divination f 
qu'ils croy oient tirer ou du vol des 
oifeaux , ou de Pinfpeétion des entcail-* 
les desf viâimes y Se plus particulière^ 
ment à la Magie : les femmes croyoîerït 
véritablement affiiler au Sabath avec le 
iècours de leur Diane ou de ta Lune ^ 
pour laquelle elles avoient une vénéra- 
tion particulière (4). Cette folle préten- 
tjion dura dans les Gaules long « tems 
même après que le Chriftianifnie y fui 
introduit ; Se je ne doute pas que nos 
vieilles (brcieresn'eufTenttiré de là leurs 
déteflables pratiques. 

Comme les Gaulois en général a« 
voient beaucoup de vénération pour 
l'Ëaui & en particulier pour celle dis 
Rhin, ils avoient coutume > lorfqu'ils 
fbupçonnoient la fidélité de leurs fem* 
mes, d'expofer fur ce^Flèuve les enfans 
dont ils ne croyoient pas être pères : 

(«) Cette Déedê poxtok pafmî eux le nom d^Jbtm 
dnhuu 



■ ' 

©ES Fables. 581 

"Et il l'enfant étoit fubmergé , la femni^ 
ëtoît condamnée comme adultère ; fi 9 
au contraire» il fiirnageoit. Se que les 
Flots le portaflèat fur le rivage > oui 
la ♦lere , qui i'avoit fuivi 9 le rcçevoît , 
elle étoit juflifiée, Se le mari lui ren- 
doit toute m confiance : Ce qui fait dire 
à l'Empereur Julien , de qui nous appre» 
nons cet ufage 9 ^^ue le Ubin , for fon 
difcernementf vgngem l'injure fme au Lit 
tonjugéd» 

Les Gaulois avoieot aufli une vénéra* 
^on particulière pour certains Lacs 9 ftir 
tout pour celui qui étoit près deToulou<< 
ië 9 ou les Anciens difent qu'ils jettérent 
tout l'or qu'ils avoient reçu des Ko^ 
mains jpour le rachapt de leur ville. Ils 
y jettoient de même » ainfî que dans le 
Khin 9 les dépouilles des Ennemis : Sç 
c'étoit là le Sacrifice qu'ils leur &i9> 
foient. Comme ils étoient perfiiadés 
de l'immortalité de l'ame 9 & qu'ils 
O'oyoient pouvoir avoir befbin 9 dans 
le fèjour qu'ils habiteroient après leus 
mort^deleur argent, ils le prétoiènC 
fouvent 9 a condition d'en être payés en 
l'autreononde. C'étoit par le même mos» 
tif 9 qu'ils mettoient dans les tombeaux 
des habits 9 des vivres» Se tous les uâen- 
ciles dont le mort: s'^toit fervî 9 alnf! 



gSa Explication historique 

^ue leurs armes & leurs boucliers. 

Le premier jour de l'an , les mêmes 
peuples > hommev & femmes, fàifbîent 
ime Mafirarade^également impie & ridi- 
cule. Ils St couvroient de la peau^de 
plufieurs animaux ^ & couroieot ainfî les 
▼illes Se les boiurgaides« fous les noms 
^ Cervêtes & de FatiU » ecmtrefiaHant 
dans leurs couribs le cer^ la bidbe , &c« 
Une licence eârénée n^gaoit dans cette 
Fête ; & les infamies les plus groHiéres 
en faifoient la partie la plus confidéra" 
t>le. Mais une pratique encore phis 
criante que celle-là > ëtoit ceUe de per« 
cer d'un coup de poignard us bomme 
par derrière , avant que de tenir Gonfèil 
fiir les a^res d'Etat ; fu^eant da fûc- 
ces de Paf&ire qu'on alloit traiter» fiir 
la manière dont tomboit la malhieurea(ê 
yiâime de leur fuperf&tion ,ôc fur la 
forme de la playe qu'As Tcooi^t de lui 

Les Gaulois etoient n adonnes a 
ces fuperftitionSy qu'on eut , comme je 
fai déjà obfervé, toutes les peines on 
monde à les détruire : âc qudques-oneSf 
ainfi oue l'Ordre des Sniyder, duré* 
rent oien k>ng*-tems depuis l%troduc* 
tion du Chriftianifine dans leur pa^ 
Il uaxok, nar diâërens Conci 



j 



dssFables. ^&^ 

& ce fujet , par un Traité de faint Eloy^ 
A par les Edits des Ëpiperâiirs Ro- 
«ttams 4 qu'elles ne durent abolies que 
fort tard. On trouve encore , au corn* 
tnencement du cinquième fîécley des 
Druy des dans le Pa^' Chartrain. 

Après vous avoir fait connoître la Religion dct 
Religion des Gaulois, je vais, en peu de Grande Biiî 
mots, parler de celle des Peuples de leur tagoc 
voifînagé. Je dirai peu de chofè de celle 
^es habitans de la Grande Bretagne» 
fMirce que # comme le remarque Taci* 
ne (i)i ils a voient adopté les Dieux Se {ornjtfifkz 
tes fuperftitîons des Gaulois. Céfar dît *''-«•'•"• 
à peu i>rès la même cho& ; ôc les autres 
Hiâoriens en font d^accord* Mêmes 
Prêtres , même Ordre de Druydes , des 
Bardes, des £ubages ; en im mot, la 
même hiérarchie. Ils honoroient , corn* 
me les Gaulois , les Déefles «^ Meref^ 
comme nous le dirons en parlant de 
la Religion Ats anciens Germaini ; 3ç 
recoimoiifdleftt les mçmes Dieux ,'quoi>*' 
<|ue fous d'autres noms. Il eft bon ièu^ 
lement de remarquer, que les Piôes, 
les Saxons , & d'autres Peuples encore » 
ayant fait» en différens tems, la con^ 
quête de la Grande Bretagne , ou du 
moins d'une partie considérable , ils y 
fortérçnt aufli leurs. I>ieux ^ leurs cé^ 



3^4 Explication histori^uk 

rémonies reiigieuiès. De -là peut -être 
leur Bel^tucddua ^ Dieu ipcoimu , que 
{0 o« Dm «Camden & Selden ( i ) croyent être 
T;/^'-'' le Belenus ouTApoUon des Gaulois; 
& IcntÂndâte , Déedè de la Viâolre^ 
qu'ils honoroient d'un culte particulier, i 
JÊnfin^ pour achever le parallèle^ l'ulà- | 
ge des Sacrifices des viâimes humaines^ l 
étoit le même eu Angleterre & dans le9 
' Gaules. 

Religion èet L'Hiflolre des Dieux des anciens 
filnt^'ou^Et Ibérieas ou Efpagnols , ne nous tien- 
]»giiôu« dra pas plus long-tems que celle desi 
Bretons. Il eft vrai qu'il y a beaucoup 
d'apparence que les Phéniciens , qui 
commercèrent en Elpagne dans les t«m9 
les plus reculés , fur tout avec ceux qui 
Mbitoient dans la Bétique» ou» comme 
on la nomme aujourd'hui , l' Andalou-? 
^ y y laifTérent la connoiilance de que}-» 
ques-uns de leurs Dieux. Mais nofis . 
n'ayons point d'Hiftoriens anciens qui 
nous l'appremient. Ëtfans^ute qu'on 
ne s'en rapportera pas à Marianat qyi> 
quoique Hiftorien excellent d'ailleuiv» 
n'a dit fur ce fujet que des chofes fort 
apocryphes. Il t& vrai encore ^ qu'on ^ 
déterré , Se qu'on déterre tous les jours 
en JËi^agne d'anciens Monumens » Sç 
des Inforiptioas» qui font mention de 

quelques 



• • t 



aoEs Fabxes. 58^ 

iq[uçlc{ue8 Divinités inconnues : mais on 
ne fçait point quels Dieux elles repré- 
Xentent , encore moins le tems auquel ils 
firent , dans ce pays , l'objet^'un culte 
religiecBc,' ^t les Efpagnols, iufqu*à ce» 
derniers tfems 9 n'ont guéres été curieux 
de développer leurs Antiquités. Enfin 
la plupart des Dieux adorés en Eipagne 
font d'origine Grecque ou Romaine: 
Je dis la plupart ; car ils en avioientjrew 
çu (juelquçft-uns dont on ignore l'origi** 
ne. Tel eft ÉndovUticus;Àont le aorn^ Joint 
à celui d'Hercule , le trouve, fur une 
lûfcriptioq, déterrée près de là ville 
d'Ofca, aujourd'hui FiUa- Viciofa (4)t 
Etoit-ce Mars honoré en E(pa j^ie 9 ovt 
l'Hercule PJîénîcien i C'eft çq qU'on ni) 
fçauroit deviner- Il y a apparence oepcô* 
dant) quoiqu'en difent quelquesSçaVans^ 
qu'il étolt diôerent d'Hercule, p\iiG|ué 
l'Jnicription en parle comme^ de deiu& 
Dieux tutélaires ; pïuTtuelmbm (b). . 
.,, Nous trouv^iiS/;çacQre danst/ki^aa^ 

• • • « 

(i) VoicîTIrrfciijttion: " ' . - , . • 
HEACULI. P. ENDÔVitt. TOLÇY. 
• U. U. 1>EIS. TiJTEiARlBUS. 

(^)^ On |>eut confultcr , & celle <Je M, Freiet , dont 

su fujct de ce Dieu , Rei* Texcrtit eft imprimé ditu le 

neiîuc ; la DliSèitation d'un tsoinéme voJuiqct 4^f M^ 

Allemand, qui a prisienom trtoires 'de rAcadémie^ d<t 

ilùlifdQVftut^fhihin^fii'p 'Sf^I^CXCSyf. 1919 .) 

: TomlJ. R 






^8^ ExPLtCATlOK HtSl^dRf Q:t« 

ciens Auteurs., que les EipagRols 

<loient ua culte particulieràPlutony (bus 
le Aotn de AUtub , ^u de la Mort; dt 
même que les JBfaënicieiis. Mercure » ap- 
l^ellé Teutates.9 étoit auffi une Divinité 
refpefbée par ies anciens Ihériens; âc le 
culte de ce Dieu leur avoit été porté 
cl'Egypte, ou de Phémcie, On ne fcait 
pas précifément Vils ol&oieht à ce Dieu# 
xicmune les Gaulois j des viâtmes hu-» 
aminés.; mais il ^ certain^ par le té« 
(lUiv.?: moigna^e po(itifdeStrabon,(i) que les 

P* »«^- Luiitame^s 9 peuple d'Eipagpe^ immo* 
lolent leur« captif àleurs Dieux^ à qtâ 
ils coniàcroient les mains de ces nialheu-. 
reniés viâimes 9 après avoir tiré des an« 
gures de l'infee£tion de feurs entrailles 
Ces mêmes LuLfitaniens, (ùivantle ni£- 
me Atitèur , hotioroient auiïï le Dieit 
Mai's , 16c kâ Jimmoloieht des boucs , des 
dievaux & leurs captife. Strabon ne nous 
apprend pas quel nom ils dormoîent à 
(x) Satur. ee-Dieu; mais Màcrobe (2) Ait que les 

1. tf . e. 1 9. Accîtains , autre peuple d'E^agne» l'apr 
pelloient fleton^ . 
Des Dietix ' Après VOUS avoir^Qtretenude&DieuK 

CCTmiwi*'"* ^^^ Gaulois, de Bretons, des îbérîeps 
& des autres peuples d'E^agne, )e<dols, 
Madame^vous parler de ceux des anciens 
Germains ; & vous dir« d'abord j que 



cdmme iJs etoîeht, aînfî que leis ©au** 
Ibis, Geltfes dWîgîne^ ilsâvoîentlpea 
près les mcmes Dieux -& les mêmes cé- 
*rémoniés. Ils n'a voient aacieûnement les 
uns & les autres d'autres t!emi)les que 
les iBois pour lefquels îls avoîent uh 
grand Té%eâ:, iii d'autres "Satuës^e le« 
arbres; croyaiît^ coitime le dît Tacite 
(i), qu'il étôit également indigne de '(iîi>*M«^ 
^renfermer la majéfté divine dans dc^ ^«'«"w». 
Temples , & de la repréfentcr ;par quel- 
^que figure. Cependant comme'fc même • 
Auteur dît qu'ils pôrtoient à la guerre 
3è« images & les figures<îe leurs Dieux ^ 
Bfiffes &fignAy extraâa LuHs^in fratiu^ 
ïferunt; il fallait bien qix^îls eûlTent quel- 
-ques fynftoles gui les reprëfentoient , à 
:peu près comme les Scjrthes ^lënrs^ voi- 
|în%, qui flvoient une ép'éè^'our ftatuS 

du Dieu Mars. 

Quoique it Sacetdoce fUt treg-TeP 
^efté des anciens 'ôermaîns ,îl étoit ce- 

} tendant différent de celui des Oau« 
ois ; & on, ne trouve poîfït qulls 
àyent eu , comme ceux-ci , des Drirjrdes. 
Leurs Prêtres, cependant avoîent beaù* 
icoup de crédit , St on les coûrukôft dans 
toutes les affaires importaxites. 

Mais comme il y a peu de peuples qiu 
Payent confervé leur religion primitive , 



5M Exnic^TiovuxsTôJitQVÉ 
les (ipimainé iit^nt âiytrs chângen^s IL 
lît*ljeur#,f& reçurent âés Dieux inconnu»^ 
stux Gaulois* D^abprd Célàr, dans les 

(0 D* BcUo Conunentaire§ .(ïL parUnt de la relî- 
^on de ces anciens Germains » dit qu ils 
ne.TccpAaaiiroiépt d%utres Dieux, que 
çe^ip s^^l^^^ voy oi^nt., & dont ils rece- 
voient j&fid^mmQnt quelque bienfait, 
çomraêiîu Soleil V de Vtune, S: de Vul- 
» V çaîn ou du F^u j & que djes autres, ils n'eit 
avoignt p^, feulemeot oui parler. Mai?i 

(i) Df M«f. facitç s^<têa4fiav;ajtitagè/u^ ce fujet (2), 
ùermdn. d^ô^Xai^vrajjiç qu'II a çQihpofé touchanj: 
fe^, i»gôurç *d^pe$ peuplés , die dans diftS-î 
îpns^endrxntç^de fqn Hîftoîre. 
* D'abord il parle (Je leur Dieu Tuijlon^ 
gui tirpit /on origine de la Terre , & qui 




toujours flactte,àutànt qu'on à pu, d'avoir 
cie^Diefxx pfiu^ aacêtres^ T^iftôn &Mân- 
nus Apient Gtns doute dgux Héros , qui;i 
poxiTvs'être diftingivfejOjuparîeùrs adions 
çiu parleurs 4éQ0UV,erjtes,rurerit rais parles 
ànci^i^s i(^çri^àiqs.aujap;mbre ^ piéxxi 
en quoi ^ n^' firent qu^jmiteç^??' futres 

Siup^es : ^. s'ils les Jfpnt^nfan& de là 
L erre , c e^. qu ils ignorpient Imt or igi«- 
pe. Le même Tacite dit que Jn^rcurei 
OU plutôt le Teutatçs des G^ûlôis'^^étoil; 



DES T^ABLÇS. . 38p 

Jfe premier Dieu des Germains, êc qu^ôn 
lui imnioloît, comme dans les Gaules;, 
â^s viâimes humaine? ( i\ , Guerriers {i)pe«rum 
jçomme M5.etoient> \\s ne manqûoient i^ujcnnum 
oaèd'hûdorér Mars,; '& s'il n^e'toit pas cintih^c. 
leur première & principale Divinité , il 
tei^oit du moins le fécond rang avec 
.Hejrcule> à qui ils oifroîent, ainn qu'au . - "^ 

Dipude la Guerre,* des animaux en f%- ' 
-crificc. La Terre ^ fous le nom à^'Hirt^ , ' . 1,. 
& CybéFcquî efl la même chofe, ayoft 
ion culte particulier :Et les Suéves> tii- 
don Germanique, hoiioroient, fuivànt 
le; même Tacite, Jfîs (bas la figure d'un 
navire. .Cet Auteur n^Â pu comprendre 
comment le culte de cette. Div^hit^ 
Egyptienne avpît pu pénétrer cîiez dei 
peuples il reculés ; Mais comme oh la 
repréfèntoif, dit-il , fous la forme d'un 
vaSfleaUi il paroît que la conhoiflance 
leur en vénoitd^aillewrs- Quelque négo- 
ciant Egyptien , pii Phenicieiî^ porta le 
culte de cette Déeflç fur les côtes' des 
.Gaules , où if éff, certain que cette 
Déefle fut honorée, puifqu'on y en a 
trouvé .des Statues, & que de-là il fut 
norté.wi Allemagne , & enfuite chez les 
SueVes. ^ ^, :j^ .. • , ''/ 
*. Il ierpît inutile de parcourir les au- 
tres peuples die Germanie, qui ^avoîent 

Riij 



5^0 ExPLIÇATIOir RrSTOKKiXyB 

en vénération des Dieux qui nous tbnft 
peu connus. Je me contente de parler 
. 3*irwinyy , Divinité^artieuliére aux Sa- 
xons, vfont Charlemagne fit détruire le 
Temple SthriTèi: la; Statue, qui étoîtpo- 
SSt fur une colorane yjoiiqu en 772 îi fe 
rendîtmaîtredelafortereiled^Erefbourgi:, 
&enleva:touteslê^richeflesconlàcréesà 

M6tu!:.ç^ Dieu, dbnt le Temple (le) , faonMet 
(2)Airt.Sa^1&pniL^s (1), étoit également recomiiian- 

*^"*. ;4àble p4r la beauté de Pàrchiteatire , ^ 

par la vénératîoa des. peuples ^.qui Y^ 
voient enrichi de leurs offrandes. Les. 
Sçavans fe font donpé- la torture poojr^ 
deviner quel étoît ce Dieu. Suivant les 
TOS, ç'étok Mercure , dont le nom a. 

Îuelque reffeiïJblancè avec celui, de ce. 
)ieu. Selon les autres , ç*étoit Mara, le 
Dieu d'ùnpeup&^uftîîeUîqueux cpie tes 
Sax<?jns : & ceux-ci appuyent leur con- 
jefture fur Ce que Erdooi*rg étoit auffi 
appelle Mars-Burg , qui veut dire , le 
Fort de Mars : Ouçhfîii, Armîmus, Gé- 
néral des Cher ufques j lequeI>pour avoit: 
défait trois légions Romaines, Commaiir 
dëes parVarus,fut mis au rang des Héros^ 
& honoré comme le Dieu tutélaire de la 
nation.C*efl ce qu*bn ne fçaUroit décider;: 
£c je ne voq^s en dirai nen daVapta^t. 
pour àe pas vous remplir rîmaginatiom 



<A^<R>fijeâ:ure8'fbttvent peu Coûèes* 

De tout ce que vous venez de ntmai 
4ire dans cette converiàtion » reprit Al* 
cidon» il réfùlte dbnCy r^ queies^ ai>» 
<iiens Germaine adorèrent d'abord le So» 
feil , la Lune > la Terre & les aiitves être» 
phifîques yfour des nc^nos particuliers f 
«n quoi Es avoieat imité les autres Peu» 

Îles idolâtres* 2^. Que f comme les Gain 
>is > ils n'écrivoieat rien touchant leurs 
cérémonies rd^lgieules & leurs Dieux* 

2o« Qu'ils n'avoient pour Temples <}ue 
» forétsv. fiiT lefquek, felon^ Tacite r 
ils n'ofoient prefque lever les yeux r 
tant étoit grand le re^eâ: qu'ils avoient 
;pour ces lieux (àcrés.4^.Qu'ils croyoient 
mdéceat derepréfenter leurs Dieux^pat 
ées ftatuës ou des bas-reliefs, j^ Ennn y 

Îue dans leurs- làcrifices , peè contens 
'o&ir des animaux 9 ils immoloient» 
for tout à leur Mercure , des viââmes^ 
littmaiaesi Aânfî voiis avez eu raiian de 
dire que leur Religion, étoit presque la^ 
même que celle des Gaulois; Si vous 
voulez maintenant dire à Madame quel* 
ques chofës de leurs mœufs^ que Tar 
cite a fî bien décrites ,. je iiiîs perftiadé 
qu'elle ea fera £itis&ite. C'eft ce que 
j'atteo&avec impatience» repartit Elî^r»- 
te : en£fibieii;ai&4le conitoîtfe ces aa^ 

Riiij 



/ * 



fp5 KxPLXCATrOWHlSTÇmiQUE 

clens peupks, Coimneifçons par qvteik 
ijues-uoes de leurs^ fuperftitîons. »» Les 
M Germains, dit PHiftorien qu? Alcidoir 
l^^f'^*'* »^ vient de nommer ( i ) , obferven» 
9Ê plus que toute autre nation le vol de9 
m oifeauxy &.fe fervent des^fbrts, auC- 
$9 quek jls«ajoutent beaucoup <ie foi. Ils 
•• coupent pour jcela quelques branche» 
» d*un arbre fruitier , qu^Is partagent en 
fe* plufieurs baguettes , à chacune de(^ 
» quelles ils mettent une marque^ pour 
M pouvoir les: diftinguer j .puis ils les 
y jettent au hazar<i Cni un* habit biarnc 
V qu'ils ont étendu a terre. Si la con* 
i» iultation eft faite par Pautorité pu* 
n bllque , c'eft un de leurs prêtres 
I» ^ui y préfîde ; & fi elle eft particii* 
s» Uére, c'eftle père dé famitié cpâ en 
t» fait la fenékion , en jettant ces baguet* 
» tesàuhazard, & tirant des augures j 
99 OU favorables ou funeftes , {urlamar 
1» niére dont les marques (e rencontrent. 
Ils en tirent auifi du vol des oifèaiix» 
& du henniflement de certains chevaux 
blancs qui font nourris aux dépens du 
P ublîc , Se que le^ Prêtres lèuls , ou les 
Rois, ont le droit de toucher & d'atte- 
ler, au chariot iàcré , qu'ils traînent ou 
dans les rues ou dans les champs , chacon 
ohfervant leurs {irémif&mèns ôc leurs 



©ES Fables, jp^ 

fceflnîflemens. C'eft, félon ce peuple, de 
tous les préfages , le plus certain. 
' Avant que de donner bataille , ontâr- 
the de prendre un ennemi : un champion 
fe bat contre lui ; & on eff perfuadé que 
davantage général fera- du côté- de celui .. • . • 
c(m a vaincu dans ce combat fîngulier 
(i). Lorfqu'ils s'afTemblent d'ans un Bois ji) tdsH^ 
^cré pour quelque délibération impor- 
tante , iF ont la cruauté , avant que de* 
commencer à parler d*afïaire , de mafla- 
- crer un homme , pour en tirer des augus- 
tes favorables à leur deflèîn. 

Le même Tacite nous apprend , que 
ces peuples étoient perfiiaoés que les 
Dieux leur apparoiflbient , coriverfôient 
avec eux , & mangcoient des mets qu^ort 
leur préfentoît j ce q.ui reflemble beau- 
coup^ aux LelHfiemes àçs Romains » ou 
à ces feftins- publics qu'on préparoit pour 
les Dieux gn préfènce de leurs Statues > 
pofées fur des lîts près des taHes; Com- 
me ils croyoîent de même que les âmes 
des morts erroient autour de feurs tom*- 
beaux , ils avoient foin d*y laifler dQS 
viandes & du vin-, perfuadés qu'elles en 
fkifbient ufage. On mêttoit les: même* 
mets dans les fépulcres lorlqu'on^enter*^ 
roit quelqu'un : De-là ces pots', ccs^v^» 
&S.ÔC C£S autres oftehciles qu'oirdécon^^ 



354 ExptrCATîOîf HrsTORrcityr 

Tre tous les jours dans h$ anciens totn<^ 
Beaux des Germaks^ & des Gaulois* 
pans les repas publics> les Germains ^ 
pour preuve d^uneamitié inviolable^ 6^' 
tiroîent du lanç , le ver(bicnt dans-un va-r 
fe» &'lebûvoientles uns aprè» lies au-^ 

Une aufre fùperffitîon , à laquelle les? 

arciens Germains étoient fort adonnés r 

(ft)T«cf«r. étoit la Divination. (:i). C'étoit parmi- 

^^ 4BUX les femmes qui fe mêloient de pré«^ 

dire Favenir ; Sc il- n'y avoit forte dc' 




fir : ce qui leur donnoit une grande coo^ 
jBdération. Car il eii bofi que^ vous (ca- 
chiez qu'aucun peuple n!a J|imais porté: 
ll'èfBime Sc lëre^eâ; pour lèurs^feouner 
aufli loin que le»<^rnuuns : perlii^és,^. 
ait Tacke , qu'il y avoit en eUes queU 
i|uectxofe deiaint & de iàcré. Us leur 
j^mquuâquoieot leurs af&ures les ]^ur 
^crêtes» &Jles confiiltoienir d^ns; les plu$ 
^ifBdlçs Se U&> plùs4n]qpprt9ntes« Squ^ 
vent mente on^ leur confîoit l'adminîâra^ 
tiba de V Etat 9 Se de ce qui corner- 
aoît la paix &. la guerre. AoUH peut-on 
dire* en^ général qu^elLes étoient auiC^ 
^ailes, oc auflî fidèles^ que belles. â(< 
bien i^s. Leur moit ne faijCbit pascçfr 



fer te re^eft ^u'on avoit pour elles : eU 
fie l'augmentoit au contraire ; Ôt une v^ 
néradon particulière Ce changeoit fou- 
vent en^ un re(peâ reCgieux. Celles qxxe: 
Ëîur vertu & leur fageffe avoient le plus 
diilinguées » étoient regardées après leur 
mort comme de» Divinités > attiquellès^- 
on rendoit le même cuKe qu'aux autre» 
Dieux. Tacite 9 il eiF vrai 9. ne nomme- 
parmi ces femmeSu, dont les* Gennains 
avoient fait l'apothébfey qaeFelledéi^ 
maisil yen avoit fans doute 6îên d'au- 
tres. Les Sçavans dù^ pays font même 
perfuadés^ que les Déeifes Mères n'é» 
toient que ces femmes^ Germaines. Voi^ 
.Ë.V û je ne me trompe 1 dît Eliantet 
deux&is qu€| vous nonunez lesDéefles J^^^^^ 
Mëres; Je fuiscurîeuiè de f^avoirce que 
c'étoît. Vous^allezétre (àtisfaite > reprk 
FAbbé ; & ce fera par4à que je fimrai 
Ehiff oire des Dieux du Paganitoe» 

Comnto on a déterré en -difiërens tétss^ 
'âesi>as«relieis9 quî'repr€iènte.ntçesDéeP 
IbsydanslesGaules^nAnglèterrç^enAI- 
lëmagne^esSçavansconviennentqu'ellea» 
étoient également honorées par lésGauF- 
lois 9 les Bretons* & les anciens Gdv 
inains. Ces b^reliefs, que vous pourreip^ 
▼oir dans F Antiquité expliquée (i)* re- oy^^^^" 
j^^éfentent: ordinaireiQ.ent trois jeunes 



'5$^'^ ExPtîCATÏÔKHtsr'àRIQU». 
-femmes aflîfës, couvertes 3'urie belle 
•^ draperie, avec la corne d'abondance*, 

& tenant, ou k la maîn, ou fiir leur 
'girôn, des pommes* ou autrefs^fniîts ,^ 4^ 

accompagnées - or dînaîrement d'ûh . piîS- 

* tre, & d*un CamilU ou mînîftre, qui, aveb 

• une patere , femble verfer quelque lî- 

* queur fur un autel , ç'eft-â-dire , faire 
quelque libation.. Les infcriptions qui 

'accompagnent cçs monumens , font-, 

auxMires^ ou Maires, aux Matrones^ Stc. 

' Les Antiquaires & les Mjrtfiplôguës 

ont avancé divferfes conjedures au fufet 

• de ces Déeflès, M. Keîfler a crû que 
comme les Germains avoîent,âinjSqufe 

f* \ l'ai déjà dit,' une véhéfafion piétîtnx- 
érè pour Ifeùrs femmes , ç'iwroîefit elles 
^i, aprè^léur apothéofe, étbrent.deve^ 
«iuës les Déeflës^Meres. Mais pourquoi 
trois feulement f Tacite même ne oont- 
me que Velledài D'ailleurs, les Qau*- 
lois , les habitans dé la grande Bretagne, 
^ les Romains même, fur tout depuxs'lè 
"tems de Septime Severe , ont Honoré-ces 
Dééflfes : & on ne voit pas qu'ifs eûHènt 

ÎJus de refpeftpour leurs fenmies'que 
es^ autres peuples. D^autres , fondés (ùr 
te que le* DéefTés Mères portent k fa 
main désrfruits, ont crû qu*feHeî5 élôîértt 
des QivIni^éS' iohàmplltres , comme (ok 



^ 



D.ïs Fables. 5^7 

Salines , les Commodans , & les Sylvsti^ 
qiies. Mais outre qu'elles étoient auflî 
honorées dans les vUles , on ne voit pas 
dans les infcriptions gai accompagnent 
leurs figures, qu'on les ait invoquées 
fëulement pbi^r la fertilité des bîeos de , 
la camgagn^i mais aufG pour la (aaté & 
la proipérit^ des familles qui éjevoîent 
^n'ieur honneur quelque monument» & 
c^étoit fpécialement pour les Empereurs 
& pourjes Impératrices, qù'op lesînvo-^ 
audit : Prh [e & fuis.^ S. If. L.M. Froi 
jalute Imper atQm\ Sec, . 
] -Enfin préfqué tous {ont perfiiadés que 
le culte dé ces Déelles a pris naifl&nce, 
oulàans les Gaules, ou dans la Germa- 
. nîe^ puilqup^^cVft dans ces deux pays, 
qu'on a découvert les monumens qui les 
répréfentent. Pour, moi, je fuis p^erfuade 
qiTîl eft beaucoup plus ancien, & qu'il 
ri*etoit pas renfermé dans la Germanie 
Se dans les Gaules. En effet i on a trou- 
vé quelqufîs-unes de leurs figures en Ita- 
pe , où certainement ces Déeflès furent 
connues ; Se fî les Germains avoîent Içuc 
Mère Velleda , les Grecs , félon Paula- 
pias, reconnoiflbienit auflî une Mère Pla- 
flença. Voilà donc leur cultç auflî établi 
dans la Grèce; mais il n^en etoitpas ori« 
gînaîre , comme nous^ Iç prouyerons. ^à 

SiÎYant 1^51 lieux oh il éçott cona*. PÏot 



398 E»LlCATIOir HISTORl^tm 

dore nous apprend queMerion» aprèsla 
Iprife de Troye.» étant allé en Sicile avec 
-Quelques Cretois, y bâtit un Temple ea 
4 honneur de ces Déeflès , xpà fut dans U 
iuite en grande vénération. C'étoit^ 
iulvant le même Hiftorien , de Tifle de 
Crète 9 oh eUes étoieat honorées long» 
"tems auparavant^ queleut* culte fut por- 
té dans la Sicile* Un paâà^e de Plutar- 
'que, dans la Vie de Marcellus» confiraie 
rce que dit Dlodore de Sicile^ en tiouis 
apprenant que les Orétois avoient con* 
Aruit en l'honneur des Déeâès Meres« 
Mttt'ffttç , le Temple dont on vient de 
parler > dans la vâlle d'Enguie » que Dio« 
dore ne nomme pas. Les Cretois en 
avoient reçu fans doute le ctdte par 

3uelqae Colonie Phénicienne. Mais noui 
eyons nous arrêter^ faute de preuve , à 
rifle de Crète ; iSc c'en eft ùvkz pour 
prouver que ces Déeflès n'étoient pat 
particulières aux Gaulois & aux Ger- 
inaîns. C'éft ainfî qu*(en fuîvant l'Hiftoî-: 
ie des Dieux des peuples d'occident , ôil 
trouve qu'ils venoient pref^u^tQns d*£- 
igyptc ou de Phénicie. 

Quoiqu^il en foit 9 P Antiquité taou$ 
apprend peu de chofes au lirjet du culte 
•dont on hofnorolt ces Déeâes. Il y a ap- 
parence qu^ii élôît le même que celui 

^on readdit aux DivlukérCbampô; 



dtre$. La corae d'abondance Se les fruits 
^qu'elles tiennent à la main 9 nous font 
i;onjefturer que c'étoit de ces fruits-là 
même âc^umiel qu'on leur offroit ; & la 
libation que fait fur un atitèl le jeune 
VénmtU qui eft repréfenté fur un des bas* 
.relief dont j'ai^arlé^ eft fans doute une 
libation de laitjComme<celui qui fut trou* 
•vé en Italie , & qui eft confervé à Ro^ 
tne f préfente un prêtre qui égorge lui 
cochon 9 H eil vraiIèmUàble que cet ani- 
mal étoît un de ^eux qu'on immoloit à 
jces Dée^s 9 ainfî qu'à Bacchus Se aux 
autres Divinités Champêtres ^ à cauleda 
ilégât qu'il fait dans les bleds & dans les 
vignes. Cétoit pour la même raifoa 
qu'on fiicrifioît la truye à Cérès. Ce que 
*tious fçavoiis là-déilus de plus particu» 
tkr> eft que les peuples delà Gaule fai« 
Ibient Cânftrmre de petites chapellet 
appellées Canc^lH , en Thonneur de ces 
Déeflès; Se qu'après j avoir porté leurs 
offi-andes» ailumé de petites chaûddlest 
Se prononcé quelques paroles myfté- 
tieufès fur du pain , ou fur quelques her« 
1>es 5 ils les^mportoient pour aller les ca« 
^her dans un chemin creux ^ ou dafis; le 
tronc de Quelque Bs/httf croyant garan- 
tir par-là leurs tli^ouj^eaux des maladies 
contagieufès. ïls joighôient à cet ufage 
j[4u£eurs autres fopemitionsi dont le dér 



foo Explication HisTQRiQus 
taîl fe trouve dans les Capîtulaires de 
mïelques-uns de nos Rois qui les défen- 
doient , & dans nos vieux Kituels* 

Voilà , Madame j tout ce que j'avoîs a 
vous dire fur les Dieux du Paàanifmev 
Finîflbnsj auiE eft-il tems d'aller faire 
un tour.de promenade. Il mereft^^nco- 
rcj pour vous donner, une idée complet- 
te de la Mythologie Se vous en explî* 
quer les FableiJ, à vous parler des Hé- 
ros Qu Demî-Dieuxi & à cette occafîon 
à yous faire THiftoirè dé l'ancienne Grè- 
ce Se des Colonies Egyptiennes & Phé- 
niciennes , qui y portèrent leurs Dieux p 
Se en même-tems toutes les cérémonies 
qu'ils pratiquoient dans le culte qu'il» 
leur rendoient. ' 

On fortît du falon, &.on allafepro-' 
mener fur le bord de la rivière , où Elian- 
je marqua fon étonnement au"" (ujet de 
l'aveuglement extrême des Idolâtres > 
c*éftrà-dire , de tous les hommes , iî on 
excepte les Juifs > & quelques^ heurçux 

irtîc4liçrs^tels que MeldiUêdech^Job, . 

peut-être encoire qfuelajues^autres^, de- I 

{' )ùis le fîécle qui fuivit le Uéluges, jufqu'à'J 
jsL venue de Jefus-Chriil , Ôc énplufîeur^ * 
endroits iQUg-tems après. ;,| 

. FmduTomtSMnd. 






58591003 .